DES CAUSES ET DU DIAGNOSTIC
Le sujet que nous nous proposons d’étudier est trop vaste pour que nous osions en entreprendre une description complète. Nous appellerons surtout l’attention sur les causes de la névralgie lombo-abdominale, sur les moyens de la reconnaître, et sur les erreurs de diagnostic dont elle est tous les jours la source. Nous ne pourrons qu’effleurer les symptômes et le traitement.
Beaucoup d’auteurs ont écrit sur ce sujet, plusieurs d’entre eux ont vu les rapports qu’affecte cette névralgie avec les maladies de certains viscères; mais ils n’ont pas vu la fréquence avec laquelle se montre la névralgie lombo-abdominale symptomatique des lésions viscérales, ou s’ils l’ont vue, ils n’y ont pas assez insisté. Depuis longtemps notre attention était éveillée sur ce sujet, et c’est après avoir vu beaucoup de malades, après avoir longtemps médité, que nous avons écrit ces pages pour lesquelles nous demandons toute l’indulgence de nos juges.
Les observations que nous avons pu recueillir depuis plusieurs années sont très-nombreuses. On rencontre à chaque pas la névralgie lombo-abdominale, soit à l’hôpital, soit en ville. Il suffit d’apporter la moindre attention à l’examen des malades pour se convaincre de la vérité de ce que nous avançons. C’est la grande fréquence de cette névralgie et le défaut de place qui nous font renoncer à l’idée que nous avions eue d’abord de citer avec détail nos observations.
Définition.
Qu’est-ce que la névralgie lombo-abdominale?
C’est une douleur, comme l’indique le mot névralgie (vsupov, nerf; <xk yoç, douleur), siégeant sur le trajet d’un ou de plusieurs des nerfs rachidiens qui descendent obliquement de la région lombaire vers la partie inférieuie de la paroi abdominale.
Division.
Il s’en faut que celte douleur soit la même dans tous
les cas et chez les divers individus.
Les différences qu’elle présente nous forcent à établir
des divisions qu’il sera très-utile d’avoir présentes à l’esprit, lorsque le médecin ou le chirurgien voudra intervenir.
1“ 11 faut, avant tout, bien distinguer la névralgie lombo-abdominale chez l'homme et chez la femme.
2® Celte névralgie, dans les deux sexes, est symptomatique (presque constamment), ou idiopathique , si elle existe (ce qui est très-douteux).
3° Selon les points les plus douloureux qu’elle présente, on lui donne les noms de : 1° lombaire , 2° scrolale, 3° vulvaire , h° utérine.
Ces variétés se rencontrent ou isolées, ou combinées. Elles peuvent se succéder chez le même individu d’un moment à l’autre.
Quelques remarques anatomiques et physiologiques sur les liens qui unissent certains viscères aux nerfs de la vie animale.
Nous montrerons, en étudiant les causes de cette maladie, la fréquence extrême des altérations anatomiques ou physiologiques des organes contenus dans le petit bassin , chez la femme surtout, qui coïncident avec elle. Nous ferons voir que la névralgie lombo-abdominale est le plus souvent pour le médecin un avertissement, et que pour guérir celte douleur il ne doit pas s’adresser à ellemême, si ce n’est dans des cas rares, mais à un organe voisin, à un organe dont le système nerveux est en relation avec les nerfs lombaires en souffrance, par quelques filets de communication.
Mais, dira-t-on, pourquoi n’esl-ce pas l’organe malade lui-même qui est le siège de la douleur, puisqu'il possède des nerfs? Pourquoi un nerf du voisinage qui ne lui appartient pas se charge-t-il d’exprimer par ses plaintes douloureuses l’état maladif de cet organe?
La réponse est facile. D’abord, s’il est vrai de dire que les viscères du petit bassin, le rectum, la vessie, l’utérus, etc., possèdent des filets nerveux môme abondants, il faut reconnaître aussi que ces nerfs appartiennent en grande partie au système nerveux du grand sympathique. Or, tout le monde connaît la presque insensibilité de ce nerf. Cette presque insensibilité, jointe à la lenteur des mouvements des organes contractiles animés par ce nerf, constitue un de ses principaux caractères.
