DE LA YALLIERE. XLI
fort bien. Les juste-au-corps lui cachoient la gorge, qu'elle avoit fort maigre, et les cravates la faisoieat paroître plus grasse. Elle faisoit des mines fort spirituelles , et les connroisseurs disent qu'elle avoit peu d'esprit. » Enfin, la princesse Palatine, qui ignoroit les nuances et l'art de feindre, a dit à son tour * : « Ses regards avoient un charme qu'on ne peut décrire; elle avoit une taille fine, mais de vilaines dents, ses yeux me paroissoient plus beaux que ceux de madame de Montespan ; tout son maintien étoit modeste. Elle boitoit légèrement, mais cela ne lui alloit pas mal ^. »
Dans cette ieune cour toute vouée aux — i^ — j —
i . Correspondance complète ; t. II, p. 91 . (Édition G. Bninet.)
2 . On vient de voir les portraits à la plume signés par les maîtres; en voici un autre d'un ton un peu différent , par un pamphlétaire anonyme : a II faut un peu dire comment est faite une personne qui a si fortement pris le cœur d'un roi si lier et si superbe. Elle est d'une taille médiocre, fort menue; elle ne marche pas de hon air, à cause qu'elle boite ; elle est blonde
XLIT LA DUCHESSE
pl^iiiirfii nnfl fille de dix-sept^ gifii an*"" [7^cleuse, aimable et tendre que Tétoit mademoiselle de La Vallièie , devoit faire battre plus d'un cœur. Un jennp Ynii]ÎRtrP Hj» T.onîft7f lYj TinuiMiii 1I1 Prirnnr^ riyrnntr qu'elle lui plut et qn'i! Ar^H i^nr Ift point de se déclarer quand il s'flpfr^'^*^ q»^^! avoit un rival, et que rrriynl rînit Ir Rnî Un jnïïF notamment, il proposoit à la jolie fille d'honneur de fiaire faire son portrait en
et blanche, marquée de petite vérole, les yeux bnms; les regards en sont languissans, et quelquefois aussi sont-ils pleins de feu, de joie et d*esprit; la bouche grande'*', assez vermeille, les dents pas belles, poiut de gorge , les bras plats , qui font assez mal juger du reste du corps. Son esprit est brillant, beaucoup de vivacité et de feu. Elle pousse les choses plaisamment, elle a beaucoup de solidité , et même du savoir, sachant presque toutes les histoires du monde ;
■ * On a cru, d'après ce passage , que c'est de mademoiselle de La Vallière qu'il s'agissoit clans ce couplet des fameux Alléluia, attribués a Bussy, où il est question a d'un bec amoureux, qui d'une oreille à l'autre va. uM. Paul Boiteaa fait observer avec raison que cette supposition est erronée, attendu que les couplets sont de 4 659. Il croit que l'allusion s'adresse à la nièce de Mazarin, Mane Mancini.
DE UL YAIXIEKB.
Madeleine. — « Non, dit le Roi, qui survint en cet instant, il faut la faire peindre en Diane; elle est trop jeume pomr être peinte en pénitente. » Mademoiselle de Ia Yallière se souvint-elle plus lard de ces prophétiques paroles? Pour de BnenBe, 3 se retira bien vite^ en homine qui avant tout à rester ministre , eut, ajoute-t-il, la bonté de fau
aussi a-t-elle le temps de les lire. Elle a le*
ferme et généreux, désintéi
£lle est siucère et fidèle, ^
rie, et plus capable que personne dn
grand jugement. Elle aime ses arnîs aTcc
inconcevable, et il est certain qu'elle aisa Ir MtÀ
inclination plus d*un an ayant qall la
qu'elle disoit souvent à une amie
qu'il ne fût pas d'un rang si âeré.
la plaisanterie que Ton en fit donna an Boi la
site de la connoître.... s (Le Pafmit Mmyrmi mm. it*
amours de madame de La Vallière. Vmr,
toire amoureuse des Gaules ^ édition Fanl
t. II, p. 34.)
1 . Mémoires de Louis^Henri de Lomémse de publiés par M. Barrière; t. Il, p. 16$; 2* édiitk*
XLIY LÀ DUCHESSE
Un autre ministre, dont, grâce au dévouement de madame de Sévigné, de Pellisson et de La Fontaine, mais surtout à ranimosité de ses accusateurs, le nom est resté populaire, malgré ses déprédations audacieuses, le surintendant Fouquet fut moins habile. H avoit, disoit-on, par la«vertu de ses munificences royales , la clef de toutes les consciences et de tous les cœurs, et payoit trèscher, non-seulement ses bonnes fortunes, mais encore les personnes qui s'y intéressoient. Parmi ces dernières , il y en avoit plusieurs, à la cour même, qui lui rendoient compte de toutes les intrigues qui s'y passoient et qu'elles pouvoient apprendre.
Leurs lettres , trouvées plus tard dans ses papiers, existent, et c'est Colbert lui-même qui les a conservées pour suprême vengeance. Ni le ton, ni le style ne donnent du prix à ces caquetages de femmes qui pensent tout haut et écrivent tout ce qu'elles pensçnt. I^a plupart de ces lettres, qui ne sont ni datées, ni signées, paroissent être
DE LA VALLIERE. XLT
de la fin de 1660 au 5 septembre 1661, époque de Tarrestation de Fouquet. Dans ce flux de paroles où l'orthographe et la langue sont cruellement déchirées, la vérité est souvent difficile à rencontrer. Un jour, une des correspondantes anonymes de Fouquet lui écrit : « Mademoiselle de Fouilloux * se mit à me parler de mademoiselle de La Vallière, et pour vous dire le vrai, je vis fort qu'elle enrageoit dé n'être point en sa confidence. Elle croit que le Roi ne fait rien que causer avec Madame, et que lui-même est le premier à en faire des plaisanteries. Je vous dirai pourtant que bien d'autres, qui disent bien le savoir, en parlent d'une autre manière. Elle déclama fort contre mademoiselle de La Vallière, disant que ce n'étoitpas ici son coup d'essai, et qu'elle en avoitfait bien d'autres, et par tout ce qu'elle
1. Mademoiselle Bénigne de Meaux de Fouilloux, fille d'honneur de la Reine. Elle épousa en 1667 le marquis d'Alluye. On la -voit figurer souvent dans les ballets faits pour la cour par Benserade.
XLVI LA DUCHESSE
me dit, je vis bien qu'elle en vouloit faire dire quelque méchant discours au Roi, afin que cela Fen dégoûte. Elle ne me dit pas cela clairement, mais elle m'en dit assez pour la comprendre. Elle dit qu'il n'y avoit rien qu'elle n'eût mis en pratique pour que le Roi en fût amoureux, et que si d'autres avoient voulu faire la moitié des avances, elle ne l'auroit pas eu. L'on ne sait ce qu'elle entend par là, mais pourtant elle me dit toujours que le Roi n'en étoit point amoureux, qu'elle croyoit bien que s'il en pouvoit faire quelque chose, il le feroit comme bien d'autres*. »♦
Mademoiselle de Fouilloux étoit une des maîtresses de Fouquet * . Vouloit-elle , à cause des avantages qu'elle en retiroit, remplir ce rôle le plus longtemps ppssi-
1 . Bibl. imp. Mss. Armoires de Baluze; vol. CXL1X. Papiers de Fouquet, 1. 1, p. 44.
2. On lit dans une des leUres à Fouqqet : c Mademoiselle de Fouilloux me dit qu'elle ne pouvoit aller vous parler aujourd'hui, parce qu'elle est obligée d'aller avec Madame à la chasse» »