‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 38 sur 183 · LXXXII LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

LXXXII LA DUCHESSE

geoit de plus en plus, à mesure que toutes les barrières morales venoient à lui manquer.Weux mois après la légitimation de mademoiselle de Blois , le Roi donna- à mademoiselle de La Vallière les terres de Vaujour et de Saint-Cristophe , situées en Touraine et en Anjou , et par lettres du mois de mai 1667, il les érigea eu duchépairie, avec réversibilité sur mademoiselle de Blois et ses descendansi Le préambule de redit posa en princlpe,'navec une firanchise qui dut paroître étrange aux contemporains de Descartes , de Pascal , de La Bruyère, des maximes empreintes d'un despotisme tout oriental. « Les bienfaits que les rois exercent dans leurs Etats, disoit Louis XIV, étant la marque extérieure du mérite de ceux qui les reçoivent et le plus glorieux éloge des sujets qui en sont honorés, nous avons cru ne pouvoir mieux exprimer, dans le public, Testimctoute particulière que nous faisons de la personne de notre chère et bien-aimée et très-féale

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Louise-Françoise de La Vallière, qu'en loi confiant les plus hauts titres d'honneur qu'une affection très-singulière, excitée dans notre cœur par une infinité de rares perfections , nous a inspirés depuis quelques années en sa faveur. Et, quoique sa modestie se soit souvent opposée au désir que nous avions de l'élever plus tôt dans un rang proportionné à notre estime et à ses bonnes qualités, néanmoins, Taffection que nous avons pour elle et la justice ne nous permettent plus de différer les témoignages de notre reconnoissance pour un mérite qui nous est si connu, ni de refuser plus longtemps à la nature les effets de notre tendresse pour Marie-Anne , notre fille naturelle, dans la pei\onne de sa mère.... » Louis XrV ajoutoit que le don des terres de Vaujour et de Saint-Cristophe , bien que considérables par leurs revenus, seroit incomplet s'il ne le rehaussoit par un titre digne de celle à qui ces terres étoient destinées. Et, comme elle étoii

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issue d'une très-noble et très-ancienne maison, et que ses ancêtres avoient donné, en plusieurs occasions importantes, des marques signalées de leur zèle pour l'État et de leur expérience dans le commandement des j .apmëes. jl la créoit duchesse de La Vallière*. Le bruit courut à cette époque que la faveur dont elle venoit d'être l'objet annoncoit une disgrâce prochaine * . Si cette crainte attrista en effet l'esprit de la nouvelle duchesse*, ce fut pour peu, de temps.

\ . Voir les Lettres in extenso ^ à rappendîce, pièce no 5, p. 208 et suiv, — Louis XIV a dit à ce sajet dans ses Mémoires : a N'étant pas résolu d'aller à rarmée pour y demeurer éloigné de tous les périls, je cms qu'il étoit juste d'assurer à cette enfant (maderaoiselie de Blois) Phonneur de sa naissance, et de donner à la mère un établissement convenable à raffection que j'avois pour elle depuis six ans. s (C8Eii»>r«, t. Il, p. 290.) Qu'objecter à cela?

2. Voir à l'appendice, pièce n** 7, p. 217, la lettre supposée que la ducbesse de La Vallière suroît écrite à madame de Montausier, au sujet de l'érection de Vaujour en ducbé-pairie.

