NEUVIÈME RÉFLEXION
Ne se point flatter dans sa pénitence en suivant là Toie large, mais demander à Dieu continnellemeot miséricorde , et suivre la voie étroite qu'il nous a enseignée Iui-in(}me.
h ! Seigneur, puisqu'il ne me reste plus d'autre voie pour adoucir mon juge et éviter ma sentence de mort que de méjuger moi-même ici-bas ;
Maintenant que je suis dans le tribunal de votre justice pour l'exercer sur moimême; maintenant qu'un repentir sincère et une véritable douleur de vous avoir offensé peuvent apaiser vos vengeances, ne souffrez pas que, pour me flatter trop dans ma pénitence , je vous oblige à me juger une seconde fois et à me punir dans le jour de votre colère.
Seigneur , pendant qu'une étincelle de
Tolre grâce luit encore en mon ànie , qui la fait quelquefois soupirer sur elle-même > conTertissez mon cœur; et, pour me foire coQDoître que vous ayez changé pour moi votre haine en amour, changez en amertume mes plaisirs, et mes prospérités en afflictions, afin que je ne trouve pas dans ma corruption une tranquillité plus funeste que ma misère même.
Car quelle plus dangereuse conversion que celle qui nous trompe et qui, par les maximes d'une morale toute corrompue, damne plus de monde que le péché même?
Quelle plus dangereuse maladie que celle qui nous fait fuir le remède et le médecin, et mourir souvent sans croire être malade ? Enfin , quelle plus dangereuse réforme que celle qui n'en a que les apparences, et qui ne sert qu'à nous tirer du chemin étroit de la vie éternelle, pour nous mettre dans la voie large des pécheurs?
Seigneur, encore une fois, ne me châtiez pas dans votre fureur, ainsi que ces réprou-
vés qui n'auront point voulu avoir de part à vos saintes souffrances, parce qu'ils n^en ont point eu aux misères des hommes.
Attendez, attendez à me corriger que ma conversion soit au moins commencée, et que ma pénitence balance un peu votre justice, afin qu^au lieu de me regarder comme une criminelle qui mérite la mort, vous me considériez comme un enfant à qui vous voulez faire grâce.
Ressouvenez-vous, mon Dieu, que je ne suis qu'un peu de boue et une pauvre nusérable plus propre à exciter votre compassion que votre colère.
Miséricorde ! mon Seigneur , mais une miséricorde proportionnée à la grandeur de mes offenses et de vos infinies miséricordes, qui n'ait point d'autres objets ni d'autres bornes que vos miséricordes mêmes , enfin une miséricorde qui puisse effacer tous mes crimes, et qui soit digne de la miséricorde de Dieu !
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