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qui restaient avaient l'intention évidente de conserver leurs rentes, et on ne pouvait considérer comme partants que ceux qui vendaient dans le moment. Or, il n'y a eu que 12 à i5 millions de rentes vendues, c'est-àdire, qu'il n'y a eu qu'un neuvième ou un douzième des rentiers qui , mécontents de la réduction et espérant mieux ailleurs, ont songé à quitter la- Bourse pour aller chercher un sort plus avantageux.
On avait donc eu raison d'imaginer que, vu
/les avantages du placement et l'opinion qu'on
I s'en formait, le remboursement à exécuter se-
m rait peu considérable. L'opération devenait
■ alors fort simple; elle pouvait s'exécuter en
Aune seule fois, en peu de temps, à peu de
w frais, et avec peu de déplacement et de péril.
y Pourquoi donc alors diviser l'opération en plu-
| sieurs parts, et faire à diverses fois ce qu'on
pouvait faire si vite , et si sûrement en une
seule?
Un remboursement successif au moyen d'un emprunt successif, ne pouvait avoir qu'un objet ; c'était de ne pas renvoyer tous les rentiers à la fois , pour leur donner le temps de chercher d'autres placements , et de leur fournir
successivement l'occasion de quitter tous, ou presque tous, la rente. Ou le remboursement successif avait ce but, ou il n'en avait aucun. Il supposait donc en trois, quatre ou cinq années, un emprunt intégral de deux milliards huit cents millions. Il supposait que , lorsque les capitalistes actuels familiarisés avec la rente, avec ses mouvements, avec ses avantages, y avaient renoncé, d'autres qui ne la connaissaient et ne l'aimaient pas encore, viendraient la recueillir des mains des mécontents; et cet emprunt énorme on le livrait à tous les hasards de l'avenir, et on prolongeait ce terrible problême pendant trois, quatre ou cinq années.
Ensuite , de quel droit diviser les rentiers en plusieurs classes, et leur dire : vous, vous pe™ drez un cinquième de votre revenu, dès au- ^ jourd'hui; et vous, vous conserverez ce cinquième, pendant quatre ou cinq années de plus, fît-on cette distinction au sort, comme je l'ai déjà dit, en aurait-elle été plus juste? Mais allons plus loin. Supposez que des circonstances imprévues, dont il ne faut jamais nier la possibilité, survinssent au milieu de
ces emprunts successifs , que le troisième , te quatrième , le cinquième devinssent impossibles pour un temps, il en serait résulté que la perte d'un cinquième eût été instantanée pour les uns , et indéfiniment ajournée pour les autres.
De plus, ce déplacement de deux milliards huit cents millions qui auraient quitté une occupation pour en chercher une autre , et qui auraient dû être suivis de deux autres milliards huit cents millions venant les remplacer, et quittant eux-mêmes leurs précédentes occupations, ce déplacement effrayant aurait dû apporter un trouble désastreux dans l'industrie tout entière, et on ne conçoit pas sans effroi ce mouvement d'une masse aussi énorme ™e capitaux. Mais en supposant cela , le jeu ou la spéculation, qu'on redoute si fort, eût été bien autrement considérable. La spéculation ne peut porter ordinairement que sur la somme de rente déplacée; dans le cas d'un rembour r sèment unique, elle ne pouvait guère porter que sur les ioou i5 millions qui s'étaient vendus; mais ici c'eût été sur les i4o millions de rentes que Ton aurait spéculé dans un terme
donné; et la table de jeu au lieu de porter deux ou trois cents millions, aurait porté deux milliards huit cents millions.
Enfin Faction des compagnies répétée autant de fois qu'il y aurait eu d'emprunts , et aussi difficile pour chaque remboursement partiel qu'elle l'eût été pour le remboursement intégral , l'action des compagnies aurait coûté quatre ou cinq fois davantage, si on avait opéré quatre ou cinq fois différentes.
En un mot, qu'on se figure tout ce que le placement de deux milliards huit cents millions, suppose depuis huit années, de hasards, de mouvements dç fonds, de jeu, de frais, renouvelé à la fois ; tout le crédit du gouvernement à refaire en offrant moins d'avantages aux capitalistes ; une réduction pendante et ne s'exécutant;,qu'à fur et mesure que le crédit se rétablirait, et l'injustice de cette suspension se prolongeant ayec^ cette opération , et on aura une idée exacte du remboursement successif (i).
Mais ici on m'arrête : quoi, me dira- 1 -on,
(i) Un emprunt de 56o millions répété cinq fois dans l'espace de deux ou trois années est une opération impossible dans la situation actuelle des choses. Je ne sais pas
( "4) tous supposez tout cela , vous faites donc le procès de l'opération , vous avouez vous-même que toutes les calamités qu'on lui reproche sont possibles, qu'il n'y a qu'un moyen de les éviter, c'est de forcer les rentiers à rester, et de les y forcer en les surprenant à l'improviste , en les frappant tous à la fois , en un même jour, de manière à les empêcher d'aller ailleurs à cause de leur grand nombre ! Vous avouez que l'opération est désastreuse si elle laisse leur liberté aux rentiers, et qu'elle n'est heureuse , possible , que si elle devient pour eux un vrai guet-à-pens !
Un mot seul va répondre à tout cela.
Moi je ne suppose rien : je pense qu'en donnant beaucoup moins de 5 pour % on accorde encore aux rentiers des avantages supérieurs à ceux que leur offrirait tout autre placement; je pense qu'à peine une petite partie de ces rentiers songerait à se retirer , que par conséquent il serait inutile de vouloir livrer à l'avenir f à ses hasards, ce qu'on pour-
si un état voudrait en courir les hasards ; mais je suis certain qu'il ne trouverait pas pour l'aider une compagnie qui aurait quelque chose à perdre.
( "5 ) rait faire aujourd'hui même , avec moins de frais, de dangers, avec plus de justice et (davantage; c'est parce que je pense tout cela que je veux l'opération prompte et entière; mais ceux qui croient qu'il faudrait donner aux rentiers le temps de se retirer, supposent que ces rentiers trouveraient mieux s'ils en avaient le temps ; que par conséquent une réduction n'est pas possible , ou n'est pas juste , car pour devenir possible il faut qu'elle devienne violente; ceux donc qui pensent ainsi ne devraient pas alors admettre ridée du projet, ils ne devraient pas même proposer un plan, ils devraient tout proscrire, non-seulement l'exécution , mais l'opération même. En effet, il n'y a point de milieu : ou Fon croit que les rentiers , en recevant 5 pour °/ , reçoivent trop , que dans tout autre placement ils n'auraient pas droit d'attendre autant , que par conséquent en les réduisant on fait une chose juste et raisonnable, et qui en éloignera un très -petit nombre, alors il faut agir sur-lechamp, en se procurant les moyens de remplacer tout de suite ce petit nombre de mécontents : ou bien l'on croit qu'une réduction est prématurée, que, dans l'état de l'intérêt,
( n6) les rentiers pourraient trouver mieux , et alors il ne faut pas les placer dans le cas de trouver mieux, et mettre ainsi en question toute la fortune publique.
Ainsi donc, un seul remboursement et un seul emprunt, ou point de remboursement et point d'emprunt; point de réduction enfin, et l'entière conservation dç l'état actuel des choses.
a°. Fallait-il réduire V intérêt à t\ \ , à 4 i , à^pour°/ ?
Tout ce que j'ai dit sur l'état réel de l'intérêt, doit mettre déjà dans le cas de juger s'il convenait de réduire à l\ i ou à 4 pour °/ , les anciens prêteurs ou les nouveaux qui leur seraient substitués.
J'ai si souvent parlé de l'infériorité du placement commercial par rapport au placement dans la rente, et de l'étrange différence de prix entre les deux , puisque l'un , moins avantageux , ne rapportait que 3 à 4 po ur °/ > et l'autre beaucoup plus avantageux sous tous les rapports , produisait 5 pour °/ * que je n'y reviendrai pas ici. Chacun a compris , et a dû comprendre que
("7) ce n'était pas trop faire que de réduire l'intérêt seulement à 4-
Cependant on fait une objection. « Quelles « que soient les raisons de le réduire à ce prix, « elles n'ont pasencore agi sur les capitaux, puis* « que la rente n'a jamais été au-dessus de j 06, « et que par conséquent l'intérêt n'a jamais « voulu être au-dessous de 4 ! environ. L'état « donc croirait pouvoir, tout-à-coup et de son « propre chef, réduire l'intérêt d'un franc tout « entier , lersqu'il n'a baissé que d'un quart de « franc ! »
Sans doute s'il s'agissait d'opérer ainsi sur le crédit privé , et tout-à-coup de réduire l'intérêt d'un franc dans les transactions particulières, on commettrait une témérité, parce que le crédit privé ne marche qu'avec la richesse et avec son accumulation progressive.
Mais il s'agissait ici d'opérer sur le crédit public , qui marche avec l'opinion , et qui peut comme elle augmenter ou diminuer rapidement. J'ai dit cela ailleurs, et il est inutile de le répéter. Les avantages du placement dans les rentes ayant été long-temps méconnus, et puis soudainement appréciés, le crédit public a fait
( »8 ) <ljes progrès rapides , et tout prouve qu'ils le seront toujours davantage ; l'état devait donc agir en conséquence. Il avait d'ailleurs, pour se porter ainsi en avant et réduire sur-le-champ l'intérêt à 4 > un moyen puissant , c'est de porter lui-même son papier à ce prix ; les spéculateurs qui en connaissent les avantages, et qui savent, par une expérience constante, que ces avantages sont à chaque occasion mieux appréciés, se seraient empressés de le prendre, certains de le transmettre encore à un plus haut prix aux rentiers qui viennent remplacer les spéculateurs à la suite de chaque opération.
