‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 77 sur 183 · TREIZIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

TREIZIÈME RÉFLEXION

Une àme pénitente doit éviter jusqaes aux moîn4^ offenses qui peuvent déplaire à Dieu , et ne pas examiner si elles damnent ou ne damnent pas, de peur que, s'y engageant trop facilement, elle ne retombe dans ses désordres.

ue SI, pour m imposer une peaitence en quelque façon convenable à mes offenses, vous voulez que, par des devoirs indispensables, je reste encore dans le monde pour y souffrir sur ce même échafaud où je vous ai tant offensé ; si vous voulez tirer de mon péi'hé ma punition même, en faisant devenir les bourreaux de mon cœur ceux que j'en uvois fait les idoles : Paratum cor meum^ Deus l paratum cor meum ! Pourvu que vous m'y conserviez, et que les dégoûts que j'y bituH me soient un préservatif suffisant pour

me garantir d'y être empoisonnée par l'air contagieux qu'on y respire incessamment, ma pénitence vous en sera d'autant plus agréable, et à moi plus utile , que j'y aurai moins de goût et de part.

Mais, Seigneur, en me préservant de tous ces crimes qui me rendent aujourd'hui l'objet de vos miséricordes, faites que le péché me déplaise bien plus par sa difformité que parla crainte de vos châtimens; faites que je l'aie en horreur, bien plus par un pur amour pour vous, que par rapport à moimême 5 c'est-à-dire , Seigneur , beaucoup plus parce qu'il vous blesse, que parce qu'il me damne.

Que je ne sois pas toujours, comme la plupart des personnes du monde, avec une balance en main, à peser jusqu'à quel point précisément elles peuvent vous offenser, en ne comptant que les péchés qui damnent, et pour rien ceux qui vous déplaisent.

Cependant, y a-t-il rien de plus criminel, ô mon Dieu! que de dire : « Je sais que

cette action vous déplaît, que cette action où je m'expose est dangereuse, que ce plaisir diminue dans mou cœur le sentiment de votre grâce; en6n, que cette vanité vous est désagréable. Mais, parce que je sais en même temps que vous m'aimez, que vous êtes un 'Dieu tout bon , que vous me pardonnerez, je ne laisserai pas de passer pardessus tout ce que les remords de ma conscience et la délicatesse d'un Dieu jaloux me font sentir. »

Car, n'est-ce pas ainsi, que raisonnent la plupart de ces âmes serviles qui ne font que craindre le diable, et qui n'aiment point Dieu?

Mais qui sait cependant si ce mépris de votre grâce, qu'elles ne comptent que comme une petite offense, ne vous a point blessé jusqu'au vif, et s'il ne deviendra pas la source de leur éternelle réprobation ?

Car le démon , pour nous perdre plus sûrement et nous faire tomber dans les crimes les plus énormes, ne commence ja-

mais à nous tenter que par de petites offen»ses, qui lui donnent entrée dans notre cœur, où il diminue peu à peu la crainte et l'amour de Dieu, pour le rendre, bientôt après, sa proie et sa victime.

Ainsi, qui sait si toutes ces compagnies et toutes ces conversations vaines et molles, qui ne remplissent mon cœur que de désirs frivoles et affoiblissent le sentiment de votre grâce dans moi-même, ne me dégoûteront point à la fin de la simplicité de vos paroles et de l'observation de votre sainte loi?

Qui sait si vous ne vous lasserez point de m'attendre à pénitence, et de voir que vos grâces ne me servent qu'à me rendre plus ingrate et plus criminelle envers vous?

Enfin, qui sait si ce continuel triomphe de la vanité que je prends plaisir à voir incessamment, et toutes ces leçons que j'entends continuellement des maximes du , monde, ne me feront point à la fin oublier celles que votre grâce me faisoit il n'y a que

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trois jours, et toutes les protestations que je vous ai faites, pendant que votre justice me tenoit le poignard sur la gorge, et qu'avec tant de sanglots et tant de larmes je vous criois miséricorde ?

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