DOUZIÈME RÉFLEXION
Si une à me a eu dans le monde de l'attache pour les créatures, combien plus en doit-elle avoir pour Dieu après sa conversion !
e souf&ez donc pas, mon Dieu, ^ que j'aie moins de fidélité, de
zèle et de reconnoissance envers vous que j*en aurois envers un ami qui, pour sauver ma vie, m'auroit donné la siouuo, et ajouteroit tous les jours , à tous monu^ns, à ce grand sacrifice de son amour, luillo 01 mille bienfaits.
Qu'il ne soit pas dit que parce que vous êtes un Dieu humble qui vous cachez en nous prostituant vos grâces , et qui ne vous faites retx>nni>ître à mon âme que par vos bieiifiiits« j\*ssayo de vous méconnoître, de douter de vos grâces et de m'aveugler vo-
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lontairement pour ne pas payer à votre justice ce que je dois à vos bontés et à votre amour.
Car est-il juste que je me pique de générosité, et que je me glorifie d'être une amie généreuse et pleine de probité, de tendresse et de gratitude envers mes amis, et qu'il n'y ait que pour mon Dieu que je sois une créature sans foi, sans amitié et sans reconnoissance? Est-il juste que celui qui est mon créateur et à qui je dois tout , n'ait que le reste de sa chétive créature, que de foibles reconnoissances , que d'inconstans désirs, et véritablement que la moindre partie de moi-même ?
Est-il juste que n'ayant jamais rien oublié et ayant toujours trouvé tout possible pour satisfaire à mes passions qui étoient de véritables idolâtries , puisqu'elles n'avoient pour objet que les idoles de la terre, je trouve quelque chose de malaisé ou d'impossible, quand il s'agit de les réparer en vous aimant de tout mon cœur?
Enfin , est-il possible que cette âme que vous n'avez formée que pour être remplie de votre pur amour, après s'être ègaTée mille et mille fois de ses voies y ne veuille pas retourner à sa source , maintenant que la douceur de vos grâces l'y convie et lui aplanit tous les chemins?
Non, Seigneur, cela n'est pas raisonnable, et quelque opposition que je trouve dans la corruption de la nature à me soumettre au doux joug de votre loi , votre amour, plus puissant dans mon cœur que celui du monde, de la créature et de moi-même, m'unira incessanmaeùt à vous par l'immense et douce charité de Jésus-Christ ;
Par cette charité . qui n'a jamais permis que je trouvasse rien dans le cœur de la créature qui pût contenter la délicatesse du mien et de mon amitié ; mais, au contraire, une extrême ingratitude et des dégoûts tout particuliers; pour m'apprendre, par cette sorte de punition , que vous êtes un Dieu tendre et jaloux, et qui me demandez,
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par tant de miséricordes, la restitution de mon cœur, pour réparer tant de larcins et d'infidélités envers vos grâces.
Ah! Seigneur, puisque, pour vous faire oublier tous mes crimes, il ne vous faut que le culte véritable de mon amour et de mon cœiu*, voilà mon cœur tout prêt à vous écouter et à vous obéir, c'est-à-dire à vous aimer et à souffrir, dans les voies les plus dures de votre amour, tout ce que vous lui inspirerez pour votre gloire et pour son salut.