Pour nous faire comprendre, nous rappellerons en deux mots la distribution des nerfs dans les organes de la cavité abdominale et dans les organes du petit bassin en rapport avec les nerfs lombaires. L’estomac, l’intestin grêle, le gros intestin (portion abdominale), le foie, le pancréas, la rate et le rein reçoivent leurs nerfs du grand sympathique, qui accompagne les artères de ces organes pour aller se terminer dans leur épaisseur. Tout le monde connaît le peu de sensibilité de ces organes. Dans le petit bassin, la portion terminale du gros intestin, la matrice, la vessie, l’extrémité supérieure du vagin, les reçoivent du môme système nerveux ; mais ici quelques filets des nerfs sacrés sont mélangés aux nerfs sympathiques. Or, les nerfs sacrés appartiennent au système nerveux cérébro-spinal, ou de la vie animale. Les viscères sont donc sensibles? Peu, car ces filets nerveux venant de la 3e et de la û° paire sacrée, sont en très-petit nombre, et la sensibilité qu’ils donnent au contenu du petit bassin ne peut en rien être comparée à celle dont sont douées les parties animées uniquement par le système nerveux cérébro-spinal.
Ce qui induit en erreur sur la sensibilité de ces viscères, c’est l’abondance de nerfs sensitifs, qui sont placés à l’extrémité des organes creux du petit bassin. En effet,
l’anus qui termine le rectum possède un grand nombre de filets nerveux émanant du plexus sacré. Le vagin présente, à son extrémité inférieure, des nerfs nombreux provenant du nerf honteux interne, branche du plexus sacré, qui lui donnent une extrême sensibilité. La vulve, vaste surface muqueuse placée à l’extrémité du vagin, et qui peut en être considérée comme l’épanouissement, est riche aussi en nerfs de la vie animale, provenant, comme ceux dont nous venons de parler, du honteux interne, et aussi, en partie, des derniers nerfs lombaires. Enfin, le canal de l’urèthre et son extrémité renflée, le gland, reçoivent aussi les nerfs du plexus sacré. Nous répétons que cette sensibilité exquise du périnée et du pourtour des orifices qui y sont placés, a fortement contribué à faire considérer comme très-sensibles les organes du petit bassin. Et, pour donner une preuve évidente de ce que nous avançons, nous dirons : Vous n’avez qu’à examiner une femme atteinte d'une maladie de matrice ou de tout autre, viscère avoisinant; demandez à celte femme où elle souffre : elle sait bien que sa matrice est placée dans la région du bas-ventre, et, malgré cela, elle vous répondra sans hésitation aucune : je souffre dans les reins, je souffre dans le pli de l’aine, je souffre dans la cuisse; et, en effet, elle pourra accuser des douleurs dans un de ces points ou dans tous ces points à la fois. En voulez-vous une autre preuve? Ne savez-vous pas qu’une lésion organique du rectum, que le cancer du rectum, en un mot, n’est pas toujours reconnu par des symptômes locaux, surtout s’il n’avoisine pas l’anus, mais bien par une névralgie sciatique le plus souvent double. Pourquoi?
C’est ce que nous dirons bientôt; mais, auparavant, qu’on nous permette de faire remarquer que cette névral-
gie sciatique, qui est l’expression du cancer du rectum, est exactement comparable à la névralgie lombo-abdominale, qui sera l’expression d’un cancer de la matrice, d’une inflammation de cet organe et de tant d’autres altérations que nous aurons soin d’indiquer plus tard.
Si les nerfs de la vie animale manifestent par leurs cris les maladies silencieuses des viscères, c’est qu’entre eux et ces viscères il existe des voies de communication. Le nerf du grand sympathique qui les anime s’anastomose en effet sur plusieurs points avec ceux de la vie animale, et il est facile de le démontrer pour chacun d’eux en particulier. Non, ne parlons pas de la névralgie intercostale et des maladies des organes du thorax qu’elle accompagne, nous ne voulons nous occuper que de la névralgie lombo-abdominale.
Les nerfs qui vont au rein s’anastomosent au niveau de la deuxième vertèbre lombaire avec le premier et le deuxième nerf lombaire, par plusieurs filets.