3. Le P. Anselme décrit comme il suit (t. V, p. 25 ) les armes du duché-pairie de Vàu jour-la*

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Un mois après, la Reine et la cour sùivoient le Roi, d'abord à Compiègne, ensuite à Avesnes. Le voyage d'Avesnes tient une place importante dans les Mémoires du temps et fait tache dai^ la vie de la duchesse de La Valllère. Enivrée par la faveur dont le Roi venoit de lui donner un éclatant témoignage, persuadée qu'une destinée

au moins égale étoit réservée à l'enfant qu'elle portoil encore dans son sein, elle eut , un seul jour peut-être , mais c' étoit trop, le tort irréparable de se montrer pu- -bliquement insolente à l'égard de la Reine. En face de la cour et de l'armée, qui avoient les yeux fixés sur elle, la petite violette démentit hautement sa réputation de modestie et de douceur. Comme tant d'autres, le vent de la faveur l'avoit égarée et jetée hors de sa voie. Un témoin oculaire, très-digne de foi, mademoiselle de Mont-

Vallière : Coupé de gueules et d'or, au lion léopardé coupé d'argent et de sable : de France (trois fleurs de lis) à la barre raccourcie de gueules.

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pensier, donne, sur le voyage d^Avesnes et sur les étapes de la cour, des détails précis quil faut bien reproduire. A la Fère, sur le bruit que la duchesse de La Vallière venoit d'arriver. Mademoiselle vit la Reine . « qui pleuroit, qui avoit vomi el qui se trou voit mal. » Madame de La Vallière vint la saluer au moment où elle montoit en voiture. Irritée de tant d'audace, la Reine défendit de lui envoyer à manger; on ne Tosa pas. Toutes les dames de la cour manifestoient leur indignation; mais aucune avec autant de feu que madame de Mon-* tespan. « J'admire, disoit-elle, sa hardiesse de s'oser présenter devant la Reine, de venir avec cette diligence, sans savoir si elle le trouvera bon. Assurément, le Roi ne lui a point mandé de venir. Dieu me garde d'être maîtresse du Roi! Mais si je l'étois, je serois bien honteuse devant la Reine. » Arrivée à Guise, Marie-Thérèse avoit défendu que personne partît avant elle et donné l'ordre aux troupes envoyées pour Taccom-

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pagner de n'escorter qui que ce fiit. Madame de La Yallière marcha donc à la suite pendant quelque temps. « Mais, poursuit Mademoiselle, comme nous fûmes proche du Roi, qu'on le croyoit sur la hauteur, elle fit aller son carrosse à travers les champs et trotter à toute hride. La Reine vit cela, qui vouloit l'envoyer arrêter; cela la mit fort en colère. . . . En arrivant, le Roi fut un moment avec la Reine; puis alla chez madame de La Vallière, qui ne vint point ce soir-là. Le lendemain, elle vint à la messe avec la Reine. Quoique le carrosse fut plein, on se pressa pour lui faire place, et elle dîna avec la Reine. Les dames y mangèrent tout le voyage. On fut deux ou trois jours à Avesnes. Madame de Montespan me laissa jouer; elle logeoit chez madame de Montausier*, dans une de ses chambres , qui étoit proche de la chambre du Roi , et Ton remarqua

1. Julie d^Ângennes, de Rambouillet, mariée en 1645, au duc de Montausier, qui fut nommé en 1668 gouverneur du Dauphin ; morte en 1671.

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qu*à un degré qui étoit entre deux, où Ton ayoit mis une sentinelle à la porte qui donnoit à l'appartement du Roi, on la vint ôter, et elle fut toujours en bas. Le Roi demeuroit souvent tout seul à sa chambre, et madame de Montespan ne suiyoit point la Reine * . »

Madame de Montespan avoit dit, peu de jours auparavant : « Dieu me garde d'être a maîtresse du Roi ! mais, si je rétoîs!,.. » Et déjà son rêve étoit réalisé. On sait d'ailleurs les déférences , les soumissions et les profonds respects de la timide marquise pour la reine Marie-Thérèse.

Soulevons encore, la vérité le veut, un coin du voile qui cachoit aux contemporains les intrigues que Mademoiselle de Montpensier raconte. Quelques jours après, la cour étoit à Notre-Damie-de-Liesse. La Reine, madame de LaVallière etniadame de Montespan y firent leurs dévotions et allèren

i. Mémoires; t. IV, p. 48 et suiv.

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