‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 129 sur 183 · Ephes., I · texte numérisé non relu

Ephes., I

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en fait pourtant d'assez grands pour les sauver tous. Mes frères, ne seriex-Yous point la plupart assez malheureux pour vous excuser de vos erreurs et de vos attachemens pour le monde, sur le peu de force des grâces que vous recevez? Accusonsnous nous-mêmes de nos fautes, et n^en accusons jamais notre Dieu , car examinez bien la chose, c'est votre volonté qui se trouvera toujours assez forte. Jésus-Christ vous le reproche en termes » exprès. Qufhties çolui et noluistis *P « Coipbien de fois , malheureux, ai-je voulu, et tu n'as pas voulu ? » Ah ! combien de fois, brebis égarée, le Pasteur ne s'est-il pas fatigué inutilement dans ta recherche ! ne t'a-t-il pas suivie de pâturage en pâturage, d'une méchante occasion en une autre encore plus fâcheuse , t'appdant amoureusement, te sollicitant, te pressant , sans que tu aies jamais voulu tourner la tête, ni revenir à lui ?

i. Luc, xin, 14.

Eh ! que croyez-vous que soient toutes ces choses pour lesquelles vous quittez Jésus- Christ? Il faudroit avoir les yeux bien aveuglés, pour ne pas apercevoir la fragilité, l'inconstance, Tinutilité^ de tout, ce que I on estime dans le monde. Mais d'où vient donc, me direz-vous, que la misère en étant si connue, si peu de gens y renoncent? Paresse, mes frères, habitude, assoupissement, léthargie, insensibilité, fureur; car je ne sais quel nom donner à un aveuglement si prodigieux»

Il s'en peut trouver qui, reconnoissant cette misère, en voudroient bien sortir, qui, pour cela, implorent la grâce. Mais, qui que vous soyez qui demandez la grâce, ne serezvous point toute votre vie de Thumeur dont étoit saint Augustin un peu avant sa conversion, qui, à la vérité, demandoit à Dieu de triompher de son cœur par la grâce , mais qui appréhendoit en même temps d'être exaucé, du moins sitôt? Car on ne sauroit ôter de Tesprit d'un pécheur, que la grâce

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qui guériroit son cœur de sa passion dominante ne fïlt un remède violent et cruel. Cependant, c^est fort mal connoître la grâce que d'en juger de la sorte : elle est forte, mais elle est douce. Le Pasteur qui a retrouvé sa brebis, la charge sur ses épaules pour la faire revenir. Mais nous ne saurions observer plus agréablement cette conduite de la grâce, que dans l'exemple qui se présente à nos yeux. La force de la grâce dégage, à la vérité, cette âme chrétienne de la cour et du monde. C'est ce que nous venons d'admirer ; mais la douceur de la grâce lui en rend en même temps la sortie aisée, et lui aplanit toutes les difficultés de la religion. C'est ce que nous allons voir dans le second point de ce discours.

T. La grâce n'est pas de sa nature moins douce qu'elle n'est forte; elle n'est même forte que parce qu'elle est douce , toute sa

force consistant en sa donceoi^ Le grand saint Augusdnyqui, par une heureuse expérience, aYoit â bien connu ce pourmr de la grâce, dit en mille endroits qu'eUe est une suavité victorieuse qui ne l'emporte jamais sur le monde et sur la passion dans un cœur, qu'en lui devenant plus agréable, qu'en lui proposant des plaisirs plus doux. Aussi ne manque-t-dle jamais de se' joindre avec les vertus infuses dans une âme diretienne, pour lui en adoucir la pratique, pour lui donner de la joie dans les souffrances, de l'espérance dans les dangers, de la con6ance dans les tentations.

Savez-vous, messieurs, quel est proprement l'office de la grâce dans l'Eglise ? C'est de dégager la foi des oracles, qui nous promettoient que le règne de Jésus-Christ seroil doux. Ses prophètes avolent dit qu'il ne briseroit pas le roseau déjà foible et ébranlé; son précurseur, que les voies les plus rudes s'aplaniroient en sa présence ; lui-même, que son joug seroit doux et son fardeau léger.

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Cependant, la plupart de ses commandemens passeroientpour sévères, et plusieurs de ses lots pour rigoureuses , si la grâce, par ses charmes innocens, ne se chargeoit d'en adoucir à toute heure la difficulté. Jugez de ce qu^elle peut à cet égard dans les auu-es occasions^ par ce qu^elle faisoit dans les persécutions anciennes. Les martyrs, enivrés, comme dit saint Augustin, des douceurs célestes de la grâce, trouvoient de la joie sur les chevalets, et jusque dans les flammes. Après cela, où n'en trouvoient-ils pas ?

