CXXIV I<A DUCHESSE
sa vie, d'une manière noble et charmante, et qu'elle ëtoit d'une beauté dont tous les assista ns furent surpris.
La sœur Louise de la Miséricorde étoit donc enfin à l'abri des peines que le monde ne lui a voit pas épargnées ; mais elle y avoit laissé sa famille, ses enfans, et c'est par eux qu'elle souffrit désormais. Peu d'années après sou entrée aux Carmélites, elle perdit son frère, à peine âgé de trente-cinq ans*, qu'elle aimoit beaucoup. Préparée à tout, elle sut maîtriser sa douleur au point de ne pas même la laisser paroître. En 1680, mademoiselle de Blois épousa le prince de Conti , et madame de Sévigné alla ikire , à
1. Voir, t. I, p. 193. Madame de Sévigné nous apprend à ce sujet que sœur Louise de la Miséri* corde fit supplier le Roi de conserver le gouvernement de son frère dans la famille, pour acquitter les dettes, ce que le Roi lui accorda en lui mandant que c s'il étoit assez homme de bien pour voir une Carmélite aussi sainte qu'elle, il iroit lui dire lui-même la part qu'il prenoit à la perte qu'elle avoit faite, » (Lettre du 16 octobre 1676)
DE LÀ TÀLLIÈRE. CXXT
cette occasion , son compliment à sœur Louise de la Miséricorde, qui lui apparut comme un ange, « Ce fut à mes yeux, dit-elle, tous les charmes que nous avons vus autrefois; je ne la trouvai ni bouffie, ni jaune; elle est moins maigre et plus contente ; elle a ses mêmes yeux et ses mêmes ] regards : Taustérité, la mauvaise nourriture et le peu de sommeil ne les lui ont point creusés, ni battus. Cet habit si étrange n'ôte rien à sa bonne grâce, ni au bon air\» La princesse de Conti ne fut pas heureuse*, et sa mère eut souvent à prier Dieu de mettre fin à ses désordres. Le comte de Vermandois ne lui causa pas des chagrins moins vifs. Plongé dans une débauche précoce , livré à l'ivrognerie , objet de toutes les colères de Louis XIV, qui, après l'avoir fait amiral de » France à deux ans, refusa longtemps de le /