La vessie et la prostate reçoivent leurs nerfs du plexus hypogastrique, plexus forme par 1 anastomose des nerfs sympathiques et des nerfs sacrés ; on comprend donc une communication facile entre les nerfs de ces organes et les branches collatérales et terminale du plexus sacré , qui se distribuent au pourtour du bassin, ainsi qu à toute l’étendue du membre inférieur.
Le testicule reçoit des nerfs sympathiques qui accompagnent l’artère spermatique, et des nerfs qui accompagnent le canal déférent. Or, les premiers se sont déjà 0 . , anastomosés avec les nerfs lombaires correspondant a
l’origine de l’artère spermatique, et ceux qui accompagnent le canal déférent viennent du plexus hypogastrique
qui renferme, comme nous l’avons déjà dit, des nerfs de la vie animale, les nerfs sacrés.
Les vésicules séminales reçoivent aussi du même plexus hypogastrique, donc elles doivent posséder quelques filets des nerfs sacrés, qui les met en rapport avec les branches du plexus sacré.
Chez la femme, ces anastomoses nerveuses existent aussi, et elles sont ici d’une grande importance, si l’on considère la grande fréquence des affections des organes génitaux internes.
L’ovaire, qui est chargé de produire l’œuf, la trompe de porter cet œuf dans l’utérus, et l'utérus de le conserver dans son sein pendant neuf mois, sont animés par des nerfs du grand sympathique, qui accompagnent l’artère utéro-ovarienne. Mais à leur origine ces nerfs s’anastomosent avec le premier et le deuxième nerf lombaire par plusieurs filaments.
Le col cle l’utérus, qui a fort peu de nerfs, les reçoit du plexus hypogastrique dans lequel nous avons déjà vu la présence de filets appartenant au plexus sacré.
Le vagin , dans ses deux tiers postérieurs, reçoit les nerfs de la même source du plexus hypogastrique.
Il nous semblequ’il est maintenant facile de comprendre comment les maladies des organes que nous venons d’indiquer se manifestent par l’intermédiaire des nerfs de la vie animale. Nous comprenons^sans peine qu’une maladie du rein, cancer, inflammation, calcul, etc., donne naissance à une névralgie lombo-abdominale. Si le rein ressentait assez sa maladie, il serait douloureux, il se plaindrait lui-même; mais il est dépourvu d’une sensibilité suffisante, et le nerf sensitif, son voisin, son satellite, se charge d’avertir le malade. On peut même dire que celte
douleur est une prévision de la nature. En effet, si elle n’existait pas, le malade n’aurait pas conscience de sa maladie, il ne la connaîtrait qu’à un degré très-avancé, lorsque la fonction de l’organe malade serait complètement altérée, et à ce moment peut-être il serait trop tard.
Par l’intermédiaire des nerfs lombaires qui proviennent de la moelle épinière et qui ont reçu les anastomoses du grand sympathique, la moelle est influencé quelquefois, et tellement influencée qu’on voit parfois des maladies des reins, de l’utérus et des autres organes dont nous avons indiqué les anastomoses, déterminer des paralysies des membres inférieurs (paraplégie). Ces paralysies sont plus fréquentes qu’on ne le croit généralement, et souvent on pourrait les guérir indireclemenlen traitant l'organe malade, utérus, ovaire, etc.
Les mêmes réflexions s’appliquent aux maladies de la vessie et de la prostate, seulement les anastomoses sont ici différentes, et au lieu de déterminer à la névralgie lombo-abdominale comme les maladies du rein, elles donnent lieu le plus souvent à des névralgies anales, sciatiques, scrotales, en un mol, à des douleurs siégeant dans tous les nerfs du pourtour du bassin et des membres inférieurs. Elles donnent lieu aussi quelquefois aux paraplégies réflexes par le même mécanisme que dans le cas précédent. Rarement elles donnent lieu à la névralgie lombo-abdominale; dans ce cas, on peut expliquer celte névralgie par l’anastomose des deux premiers nerfs lombaires avec le plexus lombo-aortique, au moment où celui-ci descend le long de l’artère- aorte pour se bifurquer et se jeter dans les deux plexus hypogastriques.