La preuve qu'il en devait être ainsi, c'est qu'à Paris, la rente de 4 pour cent on l'achetait à 104 et io5 francs; et que les 3 trois pour °/ o se souscrivaient déjà à Londres, et Amsterdam à 8o et 82, c'est-à-dire, à moins de 4 pour cent. La preuve, c'est que si le ministre avait pu promettre des 3 pour % à 75 à la compagnie, 'elle en aurait vendu avec bénéfice, une sornme bien plus considérable que le montant de tous les déclassements, lies capitalistes européens avaient donc pro-
("9) nonce, et comme je l'ai dit ailleurs eu par* lant de l'état de l'intérêt , il n'était pas à supposer qu'ils se trompassent
L'état en réduisant tout-à-coup à 4, évitait de répéter trop souvent l'opération , car s'il avait réduit à 4 t seulement , il aurait fallu réduire encore à 4» et c'eût été toujours à recommencer. Or, chaque opération entraîne de nouveaux déplacements de fonds qui inquiètent et tracassent le commerce, et offre une nouvelle occasion de spéculation et de jeu, car ce n'est pas dans la hausse progressive et constante que le jeu s'exerce, c'est à chaque transition* Si on avait opéré deux fois, la partie se serait engagée deux fois au lieu d'une ; enfin il aurait fallu deux fois l'intervention des compagnies , et dépenser deux fois les frais de leur concours, qui n'eussent pas été moindres pour chaque opération, parce que les difficultés eussentété aussi grandes pour une réduction d'un demi-franc, que pour celle d'un franc tout entier.
Si tout cela est vrai, l'état avait donc bien fait de réduire l'intérêt à 4 , puisqu'il en ^yait le moyen en portant lui-même son papier à ce degré d'estime; puisqu'il évitait ain$i de ré-
( «o ) péter l'opération , et en la répétant de tracasser le commerce, d'agrandir le.jeu , et de faire de nouveaux frais.
3° Quels avantages faut- il faire aux nouveaux préteurs , et pour cela quelle forme fautil donner au nouvel emprunt ?
Les avantages à faire aux préteurs qui remplissent un emprunt, ne consistent pas seulement dans l'intérêt qu'on leur accorde , sans quoi tout serait dit quand on aurait déterminé l'intérêt; mais il en est d'une aulre nature, et qu'il faut faire connaître ici pour bien apprécier le plan du ministère.
Le contrat que l'état passe avec les préteurs est tout aléatoire, et doit l'être, parce que , fondé sur le crédit qui de sa nature est éminemment variable , il doit se prêter à ses variations. Ainsi l'état en ne recevant qu'une somme de 55 ou de 64 , et en s'obligeant à ioo fr. par son titre, délivre aux rentiers un capital qui peut baisser sans doute au-dessous de 64, ou de 55, et retomber à 4o ou 3o ou 2 5 , mais qui en revanche peut s'élever à 80, 90, 95 jusqu'à 100. La chance de hausse est le dédommagement naturel de la chance de baisse, double
( IaI >
condition essentielle de tout contrat aléatoire* \ Ainsi , la différence entre le capital fourni , . et le capital nominal -, exprime le gain que le a capitaliste veut faire en dédommagement de\ la perte qu'il peut essuyer. En exigeant ioo J pour 55 y il veut pouvoir gagner la différence J de 55 à ioo r sans être arrêté, dans ses profits, à 70, 80, 90. Il en est de même quant à l'intérêt : en exigeant 5 pour 55, c'est-à-dire, 9 rr pour °/ of et en ne supposant qu'un intérêt nominal de 5 , il veut s'assurer le prix supérieur de 9 -fr pendant tout le temps que le cours, mettra à descendre à 5 , sans pouvoir être arrêté à 8 , 7 , 6 , etc.
Le fait est donc évident. Les créanciers de l'état traitant à une époque où le crédit peut gagner ou perdre, font de certaines conditions qui peuvent être avantageuses pour eux si le crédit public s'élève , mais qui deviennent désavantageuses s'il vient à baisser. Pour se dédommager de cette dernière chance, ils veulent s'assurer le maintien de leurs conditions pendant un certain espace de temps , de manière que si elles deviennent avantageuses, ils « aient une suffisante latitude pour en jouir. En donnant 55 fr. à l'état, ils fixent ces conditions
/ à 9 tV d'intérêt; en exigeant la mention de F 100 fr., ils exigent le maintien de ces condi- £ tions jusqu'à la descente de l'intérêt à 5 fr. I ^* A Ainsi , règle générale, les conditions se trou- I vent fixées par la somme que Vétat reçoit; leur V durée, par la somme qu'il suppose avoir reçue. Dans la situation des choses , le gouvernement ayant projeté de réduire l'intérêt à 4 p. °/ of il s'agissait de savoir pendant combien de temps il assurerait aux prêteurs cet intérêt de t\. Un terme naturel se présentait : ayant réduit de 5 à 4? il était raisonnable de ne plus réduire avant d'être à 3, et d'assurer ainsi aux prêteurs l'intérêt supérieur de 4? pendant tout le temps de la baisse réelle à 3. On avait réduit de i fr., et on attendait une baisse de i fr. pour réduire encore.
Le capital se trouvait à la Bourse à io3, io4, xo5 ; l'état le portait de suite à ia5 à son profit, puisqu'il ne donnait plus que 4 P our %> et qu'il exigeait par conséquent un capital de î a 5 fr. pour 5 d'intérêt, après avoir reçu i a5 fr. pour 5 fr. , il fallait qu'il supposât un capital tel que l'intérêt fut à 3 avant de l'avoir atteint, et ce capital était 166 fr. f.
En recevant en effet ia5 fr., en payant an-
( i»3) nuellement 5 fr. , et en supposant i66|, l'état payait réellement 4 fr. d'intérêt, et assurait cet intérêt de 4? jusqu'à la réduction naturelle du (Jours à 3.
Cependant la forme de ce capital était peu commode ; on avait donc imagiué une forme plus simple ,, et mieux divisée; on avait supposé ioo au lieu de î66f; exigé 75 au lieu de ia5; et assuré 3 francs au lieu de 5; ce qui revenait bien au même, car en recevant 75 fr. pour 3 fr. d'intérêt , l'intérêt était bien à 4 ; et en s'obligeant à 100, on ne pouvait rembourser avant que l'intérêt fut à 3.
C'est là cette forme si simple et si habilement imaginée , qui a donné lieu à tant de reproches % et qui a fait dire qu'on élevait le capital de la dette d'un tiers, qu'on grevait ainsi l'état d'une surcharge considérable, et que pour alléger le présent on accablait l'avenir.
On doit juger déjà tout ce qu'il y a de futile et d'erroné dans ce .reproche , on va en juger mieux encore. .
D'abord, conçoit-on un moyen de ne pas élever le capital reçu, d'une certaine somme supposée ? conçoit-on; par exemple, qu'ayant reçu ia5 fr., on pût ne reconnaître que ia5 fr. , et
( 1*4 ) faire accepter un titre remboursable à tout moment ? il en résulterait que si le capital s'élevait demain au-dessus de i a 5 fr., c'est-à-dire, que si l'intérêt descendait au-dessous de 4?
l'état pourrait dire aux rentiers : hier j'ai contracté avec vous à 4> mais aujourd'hui l'intérêt est à 4 moins j ou moins j, je vous rembourse. Si au contraire le capital descendait au-dessous dé ia5, et que l'intérêt s'élevât audessus de 4 > l'état ne pourrait pas parler ainsi, parce que le capital réel serait au-dessous du capital reconnu , et le créancier garderait la rente. Mais quel serait ce cas ? ce serait celui même où la rente aurait perdu ; le créancier ne pourrait donc espérer de la garder que si elle valait moins; mais recevoir un titre qui vous est enlevé s'il gagne , et qui vous est laissé s'il vient à perdre, est un marché de dupe, que personne ne pourrait souscrire , et que les tribunaux même annuleraient entre particuliers , parce qu'il offrirait des chances de perte sans aucune chance de gain.
Il était donc inévitable de laisser séjourner le titre dans les mains des créanciers, de manière qu'il participât aux chances de hausse ou de baisse, et que si l'intérêt stipulé était 4*
la jouissance de cet intérêt fût assurt un certain espace de temps. \
Pour arriver à ce bujt , il n'y avait ^ moyens, ou d'élever le capital nominal déclarer qu'on ne rembourserait pas a\. -*«** I certain nombre d'années. Mais qu'on employât I ou l'un ou l'autre de ces moyens, voyons ce / qui en serait résulté pour l'état. '
Le temps s'écoule, la rente s'élève de ia5, capital fourni par les créanciers, à i3o, i4o, i5o; l'état est toujours obligé de racheter au cours , quelle que soit la déclaration qu'il ait faite , soit qu'il ait supposé un capital nommai plus fort, soit qu'il se soit engagé à ne pas rembourser avant quelques années.
Ainsi, dans les deux cas, soit qu'il ait fixé ou un terme ou un autre au remboursement, il est obligé, en attendant ce terme, de racheter plus cher qu'il n'a émis , à moins de supprimer le rachat et d'éterniser la dette.
