LETTRE XLIV
Ce H juillet 1684.
ai senti si vivement le dernier événement qui s'est passé dans le pays où vous êtes , que j'ai eu à m'en humilier devant Dieu , et , en même temps, j'ai admiré sa bonté, qui vous donne des sentimens plus parfaits. J'espère le pardon d'une faute qu'un reste d'orgueil a produite dans une occasion qui touche le meilleur de
mes amis ^ Je laisse à notre Mère et à ma sœur Anne-Marie de Jésus à vous parler selon leur piétë ordinaire. Pour moi, qui me sens encore toute vivante dans le cercueil de la pénitence , je ne dois plus penser au monde que pour me plaindre
1. La sœur Louise de la Miséricorde fait sans doute allusion ici à une disgrâce qu'eut à subir le maréchal de Bellefonds pour avoir attaqué les Espagnols à Ponte-Major, le 12 mai 4684, malgré les ordres du maréchal de Créqui. La victoire des troupes françaises fut complète ; mais le maréchal de Bellefonds avait désobéi, et Louvois lui ôta son commandement. [OEuvres de Bossuet, édit. de Versailles, t. XXXVII, p. 33, note.) Sa disgrâce ne fut pas cependant immédiate, car, après la bataille, il assiégea Girone. Mais bientôt, dit le président Hénault, « il Œ fut obligé de lever le siège, faute d'avoir reçu les « secours nécessaires. » A cette occasion, le maréchal de Bellefonds écrivit à Louvois le l^*^ septembre 1684-, de Puycerda, une lettre où on lit ce qui suit : (c Je suis « fâché de n'avoir pas mieux réussi. Je souhaite que a le roi puisse avoir , à la tête de ses armées , des if hommes plus capables; cela ne lui sera pas difûcc cile. J'oserois répondre qu'il n'en sauroit avoir ce de plus fidèle et de plus soumis à vos ordres. » ^Archives du Dépôt de la guerre.)
amèrement d'y avoir été , et ne songer à la vie que pour déplorer le mauvais usage que j'en ai fait.
Usons des choses du monde, comme nous l'ordonne l'Apôtre, et que rien ne nous sépare jamais de la charité de Jésus-Christ.