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LA MÈAE AGEIES DE JÉSUS -MABIA» 241
No 4i.
LA MÈRE AGHÈS DE JÉSUS-MAJUA.
Quand, après avoir passé soixante-deux ans aux Carmélites, la mère Agnès de Jésus-Maria fut ravie à ses sœurs, il leur parut, dans la dou-
i . Nous aTons parlé {dusieor» fois, dans le coon de ces volumes, de la mère Agnès de Jésus-Maria et du maréchal de BelleConds ; mais l*un et Vautre ayant joué un grand r6le dans la vie de la duchesse de La Yallière, il nous a paru ntile de réunir, dans de courtes notices , les faits épars qui les concernent , ailn de mettre le lecteur à même de les apprécier tous deux comme ik méritent de l'être.
leur iiii'<!lles éprouvèrent de sa mort ne retrou V croient jamais , dans sonne, «tant d'élévation d'esprit et tant de simplicité, tant de grandeur d'Ame et tant de modestie, tant de régularité avec un si grand dégageincnl , et tant d'exactitude unie à une h grande douceur'. > C'est que les dons les pim heureux de la nature, l'éducation la plus chrétienne, sous les yeux d'une nièi-e douée de tontes les vertus, la vocalion la plus forte, avoient rendu comme facile à mademoiselle Judith de Bellefonds, la salutaire influence qu'elle exerç» dan!4 sa Communauté. Elle étoit née en ItjH, a Caen, oi\ son père, aïeul paternel du maréchal de Bclleronds, étoît gouverneur. A douze ans, elle lut appelée chez la sœur de sa mère, Il maréchale de Sainl-Géran qui, au bout de quelques années, la présenta à la cour. Vive, enjouée, aimable et douce , mademoiselle de Bellefonds y fut accueillie avec une faveiu: qui lui inspira ainsi qu'à sa mère les plus vives appréhensions. Kladame de Bellefonds surtout redoutoit siogn-
lièrement pour sa fille les séductions de la cour, et pour Ty soustraire, elle lui proposa bientôt de la marier. Déjà depuis quelque temps celle-ci songeoit à se faire religieuse. Elle répondit à sa mère que Dieu ne la destinoit pas au monde et lui demanda d'entrer aux Carmélites de la rue d*Enfer. Le 29 janvier i 629, ses vœux étoient réalisés, et deux mois après, en prenant l'habit, elle changeoit son nom de Judith contre celui d'Agnès. Nommée prieure à trente ans, elle remplit depuis lors cette charge presque aussi souvent que les règlemensle permettoient. Son esprit facile, gracieux, universel, la faisoit rechercher des grands et adorer des humbles. Le chancelier Le Tellier étoit heureux de recevoir de ses lettres, et Bossuet, à qui elle en adressa un grand nombre, les appeloit un trésor de sagesse et de bon sens. Ces lettres n'ont malheureusement point été publiées, et il est à craindre qu'elles ne soient à jamais perdues. Le tour aisé, naturel , de celles qu'on va lire , et qu'elle adressa à la marquise d • Uxelles , sa cousine , ne peut que le faire regretter*.
-I . Bibl. de l'Arsenal. Mss. Lettres adressées a la marquise d* Uxelles, — (Belles-Lettres; 369.)
« Ce dimanche, 4 3....
c Je me porte très bien, à votre service, ma très chère et honorée cousine, excepté que j'ai un œil chassieux. L'illustre avocat est tout prêt de plaider une cause quand il ira de vos intérêts. Notre chère sœur Anne-Marie de Jésus est un peu mieux aujourd'hui qu'elle n'a été depuis un mois. Je voudrois qu'elle fût aussi libre de marcher que votre ambassadeur. Je vous assure que toutes les trois, dont il vous reportera les nouvelles, se réjouissent fort de vous tenir dans leurs chaînes et se proposent de les bien serrer. Il faut que je vous rende grâces très humbles de toutes les [civilités] que vous nous mandez, et en particulier, de ce que vous avez fait Téloge de M. Baquet. S'il vous avoit entretenue, il vous leroit son conTpliment avec plus de reconnoissance que de beaux discours. Je n'en sais point faire non plus, mais je sais bien qu'on ne peut vous honorer ni vous aimer plus chèrement que je ne fais. »
a Ce dimanehe, 4 6 janvier.
« Vous êtes si bonne et si obligeante, ma chère coi^gine, que je me sens lout-à-fait incapable de faire votre éloge comme je le voudrois, au commencement de Tannée que je vous souhaite très sainte et très heureuse en toutes manières. Notre chère sœur Anne Marie vous fait bien des remerdemens de votre obligeant souvenir qu'elle reçoit avec autant de reconnoissance que si la lettre étoit pour elle seule. Il est vrai qu'il y a certains jours que son rhumatisme Tempéche de marcher; mais, grâce à Dieu, le mal n'a pas de suite. Pour notre illustre avocat, il a eu beaucoup d'affaires, ces jours passés, pour les amortissemens. Mais cela n'a pas altéré sa bonne humeur, quoiqu'il ait bien vidé la bourse. Mais, ma chère cousine, portez-vous bien vous même, car ces temps ici vous sont fort fâcheux quelquefois^ et votre santé nous est fort chère. Vous avez raison de croire que nous sommes bien touchées de la mort de M. de Tournay. Son extraordinaire mérite le doit faire regretter de tout le monde, et l'amitié particulière qu'il daignoit
246 l'A MÈRE AGNES DE JESUS -MARIA.
