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un précieux journal, Olivier d'Ormesson, fait remarquer, qu'à son retour de Vincennes où elle avoit vécu fort retirée, toujours vêtue dT un manteau de chambre^ mademoiselle de La Vajlière feignit d'être incommodée, et ne sortit plus, recevant le soir, étendue ou couchée, ceux qui alloient jouer chez elle. Ensuite, on cessa de la voir pendant quatre jours. Les fêtes de Noël étant survenues, elle entendit, six jours après sa délivrance , la messe de minuit aux Quinze-Vingts *. « On la trouva fort pâle et changée, dit le conseiller d'Onnesson, et personne ne douta plus qu'elle ne fut accouchée d'un fils*. »
Les nouvelles fêtes de la cour et l'adoration dont elle continuoit à être l'objet firent vite oublier à mademoiselle de La
\ . L'hospice des Quinze-Vingts étoit situé au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue Sainl-Nicaise, tout près du Palais-Royal.
2. Mémoires de mademoiseHe de Montpensier; t. IV, p. 542, appendice. Extrait du Journal d'Olivier d*Or^ messon»
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Vallière lesinqiiiétudes passées. Nul homme, ce semble, n^a jamais dû être plus fier de la destinée que la Providence lui avoit faite et plus véritablement heureux que Liouis XIV, à cette époque de son règne. Pendant que Molière, La Fontaine et Racine dotoient le monde de leurs impérissables cheis-d*œuvre, la France, honorée et respectée de ses voisins, jouissoit avec bonheur des douceurs de la paix et d'une tranquillité tout à la fois active et féconde. Quelques mauvaises récoltes venoient d'affliger les campagnes, mais on espéroit le dédommagement ordinaire d'une année abondante, et d'ailleurs, on se flattoit que, grâce à l'impulsion donnée par Golbert aux manufactures et à la marine, la misère des peuples seroit sensiblement soulagée. Louis XIV, âgé de vingt-six ans ^ plein de force , de santé , s'occupoit avec ardeur de l'administration de son royaume, assistant chaque jour à quelque conseil ^ se faisant lire toutes les dépêches, dictant ses décisions et ses
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ordres sur toutes les affaires. Par malheur, Tardeur qu'il mettoit à remplir son métier de roi^ paraissoit aussi dans ses passions, auxquelles il dounoit, malgré les supplications de sa mère , les larmes de sa femme, el au mépris de la morale, un trop libre cours. D s'étoit fatigué de feindre, même avec la jeune reine, qui, depuis longtemps, passoit ses nuits à Tattendre dans les pleurs, et il lui avoit avoué qu'il aimoit mademoiselle de La Vallière. Débarrassé de toute contrainte par cet aveu, il se crut autorisé, dit madame de Motteville , à rentrer chez la Reine plus tard qu*à l'ordinaire, sans qu'elle osât proférer une plainte. Il lui refusoit en outre de la mener masquée au bal, pour y aller avec sa maîtresse*. Qui songeqit, au surplus, autour de lui, à l'abandon de la Reine? Tous les esprits étoient tournés aux amusemens, aux coméd^ies, et Louis XIV lui-même tenoit, avec Madame, un enfant de Molière sur les
i. Mémoires; t. IV, p. 328 et 340.
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fonts de baptême. Un nouveau ballet liit dansé à la cour en 1664 *, mais le Roi y parut, on sut bientôt pourquoi, sans mademoiselle de La Vallière. Une année sVtoit à peine écoulée depuis qu'elle avoit entendu, « fort pâle et changée, » la messe de minuit aux Quinze-Vingts, et déjà madame Colbert et Boucher, c'est Colbert qui nous 'apprend, étoient mandés de nouveau i l'hôtel Brion. Le 7 janvier 1665, à midi, mademoiselle de La Vallière accoucha, avec le même mystère et dans les mêmes circonstances que la première fois, d'un second fils , qu'on nomma Philippe et qui ne vécut pas'. Toutefois^ les bals. les concerts et les comédies continuoient, entremêlés de chasses brillantes dans les forêts de Saint- Germain , de Fontainebleau et même de Ghambord où Louis XIV alloit souvent. Une
il tes OEutftes Je ilf» de Benserade ; 2* partie, p. 300 : Le9- Amoui's déguisés,
S. Particularités secrètes^ etc. Voir^ à l*appendice| pièce HP 4, p. 206 et 207.
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de ces chasses fut marquée par un gracieux épisode. Partis ensemble, Louis XIV et mademoiselle de La Vallière s'étoient trouvés séparés par accident. Inquiet et impatient, ie Roi écrivit à sa maîtresse, sur le blanc d'une carte. C'étoit un deux de carreau. Mademoiselle de La Yallière prit un deux de cœur et répondit au Roi immédiatement, avec autant de grâce que d'esprit :
Pour m'écrire avec plus de douceur, Il falloit choisir un deux de cœur.
Les carreaux ne sont faits , ce me semble, , Que pour servir Jupiter en courroux. Mais deux cœurs vraiment unis ensemble, Peuveut-iis rien s'annoncer que de doux ' ?