De la même manière, les affections des testicules donnent souvent naissance à la névralgie lombo-abdominale,
et il n’est pas rare de voir des hommes porteurs d’orchite chronique, de varicocèle surtout, etc., etc., se plaindre d’une douleur lombaire ou d une douleur dans le pli de l’aine. Ils vont trouver leur médecin qui croit souvent à un rhumatisme. N’est-il pas plus simple d’examiner les organes génitaux et de traiter directement l’orchite, la varicocèle? Nous avons vu plusieurs fois des douleurs atroces des régions lombaire et inguinale chez des hommes atteinlsde varicocèle, céder du jour au lendemain à l’usage d’un simple suspensoir.
Les pertes séminales involontaires, la spermatorrhée, donnent lieu à des symptômes qui trouvent une explication analogue. Par ces anastomoses nerveuses on comprend que des névralgies anales, sacrées, fessières, sciatiques, que des paraplégies réflexes peuvent être symptomatiques de cette maladie.
N’esl-ce pas de cette manière que survient la paraplégie suite de masturbation?
C’est surtout chez la femme qu’on rencontre fréquemment lanévralgie lombo-abdominaleetlesaulresnévralgies dont nous avons parlé. N’est-il pas facile d’expliquer leur existence? En effet, considérez les nerfs de l’utérus, vous les voyez s’anastomoser au niveau du col avec le plexus sacré, et affecter des rapports avec le nerf sciatique elles nerfs qui entourent le bassin; vous les voyez s’anastomoser avec les premiers nerfs lombaires, et par l’intermédiaire de tous ces nerfs vous voyez un rapport entre les nerfs de la matrice et la moelle épinière. Aussi, vous apercevez déjà se dérouler devant vos yeux les douleurs parfois atroces de la sciatique, les douleurs lérébrantes de la région sacrée, les douleurs de la fesse, les douleurs de 1 anus, de la vulve, la névralgie lombo-abdominale, et
même des paraplégies. 11 n’est rien de plus commun que de voir ces douleurs isolées ou réunies chez les femmes, et si vous êtes consultés pour des douleurs de ce genre, rappelez-vous que l’utérus doit être malade, et si ce n’est pas lui, l’exception est assez rare, ce sera l’ovaire, la trompe, etc.
Nous pourrions montrer jusqu’à l’évidence la vérité de ce que nous avançons ici. A l’état normal, quand l’utérus sort de ses conditions ordinaires, on voit se développer la névralgie lombo-abdominale. Ne savez-vous pas qu’un grand nombre de femmes se plaignent de douleurs de rein et de douleurs au pli de l’aine à l’approche et au moment des règles? La femme qui accouche ne se plaint-elle pas de douleurs dans les mêmes régions? Eh bien ! cette douleur n’est qu'une névralgie lombo-abdominale qui s’est développée, non pas sous l’influence d’une maladie, mais sous l’influence d’une modification physiologique de l’utérus. A l’époque de la menstruation, le sang afflue vers l’utérus, le congestionne, le fait augmenter de volume; s’il était sensible, il deviendrait douloureux. Pendant l’accouchement, ce sont les contractions utérines qui déterminent l’acuité de ces douleurs qu’on remarque aussi, mais moins vives, dans l’intervalle des contractions ; et cela est si vrai, qu’il est ordinaire de dire, en obstétrique, contraction pour douleur et douleur pour contraction. Examinez ces femmes et vous trouverez chez elles les points douloureux de la névralgie lombo-abdominale.
D’autres névralgies moins communes sont aussi produites par les lésions de ces viscères. On voit, en effet bon nombre de femmes accuser des douleurs à la partie antérieure des cuisses, quelquefois à la partie interne, ce sont là des névralgies du nerf crural et du nerf obtura-
leur ; le nerf génito-crural et le fémoro-culané, lous branches du plexus lombaire, peuvent aussi être affectés. En effet, le plexus lombo-aortique, en descendant le long de Tarière-aorte vers le plexus hypogastrique, s’anastomose avec les nerfs lombaires qui concourent à la formation du plexus lombaire.
Par une explication analogue, il nous semble démontré que la douleur de la fosse iliaque qu’on rencontre dans la fièvre typhoïde n’est autre qu’une névralgie lombo-abdominale, symptomatique de l’altération de l’extrémité inférieure de l’intestin grêle. Nous avons remarqué, en effet, que l’intensité de celte douleur est, d’une manière générale, en raison directe de la profondeur des lésions des follicules clos isolés ou agminés de l’intestin grêle.