Mais supposez ce terme arrivé. S'il a élevé le capital nominal , et que ce capital soit atteint , il rembourse tout ce qu'il a supposé avoir reçu , et c'est là , dit-On , un désavantage effrayant. Mais s'il n'a pas élevé le capital nominal à 166 7 par exemple, s'il s'^st proposé
pour terme un certain nombre d'années , et' que ce nombre d'années soit expiré , le capital se sera élevé ou plus ou moins que ce taux de 1667. Que fera- t-iï alors ? remboursera-t-il ia5 qu'il a reçus, ou les 160, ou 1 5o que la rente pourra valoir alors? mais s'il ne remboursait que 12 5, il volerait les rentiers, car leur capital vaudrait sur la place 160 ou 1 5o; et il tes placerait dans le cas même où tout à l'heure j'ai montré qu'ils ne pouvaient pas vouloir se placer, c'est-à-dire, dans le cas où ils recevraient un effet qui pouvait baisser, mais qui ne pouvait jamais s'élever dans leurs mains. Tout à l'heure en effet, je faisais voir que si le capital fourni de is5 pouvait descendre au-dessous de iîè5, il fallait, par la plus juste des équivalences, qu'il put s'élever au-dessus; et que si en recevant ia5, on fixait le remboursement à ia5 même > on donnait aux rentiers une valeur qui avait les chances de baisse sans les chances de hausse, une valeur qui leur restait, si elle baissait, qui leur échappait, si elle gagnait. Or, cette valeur en' la retirant après un certain nombre d'années, toute la différence k l'égard des rentiers , c'est qu'ils auraient joui pendant quelque temps, de la supériorité de
( i>7 ) l'intérêt de ^snr 3 \ , sur 3 ^, sur 3 7, mais l'injustice, quant au capital, serait absolument la même. Le terme d'une ou plusieurs années ne peut donc être proposé et accepté , comme étant dans la nature du contrat aléatoire, que si l'état s'obHge à rembourser les effets , au taux où ils seront le jour de l'expiration du terme.
Ainsi Fétat ne peut échapper à cette double condition , de racheter à un taux constamment supérieur, et de rembourser au taux du jour où se fait le remboursement; sinon, je le ré* pète, il volerait les rentiers^ car il ne leur paierait pas la valeur que leurs effets ont acquise.
Il est donc évident que fixer un terme de quelques années, ne le dispense pas de reprendre son papier dans l'état auquel l'a* porté la prospérité du crédit, et que la prétendue élévation du capital nominal n'est point une charge qu'il s'est gratuitement imposée.
Mais veut-on savoir quel avantage il y a pour lui, à fixer, comme terme dte remboursement , un certain taux de la rente, plutôt qu'une certaine époque ?
En fixant un taux pour terme du remboursement , il sait d'avance ce qu'il fait ; en re-
( "8 ) connaissant, par exemple, 166 f, il sait qu'il remboursera quand l'intérêt sera à 3, et qu'il ne sera pas obligé de le faire ni avant ni après; en outre, il ne s'oblige à rien, et le remboursement demeure toujours facultatif. Au contraire, en disant : je rembourserai, dans trois • ans par exemple, il s'oblige à rembourser au • bout de trois années , que cela lui convienne ou non. Ensuite il peut arriver divers cas, au bout de ces trois années. Si le taux est alors au-dessous de 166 |, et que l'intérêt soit par conséquent à 3 J-, ou £-, la réduction ne se fait pas à un terme précis , et il faut procéder par fractions, ce qui n'eàt ni clair ni commode. Si le taux est à i66 f , les situations sont pareilles; mais s'il est au-dessus de 166 f , l'état a perdu, car il aurait pu rembourser plutôt, et dans ce cas, il faut encore procéder par petites fractions 7 l'intérêt étant à 3 moins -J ou y.
L'élévation du capital nominal n'engageant donc pas à plus d'obligations que la fixation d'un nombre d'années, puisque, dans les deux cas , il faut rembourser au taux du jour , elle a au moins l'avantage de fixer un terme précis et connu. L'état sait ainsi à quoi il s'engage ;
( **9 ) il ne dit pas quand il fera la chose , parce qu'il ne peut deviner les effets du temps, mais il dit qu'il la fera quand elle sera possible , et qu'il la jugera convenable pour lui. Fixer au contraire une durée de temps, c'est se faire prophète, c'est dire : je paierai telle marchandise à tel prix, non quand elle sera à ce prix , mais lorsque tant d'années se seront écoulées. — Mais si à l'expiration de ces années elle n'est pas à ce prix, que devient l'engagement?
Maintenant ces fables si sombres sur l'élévation du capital sont sans doute évanouies.
On ne dira plus que l'état grevait l'avenir pour l'avantage du présent. Quoi qu'il fasse, il ne peut empêcher que le capital ne s'élève ; quoi qu'il déclare , il ne peut échapper à la double condition de racheter au taux croissant de la rente , et de rembourser au taux du jour où il rembourse ; dès lors peu importe qu'il se reconnaisse ou ne se reconnaisse pas débiteur de telle somme, puisqu'il n'en est pas moins obligé de la payer aussi fort eau terme échu. Le seul avantage pour lui est d'interrompre quelquefois cette élévation continue, en élevant de temps à autre le capital à son profit. Ainsi le capital étant
à toO,il l'aurait élevétout-à^coupà ia5 pour son propre compte; de i?5 à 166 ;-,il l'aurait laissé élever pour le compte du rentier; et à ce dernier prix, lorsque l'intérêt eut été à 3, il aurait pu réduire cet intérêt à a { par exemple, et par conséquent élever encore le capital de 1 66 \ à 200, à son propre bénéfice.
Tout le secret de ces élévations de capital, et de ces remboursements , consiste donc dans ces alternatives de gain entre l'état et les rentiers. Si pour ne pas s'engager à reconnaître un capital plus fort , on ne réduisait jamais , sait-on à quoi on s'exposerait ? Par exemple , de 100 à ia5, la rente au lieu de monter au profit de l'état, monterait au profit des rentiers; de ia5 à i3o, 140, i5o, elle monterait toujours à leur profit , et jamais le tour de l'état n'arriverait; et ce qu'on craignait pour lui, c'est-à-dire, qu'il s'engageât à payer plus qu'il n'a reçu, arriverait bien plus sûrement» puisqu'il rachèterait à i3o, i4o, i5o, sans avoir bénéficié de 100 à ia5. Il n'y aurait qu'un moyen de le tirer de cette situation , ce serait de ne plus amortir , c'est - à - dire d'éterniser Fa dette , et de désorganiser le système du crédit.
Il ne reste plus qu'une question, c'est de savoir si , dans ces alternatives de gain entre l'état et les rentiers, il ne leur accordait pas un terme trop long, et si en leur accordant la hausse de ia5 à 166 3 , il ne leur faisait pas une trop grande concession. En élevant à son profit de 100 à la 5, il réduisait de 5 à 4; en reconnaissant i66| , il accordait l'intérêt de 4» jusqu'à la baisse à 3 : il avait gagné l'unité, et il l'accordait aux rentiers; et certes ce n'était pas trop. Qu'on examine les emprunts précédents. Les premiers faits aux environs de 9 ou 8 , accordaient un surplus de 3 et 4 sur 5* Le dernier fait aux environs de 6, n'accordait que 1 au-dessus de 5, mais ce n'était pas au moment d'une réduction au profit de l'état.
Ainsi donc on ne peut pas dire qu'en accordant aux rentiers le maintien de 4 jusqu'à la baisse de l'intérêt à 3, le gouvernement fit une concession trop grande , et disproportionnée à sa situation.
J'ai raisonné sur la forme des 5 pour % , et sur le capital de 100, i*5, 166 - 3 ; il est inutile de dire que la proportion étant exactement la même entre les 5 pour %> et les 3 pour °/ , le calcul eût été absolument pareil.
(.3a) Ainsi donc en recevant 75, en ^obligeant à 100, et en payant 3 p. °/ , l'état ne s'était engagé qu'à un intérêt de 4 ? et n'avait fait qu'assurer le maintien de cet intérêt de 4? jusqu'à la réduction générale à 3. Par conséquent on peut dire que l'état n'avait fait aux rentiers que les avantages les plus convenables soit pour eux , soit pour lui-même*
4° Fallait-il se servir de compagnies pour le nouvel emprunt? comment fallait-il les yfcUre concourir , et combien fallait-il payer leur concours?
Reste donc la dernière question qu'a fait naître le plan proposé , c'est de savoir comment il fallait se servir des compagnies, et payer leurs services.
L'objet proposé était de ne plus donner que 4 pour °/ au3L capitaux , en leur laissant la liberté de se retirer s'ils espéraient mieux ail^ leurs. Mais il fallait s'assurer avant d'en agir ainsi, que les capitaux mécontents de ce prix, seraient remplacés par d'autres.
Il était donc indispensable de traiter d'avance avec des capitalistes, et comme l'état
( '33 ) ne pouvait entrer en rapport avec trois ou quatre mille individus, de s'adresser à des compagnies.
Il s'en est présenté quatre pour cet objet.
Chacune d'elles augurant plus ou moins bien de l'opération, avait exprimé des prétentions différentes; et j'avais été assez heureux pour que la mienne, pensant mieux que les autres de notre situation , me permît de faire en son nom , les offres les plus avantageuses. Le ministère répondit , avec raison , aux quatre compagnies, que dans une opération pareille, loin de se diviser il fallait se réunir ; que ce n'était pas trop pour la garantie de l'état de confondre en une seule masse , tous les capitalistes, afin d'avoir plus de moyens de pour* voir au départ des capitaux ; que par conséquent il fallait fixer un seul prix , former une seule compagnie , sous trois noms différents t et composer un tout parfaitement égal en prétentions et en intérêts.
