‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 107 sur 183 · LETTRE XLIX · texte numérisé non relu

LETTRE XLIX

Ce 29*eptenbre 1691,

ous êtes touché, avec juste raisoD, monsieur, de la perte que nous venons de faire ; nous en somme»

pénétrées jusqu'au fond du cœur. Dieu nous

S3S urrTABft av uàmicKAis

enlève une Mère tendre et compatûsante*» un esprit fait pour éclairer les autres, un caractère doux, plein de zèle et de charité, une âme en qui les vertus les plus sublimes se plioient à noître foiblesse, et nous ins(nroient, au défaut de sa force, du moins Tenvie et le courage de Timiter. Pour mm, monsieur, pensez, je vous supplie, ce que je lui devob ! Il falloit une diarité comme It sienne pour oser me recevoir ; elle nliésita point, vous le savez; j*en suis encore plus

i . La Mère Agnès de Jésus-Maria (Juditb de Bdlefonds, tante du maréchal)* mounu' à Fànt, ancooyent des Carmélites, le 24 septembre 1691. Cestà Toccasion de cette mortqae Bossuet écriyît, quelques jours après, à madame d*Épernon , prieure des Carmélites, l'admirable lettre qu*on va lire * :

Nous ne la verrons donc plus, cette cfière Mère; nous iC entendrons plus de sa bouche ces paroles que la charité f que la douceur^ que la foi^ que la prudence dtctoîent toutes et rendoient si dignes d*étre écoutées, C*étoit cette personne sensée qui croyoit à la loi de

* Cette lettre n*est pas datée. Elle est indiquée confine il suit , dans Tédition de Lebel : Fin de septembre 4691 .

étonnée, à l'heure qu'il est, que le premier jour. J'espère que Notre-Seigneur lui a déjà rendu au centuple tout le bien qu'elle m'a fait et celui qu'elle m'a souhaité.

Notre chère fille, puisque vous voulez que je la regarde comme telle , est accablée de cette mort. Elle aimoic notre Mère de la manière la plus tendre ; elle nous a dit que, de tout temps, elle s'étoit senti pQur elle la plus vive inclination. Elle perd des instruc-

Dteu et à qui la loi étoît fidèle, La prudence étoit sa compagne et la sagesse e'toit sa sœur. La joie du Saint" Esprit ne la quittait pas. Sa balance étoit toujours Juste et ses jugement toujows droits. On ne s'égarait pas en suivant ses conseils; ils étaient précédés par ses, exemples. Sa mort a été tranquille comme sa vie, et elle s'est réjouie au dernier jour. Je vous rends grâces du souvenir que vous avez eu de moi dans cette triste occasion ; f assiste en esprit avec vous aux prières et adx sacrifices qui s^ offriront pour cette âme bénie de Dieu et des hommes : je me joins aux pieuses larmes que vous versez sur son tombeau^ et je prends part aux consolations que la foi vous inspire» {OEuvres de Bossuet, édit. Lebel, t. XXLX, p. 690.)

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tlons et des exemples admirables ; mais je voiis assure que ce qu'elle perd d'un côté, elle le regagne de l'autre par la grâce. Elle a reçu ce cotip douloureux avec une vertu et un courage dignes de sa sainte tante *. Dieu est avec ceux qui souffrent et qui se confient en sa divine bonté. Marchons sur les traces de cette femme sainte, et demandons-lui de présenter tous les joui^ devant

1. Nous avons dit plus haut, page 14^, note, que la sœur Auue-Marie de Jésus, dont il est question dans cette lettre et dans la suivante, nous paroiasoit être une parente du maréchal de Bellf fonds. D'après Tabbé Lequeux, c'étoit sa fille, et cette opinion semble jusqu'à un certain point confirmée par le texte même de ces deux dernières lettres. Mais d'abord, Tabbé Lequeux s'est trompé en disant que la mère Agnès de Jésus-Maria, grand'tante du maréchal, étoii sa sœur. D'autre part, on comprend que le maréchal pouvoit fort bien qualifier afîectueusement du nom de fille une jeune cousine religieuse. Ënfid, nous le répétons, rien, ni dans le P. Anselme, ni dans les papiers du Cabinet des titres de la Bibliothèque impériale, ne donne lieu de croire que le maréchal de Bellefonds ait eu une fille aux Carmélites.

le TroDe, le tribut de nos pnèites et de nos larmes, afia que Dieu doos réunisse iMeotôt avec elle dans réfemité.

Ce 17 ■OTcmbce 1693

uelque sujet que vous ayez, monsieur, de rendre grâce au Seigneur des dispositions de notre chère petite sœur, cependant l'état où vous vous trouvez est si dur à la nature , que je ne puis m'empêcher de partager vivement vos peines avec vous et avec toute la famille. Qu'elle est heureuse cependant de toucher au dernier moment d une vie si pure et si innocente ! Elle quitte une dépouille mortelle pour aller recevoir des mains de son divin époux une couronne de gloire immor-

telle ; car vous m'aTouerez , monsieur, que vous voyez tous les caractères des prédestinés dans votre chère enfant : cela parle plus efficacement au cœur que toutes les paroles de consolation qui viendroient de la part des hommes. Je supplie la divine bonté d'achever son œuvre de miséricorde, et que sa sainte volonté détruise tellement la nôtre en tout, que ce ne soit plus nous qui vivions, mais Jésus-Christ qui vive en nous.

PIN nu TOME PREMIRR.

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