Causes.
I,a névralgie lombo-abdominale se rencontre beaucoup plus fréquemment chez la femme.
Elle se montre chez elle surtout depuis l’époque de la première menstruation jusqu’à l’époque delà ménopause. Dans l’enfance, elle est presque inconnue; mais dans la vieillesse, elle n’est pas très-rare. Nous verrons, en effet, qu’après la ménopause la femme conserve souvent des lésions diverses de l’utérus qui déterminent des douleurs réflexes dans les nerfs lombaires. Chez l’homme, elle se montre principalement aussi dans l’àge adulte.
Aucun tempérament, aucune constitution ne sont à l’abri de cette douleur. Cependant il est certain qu’une constitution débile, un tempérament nerveux y prédis-
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posent. Il faut se rappeler aussi que beaucoup de femmes ne deviennent nerveuses et débiles que consécutivement à l’alTection dont la névralgie lombo-abdominale n’est que le symptôme, et ne pas prendre l’effet de la maladie pour la cause.
Le retour fréquent de cette névralgie n’étonne point, ear elle est presque toujours symptomatique de maladies qui persistent ordinairement pendant un certain temps, et qui sont sujettes aux rechutes et aux récidives.
Les causes les plus fréquentes doivent ôlre recherchées dans la chloro-anémie, ainsi que dans les maladies des organes qui sont contenus dans la cavité abdominale et dans la cavité pelvienne.
1° La chloro-anémie, maladie de la femme, est caractérisée par la diminution des globules du sang et par une prédominance de symptômes nerveux très-variés. Parmi les symptômes nerveux qui se manifestent, on trouve des névralgies nombreuses : névralgies faciale, intercostale, lombo-abdominale, etc. Ces douleurs ont pour caractère essentiel la mobilité. Vous verrez fréquemment des femmes qui se plaignent de douleurs dans le dos et dans le côté ; le lendemain vous serez étonné de voir ces douleurs remplacées par une névralgie de la face, par une migraine ou par une névralgie lombo-abdominale. Pourquoi celte mobilité? C’est ce qui est difficile à expliquer. Souvent une légère cause suffit : un refroidissement, un coup, une émotion déterminent le déplacement d’une douleur névralgique. Qui ne connaît l’aphorisme d’Hippocrate : Sanguis moderalur nervorum (le sang réprime les nerfs)? On le trouve écrit à chaque page et dans tous les livres. On ne saurait assez le répéter, et tous les jours chaque médecin, chaque chirurgien en reconnaît la vérité.
Nous savons tous, en effet, que si nous donnons des toniques et des ferrugineux à une femme chloro-anémique, nous réparons le sang pauvre de cette malade, et consécutivement nous faisons disparaître ces symptômes qui se manifestent du côté du système nerveux : névralgies de toutes sortes, névroses de l’intelligence, du sentiment, du mouvement, etc. Celte action du sang sur le système nerveux, qui n’a pas besoin de démonstration, est quelquefois immédiate et surprenante, lorsque le sujet se trouve dans des conditions particulières. Qu’on aille à la Salpêtrière visiter les services d’aliénées, on trouvera là beaucoup de jeunes femmes assises dans un coin, regardant la terre, avares de mouvements, passant des semaines sans prendre aucune nourriture : ce sont là des mélancoliques qui n’ont pas toutes, bien s’en faut, la même idée triste. Nous ne voulons pas empiéter sur le domaine de l’aliénation mentale, mais nous dirons seulement aux médecins aliénistes : Dans un grand nombre de cas, ces aberrations de l’esprit humain reconnaissent pour cause la chloro-anémie; et, pour parler un langage vulgaire, le sang de ces malades est trop pauvre. En réparant ce sang, les fonctions du système nerveux se rétabliront. Ce que nous disons de cette forme d’aliénation mentale s’applique aussi à la manie et à un grand nombre de délires partiels. Mais nous ne voulons pas aller trop loin sur ce terrain. — Nous disions il y a un instant que l’action des toniques, des reconstituants, est souvent immédiate; il nous est arrivé maintes fois de voir certains délires céder momentanément à l’ingestion d’un bouillon, d’une côtelette. Un fait très-concluant est en ce moment présent à nos yeux.
Vers le milieu de l’année 18G2, il entre une femme