Quelque épreuve que les justes fassent sur la terre des onctions et des douceurs intérieures de la grâce , il est remarquable qu'il n'y en a souvent pas de plus sensible que celle des âmes qui se consacrent nonvellement à Dieu. Car TEpoux les attire ordinairement à Todeur de ses parfums , et le Pasteur qui veut rendre à sa brebis le retour facile, la rapporte sur ses épaules. Voyez avec quelle douceur Jésus-Christ reçoit tous les pécheurs qui reviennent à lui. II

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ne s'en trouve auciin qu'il maltraite. Que disje ? il les console , il les absout, il les défend, illes prot^, jusqu'à s'attirer même, dans r Évangile que j'explique, des reproches saçglans de la part des Pharisiens^.

La première douceur que goûte une ime qui revient à IMeu, estde se sentir tout d'un coup délivrée de la tyrannie des plaisirs da monde, toujours &des , jamais satisfinsam, ne pouvant donner que de. vaines inquiétudes. Écoutons saint Augustin se louer de cette consolation qu'il avoit d'abord reçue de la grâce. Qtiam suaim mihi stsbUo faC' tum est carere suauHatibus nugarum ! Çma amittere metus fuerat^ jam dimiitere gaU' dium fuit, — « Combien tout à coup trouvai-je de douceurs à renoncer aux vains amusemens du monde ! et quelle joie ce me fut de quitter ce que j'avois eu tant d'appréhension de perdre ! »

1. Et murmurabant Phanseei, et Scribœ dicentes: Quia /tic peccatores recipit , et mandueat cum Wit. Luc, XV, 2.

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Vous voyez quelquefois un malade dans l'ardeur de la fièvre, qui boit sans cesse sans pouvoir se désaltérer ; toute l'eau que vous lui pourriez donner n'apaiseroit pas sa soif. Quel est donc le moyen de l'éteindre ? Ce seroit de le guérir de son accès. Tant qu'une âmë est engagée dans le monde, soupirant après les plaisirs, et courant après les honneurs et tous ces faux biens dont le siècle repaît ordinairement les hommes, il ne faut pas espérer que la soif de cette âme s'apaise ; tout ce qu* elle boira pour la satisfaire ne fera que l'irriter. Mais la grâce a-t-elle répandu une seule goutte d'eau dans cette ânie altérée? à l'instant, la soif s'éteint, tous ses désirs s'évanouissent ; la voilà dans le repos, et par conséquent dans la joie. Om" nis qui hïbit ex aqua hac non sitiet itC" rum^.

Mais ce n'est pas tout ; la grâce qui la

i . Citation incomplète. — Omnis qui bibit ex aqua hcc y sitiet iterum ; qui autem biberit ex aqua quant ego dabo ei, non sitiet in œternum, JoAir., v. 13.

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console si ayantageusement du passé, lui offre mille douceurs présentes. Jésus-Quîst, ajoute saint Augustin, Jésus-Christ plus doux que toutes les voluptés, entre en leur plan dans cette âme. Et intrabas pro eis omm poluptate dulcior. La verta , qu'elle atoit toujours crue farouche, lui paroit désonntis avec un visage charmant; tout lui devient facile ; son corps a peine à suivre son cœur dans les saints mouvemens qui remportent; et enfin , la grâce la remplit de tant de douceurs , de satisfiaictions et de joie, que rétat où elle se trouve, quoiqu'il ne fasse que commencer, semble égaler et quelquefois même surpasser celui des plus parfaits.

Ce miracle vous surprend ^ mes frères, et réioignement où se trouve le inonde des choses spirituelles vous excuse de votre surprise. Mais, en voulez-vous une preuTe palpable et sensible? Considérez le grand exemple qui se présente aujourd'hui à vos yeux. Quelle différence prodigieuse de la

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vie séculière, et principalement de la vie de la cour, avec celle de la religion? Combien surtout est-elle opposée à celle du Carmel ! Pour vous le faire comprendre, et sans vous peindre le siède que vous ne connoissez que trop, il suffit de vous dire que c'est ici le plus austère ordre de l'Eglise. Les exercices y sont rigoureux, les mortifications continuelles, les jeûnes' pénibles , le silence affreux. La montagne du Carmel a une grande affinité avec celle du Calvaire. On trouve sur Tune et sur l'autre des épines et des croix ; de sorte que cette âme généreuse demandant aujourd'hui à vivre dans cet Ordre, peut dire avec TEcriture, qu'elle soupire pour une espèce de mort, qui, commençant dès ce jour., diurera autant que sa vie. Pro morte defluente deprecata 6um^. »

Mais elle est pourtant bien éloignée de s'en expliquer de la sorte. Car, demandez-

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