DE LA VALLIERE. CXIII
des tempêtes; il faut qu'il en coûte pour sauver les âmes*. «
Le jour de la séparation étoit donc arrivé. Il fa 11 oit quitter ces palais somptueux, cet éclat , cette splendeur , ces beaux enfans dont les femmes les plus spirituelles admiroient les fines reparties, céder la place à la rivale victorieuse et lui épargner, ainsi qu'à celui qu'on avoit tant aimé, et qu'au fond du cœur on aimoit encore , le spectacle même de sa présence. Quelle humiliation et quel supplice, si cette retraite avoit dû s'accomplir dans les conditions ordinaires ! La duchesse de La Vallière méritoit un autre sort, et, grâce à ses conversations avec le maréchal de Bellefonds , avec Bossuet, avec la mère Agnès de Jésus-Maria , grâce à ce don divin de la foi qui l'avoit régénérée, elle renonça pour jamais à la cour, aux mollesses de la vie, aux caresses de ses enfans, non-seulement avec résignation, mais l'âme
1, Lettres au maréchal de Bellefonds ; passim. 1 H
ex IV LA DUCHESSE
heureuse et satisfaite. Le 18 avril 1674, elle avoit fait demander au Roi la permission de disposer des biens qu'il lui avoit donnés. Le Roi la lui ayant accordée, elle partagea ses pierreries entre ses deux enfans, donna des bijoux à quelques amies , une pension de deux mille écus à sa mère et de deux mille livres à mademoiselle de Saint-Remy , sa sœur, tant qu'elles vivroient. Elle avoit déjà demandé pardon à la Reine, qui n' avoit pu s'empêcher de fondre en larmes ^ Le 19, elle prit congé du Roi, et comme elle le vit prêt à pleurer, elle se leva et sortit afin de ne rien entendre qui eût pu la faire chanceler. Elle fit aussi ses adieux à la Reine, à Madame, à Monsieur et au duc de Montausier qui loua hautement sa résolution^. <■ Je lui fus dire adieu le soir chez madame de Montespan où elle soupoit, dit mademoiselle de Montpensier ; je pleu-
1. Gregorio Leti; loc. cit., p. 88. — Mémoires de mademoiselle de Montpensier • t. IV, p. 357.