On voit par là, qu'en recevant séparément la soumission de chacune des quatre compagnies, le ministre obtenait les avantages qui résultent de la concurrence ; qu'en les réunissant , après la connaissance qu'il avait seul de
'('34) leurs propositions, il obtenait de plus toute la force de garantie indispensable à une pareille opération.
Les noms de MM. Baring, Rothschild et le mien furent choisis pour représenter tous les souscripteurs ,dont les listes devaient être communiquées au ministre. Ce n'est point ma faute si un seul nom français a figuré publiquement dans une opération éminemment nationale.
Peut-être n'est-ce pas I3 faute du ministre non plus. Quoiqu'il en soit, on sait que je ne suis pas appelé le premier ni pour les faveurs, ni pour les confidences , et si j'ai été admis , personne, je crois, n'aurait été repoussé.
Les compagnies furent ainsi réunies en une seule , et dans la mienne se trouvèrent comprises un grand nombre de maisons françaises. Le prix convenu fut la jouissance pendant quinze mois de l'économie annuelle de vingthuit millions, que t opération devait procurer à Vètat. Ces quinze mois devaient durer du a 2 septembre 18a4.au i er janvier 1826, et devaient former par conséquent une somme totale de 35 millions. Voilà tout le mystère des conditions faites avec les banquiers. Il n'y a eu ni traité secret, ni stipulations
( i35 ) particulières ; il n'y a eu rien de caché , riea qui ne pût être avoué par le ministre et paç la compagnie ; le traité tout entier était fidèlement exprimé dans le projet de loi.
Je vais , au reste , faire connaître le raé*canisme de cette opération; on jugera alors, non par de vaines déclamations , mais par des faits, si le traité, l'indemnité convenue, et le projet de loi , si tout enfin n'était pas parfaitement juste, loyal et bien entendu.
Il s'agissait de réduire les i4o millions de rentes, payées annuellement au capital de 2 milliards 800 millions, d'un cinquième, c'est à-dire de 28 millions. Ces 28 millions, représentant à 4 pour °/ » un capital de 700, millions , restaient en bénéfice dans les mains de l'état, qui pouvait dégrever les contribuables. Toujours il fallait que dans l'état des choses 2 milliards 800 millions restassent pour 1 12 millions de rentes, et que ce résultat fût opéré aux périls et risques des banquiers, s'il n'était réalisé par le consentement libre des porteurs de rentes.
S'il arrivait en effet que le ministre et la compagnie se fussent trompés, et que les capitaux ne se contentassent pas de 4 p* % et exi-
( '36 ) geaSsent S , la rente baissait alors jusqu'à ce que le capital de 75 trouvât 5 pour °/ dans l'intérêt de 3, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il fût à 60, car 3 pour 60, équivalent à 5 pour 100. La différence à payer par la compagnie à l'état était, dans ce cas, de 60 à 75, c'est-k-dire de 1 5 fr. Or si on calcule sur le capital de 2 milliards 800 millions, on verra que ce capital baissant jusqu'à ce qu'il trouve 5 pour °/ a dans lia millions, la différence est de 56o millions. C'était donc à la compagnie à supporter cette énorme différence , et pour prime de cette chance effrayante elle avait 35 millions.
. Si, au contraire, les capitaux satisfaits de 4 pour °/ restaient à la Bourse, si même le goût des rentes était tel qu'ils se contentassent de moins de 4> et que les 3 pour °/ s'élevassent au-dessus de 75, la compagnie ne participait point aux avantages de la hausse , car les rentiers ayant la préférence sur elle, et pouvant convertir leurs .5 en 3 p. °/ , avaient la faculté de les prendre tous s'ils en espéraient le succès.
Ainsi donc l'état laissait à la compagnie pour a milliards 800 millions, un capital en 3 pour °/ » qpi pouvait baisser ou s'élève*.
( '3?) S'il baissait de 4 à 5 comme je vieps de dire , elle payait une différence qui pouvait être de 56o millions ; s'il s'élevait elle n'avait aucune part à ce bénéfice, car les rentiers avaient la préférence sur elle. Pour une telle chance , je le répète , la compagnie avait 35 millions. '
Mais, dira-t-on, « dans le cas où en effet le « ministre et la compagnie se seraient trompés « d'un franc tout entier , et que la baisse « produisît une différence de 56o millions, « la fortune réunie de .tous les intéressés « dans la compagnie , était-elle suffisante pour « faire compte à l'état de ces 56o millions % « et ne se sauvaient-ils pas de cette charge « par l'impuissance même d'y suffire ?» A cela je réponds que la compagnie n'en était . pas moins indéfiniment engagée à l'égard du ministre, qu'elle n'en était pas moins à sa discrétion, et qu'il pouvait en la ruinant, lui enlever sinon 56o millions, du moins la fortune toute entière de cent cinquante banquiers et capitalistes, associés solidaires dans l'opération.
Au reste, pour une telle chance une prime de 35 millions n'eût été qu'illusoire; et je n'en, parle que pour répondre à de sinistres pré^
( '38 ) dictions ; car ce n'était pas ici un danger, mais un cas $ impossibilité, que le ministre ni la compagnie ne devaient pas avoir en vue. Mais il y avait d'autres chances que celles-là, et qui, étant moins formidables, cessaient d'être des impossibilités, et alors exposaient la Compagnie à un sacrifice inévitable. Si en effet la différence n'eût pas été de 56o millions, mais de i5o ou de 25omillions , le ministre sachant qu'il pouvait trouver cette somme, et au-delà, en dépouillant la compagnie de toute sa fortune, pouvait-il se dispenser d'agir contre elle? Sa propre responsabilité envers la France , ne l'obiigeaitelle pas à être inexorable envers les banquiers? Or, on comprendra que pour de telles chances r une prime de 35 millions était un bien faible dédommagement; et pour mon compte, si une pareille circonstance s'offrait encore, et que je me présentasse aux mêmes conditions, je ne serais pas plus alors qu'aujourd'hui guidé uniquement par l'intérêt , car, les dégoûts et les calomnies à part, 35 millions divisés entre i ao ou i5o personnes, n'étaient rien auprès des risques et des frais matériels d'une telle opération.
Cependant mettons à part toute exagération
( -3 9 ) dans l'appréciation de ces chances , et voyons si même en supposant un succès complet, la compagnie, n'avait pas des efforts, des dépenses à faire , qui méritaient pour le moins la prime convenue pour garantir l'opération.
Elle s'était engagée par traité, signé le 22 mars au soir, à fournir 2 milliards 800 millions, et par conséquent à prendre pareille somme de 3 pour % à 75. Or, par cet engagement, elle était tenue de faire que le jour de l'option proposée aux rentiers , le taux se maintînt à 4 pour °/ , c'est-à-dire que les 5 pour °/ valussent tout-à-coup 125, et les 3 pour c / 75; Sinon elle était obligée de payer la différence. Ainsi, par l'engagement pris de fournir 2 milliards 800 millions à tel taux, et à tel jour, qui n'était pas fixé encore, mais qui était présumé devoir être fixé à cinq ou six semaines après l'adoption du projet; par cet engagement, la compagnie devait pour son existence et pour son honneur, maintenir le cours avant, pendant et après l'opération. Et ces trois époques n'étaient pas sans difficultés, même dans l'hypothèse du succès le plus complet.
La première époque est le moment même
( ao)
du ?3 mars, où le discours de la couronne annonçait la réduction. Il était possible alors , que beaucoup de rentiers mécontents de la réduction imminente, se retirassent tout-àcoup, et il fallait y pourvoir. Une raison devait les engager encore à cela. Le remboursement qui devait avoir lieu dans quatre ou cinq mois, ne leur aurait valu que ioo fr., et la place leur donnait dans le moment io4 9 io5 ou 106, car tel a été le cours de la rente en mars, avril et mai. Tous ceux donc qui ne voulaient ni subir le remboursement , ni tenter la fortune des 3 pour °/ > devaient se retirer sur-le-champ ; et on suppose en effet qu'il y a eu pour aoo à 3oo millions de déclassement.
La compagnie devait se préparer à remplacer ces capitaux absents, soit en achetant ellemême , soit en procurant les moyens (Tacheter à ceux qui voulaient spéculer. Or il faut remarquer ici que les frais énormes que coûtaient à la compagnie le risque , le transport de capitaux aussi considérables étaient perdus pour elle, si le projet étant rejeté par les chambres, l'opération n'avait pas lieu.
La seconde époque consistait dans les cinq ou six semaines qu'on aurait accordées aux
rentiers, après que la loi eût été rendue, pour faire leur déclaration. On pouvait s'attendre à de nouveaux déclassements dans cet intervalle, et par cette prévoyance il fallait que la compagnie préparât de nouveaux moyens pour remplacer les capitaux qui auraient pu se retirer encore > qu'elle achetât elle-même ou qu'elle fournît les fonds à ceux qui auraient acheté à sa place , et conséquerament , qu'elle agravât ses risques et se soumît à de nouveaux frais. Or, les rentiers espérant que la puissance de la compagnie ferait encore monter le prix de la rente , il était probable que le plus grand nombre attendrait le dernier moment pour se prononcer entre le remboursement ou la conversion. Eh bien!
