SIXIÈME RÉFLEXION
Sar l'opposition de la vie du monde à la vie souffrante de Jésus-Christ.
eigneur, apprenezr-moi que cette sorte de vie n'est pas la vie d'une chrétienne, et qu'un Dieu ne s'est pas incarné et n est pas mort pour nous, afin de renfermer notre salut dans une vie molle et si fort selon la prudence des sens et de la chair; que toutes ces vertus morales ne sont d'aucun mérite devant vous, quand elles ne sont pas animées par les mérites et par les vertus de Jésus-Christ ; qu'il ne suffit pas à une pécheresse, pour faire son salut, de réformer simplement sa personne et son extérieur, sans convertir ses inchnadons et son cœur, de haïr le monde sans aimer Dieu, de faire des œuvres de justice sans
en faire de pénitence, enfin, comme dit le Prophète-Roi, de fuir le mal sans opérer le bien.
En même temps donc, ô mon Dieu ! que, par votre grâce, vous déracinez peu à peu, toutes les mauvaises habitudes de mon âme, plantez -y toutes les vertus propres à y faire fructifier l'œuvre de mon salut.
Faites qu'en méditant avec une foi vive tous les mystères de votre vie et de votre mort, mon cœur s'en embrase si fortement que je n'aie plus d'autre amour ni d'autre plaisir qu'à méditer ce que vous avez bien voulu faire et souffi^ir pour l'amour de moi ;
Qu'en considérant un Dieu enfant couché sur la paille et dans une crèche pour renfermer dans la pauvreté de la terre tous les trésors du ciel, je méprise tous ceux qui ne durent que des moments, afin d'acquérir les richesses incorruptibles que la rouille et les vers ne peuvent endommager et qui ne passeront jamais;
28 BKFUBXIOHS
Que celte y'ie cachée où vous avez pris plaisir d'être oublié du inonde, me &sse l)ien aise qu'il m'oublie pour ne m' occuper que de ma seule affaire, qui est celle de mon salut ;
Que ce divin gage de votre amour que vous nous avez bien voulu laisser dans votre précieux sang et votre sacré corps, allant mourir pour nos ofTenses, nie rende digne d*en renouveler souvent la mémoire en moimême par une sainte horreur de la cause de votre mort, je veux dire de tout péché ;
Que le regard d'un Dieu humilié devant Ht'rode et dans sa cour où il n^a jamais vmilu paroître qu'une fois, et pour y être méprisé, me fasse aimer les humiliations et les dt'goùts que vous répandez dans toutes mes voies ;
Que tous ces fouets qui ont déchiré votre aac^i'ée humanité et toutes ces épines qui ont peivé votre précieux chef, pénètreot eu mt^me temps Tendurcissement de mon cœur, et me fassent embrasser une sincère
pénitence, où mon amour pour tous exerce sur moi-même toutes les rigueurs que votre justice exige de moi ;
Enfin, que cette adorable croix où je vous vois, par la douleur et par la mort, consommer Tœuvre de mon salut, soit à jamais mon unique espérance.