LETTRE X
Ce 4 mars 1674.
uaiid vous verrez la date de mes lettres , je serai justifiée auprès de vous de la neCTlioence dont vous m'accusez : il faut bien qu'on n'ait pas eu occasion de vous les envoyer. Je serois au désespoir que vous me crussiez capable d'oublier mes devoirs, et c'en est un pour moi très-agréable de répondre aux volumes (puisque vous appelez ainsi vos lettres) dont vous craignez que je n'aie été importunée. En vérité, vous avez donc oublié, monsieur, comme j'ai le cœur, même selon le monde ; et, selon Dieu, vous m'offensez encore plus sensiblement. Je croyois que vous me connoissiez I 9
mieux depuis tant d'années, et que vous auriez eu une meilleure opinion de moi. Je n'en reconnois pourtant pas avec moins de plaisir les obligations infinies que je vous ai ; mais rendez-vous un peu plus de justice, et vous jugerez de moi plus équitablement. J'ai pour vous la plus parfaite estime, et d'ailleurs vos lettres respirent si fort Famour de Dieu, qu'on ne peut les lire sans en être vivement touché. Puis-je en vérité n'être pas ravie en les recevant ? et quelle raison pouvez-vous trouver pour excuser l'offense que vous me faites ? Ecrivez, écrivez, je vous en conjure, toutes les fois que vous en trouverez l'occasion, et j'en ferai de même. Fortifiez-moi de vos conseils ; voilà le temps qui approche où j'ai besoin de secours plus que jamais. Demandez des prières pour moi ; redoublez les vôtres, et continuez ce que vous avez commencé; Dieu vous récompensera des grâces mêmes que vous m'aurez obtenues de sa miséricorde. Nous avons le père Bourdaloue, qui
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nous fait des sermons admirables , je voudrois que vous les entendissiez, je suis sûre que vous en seriez ravi. Comme vous êtes confirmé dans le bien, vous en profiteriez beaucoup mieux que moi, qui n'ai que le désir de le faire, avec mille défauts qui m'en empêchent. Je finis, de peur d'être importune, et je suis tout à vous. La pauvre maréchale * vous fait ses complimens ; sa conscience est dans le même état qu'à Nancy.
1 . Madeleine Fouquet, fille de Jean Fouquet, seigneur de Chaslain et du Boulay, président à mortier au parlement de Bretagne, mariée le i27 décembre 1655 au marquis de Beliefonds, morte le 20 mai 1716.