Supposons que pendant ce temps , une simple révolution ministérielle , ou un événement quelconque vînt effrayer les imaginations en arrêt! Quelle baisse subite, quelle crise, quels efforts de la part de la compagnie ! même avec un gage assuré de succès dam l'avenir , que de capitaux, de sacrifices pour rendre cette crise la moins longue que possible , et pour remplacer encore les capitaux qui auraient manqué par les derniers déclassements!...
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La troisième , enfin , et dernière époque du danger, était celle où tout étant consommé, où toute la rente étant convertie , et la compagnie étant engagée pour une somme considérable , soit par les achats qu'elle aurait pu faire , soit par les prêts auxquels elle aurait dû se livrer, les joueurs impatients de ne pas voir arriver les vrais rentiers, auraient voulu se retirer trop précipitamment de la bourse, et auraient provoqué ainsi une baisse , et occasionné de nouveaux dangers : alors , nouveaux efforts encore de la part de la compagnie, nouveaux sacrifices pour parvenir à dissiper la crise , et pour attendre le classement des 3 pour °/ o7 qui seraient venus embarrasser le marché.
Et qu'on ne dise pas qu'il aurait pu en être autrement, et que la compagnie, une foi»
l'opération faite, se serait retirée en évitant tous ces dangers. Les associés , au nombre de iao à ï5o , liés les uns à l'égard des autres, ne pouvaient se retirer qu'ensemble. Engagés pour 1 5 ou ao millions de rentes , ou pour 3 ou 4°° millions de prêts , ils ne pouvaient que périr ou sauver la bourse, et se trouvaient
invinciblement enchaînés, de manière à ne pouvoir partir que les derniers.
D'après tout cela , il était impossible de connaître d'avance quelle serait la somme que la compagnie aurait'à payer au trésor, et le projet de loi, ni le traité, n'avaient fixé et ne pouvaient point fixer les époques des remboursements. Si, en effet, tous les capitalistes en attente, et voulant saisir le moment de la plus grande hausse, avaient attendu le dernier moment pour faire leur déclaration , et qu'il fut arrivé- un événement fâcheux qui les fît se prononcer tous à la fois pour le remboursement , il était impossible à la compagnie de ne .pas diviser ses paiements. Dans ce cas, le ministre s'était sagement réservé la faculté de les répartir en raison de leur importance; mais comme la compagnie ne pouvait percevoir la prime que du jour de chaque remboursement, et que tout capital qu'elle tardait d'amener à 4 pour °/ , à la place d'un capital qui se faisait payer 5 , lui causait ainsi une perte de i pour °/ Q , elle avait évidemment le plus grand ^intérêt à rembourser le plutôt possible, et cet intérêt était pour l'état, la
( i44) garantie la plus sage que le ministre pût exiger.
Maintenant récapitulons les faits :
La compagnie est engagée à fournir a milliards 800 millions pour 1 12 millions de rentes, c'est-à-dire 100 fr. pour 4 fr. d'intérêt. Si a milliards 800 millions ne veulent pas se donner pour cet intérêt, elle est obligée de parfaire la différence qui sera de 56o , de 5oo , de 3oo, de 100 millions, etc. et dans tous les cas elle est à la discrétion du ministre qui jugera s'il doit ou non la ruiner, dans l'intérêt de l'état. Pour ces chances elle a, quoi?.... 35 millions.
Ces chances sont sans doute peu probables, mais supposez -les nulles, admettez même le succès complet , il faut que la compagnie soutienne 'le cours, et remplace les capitaux momentanément absents, pour empêcher une plus grande retraite de leur part. Cela il faut qu'elle le fasse, d'abord au moment où la réduction est annoncée; qu'ensuite elle soit toujours prête à le faire au moment où une nouvelle écarterait tout-à-ooup ceux qui attendent la plus grande hau&se possible pour se retirer; qu'enfin elle le fasse
encore , si après la consommation de l'entreprise , les spéculateurs impatientés de ne pas Voir arriver les rentiers, se retiraient trop tôt. Dans chacun de ces moments elle ne peut se retirer qu'en masse , c'est-à-dire qu'elle ne le peut pas, car 3 ou 4oo millions ne peuvent se dérober à la fois. Or, pour tout cela qu'a-t-elle encore? Toujours les mêmes 35 millions. Et ces 35 millions sait-on comment elle les touchera, et quelle part même elle en recevra ? Son opération commençant avant l'adoption de la loi , si la loi est rejetée , elle a essuyé tout le premier déclassement, elle a déplacé , transporté , exposé a ou 3oo millions à pure perte , et elle ne reçoit rien des 35 millions. Si la loi est adoptée, elle ne recueillera la prime toute entière, qu'autant que le remboursement aura lieu dès le 11 septembre i8^4* Si par un événement les capitaux se sont retirés , et qu'elle ne puisse les ramener assez vite pour rembourser tout de suite, elle perd chaque mois un quinzième de sa prime; et elle peut en perdre ainsi cinq, sept, dix quinzièmes, c'est-à-dire un tiers, une moitié ou deux tiers. Ainsi pour tant de chances, pour tant d'efforts, de frais et de soucis que pouvaient coû-
io
(>46) ter les crises possibles, la compagnie ne pouvait jamais avoir que 35 millions: dans l'hypothèse la plus favorable, et alors qu'elle aurait pu terminer l'opération avec le trésor, le a 2 septembre, elle avait la somme entière, mais il lui fallait supporter le mouvement des capitaux, les frais de transport, la perte des intérêts : si elle n'opérait les versements que pour la moitié ou le quart à cette époque , elle perdait la moitié, le quart proportionnel sur les 35 millions. Enfin , et c'est ce qui est arrivé , si l'opération commencée par elle était rejetée par les chambres, elle n'avait rien à prétendre sur les 35 millions.
Pour nier l'évidence de ce qui se passait à la Bourse , pour nier la possibilité de la réduction, on a supposé que la hausse était le fait seul du jeu de la compagnie , et qu'elle trouverait une source de nouveaux bénéfices dans je nç sais quelle somme énorme de rentes qu'elle avait achetées pour soutenir le cours. A cela, je n'ai qu'un mot à répondre : 600 mille francs de rentes ont été partagés entre tous les intéressés des trois compagnies :„ il n'y a pas eu d'autre achat ni d'autre vente.
Le rejet de la loi a occasionné dte grandes perles. Il y a de la loyauté à invoquer le Hmoigrtage des personnes que leur situation pourrit rendre injustes. Eh bien! quel reproche la Bourse a-t-elle adressé à la compagnie? Je n'en ai pas encore entendu proférer un seul.
Le genre de ministère qu'elle exerçait ri'était donc point un jeu, un bas agiotage, c'était une assistance franche, ouverte, loyale, donnée au crédit, pendant un temps fixe; les membres qui la composaient n'étaient pas des joueurs téméraires qui viennent à la dérobée essayer un profit chanceux , mais excessif, et hasardent beaucoup parce qu'ils n'ont ni un nom ni une fortune à perdre; c'étaient des hommes qui avaient quelque fortune et quelque renomméç commerciale à compromettre; qui ne venaient rien tenter de trop téméraire, ni de trop avantageux; qui ne venaient pas essayer une apparition du moment; mais qui s'engageaient dans une traversée, s'obligeaient à la faire toute entière, se condamnaient à ne se sauver qu'avec tous leurs compagnons, et ne recueillaient pour récompense qu'une somme des plus modiques.
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Il n'y avait donc dans leur intention ni témérité , ni gain excessif, ni moyen de se dérober, rien de ce qui constitue les entreprises hasardeuses çt le jeu. Ils voyaient peu d'avantage pour leur fortune dans une somme de 20, 3o ou 35 millions, répartie entre 120 à i5o personnes, mais ils croyaient que l'opération était à la fois sûre , courageuse et grande ; ils y voyaient la première opération du siècle, et s'honoraient d'y attacher leur nom.
J'ai parcouru successivement les quatre questions que fait naître le plan proposé.
J'ai essayé de prouver, i° qu'il ne fallait pas de remboursement, ou un seul, parce que l'opération n'était possible qu'en supposant le déclassement d'une modique partie de rentes, et qu'on pouvait sur-le-champ pourvoir à un tel déclassement;
a° Que l'intérêt devait être réduit tout de suite à 4 * soit pour ne pas répéter trop souvent l'opération , soit parce que l'état du crédit, le mérite connu de la rente, le mouvement que produisait chaque opération, le permettait et le voulait ainsi ;
3° Que l'intérêt étant réduit à 4, il fallait garantir les rentiers qu'il ne le serait pas de
( «49 ) nouveau avant la baisse du cours à 3; que pour cela il fallait l'élévation du capital nominal de ia5 à 166 j oii de 75 à 100; qu'une pareille élévation n'imposait aucune charge excessive à l'état, parce que, de manière ou d'autre, il était obligé de payer son papier au prix toujours plus élevé du cours;
4° Enfin , qu'il fallait une compagnie qui , même dans la supposition d'un plein succès, soutînt le cours en suppléant à toutes les absences momentanées de capitaux; qui, dans le cas d'un gain considérable, n'y participât qu'au refus des rentiers de le faire eux-mêmes , et qui reçût pour dédommagement une prime* plus ou moins grande , suivant la plus ou moins grande promptitude à remplir ses engagements.
Maintenant je vais citer le projet de loi lul> même; et on jugera si en termes extrêmement adroits et précis, il ne contenait pas tout cela.
