‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 96 sur 183 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

i j'étois plus humble, je vous laisserois croire que c'est par négligence que je suis encore à m'acquittcr de votre commission ; mais je ne puis' vous cacher l'impossibilité où je suis de rien résoudre sans savoir ce que M. de Valentiné a pour vous aux mains , et sans avoir \in ordre poiu* le retirer. Madame de Valentiné ne sait rien du tout de cette affaire ; elle doit en écrire à son mari. Instruisezmoi du fait; ordonnez, et vous serez obéi. On dit que vous êtes fort satisfait de la vente de votre charge*. Madame de Valen-

J . Le maréchal de Bellefondâ figure, dniis VÉtat lie la France pour 1676 (t. I, p. 35), comme premier

tiné m'a conté le détail de la négociation, et il me paroît que vous devez remercier Dieu de la manière dont tout s'est passé. Il faut croire que vos amis ont fait de leur mieux. Pour moi, qui suis la moins capable, et peut-être la plus zélée, je continuerai toujours à vous donner des marques de mon sincère attachement. J^ai tant d'entie de vous voir et de vous entretenir, que je suis prête à prendre Tenvie que j'en ai pour le pressentiment. Je ne puis plus vous écrire comme j'ai fait par le passé ; mais je sens bien que, dans la conversation, je ne manquerois pas de choses à vous dire.

maître d'bôtel du roi, charge qui lui rapportait 3000 livres. Il fut remplacé , l'année suivante , par. M. Sanguin (État de la France pour 1677, 1. 1, p. 35). M. de Valentiné était, nous Tavons dit plus haut^ contrôleur* général de la maison du roi. Sa liaison et celle de sa femme avec le maréchal de Bellefonds et la duchesse de La Vallière s'expliquent donc tout naturellement. Le maréchal de Bellefonds obtint, en 1680, le brevet de premier écuyer de Madame la Dauphine.

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nous envisager tels que nous sommes. Par* donnez la comparaison ; je sais que mes crimes surpassent de beaucoup les vôtres; mais tout ce qui offense Dieu n'est-il pas criminel ? Jetons les yeux un moment sur la vie du monde ; qu'y verrons-nous qu'un enchaînement déplorable d'erreurs, de folies et de désordres, qui conduit jusqu'à l'oubli du Créateur?

Béni soit à jamais le Pasteur étemel qui est venu chercher ses brebis dans un pays si éloigné des pâturages fertiles où il les veut conduire ! Hâtons-nous , avançons ; je vois briller l'étoile du salut; l'ange du Seigneur m'accompagne, son esprit me guide, sca amour me transporte, je ne tiens plus à la terre; il me semble que la vertu du Tout- Puissant m'enlève. Mais que dis-je, malheureuse? Hélas! à peine j'ai fait un pas, que je retombe accablée sous la chaîne du péché. Et vous croyez marcher trop lentement ! Vous me faites trembler.

Si je voulois vous rendre compte de l'état

OÙ je suis, je ne pourrois vous dire autre chose de moi que ce que vous me mandez de vous-même. Ces distractions continuelles que vous éprouvez , et ces attraits qui vous ramènent sans cesse à la présence de Dieu , sont deux dispositions qui paroissent bien opposées ; mais qui peut nous dire en quel temps nous sommes plus agréables à Dieu ? Que savons-nous si le premier état n'est point une pénitence qui nous est imposée pour satisfaire à toutes nos dissipations passées? Vous avez laissé là, pour plaire à Dieu, tout ce qui peut flatter l'esprit et les sens ; mais prenez garde que l'envie que vous avez d'abandonner les occupations où. voire état vous engage, ne vienne d'une source moins pure, et que ce ne soit pour l'amour de vous-même. Il est bien aisé de quitter de pareils soins, quand on en a abandonné tant d'autres qui sont si sensibles. Quelquefois ce que* nous croyons nous être le plus utile, est ce qui nous nuit davantage. Aveugles que nous sommes, est-ce à nous de vouloir

pénétrer les desseins de la divine Providence? O abîmçs de richesses ! ô profondeur de sagesse et de science ! Que vos jugemens , ô mon Dieu ! scmt incompréhensibles ! Laissons-nous conduire sans vouloir choisir le chemin. Abandonnons à Dieu le soin de nos intérêts et ne pensons qu'à Tainier. S'il demande beaucoup de nous, le Seigneur est magnifique dans ses dons ; c'est pour nous le rendre au centuple. Aimons, aimons Dieu de toute notre âme et ne nous mettons point en peine du reste. Avec ces

sentimens , tout nous paroîtra facile ; nous

recevrons avec la même joie la sécheresse et l'abondance, le repos et le travail. Dans quelque état que nous soyons , présentonsnous avec une humble confiance. Tout est grand devant Dieu, quand la charité conduit. Marchons avec courage; si le Seigneur est pour nous, qu'avons-nous à redouter? '

DE ■ELLEFOIVDS.

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