‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 130 sur 183 · ECCIJ.yLIy · texte numérisé non relu

ECCIJ.yLIy

lui ce qu'elle pense efTectivement de la pro* fession qu'elle embrasse. Jamais, de aveu même , rien ne lui parut si doux ; ji< mais pratiques si faciles, jamais exercices silCe agréables. C'est tout vous dire, messieurs que la seule peine qui l'afflige (car, ma chèi sœur, puisque vos sentimehs font ta d'honneur à la grâce, permettez- moi de leil publier); c'est tout vous dire, que, par soft propre aveu , la seule peine qui l'afflige au» jourd'hui, est de ne pas trouver dans cet Ordre , tout austère qu'il est, la pénitence qu'elle y cherche. L^

O miracle de la grâce ! ô douceur inex- ^ plicable ! on te peut sentir , mais on ne te ^^^ peut exprimer. Grâce de mon Sauveur, jus-L qu'où portez- vous vos triomphes innocens ? ^r. Elever en un moment une âme à ces senti- f mens généreux ! la fortifier jusque-là , lui r faire aimer en un instant, lui faire goûter comme fort agréable ce qui lui avoit peut-être paru toute sa vie fort amer, et même affreux ! Ah ! mon Dieu, il n'y

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a que vous seul qui puissiez opérer .cette merveille, par la douceur ineffable de votre grâce.

Cependant, ma chère sœur, nous ne saurions qu'augurer avantageusement d'une vocation qui commence de la sorte. Le monde ne vous est déjà plus rien, si le Ciel se charge de vous consoler ; et il faut de nécessité que, comme aux Israélites dans le désert, il ne vous reste plus de pain d'Egypte, puisque vous commencez à recevoir la manne. Ne croyez pas pourtant , ma sœur, que cette douceur que vous goûtez ne puisse être altérée. Les peines (je suis obligé de vous y préparer) pourront succéder aux douceurs, et peut-être que Jesus-Christ vous éprouvera un jour, comme il a éprouvé tant d'àmes parfaites. Et pour ne vous plus proposer que des exemples domestiques, ne Vous estimez-vous pas heureuse d'être Içaitée comme sainte Thérèse , vofre mère , qui, après avoir été attirée comme vous par les charmes de la grâce, passa vingt Il 6

anï depuis mertumc ?

Oui prise , attendeaque vous embra; Jesus-C ' ■ '" plaindre, meltoit pas occasion i est d( subsister de!

le feu du ciel, plus durable,

i la sécheresse el dans l'a-

a cliÎTe sœur, pour n'être pas sur-

js à trouver dans la vie

i le fiel et les épines rie

- lurieï. sujet de vou,-

épouse, il ne vous aii-

ige; ce sera même une

^er que votre amour

1 n'a pas besoiji pour

sensibles;que, comme

d'autant plus pur el

loîns besoin d'aliment

qui

l'entretienne.

Ce n'est pas, messieurs, que ramertume dans la vie religieuse puisse jamais aller jusqu'à exclure toutes sortes de consolations d'une âme éprouvée. La seule pensée que l'on souffre pour ce que l'on aime, pour Jésus-Christ , pour un Dieu , cela seul esl capable de rendre toute sorte de peines légères, et même agréables. Mais, d'ailleurs, quelles soufh'ances peuvent être excessi>ei

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dans une condition où la Providence gou-

verae, où la grâce anime, où les sentimens

soutiennent, où les exemples fortifient, où

l'Écriture instruit, où la bonne conscience

console, où Tespérance nourrit ?

C'est pourquoi le monde se trompe , s'il croit-que les peines de la vie religieuse soient le plus souvent autres qu'extérieures; car, comme disoit excellemment saint Bernard : Cruces nostras aident ^ unctiones nostras non vident. — « Le monde , qui ne juge des choses que par leur apparence , n'aperçoit que nos croix et nos mortifications, qui sont visibles et extérieures ; mais il ne voit pas V nos consolations, qui sont intérieures et invisibles. » C'est même une des différences de la religion d'avec le monde. Les peines des gens du monde sont toujours intérieures ,' affligent leur cœur et abattent leur esprit , pendant que leurs joies, qui sont toutes audehors et dans les sens, ne vont jamais jusques au cœur, s'arrêtent au plus a la surface de l'âme. Et là- dessus il est aisé d'en

faiFe la comparaison, après le prophète : Melior est dies una in atriis tuis super milita * .

Oui , gens du inonde, . un seul jour de consolation auprès de Dieu , vaut mieux que mille dans yos satisfactions et dans yos joies. Ah ! ne me parlez plus de vos fades plaisirs , âmes de chair et de sang ; autrement, je ne manquerai pas de vous dire ce que Job disoit à ceux qui lui donnoient de fausses consolations dans sa douleur : Consolatores onerosi omnes vos estis^P Vous êtes des consolateui;^ importuns, vos remèdes sont pires que nos maux , vos douceurs ne sont que des prestiges, que des songes, que des illusions. Ainsi, ne plaignez plus ces saintes filles , d'avoir refusé vos douceurs trompeuses, d'avoir renoncé à toutes les fausses consolations de la terre. Quelque satisfao tion que vous paroissiez avoir en cette vie,

i . Ps. Lxxxin, 1 1 .

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