‹ Réflexions sur la miséricorde de Dieu (volume 2)Chapitre 80 sur 175 · DE LA VALLIERE. CXXI · texte numérisé non relu

DE LA VALLIERE. CXXI

sœur Louise de la Miséricorde s'euijasea à Dieu irrévocablement. Elle s étoit si bien préparée à cet acte suprême par la péuitence la plus austère et en entrant chaque jour davantage dans les voies de Dieu , que Bossuet voyoit en elle un véritable miracle de la grâce. Quand il sut que rien ne l'empêcheroit de prononcer le sermon pour la profession , l'illustre prélat éprouva une joie sensible de pouvoir porter à cette âme d'élite une bonne parole *. Le 3 juin 1675, lundi de la Pentecôte , elle prononça ses vœux au Chapitre, selon la coutume. Le lendemain eut lieu la cérémonie publique à laquelle assistèrent la Reine, et un grand nombre de dames et de seigneurs de la cour. Une des plus illustres pécheresses du xvii'' siècle, la duchesse de Longueville, depuis longtemps revenue de ses égaremens, étoit là avec beaucoup d'autres dont la jeunesse avoit été plus ou moins troublée.

l.LeUreàlamèreAgnèsde Jéaus-Mariajt. Il, p. 57.

CXXIl LA DUCHESSE

Marie-Thérèse entendit le sermon de Bossuet placée dans la tribune des religieuses, à côté même de la sœur Louise de la Miséricorde*. Dans ce sermon, Bossuet fit, avec la grandeur qu'il portoit en toutes choses, l'histoire d'une âme qui s'est perdue par excès de confiance et par vanité, qui rampe pendant longtemps dans les bas fonds des passions terrestres, malheureuse au milieu des délices dont elle est environnée, comprenant trop tard sa souillure , et peu à peu s'épurant, se relevant par le renoncement aux plaisirs au milieu desquels sa jeunesse s'est écoulée sans y trouver le bonheur qu'elle rencontre enfin dans le sein de Dieu. On se figure Témotion et le frémissement de l'auditoire , à ces paroles qui réveilloient tant de souvenirs : « Qu'avons-nous vu et que voyons-nous ? Quel état et quel état ! Je n'ai pas besoin de par-

1 . Lettres de madame la duchesse de La Vallilre, morte religieuse Carmélite, avec un abrégé de sa vie pénitente (par l'abbé Leqiieiix). 1767; in-I2, p, 59.

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1er, les choses parlent assez d'elles-mêmes. » Cependant, madame de Sévigné, qui n'étoit pas là, du reste, écrivit que « le sermon de M. de Gondom ne fut pas aussi dwin qu'on l'espëroit*. » Si ce sermon eut un défaut, ce fut, au contraire, d'être trop divin, trop mystique peut-être pour des esprits qui s'attendoient à une succession de grands effets. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire, avec le calme qu'elle exige, cette magnifique étude psychologique du célèbre orateur chrétien. Après le sermon, la Reine ellemême donna le voile noir à la sœur Louise de la jVIiséricorde , sous les yeux de l'archevêque de Paris ^. Madame de Sévigné ajoute d'ailleurs, d'après quelque témoin oculaire, que sœur Louise de la Miséricorde fit sa profession , comme toutes les autres actions de

1. Lettre du ^ Juin 1675. La date de cette lettre est évidemment inexacte, Bossuet n'ayant prêché le sermon pour la profession de madame de La Val- Hère que le 4 juin.

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