avoir pour nous nous rendroit bien ingrates û nous ne ressentions sa privation. Je prie Dieu qu'il lui plaise nous conserver les personnes d'un grand mérite qui ont de la bonté pour nous, dont vous êtes au premier rang. » ^
Les contemporains de la mère Agnès de Jésus- Maria connoissoient d'elle des traits de délicatesse nombreux qui ne surprenoient personne. Une grande dame avoit donné au couvent des Carmélites quinze mille livres pour un ornement. A la mort de la donataire, on sut que sa fortune étoit très embarrassée. Aussitôt, la mère Agnès s'empressa de renvoyer aux bériders les quinze mille livres qu'elle avoit reçues depuis longtemps. Une autre fois, la princesse de Guise lui offrit cent raille livres pour jouir du droit, réservé aux seules personnesde la famille royale, d'entrer dans le couvent. « Cent mille livres, dit la mère Aj^nès, ne répareroient pas le tort fait à l'esprit du Carmel , auquel la retraite et Téloignement de tout commerce avec le monde soDt avant tout nécessaires. » C'est par cet heureux mélange de simplicité et de grandeur, de honte et de sagesse, qu'elle étoit parvenue , naturelle-
lÀ MÈRE JLGTŒS DE JÉSTS-MA&IA. 247
^^^t et sans nul effort y à exercer nue si utile action sur tous ceux qui Tapprochoienr. Quand '^ duchesse de La Yallière songea à quitter le ffionde, la mère Agnès raccueillit avec une douceur exquise y la traita comme une âme malade, et) plus tard, elle modéra toujours Texcès de ses peDitences. Douce et compatissante envers les autres, la mère Agnès n*étoit sévère que pour ellemême. Pendant près de soixante ans, elle coucha sur le sol, ne dormant que deux heures et passant le reste de la nuit en oraison. Sa constitution délicate ne s'efTrayoit ni des grandes veilles sur les dalles du chœur, ni des disciplines , ni des ceintures de fer. Craignant de prendre goût à sa nourriture, elle y méloit de l'absinthe. Trois ans avant sa mort, elle fut atteinte d'une maladie des plus douloureuses; cependant, on ne l'entendit jamais se plaindre, et c'est à peine si Ton pouvoit parvenir à connoître son mal , afin de le soigner. La sainte femme expira à Tâge de quatre-vingts ans , le 24 septembre 1691 *. La lettre que Bossuet écrivit , sous l'impression
^. Les détails qui précèdent sont tirés <*» de Va Lettre cir^ culaire citée plus haut; 2«» de V Abrégé de la vie de la véné'
A MÈRB AGSÉS DE JKSrs - MAWil.
iniinédiale de celte en religion sceiir M;
t, il inadaroe d'Épernon, du Sainl-Sacremeni, qui remplaça la sœur Agnès , comme piieure des Carmélites, est présente à toutes les mémoires. ■ Nous ne la verrons donc plus, celte clière mère, nous n'entendrons plus de sa bouche ces paroles que la charité , que la foi , que la |irudence dictoîent toutes et rendoient si dignei d'être écoutées'...- »
L'illustre évoque a souvent piononcé, devanl les grands de la terre, des oraisons funèbres qui resteront un étemel sujet d'admiration; il n'i jamais lien écrit de plus touchant que cette lettre de quelques lignes à une modeste religieuse sur la mort de la mèra Agnès,
rable mire Agnès de Jésn ■c trouve i U sulU de ]p de La mlciu d'Èp^nur.
abU laur di FM nélilt,pitVtbbHl
Ami de madame de Sévigné, de Bossuet, de I*abbé de Rancé , favorablement traité de Louis XIV pendant de longues années traversées pourtant par plusieurs disgrâces attribuées à la malveillance de Louvois, le maréchal Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, se distingue, dans la brillante galerie de portraits du dix-septième siècle , par une physionomie propre et des traits particuliei*s. Ne en 1630, il eut pour précepteur, dit le P. Bouhours *, le traducteur de la Pharsale, a M. de Brebeuf, si fameux par ses ouvrages d'esprit, et encore plus recommaudable par la droiture de son âme. » A quinze ans , le marquis de Bellefonds étoit capitaine au
h . La Fie de madame de Bellefonds , supérieure et fondairice du monastère des Bénédictines de Rouen ^ par le P. Bouhours. Paris, 1686, in-8, p. 37.
régiment de Piémont, et le 1 0 mai 1 651 , c'està-dire à l'âge de vingt et un ans, il étoit fait
maréchal de camp. Peu de carrières militaires commencèrent, on le voit, d'une manière plus brillante. En 1656, au siège de Valenciennes, il passa, dit Bussy-Rabutin, T Escaut à la nage et faillit s'y noyer*. Deux ans après, il levoit, à ses frais, im régiment de cavalerie. Brillant, spirituel, plein de feu, figurant dans tous les ballets et dans toutes les fêtes, il remporta un prix dans le célèbre carrousel de 1662. Employé en 1667 à Tarmée de Flandre sous les ordres de Turenne et du Roi, nommé lieutenant général en 1668, il fut fait maréchal le '8 juillet de la même année, à IMge de trente-huit ans*. En même temps, le marquis de Bellefonds étoit un des plus brillans et des plus magnifiques seigneurs de la cour, a M. le Grand et le maréchal de Bellefonds, écrivoit madame de Sévigné, le 26 novembre 1609, courent Umdi dans le bois de Boulogne, sur des chevaux viles comme des éclairs ; il y a trois mille pistoles de
i. Mémoires ; t, l\ , -p 13.