‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 100 sur 183 · LETTRE XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV

Ce 42 fémer 1677.

ous avez dû voir par tout ce que je vous ai mandé, pendant la maladie de notre Mère, que je n'étois pas si fortement attachée à la spe'culation que je ne me sentisse encore un cœur sensible dans les occasions.

Je vous avouerai que j'ai éprouvé des mouvemens de crainte et de tendresse si pressans que j'en étois toute troublée. J'ai tâché de connoître d'où venoient ces sentimens, et j'ai cru qu'il n'y avoit que la nature qui craignoit de perdre une personne si accomplie. Cependant, la grâce m'a toujours dit : « Dieu est ta consolation ; mets en lui ton unique espoir ; tout le reste n'est

ien. » Vous seul me suffisez donc, ô mon 3ieu! dans le temps et dans rëternité. Je renonce à toutes les consolations du monde et je ne connois plus, dans cette vie, d'autre peine que la crainte de V offenser. Ce n'est pas que je n'aie continuellement à gémir d'une foule de foiblesses et de misères, qui renaissent comme de mauvaises plantes à mesure que je les détruis ; mais puisqu'elles sont en moi, je loue la bonté divine de ce que je les vois. Cela me donne lieu de m'humilier à tous momens sous la main du Seigneur; et c*est en m'humiliait devant lui, que je m'élève au-dessus de ma foiblesse et que je recouvre de nouvelles forces. Je parle à Dieu dans le silence de mon cœur ; je l'appelle, et il vient à mon secours ; il me parle, et ses paroles sont des paroles de douceur et de vie, qui consolent mon âme et qui la remplissent de confiance et d'amour.

J'éprouve à présent ce que vous m'avez tant de fois répété, que plus on s'attachoit à

Dieu, et. plus on trouvoit de plaisir à l'aimer. Mais, vous Tavez éprouvé vous-même, avec des dispositions plus heureuses, vous avez commencé bien avant moi, et vous touchez au point de la perfection, tandis que je ne puis que la désirer. Vous faites maintenant tout naturellement pour Dieu, ce que je ne puis faire pour moi-même, sans le secours continuel de la grâce. Demandons^la humblement au Seigneur, et vivons autant dans la défiance de nousmêmes, que dans l'attente de se$ bontés.

/ est boÊL, dît le PrcfAiele, de mettre sa cemfijamte em Dieu flmtôt que dams rhoÊmme '. > V<m»

éproinrez la Terîté de ces paroles», paii^pe vous êtes ea paîx dans «a état qni, *ékm les apparences, derroit bcaocicMip y^cws e»* niiyer. Heureux rhoaune WrilaUeweMt soumis à Dieu, ou, du iikmiis. heurn» oeliii qui s'y sourael de toute «a fm'manatl 11 reçoit, dès cette TÎe, la reeMopeme qaie Le Seigneur promet â ceui qui lui ii^iot &(kles : c'est cette paix que le monde ne peut donner, puisqu'il ne la connoit pas : eette paix

f . c Domam est coa^ere im /«»■ m§ jumm ctimfîdere in homiae. > Pa]». c^m. K.

198 LETTRES AU MARKCHAIi

plus désirable que tous les plaisirs de la terre , et qui est un ayaijjt^oùt de ceux de réternité.

O divine charité ! descendez sur nous, embrasez nos cœurs, enlevez-nous de ce lieu d'exil , et nous rendez à notre véritable patrie. Que j'ai d'impatience d'y arriver! Cependant, que la volonté du Seigneur soit faite. Je ne refuse point le travail ; ce n'est pas à moi de le craindre, puisque je viens de sentir si pleinement la grâce et la puissance du Seigneur sur la foiblesse de sa créature. Mon frère est mort très-promptement, et dans un âge où Ton espère de vivre longtemps ^ Que vous dii*ai-je là-dessus des bontés du Seigneur? Dans le moment où la nature se montroit très-vive, je me suis sentie, par sa

\ , D'après la Gazette de France du 17 octobre 1676, Jean-François de La Baume Le Blanc, marquis de La Vallière, gouverneur et lieutenant général en BourbunnaiSy frère de la duchesse de La VaUière, mourut à Paris, dans la nuit du 13 au 14 octobre 1676. Il rtait né en 1642.

miséricorde, prête à lui sacrifier, de ma propre main, ce que j'ai de plus cher au monde. Je sens qu'on peut tout par sa grâce. Eh bien ! puisque Dieu permet que rien ne soit détruit en moi, pour me tenir dans la crainte de moi-même et pour augmenter mon espérance , acceptons avec joie tout ce qui vient de Dieu, comme autant de gages qu'il nous donne de notre salut.

Nous avons une de nos sœurs qui se meurt du poumon (son nom est Anne ^e Jésus). Vous l'avez vue à feu Madame*.

Rien n'est plus admirable ni plus consolant que de voir la paix dont elle jouit dans de très -grandes souffrances. Elle a vécu six ans et demi d'une vie toute pleine de croix, et elle n'en a jamais assez à son gré; elle voit venir la mort tranquillement, et compte pour rien tout ce qu'elle a souffert. L'on peut dire d'elle avec justice, que devant

\ , Madame Henriette d'Angleterre, dont la duchesse de La Vallière avait été elle-même fille d'honneur.

Dieu, la mort de ses saints est précieuse. Je n'ai pas le temps de m'étendre dayantage; mais pour finir dans le même sens que j ai commencé, concluons qu'il est bien plus sur de mettre son espoir en Dieu que dans les Princes de la terre.

LErrRE XXXVII.

Ce 4 mars 1677.

ous avez fait une épreuve sur la mort, qui me fortifie dans la pensée où j'étois, qu'il y a toujours quelque chose en nous qui tremble il son aspect. Et cependant , pénétrée du plus ardent désir de voir détruire ce corps de péché , mou cœur est prêt à crier à tous momens : Seigneur^ Seigneur j ti^ rez-moi pour jamais de cette prison oh-

D£ BELLEFONOS. iOl

scure * , oit je ne fais que des œuvres dignes de votre haine. Mais, dans la crainte que F amour-propre n*ait autant de part à ces désirs que la charité, je dis à l'instant : Seigneur^ mon sort est dans vos mains ^ je ni abandonne absolument à vous^.

Nos vues sont si bornées, nous sommes si foibles, que tout nous arrête. Laissons donc à Dieu le soin de nous aplanir les Toies par lesquelles il veut nous conduire. Nous n'avons, à proprement parler, rien à faire; nous n'avons qu'à détruire ce qui s^oppose en nous à ses desseins. Ré[Mrimons nos passions; abaissons, mortifions cet e^rit d*amour-propre qui veut toujours r^per. Si le vieil homme parle encore , il faot Fenchaîner d'un triple lien qui ne paisse se

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