« Le ministre des finances est autorisé à sub- « stituer des rentes 3 pour «V^ à celles déjà « créées par l'état à 5 pour °/ > so ^ 9^ opère « par échange des 5 contre des 3 pour °/ , soit «qu'il rembourse les 5 au moyen de lai négo- « dation des 3 pour %.
« L'opération ne pourra être faite qu autant;
« i° Qu'elle aura conservé aux porteurs des «5 pour °/ la faculté d'opter entre le rero- «boursement du capital nominal, et la converti sion en 3 pour °/ oJ au taqx de 75;
« 2° Qu'elle présentera pour résultats défice nitifs une diminution d'un cinquième sur les « intérêts de la rente convertie ou remboursée ;
« 3° Que lç Trésor entrera en jouissance de «cette diminution d'intérêts au i cr janvier « 1826 au plus tard. »
Je le demande, ce projet accusé d'être si vague, n'a-t-il pas toute la précision que l'incertitude de l'événement permettait de lui donner ?
Ainsi, il détermine expressément que l'emprunt sera unique, qu'il aura lieu sous la forme de 3 pour °/ , et que ces 3 pour °/ seront donnés au taux de 75; ce qui fixe bien l'intérêt réel à 4 > l'intérêt fictif à 3 , et rend un nouveau remboursement impossible avant la réduction du cours à 3, Il fixe encore expressément que les rentiers auront l'option entre le remboursement et les 3 pour °/ , et par conséquent la préférence sur la compagnie. Dans tout le reste il ne dit pas ce qui doit être, mais ce qui ne
( 'Si ) doit pas être; il ne dît pas que l'opération aura nécessairement lieu , qu'on remboursera dans tel mois ou tel autre, qu'on donnera tant aux compagnies, toutes choses qu'on ignorait; il dit que le ministre est autorisé à exécuter l'opération, qu'elle devra être achevée au I er janvier 1 826 , c'est-à-dire, qu'elle ne pourra pas être essayée pendant plus de quinze mois; qu'en résultat elle devra être telle que l'état gagne un cinquième sur l'intérêt de la rente ; qu'enfin l'état ne pourra pas être privé de la réduction plus tard que le i er janvier 1826, c'est-à-dire, que la dépense de l'exécution ne pourra pas absorber plus de 35 millions.
Or, si on ne pouvait pas s'empêcher dé faire une opération unique, de réduire à 4> d'élever le capital nominal d'un tiers . de traiter avec des compagnies qui veillassent à tous les accidents du crédit, et suppléassent à toutes les absences momentanées de capitaux, si on ne pouvait s'empêcher enfin de laisser une latitude suffisante pour cette grande opération, le projet du gouvernement n'était-il pas le seul possible?
Je ne crois pas qu'il en pût être fait déplus sage, de plus adroit, de plus loyal.
Utilité de la mesure.
J'arrive au terme de cette controverse que l'état actuel des esprits m'a obligé de rendre plus longue que je ne l'aurais voulu. Sous tous les rapports de la justice, de l'équité, de l'apropos, des moyens d'exécution > la mesure rejetée m'a semblé suffisamment justifiée. IL n'en est plus qu'un seul sous lequel il me reste à l'envisager , c'est celui de l'utilité générale.
C'est ici que doit ressortir tout le mérite de cette mesure, et qu'on va sentir de quels avantages on a privé la France en la rejetant.
Le premier mot des apologistes de la réduction, et le plus frappant, parce qu'il exprime le fait qui se présentait le premier aux yeux, c'est qu'elle allait reporter des capitaux vers l'industrie. À cela on avait tout de suite opposé un dilemme , que l'on croyait sans réplique. On avait dit : « Ou les capitaux reflue- « ront vers l'industrie r ou ils resteront à la « Bourse : dans le premier cas , le crédit public « sera ruiné; dans le second, les effets de la « mesure seront nuls. »
Ce dilemme n'a qu'un malheur, c'est que ni l'une ni l'autre de ses propositions ne sont vraies. Les capitaux n'auraient pas quitté la Bourse, le crédit public n'aurait pas été ruiné, et cependant les effets de la mesure n'auraient pas été nuls.
D'abord ^ sans aucun déplacement de capi* taux, et par la seule déclaration de Fétat, qui annonçait qu'il ne contracterait plus au-dessus de 4 pour %, l'intérêt aurait baissé partout. Là où il est à 8 , il n'aurait plus été qu'à 7 ; là où il est à 7, il n'aurait plus été qu'à 6; et ainsi de suite. Cela se serait fait sans déplacements , par le seul effet de l'équilibre. Jl serait arrivé pour les capitaux , ce qui arrive pour toutes les marchandises. Le prix se réduit - il sur un marché? aussitôt il se réduit dans tous les autres.
Il n'appartient pas, dit-on, à l'état de changer le prix de l'intérêt avec une loi. Sans doute, si du ton avec lequel la convention décrétait qu'il fallait vaincre, ou ne plus préférer l'argent aux assignats, si l'état décidait aujourd'hui que l'intérêt ne doit plus être au-dessus de 4 pour °/ > il serait ridicule, parce qu'il n'a pas cette terrible dictature qui permet de
( .54 ) dominer ainsi les volontés; mais l'état ayant à sa disposition le plus grand marché des capitaux, ne voulant pas contracter au-dessus de 4 pour °/ j opérait cette réduction par le plus infaillible et le plus juste des moyens humains, la concurrence.
Voilà un premier et incontestable effet de la réduction , celui d'une baisse générale dans l'intérêt , qui se serait opérée indépendamment de tout déplacement de fonds. Mais cet effet n'aurait pas été le Seul : une somme de capitaux aurait réellement quitté la Bourse pour l'indq&trte, sans que le crédit en eut souffett. Sans doute si plus de a5 millions de rentes s'étaient déclassés , c'eût été un malheur. Mais on calcule , d'après les évaluations les moins suspectes d'exagération, que le déclassement avait été d'environ i5 millions. Ces i5 millions , la compagnie pouvait les remplacer aisément par d'autres capitaux qu'elle portait vers la Bourse ; et c'était un capital de 3oo millions qui allaient partout exciter et enoourager le travail. Ce capital appartenant presque tout entier à la province , à laquelle on songe si peu,, devait y rentrer, et y opérer par son retour tfiï effet immense. Générale-
( «55) ment on ne veut voir la France que dans Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, et dans cette riche Normandie qui, placée entre Paris et Londres, se trouve entre les deux plus grands centres d'industrie connus. Mais il faut voir cette France dans les campagnes, loin des grands fleuves, loin du rivage des deux mers, dévorée par l'usure, livrée à la routine , et n'ayant ni les canaux , ni les routes par lesquelles les capitaux, l'intelligence et l'activité pénètrent dans un pays ; c'est là où l'on ne trouverait pas un écu à employer dans une entreprise industrielle, et où l'on né sait prêter qtfà l'état ou si» hypothèque, qu'il faut faire refluer les capitaux , et détruire , par leur abondance, l'usure, la défiance et la roù* tine.
Mais , dira-t-on , les capitaux qu'on reportait vers la province devaient être remplacés par d'autres. Ceux-là, où les prenait -on? On les prenait, non pas dans l'industrie, mais dans les grands marchés où ils surabondent, et surtout chez les étrangers qui, plus avisés et plus habiles que nous , venaient faire des profits que nous n'avions ni la hardiesse, ni l'esprit de faire nous-mêmes. Et il n'était pas
( '56 ) vrai que nous devinssions pour cela leurs, tri-* butaires, que notre crédit dépendît d'eux, et qu'au moment d'une guerre ils pussent le ruiner en se retirant. Ces étrangers venaient oc* cuper la rente pendant le moment de Topération, braver ses variations, et se retirer ensuite avec les profits de son élévation , en la livrant aux rentiers français , qui auraient fini, comme toujours, par en être les derniers propriétaires. Sans doute il serait resté une certaine masse de nos fonds aux étrangers , mais c'est réciproque. Les fonds de tous les états appartiennent à dés capitalistes de tous les états; les prêts sont à peu près égaux de part et d'autre, et lient toutes les places de l'Europe entre elles. D'ailleurs, si ce préjugé ridicule contre la participation des étrangers était fondé , une réduction d'un cinquième était un moyen certain de la diminuer dans l'avenir , parce que c'eût été considérablement réduire la disproportion qui existe entre le paiement qu'on leur donne chez eux, et celui qu'on leur donne chez nous.
Une fois les étrangers et les spéculateurs retirés * et leurs trois ou quatre cents millions définitivement remplacés par des capitaux sé-
( i5 7 ) dentaires , on en revenait sans doute au même point qu'auparavant : 3oo millions s'étaient dirigés vers l'industrie; 3oo autres, pris dans les grands marchés, et surtout chez les étrangers, les avaient momentanément suppléés; et enfin 3oo millions étaient venus occuper définitivement la place originairement vacante. Il n'y avait donc rien de changé en apparence , car la masse était toujours la même; mais si elle ne s'était pas accrue, elle s'était mue, et, dans l'industrie comme dans la nature entière , la vie n'est que mouvement. Cette masse avait tout ranimé sur sa route ; comme un liquide fortement injecté, elle avait pénétré les moindres détours , rempli tous les vides, et répandu partout l'activité et la vie.
