LE COMTE DE GUICHE
donnoit de savoir Tespagnol. Tous les hommes peuvent faire des fautes, surtout dans la jeu- ' nesse; mais il y en a qui sont malheureuses seulement ; mais celle-ci seroit blâmable entre gens de même portée; et si c'étoit un manquement de mon cœur ou de ma teste, comme ce n'est que de ma main, je ne me le pardonnerois de ma vie.
« J'adjouteroy encore que je suis plus touché depuis la dernière bonté du Roy, que je n*aurois esté dans quelque affreuse disgrâce où ma faute eût pu me faire tomber.
c II reste maintenant à me justifier de l'accusation énorme que mes ennemis ont faite contre moy, d'avoir parlé hors du respect que je dois au Roy, et d'avoir voulu pousser Monsieur de se retirer à Dunquerke et d'engager le roy d'Angleterre. Je leur dois rendre grâces d'estre aussi imprudens que malicieux, et d'avoir cousu toutes ces fautes ensemble, pour les faire connoître clairement. Je ne me puis défendre d'avoir osé lever les yeux jusqu'à Madame, et cela estant, comment est-il possible que je luy eusse pu conseiller de sortir de France, veu que, sans considérer que j'étois l'homme du monde qui l'y pouvoit le moins suivre, par l'attachement que
mon honneur et ma fortune mo donnoient auprès du Roy ; je n'estois pas en estât avec Monsieur de lui persuader que c'eût esté pour l'amour de luy que je l'eusse suivi. De plus, ii n'y avoit point d'affaires dans le royaume ; il li'en avoit point de personnelle avec le Roy ; il n'estoit donc pas malcontent ; par où le porter 9 une chose semblable contre son devoir et contre son inclination? J'avoue qu'il peut bien j avoir eu de moi quelques plaintes dans mes lettres, du temps que le Roy obligea Madame à rompre, parce qu'ayant esté assez fou pour oser penser à elle, je ne pouvois voir renverser mes dessoins, , sans la dernière douleur. Et s'il se trouve rien de semblable à ce qu'on m'a dit contre le Roy ni contre TEstat, je ne demande point de grâce. 11 est certain que M. de Vardes m'a contrefait deux lettres pour madame de Soubise; mais, s'il en a, il faut que le Roy ait la bonté de les faire confronter aux jurez. Voilà ce que je puis dire pour ma défense; et sans rendre à M. de Vardes de^ charitez qu'il m'a si faussement prestées, je dis seulement que le Roy viendra à les connoître ; et que , pour ce qui me regarde, il n'y a point de
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peine pour dire qu'il eust pieu au Boy m'imposer que je ne subisse volontiers^ po effacer de Tesprit d-un si bon maître le souvenS d'une semblable faute.
a Quant à madame la comtesse de Soissons, bien que sans raison et sans vérité elle m*attaque dans des endroits les plus sensibles que la calomnie puisse inventer, je ne puis toutefois, par la profession que je fais de dire vérité, surtout au Roy, soustenir qu'elle ait été présente, quand on a fait la lettre, ni que nous en ayons jamais ensuite communiqué ensemble. Et, en dernier lieu, je supplie Sa Majesté de juger entre M. de Vardes et moy, par la vérité et par les apparences, de ne s*y pas arrêter seulement, mais d'envoyer à Montalet, de voir si tout ce que je cite n'est pas vray; et, du surplus, de nous laisser les coudées franches à M. de Vardes et à moy, afin de faire voir qui sont ceux qui portent et qui soutiennent effrontément des faussetés. »