DIX-HUITIÈME RÉFLEXION
Il faut demander à Dieu le don de la prière, qui eA le seul moyeu de fortifier une âme dans ses résolutions.
Dieu, qui vous glorifiez d'être un Dieu magnifique envers le serviteur qui 'vous sera fidèle en pea de chose, enrichissez la pauvreté de mon amour par la magnificence du vôtre, ou plutôt recevez-le dans le vaste océan de votre charité, afin qu'il s'y transforme, qu'il s'y perde et qu'il soit toujours conforme au vôtre !
Cependant, comme je reconnois mes impuissances, et que mon âme n'est proprement qu'une terre ingrate et stérile qui, sans votre grâce, ne produira que des chardons, arrosez-la, Seigneur, de cette abondante rosée qui fait germer les fleurs et
éclore les fruits, qui émeut notre volonté, et qui fait agir notre cœur , et qui , après avoir produit dans notre âme des œuvres dignes de pénitence, les défend des ardeurs du soleil, j'entends des flammes de nos convoilises , et les conserve jusqu'à une entière moisson .
C'est la bienheureuse esjJérance et tous les désirs de votre humble servante, et ce qui la console pendant ce dur pèlerinage où elle ne fait plus que languir après votre adorable vision.
Mais afin que ce ne soit pas inutilement et sans correspondre aux mouvemens de votre grâce, afin que ce ne soit pas avec un cœur tiède et qui rejette vos inspirations et vos miséricordes, pendant qu'avec tant de bonté vous les versez dans mon âme, j'élèverai sans cesse mes yeux et mes mains vers le ciel, afin de les attirer en moimême ; et pour les y conserver, je me séparerai de toutes les occasions qui pourroient me les faire perdre, en pratiquant toutes
les bonnes œuvres que votre grâce me rendra capable d'opérer. Et afin que la source de vos miséricordes ne tarisse jamais sur cette pauvre pécheresse, j'y mêlerai journellement les eaux de mes larmes, c'est-àdire. Seigneur, un par&it repentir et uue sincère douleur de vous avoir tant offensé.
Mais comme la prière est le canal par lequel vous communiquez à notre âme vos lumières et vos grâces, et que c'est l'encens le plus doux que nous puissions présenter pour mériter vos bénédictions, enseigneimoi à vous prier, mais à vous prier de cœur, et par des respects et des adorations continuelles de tous mes sens.
Pour cela, ô mon Dieu ! en même temps que vous me montrez la nécessité et l'avantage de la prière, enlevez -moi toute la frayeur que ce seul nom d'oraison nous impose; faites- moi expérimenter que ce n'est pas un rompement de tête, ni un exercice si pénible que plusieurs personnes se le représentent , parce qu'elles ne savent pas que ,
comme il 7 a plusieurs demeures dans votre maison, il y a aussi plusieurs différentes voies par lesquelles nous pouvons communiquer avec vous, et où nous n'avons besoin que de notre cœur.