‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 170 sur 183 · Chronologie militaire de Pinard ; t. II , p · texte numérisé non relu

Chronologie militaire de Pinard ; t. II , p

pari sur cette course*. » Dans la même année, 'e maréchal, qui remplissoit aussi les fonctions "C premier maître d'hôtel de la Reine, étoit 'lommé ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Parvenu au comble des honneurs , les Jeux, les spectacles, les courses, les paris, tous ces plaisirs mondains où il étoit si fort engagé, lui font tout à coup horreur , et il se convertit avec éclat. Il venoit de s'apercevoir, mais trop tard , que sa fortune étoit dans un affreux désordre. Immédiatement, il abandonne à ses créanciers, outre le fonds de son bien, plus de la moitié du revenu de sa charge de premier maître d'hôtel, oc Cette' exécution, dit madame de Sévigné , fait bien voir que ses voyages à la Trappe ne sont pas inutiles. > Par malheur, ces sacrifices mêmes ne suffirent pas, et, vers les premiers jours de 1672, le maréchal de Bellefonds dut avouer au Roi , pour justifier son projet de quitter la cour, qn'// étoit abùné de dettes. 11 a voit une maison à Versailles ; le Roi lui en donna cent mille livres et garantit à ses

4 . Trois mille pistoles représentent environ cent vingt mille francs d'aujourd'hui;

créanciers quatre cent mille livres sur sa charge ^de maître d'hôtel ^ Grâce à ces faveurs, le maréchal de Bellefonds espéroit conserver sa charge à la cour, où le Roi , sachant TinQuence heureuse qu'il exerçoit sur la duchesse de La Val Hère , étoit très -désireux de le retenir. Une prétentioa imprévue de Turenne amena, au moment du départ des troupes pour la guerre de Flandre, un orage dans lequel le maréchal de Bellefonds se trouva enveloppé. Turenne vouloit commander à tous les autres maréchaux en qualité de prince, et, poussé pai* un sentiment d'orgueil qui les blessa vivement, il avoit fait effacer, c'est madame de Sévigné qui nous l'apprend, ses insignes de maréchal de tous les endroits où Ton pourroit les voir. Les maréchaux de Bellefonds, de Créqui ', et d'Humières ^ refusèrent de servir sous lui. Le Roi

i. Lettres de madame de Sévigné du 8 mars ^674 et du \Z janvier 4672.

2. François de Bonne de Créqui, nommé maréchal eu 4 668 ; mort le 4 février 4 687, à soixante-trois ans.

3. Louis de Crevant, marquis d'Humières ; maréchal de la promotion des généraux de Bellefonds et de Créqui. Mort en 4 694.

LE MABBCHAl. I»E WKLLMWCBO»,

lui-même demanda Tainerneiit an maréchal de

BellefoDds de lui donner, dans cette drcoi»-

séance, une preuve de son amitié; cdin-ci

crojoit son honneur engagé ; il pcrnsta. Ecoo-

foDs encore madame de Sévigné : « Alors, In

répondit le Roi , il faut nous séparer. » Le ma^

réchal s*inclina. Lourois, qui' ne Faimott pas,

lui envoya aussitôt l'ordre d'aller à Tours.... « Il

a été rayé de dessus l'état de la maison du Roi ;

il a cinquante mille écus de dettes an delà de

son bien ; il est abîmé, mais il est content, et

Pon ne doute pas qu41 n'aille à la Trappe^. » Le

maréchal quitta la cour. La lettre suivante que

lui écrivoit Colbert, le i*' mai 1672', permet

d'entrevoir quelques-unes des conséquences de

ce départ.

« Saiiit-G«niiaiii , le l'inlay 1672,

« Monsieur, je n'ai pas estimé, dans le temps de la chaleur de tout ce qui s'est passé, de parler au Roy du contenu au billet que vous avez pris

1. Lettre de madame de Sévigné di^27 avril 1672.-^ Abrégé chronol. du P. Hénault, année <672.

2. Arch. de la marine. Dépêches concernant le commerce, — (Année 4 672 i fol. 4 33.)

la peine de m' écrire le lendemain de votre retraite. Il m'a semblé que le Boy auroit pris la demande de vous défaire de votre charge comme un effet un peu trop précipité de votre chagrin. Ce sont là les raisons qui m'ont obligé de retarder. Si, nonobstant, vous désirez que je fasse savoir au Roy à présent votre résolution, je ne manqueray pas de le faire. Au surplus, je vous prie d'être bien persuadé que j'ay pris beaucoup de part à tout ce qui vous est arrivé et que je souhaiterois fort pouvoir contribuer à tout ce qui peut être de votre satisfaction. >

Cependant, cette retraite du maréchal de Bellefonds ne fut pas de longue durée. Sans doute, la duchesse de La Vallière plaida sa cause» et il rentra bientôt en faveur. En effet, le 7 juillet 1673, Colbert lui écrivoit :

« Monsieur, je vous remercie de tout mon cœur de l'avis qu'il vous a plu de me donner de l'ordre que vous avez reçu du Roy de vous rendre auprès de la Reyne. Et quoiqu'il n'y ait jamais eu beaucoup d'apparence que les ennemis eussent pu tenter aucune chose, la prudence de Sa Majesté a voulu prévenir toute sorte d'accidens en y en-

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voyant une personne de votre caractère et de votre mérite. Vous voulez bien que je m'en réjouisse avec vous, et qu'en même temps je vous ^Qre que les mart|ues que vous me donnes d« Votre estime et de votre amitié me sont fort sensibles*. »

