DIXIÈME RÉFLEXION
Mon^ement de confiance en Dieu et de défiance de soi-même. Jésus-Christ seul peut affermir la foi d'une âme ^ arrêter ses espérances.
egardez continuellement noies foiblesses et votre bonté en punissant mes crimes , et cette pente naturelle qui me porte toujours au mal, et qui me retient continuellement attachée à la terre. Regardez ma pauvreté et mon inconstance qui fait que je ne puis me fixer dans le bien , et que , malgré toutes les lumières de la foi , je n'ai que des œuvres mortes.
O Dieu ! qui nous aimez beaucoup plus que nous ne nous aimons nous-mêmes, et qui, par une bonté infinie, voulez, en dépit que j'en aie, opérer mon salut, après m'avoir délivrée d'une espérance si criminelle
en vos miséricordes, et qui ne pouvoit m'aider qu'à mourir dans Timpénitence , donnez-m^en une salutaire, qui, attachant toutes mes espérances à vos divins mérites, me les fasse sans cesse regarder conune l'unique objet de ma confiance, et principalement quand ,1e malin esprit, pour me faire tomber dans le désespoir, emploiera«tous ses artifices pour me dérober la vue de vos mérites par celle de mes offenses et de mes foiblesses. Faites-moi donc , ô mon Dieu ! dans les états d^abattement, de ténèbres et de souffrances, vous regarder incessamment tout déchiré de coups et mourant en croix pour mes péchés, afin de croire en pouvoir obtenir le pardon ; et pour m'encourager dans ce laborieux chemin de la croix, où vous avez renfermé mon salut, faites-moi lire continuellement dans vos sacrées plaies quels sont les droits que j'ai , comme une grande pécheresse, d'espérer en vos miséricordes. Que l'espérance de la bienheureuse éternité , et que la certitude immuable de
VOS paroles détournent les yeux de mon âme de toutes les choses vaines et passagères qui si souvent m'empêchent de voir et d'aspirer aux félicités éternelles.
Car vous savez, Seigneur, ce que je suis, le peu de stabilité qu^il y a dans mes meilleurs désirs, et comment les images du inonde effacent toutes les impressions de votre grâce dans mon cœur ;
Combien l'espérance d'un vain plaisir et d'une bagatelle me remplit et m'occupe, et comment les louanges et l'estime du monde me font tourner la tête et m'enivrent de leur filmée.
Enfin, Seigneur, vous connoissez beaucoup mieux que moi-même- combien je suis susceptible du mal, peu ferme dans le bien et jamais dans un état de consistance devant vous.
C'est ce qui fait , Seigneur, que, ne pouvant jamais m' assurer de moi-même , mon cœur se tourne vers vous au jour de son affliction et dans tous ses besoins ; vers vous.
Seigneur, qui êtes sa lumière dans ses plus grandes obscurités, sa douce patience dans ses plus cuisantes douleurs , et sa seule câpérance ici -bas.
Voilà, Seigneur, tous mes mérites et toutes mes richesses, et ce qui me console, quand la vue d'une vie si peu chrédeoDe m'épouvante.
Voilà, Seigneur, tout ce qui me rassure au milieu d'un pays de guerre et de misère, et où mon âme est le théâtre de toutes sortes de passions.
Enfin, voilà ce qui fait que mon cœur est toujours plus rempli d'espoir que de crainte, et qu'il n'a pas tant de peur de votre justice que d'espérance en vos miséricordes.
Ah! mon Dieu, puisque je counois par ma propre expérience que vous soutenez l'âme qui a une véritable espérance en vous, faites-moi recourir à vous dans mes plus dures souffrances , afin que je les reçoive avec respect. Faites-moi croire qu'elles
partent de votre pur amour ; et afin que je les endure avec patience, faites-moi espérer que vous ne permettrez point qu'elles m'accablent, et que vous les ferez finir quand vous le jugerez nécessaire pour l'avantage de mon âme.
Que j'espère fermement, mon Seigneur, que votre grâce me rendra possibles les difficultés qui s'opposent à mon salut dans ma condition ;
Que le règne de mes ennemis passera , que mes souffrances finiront , mais que vos miséricordes sur moi ne passeront jamais , et qu'après avoir combattu sur la terre pour la gloire de votre nom, votre grâce me couronnera dans le ciel ; parce qu'il y a en vous une source de propitiation inépuisable et inconnue à tous les hommes , qui coule sans cesse sur les justes et sur les pécheurs, et qui peut être à toute heure reçue et rejetée des bons et des méchans , afin de tenir les uns et les autres entre l'espérance et la crainte , entre votre miséricorde et votre
justice, dans une continuelle dépendance de votre grâce.
Que je ne sois donc jamais, ô mon Dieu! du nombre de ceux qui la rejettent et que leurs péchés confondront dans le jour éclatant de votre justice , parce que votre miséricorde est infinie et sans bornes, et que j'y ai une confiance sans réserve et sans mesure.
Cependant, Seignem*, puisque la foi, l'espérance et toutes les autres vertus ne sont rien sans la charité ; puisque , quand je pouiTois transporter des montagnes et faire tous les jours des miracles, si je n'aime point Dieu, toutes mes œuvres ne seront que des œuvres réprouvées devant lui, doDnez-moi, comme le troisième et le couronnement de tous vos autres dons, cette charité qui est Tàme de toutes les autres vertus et de toutes nos bonnes actions ; je veux dire, Seigneur, un amour fidèle et fervent, qui ne trouve rien d'impossible pour satisfaire à Tardente soif que je sens de me convertir. •