LETTRE SUPPOSÉE
disgression sur le subject de ce mariage. J'enchaisneray mon amour pour quelque tems , et feray parler ma raison suivant les lumières médiocres que la nature m'a données.
« Je porte maintenant la qualité de duchesse de Vaujours. Je jouis de toutes les prérogatives attribuées à la duché. J'ay le tabouret chez la Reyne. Je marche au rang des duchesses. J'ay cessé d'être La Vallière. Le Roy a reconnu le fruit de nos embrassemens ; ma ûUe est légitimée; il ne me reste qu'à choisir un mary pour en faire un grand du royaume.
u Non , madame , je me trompe , je ne suis point duchesse. La duché est un présent royal fait à ma fille reconnue et légitimée par le Roy son père; mon administration et la jouissance des prérogatives de sa duché n'est qu'un estât trompeur et ruyneux à mes affaires , si je les appuyois sur ce fondement. II faudra tout rendre quand elle sera en âge, et je ne demeureray que La Vallière.
•< Où est le gentilhomme assez sot qui voudroit épouser une duchesse, sans devenir duc ; estre beau-père d'une fille naturelle du Roy, sans avoir de qualité qui y corresponde...? U y a tant
de contraires à assembler pour réunir à la fois (ce) qui regarde les interests du Roy, de ma fille, de celuy que j'épouserois et les miens, qu'il ne faut que conclure avec vous, que la chose est impossible, et qu'il y a du ridicule à en faire des propositions.
« Je m'en resjouis, et remettant mon amour en liberté , je m'inspire ' que tout ce qui s'est fait en cecy est une marque plus assurée de la constance de mon amant, qui a voulu donner, sous ce faux jour, au monde, quelque témoignage de son désintéressement, en estreignant plus fort, par celte politique amoureuse, les liens de notre bonne intelligence et les nœuds d'un commerce que la seule mort peut dissoudre.
« Vous voyez mon foible, et vous le pouvez accuser; je Tay commun avec les autres amans , dont l'ordinaire est de se flatter et de sentir plutost leurs disgrâces que de les prévenir.
0 Cependant, si vous prenez la peine de considérer avec moi l'état de mes affaires, vous me regarderez comme un exemple de compassion,
-I . a Je me. persuade. »
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^ c Le BojF est ncNrtd, U vâ fiûre la goerre. S'il 1«7 afmdt'q«d|qii*<cli08e ée funeste^^oo si, pr di» «x«roio0ft 'vkriftiuii'il ^^ntrackait une mtlA OMMrtelle qui mms le ravist, que deviaidiiQJft-fiB| wmiâaM, tàon^'U tt*y tiiroit peÎDtrdbufiMà pgéiA^4 II fâHdbroît ft'achevMMT à Yai^^iin» «t «n i^rèmir f atâre^inifiâllttiley pour ma caoiaer du» tme |ivamce>ékMgiiée, fixer à« deoM»» dans «ne «laîsiHi'diaiiipétre/ eft passer le veste dé mes joma auprès de la duchesse hm iUef ci Mlfrets et'^' knoes^^aos oomtûttàam dap»** sonies et sam aooira suppart Hélas { je scQsèioi en moj mesme^ qa'i^pirès un pareil aeâdent je n*aurois ny force ny confiance pour stinrîvre, et mesme qu'il y auroit de la générosité à mourir. « Mais que deviendroit le sang royal que je sens depuis cinq mois se mouvoir dans mes flancs? Vous le savez, et je vous en ai révélé le secret dans le tems de la conception. Le Roi le sait, et il s'est promis un garçon de ma grossesse, sans avoir rien fait pour T enfant ni pour la mère. Ah, qoe cette pensée est mortelle à tous mes plaisirs! Quelle différence de frère et de sœur l Celle-cj du-
chesse légidine, l'autre bastard sans reconncNs* sance.
c Je ne me prépare pas à ce conp, qui ne se peut adoucir par la prévoyance, et dont la moindre pensée redouble mes inquiétudes, mais j'aj trop de confiance au Dieu des * que non seulement je reverray mon Roy sain et glorieux, mais avec autant d'amour qu'il en ait jamais eu. « Avec tout cela, les événemens sont incertains et mes ennuis inévitables. Je n'auray point de courrier à l'avenir qui ne me fasse trembler, et mon imagination où déjà la crainte a établi son empire, ne me représente que les images fascheuses de tout ce que je peux encourir de disgrâces. Le sommeil, quia le don de charmer les peines, n'a de la vertu que pour m'en faire; et si je ne trouvois véritables a mon réveil , les illusions fausses de mes songes, j'en tirerois des conséquences contraires a mon bon sens, et d'une peine imaginaire je me ferois un véritable supplice. Tantost je vois la Reyne me faire des reproches et m'imputer les indifférences du Roy, tantost commander que j'aye à monter sur le