Bensei^ade auroit fait, à coup sûr, des vers d'une mesure plus régulière. Auroit-il mis dans la pensée autant de charme et un sentiment plus exquis ? Tant de douceur et d'amour, que le plus complet désintéresse-
i . Mélanges d'histoire et de littérature ^ par Crawfurt; p. i03, note.
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ment relevoit encore , ajoutoit chaque jour à la passion du Roi. Qu'auroit-il pu refuser à celle qui , pouvant tout sur lui , ne demandoit rien ni pour elle-^même, ni pour les siens*, ni pour ses amis? Cependant, en 1664, elle désira voir les femmes de qualité de la cour. Le Roi pria la Reine mère de ne pas faire obstacle à ce vœu de sa maîtresse, et peu de jours après, il la lui mena. Quand la jeune reine sut que le Roi avoit joué avec madenfioiselle de La Vallièré, Madame et Monsieur, dans la ehaifebre d'Anne d'Autriche , « elle en fut , dit madame de Motteviîle , excessivement affligée*. » Un autre jour, à Chambord, made-
1. Uii parent de mademoiselle de La Vallièré, Gilles de La Baume Le Blanc, fut pourtant nommé évéque de Nantes, le 12 juin 1668. On voit dans la Gazette de France du 31 juillet 1677 qu'il se démit de ses fonctions à cette époque.
2. Mémoires, t. IV, p. 351 et 358. — Veut-on savoir quelles étoient les impressions de la classe moyenne des provinces sur ces intrigues amoureuses de la cour ? Un bourgeois de Reims , Oudart
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moiselle de La Vallière exprima, dit-on, un autre désir qui dut embarrasser beaucoup moins le Roi. On sait que, dans un de ses momens de tristesse et d'ennui, François P' avoit écrit sur le vitrail d'un cabinet , près de la chapelle, avec la pointe d'un brillant qu'il portoit au doigt, ces deux vers si connus :
00uocnt femme varie, iRûl l)abil (\xù 0'p fie.
D'après une tradition locale, mademoiselle de La Vallière demanda le sacrifice de ces vers à Louis XFV, et celui-ci, déjà
Coquaulty a laissé des Mémoires dont M. Louis Paris a publié des extraits dans un joli petit yolame de brbliopbile, intitulé : Bemensiana; in-Z'à; Reims, 1840. -— Oudart Coquault raconte dans ses Mémoires, à la date du mois d'août 1665, qoe les personnes qui avoient été exilées de la cour à cause de la dame Val~ Hère yenoient d'y être rappelées, c pour ôter le scandale qui couroit parmi le peuple pour telle chose frivolle. > — c Cette dame Vallière, ajoute-t-il, est accorte, complaisante, et belle et gaillarde. La Reine
isngagé peut-être dans d^antres auncMus, F'en^resfia de briser le litnil dt^osiuûre des rancunes de Francxxis I*' *.
L» mort d* Anne d^ Autndie , arrÎTée k 20 janvier 1666, délivra Louis XIV de la dcatiière entraTe que ses passions aToient 6U|^née. Les oonsëquenoes ae se firent pas attendre, et elles furent, au point de vne^e la morale^ déplorables pour la monarchie ellemême. L'année diaprés eut lieu le scandale impardonnable de la première légit;iniation d^une fille naturelle du Roi et de mademoiselle de La Vallière, Marie-Anne de Bourbon, née le 2 octobre 1666'. Le comte
«ttt (run naturel assez pesant, de peu d'entretien, joint (jueron dit qu*elle ne parle pas tout à fait bien français. Cestce qui donne cause à toutes ces petites jalousies et distractions que le Roy prend ; mais ce n'est à faire au peuple à parler de leur Roy en mal, touchant de telles frivoles. » Remensîana^ p. 289.
1 . Le château de Chambord, par L. de La Saassaye. 5« édit. Blois, 1847, p. U.
2. Mademoiselle de Montpensier rapporte oe qs •uit au sujet de cet accouchement qui aoroit cm liea
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de Vermandois, qui vint au monde un an^ après, fut légitimé à son tour au mois> de février 1669. Jamais, tant que la Reine mère auroit vécu , Louis XIV n'eut osé faire une insulte pareille à sa femme et aux lois civiles et religieuses. Les fâcheux exemples donnés par Henri IV ne pouvoient être invoqués, même comme excuse. En effet, soixante ans s'étoient passés depuis cette époque, et il s'étoit opéré, dans les mœurs de la France, une révolution , qui, à défaut du cri de sa conscience, auroit dû arrêter Louis XIV sur cette pente du bon plaisir où il s'enga-
aa château de Vîneennes. <c J'ai ouï conter bien des fois depuis que, comme elle étoit en mal d'enfant, Madame passa au travers de sa chambre pour aller à la Sainte-Chapelle. Ou cacha Boucher, qui Taccouchoit ; elle dit â Madame : « J*ai la colique que je c me meurs. » Et quaud Madame fut passée, elle dit à Boucher : a Dépéchez-vous ; je veux être accouchée c devant qu'elle ne revienne. » C'étoit un samedi; on joua dans sa chambre jusqu'à minuit. Elle mangea comme les autres à médianoche, avec la tête découverte, tout comme si elle n'eût point accouché le matin. » [Mémoires; t. IV, p. 47.)