Mais on ne doit pas seulement avoir en vue les capitaux qui se seraient ainsi mis en mouvement , pour aller ranimer l'industrie par leur présence ; on doit considérer surtout ceux qui ne seraient pas venus vers la rente depuis que l'attrait qui les y appelait eût été diminué par une réduction. L'oisiveté dont les capitaux jouissent à la Bourse est si douce, si bien payée, accompagnée de tank de sûreté, et parée de tant de rêves et d'espérances , qu'ils y
( t«8) affluaient tous les jours, et y auraient afflué bien davantage, s'il n'avait jamais été parlé d'une réduction. Sans doute il faut du crédit public, mais il faut aussi du crédit privé; il faut des capitaux consacrés au service dé l'état* d'autres au service de la production universelle; ceux-ci prêtés aiî commerce, ceux-là aux manufactures, prêtés sous toutes les formes, à tous les termes : mais il faut de tout avec une juste mesure; on ne doit ni tout porter vers la rente , ni tout en éloigner ; on ne doit pas créer de ces mobiles excessifs qui produisent des mouvements désordonnés. Un intérêt de 5 pour °/ était tine force trop inégale , et qui , en appelant les capitaux, vers un'seul point, produisait une retraite fâcheuse sur tous les autres. Le crédit public doit se soutenir sans doute, et s'élever; mais ce n'est pas par un prix usuraire, c'est par l'accumulation des richesses, c'est par la probité, la sa* gesse et l'habileté du gouvernement. Les mauvais débiteurs ont aussi du crédit, quand ils paient cher , ?t ce n'est pas celui que l'état doit avoir. Les capitaux payés à 5 pour °/ sont trop empressfés, trop faciles envers le gouvernement, deviennent d'autant moins exi-
( '59 ) géants en garanties, qu'ils reçoivent davantage en intérêt : et c'était une chose utile d'obliger l'état à les appeler à lui par sa bonne conduite, beaucoup plus que par la supériorité de ses prix; c'était une chose utile que de rétablir l'équilibre entre tous les marchés, et de forcer les capitaux à fuir l'oisiveté , à rechercher le travail et les spéculations industrielles.
Il y avait donc , dans la mesure proposée , un premier effet , celui d'une réduction générale dans l'intérêt; un second , celui du mouvement imprimé à 3 ou 4<>o millions mécontents; un troisième, enfin, celui d'une direction nouvelle donnée à ces autres capitaux, qui se disposaient à venir augmenter encore la masse transformée en rentes.
Ainsi, sans ruiner le crédit par l'éioignepoent des capitaux, la mesure avait toute l'étendue de ses effets les plus salutaires, et ce dilemme dont on a fait tant usage n'était qu'une puérilité.
Mais on ne s'en tenait pas à ce dilemme.
«Soit, disait-on encore, les capitaux iront à « l'industrie, mais qu'en fera-t-eile, pui3q\i'eile « n'a pas de débouchés , puisque ses produits ce gissent dans les marchés, et qu'il lui serait plus
« nuisible qu'utile de produire davantage? Pour- « quoi donc lui renvoyer des capitaux, pource quoi ne pas les laisser à la Bourse, et ne pas « leur payer l'intérêt qu'ils y avaient au para - « vant?Ce cinquième de plus en revenu , les ca- « pitalistes l'emploieraient en consommations ; « et ce serait un service bien plus réel rendu k « l'industrie, au bien-être de laquelle les conte sommateurs sont plus nécessaires que les « producteurs. »
/ Ces misérables sophismes si répétés contre ?
) tous les mouvements de l'industrie, sont du f *** nombre de ces vieilles erreurs que la routine l* I oppose toujours à l'humanité dès qu'elle veut
/ faire un pas. S'agit-il de détruire les monopoles, les privilèges? les monopoleurs, les privilégiés trouvent à démontrer qu'ils protègent ; ' le commerce, qu'ils garantissent la bonté des ., produits, qu'ils font vivre le petit commerçant, / le pauvre ouvrier. S'agit-il d'une découverte nouvelle? on ne manque pas de démontrer qu'il vaut mieux payer davantage un produit I ancien et inférieur , que de délaisser ceux qui i en vivent. S'agit-il de machines? elles dèsti- ? tuent des bras, elles laissent des ouvriers oisifs, et il vaut mieux dépenser plus de temps
et plus de force à une même chose , que de chercher pour ce temps' et cette foire un em- ,ploi nouveau. Toujours, enfin, parc» que le mouvement dérange çà et là quelques exis- .
tences attachées au passé, on veut s arrêter/ et on- trouve des raisons, en faveur de Figno-/ rance, de la routine, et de l'immobilité. \
On nous dit ici que les capitaux seraient / inutiles à la production parce qu'elle est assez l considérable, et même trop, puisqu'elle ne / trouve pas de consommateurs. Mais qu'on me/ diae si quelque part on jette le blé dans les rivières , si on détruit et livre aux vents les pro- J duits de nos manufactures; si quelque part en- ( fin on foule aux pieds les ouvrages surabondants j d'aucune espèce de travail ? Non sans doute ; le ; blé ne pourrit nulle part ; nulle part les tissus ne sont brûlés sur les places publiques: et cepen- » dant une partie considérable de la population / ne mange ni pain, ni viande, et ne se nourrit > que de quelques grossiers légumes, et se couvre à peine de quelques misérables haillons ! /
On ne produit donc pas trop , mais la pro- ' duction ne va pas où elle devrait aller, parce que les communications sont difficiles et cou-
/ teuses ; parce qu'il est preàque impossible d'aller au-devant des besoins à travers un pays
\ sans routes et sans canaux; parce qu'arrivés sur les lieux, les produits déjà grevés d'un transport ne trouvent pas de produits équivalents qui puissent les payer; parce que si on travaille beaucoup sur quelques points , il en
î est une foule où on ne travaille pas assez pour payer le travail d'autrui. Si en effet le manufacturier de nos grandes villes est aussi avisé, aussi adroit que l'homme doit l'être aujourd'hui, notre agriculteur est aussi ignorant, aussi pauvre que dans les siècles de la féodalité , et nous avons l'indigente France du qua-
| torzième siècle , pour consommer les produits de l'ingénieuse et riche France du dix-neu-
l vième.
Il ne faut donc pas moins produire, mais produire partout d'une manière plus égale , et favoriser l'échange entre toutes les contrées où l'on produit. Percez dans tous les sens ce beau pays , faites-y couler des fleuves et des canaux , ouvrez-y des routes , jetez-y des ponts , alors l'industrie le traversera de toutes parts ; elle ira établir ses ateliers dans les lieux où le service des bras est encore à bas prix; le
( i<3) travail naîtra là où il n'existe pais encore ; les produits transportés à moins de frais , lui coûteront moins; il sera plus riche en présence d'objets moins coûteux, et il se servira partout d'acheteur et de consommateur à lui-même.
Ainsi, ce n'est pas une action moindre, ifcais une action plus égale qu'il faut. Les éléments de l'action sont les capitaux : rendezles donc moins coûteux, versez-les dans les provinces, et ils y creuseront des canaux, ils y ouvriront des routes, ils y feront naître des établissements, et répandront l'intelligence et l'activité dans tous les détours où l'influence du siècle n'a pas pénétré encore. S'il ne vous suffit pas des débouchés intérieurs , s'il ne vous suffit pas de vous-même pour consommer vos œuvres, vous trouverez des débouchés extérieurs en produisant à meilleur prix , et vous pourrez établir votre industrie avec plus d'avantage dans les marchés des deux mondes.
Nous parlons tous les jours de nos voisins, les Anglais, avec jalousie, avec admiration; nous nous extasions sur leurs 3 milliards d'exportations , et nous faisons une triste comparaison avec nous-mêmes, qui exportons à peine 800 millions. Eh bien, leur commerce exté-
( >64 ) rieur était, il y a un demi-siècle, à peu près au même point que le nôtre; et c'est dans ce court espace de temps, que la différence est / devenue si grande. Je sais la part qu'il faut faire aux événements politiques; mais croit-on que pour arriver à ce résultat , l'Angleterre ait ; commencé par chercher exclusivement des débouchés extérieurs ? Non sans doute ; elle a surtout cherché à se donner une base bien plus solide que celle que nous supposons à sa richesse. Elle a commencé par mettre tout son "; sol en valeur. La surface qu'elle occupe est i géographiquemefit bien inférieure à la nôtre : î mais ce n'est pas la surface géographique qui doit compter, car, d'après ce principe, la Russie serait à elle Seule plus riihe que toute FEurope ensemble , c'est la surface utilisée ; et sous ce rapport, l'Angleterre est dix fois plus grande que la Franeé ; elle a excavé son sol, fouillé dans ses entrailles, tout mis en valeur; et sur un territoire la moitié moins grand que le nôtre, elle a creusé pour vingt fois plus de canaux que nous. On pense , en effet, que nous n'avons que la vingtième partie des canaux qu'elle possède sur le même espace donné. Elle a donc fait reposer sa pros-
( j65 ) périté sur une base bien plus solide qu'.on Yie le croit en Europe ; et Pitt a pu dtyé à la tribune, en présence des Anglais le$ plus éclairés, et sans être contredit, que le commerce intérieur de la Grande-Bretagne était à son commerce extérieur, comme 3a est à i.
C'est donc , dans son propre sein, en répandait le travail partout, que l'Angleterre a cherché sa fortune. Après cela, elle a pris son essor à l'extérieur; et dans l'intervalle de quarante à cinquante années, elle nous a surpassés de la différence de 3 milliards à 800 millions.