La duchesse de La Vallîère entretint, bientôt après, avec le maréchal de Bellefonds, un commerce de lettres suivi. Si elle sollicitoit ses conseils et s'y montroit docile, de son côté, elle

Pinvitoit à se méfier de la vivacité de son natu- •

rel et d'un reste d'orgueil. Quant à Bossuet, il informoitle maréchal de Bellefonds que madame de La Vallière éloit très-touchée des lettres qu'il lui adressoit, et qu'elle les recevoit avec une grande joie. Une autre fois, le 5 aoôt i67(k, il lui écrivoit ; « La Providence vous ôte au monde ; elle vous y rend ; elle vous y ôte encore. Qui sait si elle ne vous y rendra pas quelque jour ? > La vie du maréchal étoit, en effet, sans cesse agitée et tourmentée. Quand la duchesse de La Vallière eut définitivement aban-

4 . Arcli . de la marine. Registre des dépêches concernant la charge de secrétaire d^Etat. (Année 4673.)

donné la cour, il coupa, comme dit madame de Sévigné, le dernier fil qui Ty attachoit encore, et vendit sa charge de premier maître d'hôtel. Mais, par intervalles, il revenoit à Versailles, au grand déplaisir de ceux que choquoit son austérité. « Je suis aussi surpris que tout le monde, écrivoit Bussy-Rabutin, au mois d'octobre 1678, du retour de Bellefonds. Il me paraît que c'est le Roi seul , de son chef, qui l'a fait revenir, car les ministres et la maîtresse haïssent ces espèces de philosophes chrétiens qui se sont fait une longue habitude de mépriser les vanités de la cour *. » De nouvelles épreuves attendoient le maréchal de Bellefonds. En 1668, il avoit été désavoué pour s'être emparé d'un château fort, nonobstant la promesse que le Roi avoit donnée de ne point faire de siège avant un temps fixé. Le 12 mai 1684, il attaqua, malgré des ordres contraires, les Espagnols à Ponte- Major, et les défit. Obligé, quelques jours après, de lever le siège de Girone, faute d'avoir été secouru à temps, il perdit son commandement'.

4. Correspondance; t. IV, p, 205, 2. Voy. t. I, p. 221, note.

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Soumis, mais froissé, le maréchal de Bellefonds ^rivit à Louvois une lettre dans laquelle il parloit de lui-même avec Thumble fierté et la mâle résignation du chrétien.

« Puycerda , I " septembre 1 684 .

c .... Il n'est pas difficile de me faire convenir que j*ai peu de talent et que je mérite peu remploi que vous m'avez fait l'honneur de me confier. Aussi, monsieur, vous savez que je ne vous en avois point demandé, que je vous ai déclaré que je ne Vous importunerois sur rien et que je ferois seulement le meilleur usage qu'il me seroit possible et des troupes et des équipages de l'armée.

a Permettez-moi de ne pas convenir que j'aie jamais manque à exécuter pas un de vos ordres. Si vos affaires vous le permettoient, je meltrois papier sur table et il ne vous en resteroit point de scrupule.

c Je suis fâché de n'avoir pas mieux réussi dans le soin que j*ai pris. Je souhaite que le Roi puisse avoir à la tête de ses armées des hommes plus capables; cela ne luy sera pas difficile. J'oserois

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répondre îiu'ilii'éii saurcîît avoir de plus fidèle, de plus dévoué pour sa gloire^ de plus soumis à vos ordres. ' v

« Sans prétendre à denouvéaux^èmplois, trou-i •vez bon qu'en sortant de celui-ci, je puisse* es* pérer qu'il ne m'aura pas fait perdre la part que vous m'aviez promise de itos bonnes grâces*. »

Le maréchal de Bellefonds avoit eu de son mariage avec Madeleine Fouquet sept fitli^s et deux fils, dont Vim mort en bas âge« Celui qui' restoit avoit embrassé la carrière militaire; il mourut en J69S de blessures qufil avoit reçues au combat de Steenkerque* Le maréchal eut la ^douleur de lui survivre. Louis XIV, qui^ au ibnd,,' l'estimoit et Tairarat, l'avoit fait gouverneur du château de Vincennes. Enfin , le 3i décembre 1688, il avoit été compris dans une création de chevaliers des ordres du Roi. Il y eut à ce sujet, suivant l'usage, une cérémonie de réception à laquelle il assista, a Le maréchal de Bellefonds, dit madame de Sévigné en la racontant, étoit totalement ridicule parce que, par

h, Arch. de la gaerre. Dépôt de la guerre, (A]toé« 4684; piène 138.)

modestie et indifférence, il avoit négligé de mettre des rubans au bas de ses , chausses de page , de sorte que c'étoit une véritable nudité. » Comme Sully paroissant à la cour dans sa vieillesse, le maréchal de Bellefonds étoit devenu un objet de moquerie pour les jeunes gens, et même pour ses amis. Il mourut âgé de 64 ans, au château de Vincennes, le 4 décembre 1694, et fut enterré dans la Sainte-Chapelle du château ^ « La mort du maréchal de Bellefonds, écrivit madame de Sévigné, m'a donné une véritable douleur. Sa famille est désolée'. » Celui qui avoit cultivé tant d'illustres amitiés et qui inspiroit de tels regrets, pouvoiti1 ne pas être un noble' esprit et un homme de cœur?

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