DIX-SEPTIÈME RÉFLEXION
Il ne suffit pas, pour conserver la charité qu'on doit avoir pour le prochain , de ne lui pas nuire en sa vie, en son honneur et en ses biens , mais on doit éviter fidèlement les moindres petites railleries et médisances.
mon Dieu ! qui renfermez en vous toute sorte de gloire, de bien , et de délices , embrasez mon cœur de votre charité ; faites-moi goûter la douceur, la volupté et la tendresse de votre amour, afin que ces délices chastes et saintes portent mon àme à
VOUS aimer avec toute retendue de sa volonté et toutes les lumières de son intelligence, qu'elle vous aime aTec une vire et amoureuse douleur de ses inBdélitô passées, et avec tout le respect et le ret gieux tremblement que mérite votre souveraine majesté ; et que cet amour occupant toute la capacité de mon cœur, n^y laisse plus aucun vide, ni aucune ouverture par où rien de profane y puisse trouver accès. Qu'une charité semblable à celle que je désire que vous ayez pour moi, soit toujoun la mesure de la mienne envers mon prochain , que j^aime son âme plus que ma vie , et que rien au monde ne soit jamais capable de surcharger ma conscience de la dépouille de son bien ou de son honneur.
Mais comme l'on ne compte pour quelque chose dans le monde que ces rapines et ces médisances grossières, indignes même d'un honnête païen, et qu'on y compte au contraire pour rien ces bons mots, qui per-
cent le prochain jusqu'au vif, non plus que ces détractions délicates qui, sous un air de raillerie, nous peignent ses défauts et nous l'impriment en ridicule; qu'on y compte enfin pour rien de perdre sa fortune et de déchirer sa réputation, pourvu que ce soit en riant et d'une manière qui fasse rire, et qui nous divertisse ; Seigneur, dessillez mes paupières, et faites-moi connoître que ces péchés que je puis nommer mes péchés favoris, sont d'autant plus désagréables à vos yeux qu'ils plaisent davantage aux yeux des hommes, et qu'ils ne sont proprement que des effets malheureux de mon amour-propre.
Changez en aversion le malheureux plaisir que je trouve à m'y laisser séduire, et faites-moi chérir la peine que je sens à m'en corriger, afin que comme ils ont été si longtemps le sujet de mes égaremens, ils deviennent présentement la source de mes larmes.
Car, n'est-il pas bien juste. Seigneur, que
je pleure des crimes qui m'oot (ait rire souvent aux dépens de mes firères et à propres dépens, puisque ces risées étmc suivies de la mort de mon âme et de perte de mon Dieu ? N ^est-il pas juste ne pouvant vous donner des marques mon amour et de mon repentir en pratil quant de grandes pénitences, je vous donne au moins de ma fidélité en m's tenant de toutes les choses qui peuvent tenter la malignité de mon naturel? que répare, par une retenue qui mortifie m( esprit et nion cœur, les excès d'une langi immortifiée, et qu'en bannissant de m< même toutes les causes par lesquelles jK vous ai tant déplu, je vous rappelle dai mon âme.
Qu'autant de fois donc, ô mon Dieu !
les désirs de plaire au monde, de contenter ma nature dépravée , et de faire estimer les lumières de mon esprit, que ces malignes joies que me fait ressentir le foyer de ma corruption viendront se présenter à
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