Et crqit-on quepour arriver à ce résultat elle ak volontairement élevé le prix des capiftwx , afin de rendre les capitalistes plus riches, et de les obliger à consommer davantage ? ; Non pans doute; on n'a jamais vu xhez elle le commerce payer les fonds plus de 5 pçur %,et chez nous, il les a payés 6, 8, iq et 12, Qy'qn se figure dqnc, quelle différence doit apporter dans le. prix de Ja production, une parjeille disproportion dans le prix des, capitaux: ! Une foule de causes, je le sais, ont concouru au développement de la prospérité de l'Angleterre; mais c'en est une hien grave, et bien importante ,.que cette modicité dans le taux de l'iiité-r
( '66) rét. Que Fon calcule , en effet , ce que doit produire une différence d'une moitié ou d'un tiers, dans l'intérêt de tout le capital mobilier d'une nation pendant quarante ou cinquante années ! Que de facilités une telle différence doit avoir procurées aux Anglais, soit pour exécuter ce qu'ils avaient à foire dans Tintérieur du pays, soit pour approvisionner leurs marchés et ceux de l'étranger !
Participons donc aux vérités répandues chez ce peuple, si nous voulons participer à son industrie, et à sa richesse ; proscrivons comme lui ces vains et ridicules sophismes qui consistent à dire qu'il faut moins produire , parce qu'il y a de l'embarras dans la production, Il se rit de tant d'ignorance; il se dit que l'humanité ne souffre jamais par excès de produits, que si quelque part il y a une abondance apparente, c'est^u'il manque ailleurs une abondance équivalente pour lui servir d'échange ; qu'il faut donc au lieu d'arrêter l'action, la favoriser davantage, l'étendre partout, et sur toutes les parties du sol, la porter ensuite à l'extérieur, et pour cela répandre les capitaux au lieu de les resserrer. Les parquer dans quelques mains , où On les engagerait à rester, en les payant da-
( 167) vantage, ne serait pas augmenter la consommation, car ce ne sont pas quelques individus capitalistes qui peuvent servir de consommateurs à la société, c'est la société toute entière qui doit s'en servir à elle-même. Il faut donc au contraire répandre les capitaux , en diminuant leur prix , et alors la production , en diminuant proportionnellement elle-même, trouvera pour consommateur le besoin universel des hommes.
J Je suis tà%um profondément persuadé, que Tun des plus grands progrès à procurer à un pays, c'est de réduire le taux de l'intérêt. Sans doute, il diminue bien de lui-même, mais il faut des déclarations, précises , solennelles , pour entraîner sa réduction là où elle est arriérée. Et le gouvernement qui est un des plus grands consommateurs de capitaux , annonçant qu'il réduisait leur prix d'un cinquième, en* traînait cette réduction par sa puissante concurrence. Son exemple était irrésistible, et devait accélérer encore le mouvement qui nous entraîne vers la prospérité , la civilisation , et le genre de liberté promis désormais à tous les peuples. /
Telle était^ selon moi, l'opération à laquelle
j'ai cru devoir m'associer: on parle encore de ses effets politiques , pour les opposer à ses effets économiques et industriels; et sous ce rapport même, je déclare que je n'aurais pas hésité à me prononcer pour elle.
J'ai déjà dit que, sans attaquer le crédit , elle l'établissait sur une meilleure base, que cette base était la confiance, au lieu du haut prix; qu'elle limitait la puissance que le crédit avait mise dans les mains des gouvernements, et diminuait chez eu Ji«la ■faculté da\ buser de la richesse nationale: et sous ce rapport, il est étrange que des hommes qui accusent le crédit de fournir aux gouvernements des moyens trop grands de dépenser, aient condamné une mesure qui diminuait ces moyens. Et je l'avoue, car la crainte de déplaire à quelques hommes ne m'empêchera pas d'être juste : j'approuvais le ministre qui avait le courage d'attaquer la source même de sa puissance, pour faire une chose utile. C'était une hardiesse louable, digne d'encouragement, et qu'il est fâcheux d'avoir vue moins heureuse que la hardiesse à attaquer nos institutions.
Cette mesure, qui effrayaitVant d'esprits me rassurait tout-â-fait sur les inquiétudes
( *ô 9 ) qtte peut ifrspirer l'état actuel de l'Europe, qwel est en effet le système politique que l'on voudrait y faire prévaloir ? Sont-ce des projets généreux , utiles aux hommes, quenous devons attendre de la monarchie universelle qui semble s'y être établie ? Et depuis que le gouvernement britannique, abandonnant la coalition continentale, a suffisamment prouvé qu'Une soudoierait plus les projets de l'ancien monde, sur qui peut-on compter pour remplir ce rôle ? Obli* ger la Ftawoe au repos , la mettre dans l'heureuse situation de ne pouvoir prendre part à des vues contraires à ses intérêts , était donc un des plus grands services à lui rendre , et la mesure rejetée concourait puissamment à ce but. Pour en juger, que l'on jette un coupd'œil audehors, et que l'on apprécie l'opinion qui la blâme et l'opinion qui l'approuve.
La dernière considération enfin était relative à l'emploi présumé des économies. D'abord le bien était si grand , sous le rapport de l'industrie générale , et de la haute politique européenne , que j'aurais cru nécessaire de l'opérer, toute l'économie fut-elle anéantie. Une telle perte ^n'était rien en comparaison des avantages de la mesure. Cependant cette somme
des économies n'était point anéantie et perdue pour la société. Elle courait , sans doute , le danger d'une mauvaise distribution ; mais cette mauvaise distribution , croit -on avoir les moyens de l'empêcher? Ne sait-on pas aujourd'hui que, sous un prétexte ou un autre, quelques cents millions seront abandonnés aux factions ? Croit-on que , dans l'état actuel du gouvernement représentatif, une chambre puisse les refuser? Il ne reste donc malheur reusement que le choix du moyen ; et le moins, dommageable n'était-il pas le meilleur? Les 5 ou &>o millions seront toujours perdus; et les a8 millions de rentes que nous n'aurons pas gagnés 9 ne nous dispenseront pas des ao ou a 5 millions de rentesdont il faudra faire lesacrifîce. Les effets de cette mesure étaient donc assez nombreux et assez utiles. Sous le rapport économique, elle diminuait le prix des capitaux y et par conséquent celui de la production; elle accélérait ce qui reste à faire en France en fait de canaux , de routes , de communications intérieures, d'établissements industriels; elle propageait le travail où il n'est pas réveillé enoore, et secondait le développement du génie national. Sous le rapport politique %
( '7» ) elle limitait, sans la détruire, la puissance que le crédit a mise dans les mains du gouvernement; pour quelque temps du moins, elle assurait l'inaction de l'Europe , et le repos des peuples ; enfin, si elle avait procuré plus tard quelques-unes de nos dépouilles aux factions, la faute en était à nous, à notre situation, et point à l'opération qui produisait par une économie , ce qu'on aurait pris autrement par un emprunt.
Conclusion.
Pour bien juger cette question immense , il faut la ramener à un fait simple , et qui , bien envisagé, ne donne plus lieu à aucune objection. Ce fait est celui-ci : Le progrès du temps amène l'accumulation des capitaux, et par suite, la diminution de leur valeur. Or, ce fait général , reconnu dans tous les temps et tous les lieux , pourquoi l'empêcherait- on de se réaliser ?
La loi l'a consacré , et a voulu que toute I rente pût être rachetée ;
Elle Fa consacré pour tous les citoyens réunis en corps d'état, comme pour les simples individus; car tous n'ont pas moins de droit qu'un seul ;
( «7») ( Les possesseurs des capitaux doivent donc subir des sacrifices continuels, en faveur de ceux qui les emploient, et ils ont dû en subir de plus grands, depuis le développement de la richesse, arrivé dans les trente dernières an* nées ;
Ils doivent faire Ces sacrifices en faveur de l'état , comme en faveur des simples particuliers ; ils ont même recueilli avec lui des profits immenses, qui lui permettent de s'y refuser à son égard, moins qu'à l'égard de tout autre emprunteur;
* ; Le cas de diminuer les prix était eertamement arrivé, car il est incontestable que d^ns les grands marchés de capitaux l'intérêt est
; entre 3 \ et 4 pour °/ , et plus souvent à 3 i- qu'à 4; or, l'état puisant dans ces marchés, ne doit pas donner davantage;
Quoiqu'actuellement il donnât 5 , l'état pouvait tout-a-coup réduire à 4* parce <ju'il y a un i avantage immense à ne pas répéter les réductions; parce qu'il était assuré d'être suivi par les capitalistes; à condition qu'il élèverait le capital nominal, c'est-à-dire, qu'il leur assurerait l'intérêt de 4 jusqu'à la réduction du cours à 3;
En s'adressant à des capitalistes qui pour le moment remplaçaient les capitaux qui s'absentaient , dans l'attente de ceux qui ne pouvaient pas manquer de venir bientôt, l'état était assuré d'opérer sans effort, sans trop de frais, cette importante réduction; et par son exem* pie il réduisait partout l'intérêt d'un cinquième ; il hâtait cette propagation de l'industrie, du travail , de l'intelligence dans toute la France ; il accélérait cet heureux mouvement par une secousse, et il nous permettait de rivaliser avec }ous nos concurrents ;
Sans nuire à son crédit, il lui donnait une base plus sûre, celle de la confiance, au lieu du haut prix ;
Il s'interdisait toute participation contraire aux intérêts du pays pendant plusieurs années, par les soins qu'il devait à son crédit. S'il nu* sait pas bien des économies, c'est notre faute; il n'en produisait pas moins un bien immense, et auquel nous devions coopérer de toutes nos forces;
Enfin , en ajoutant au système du crédit le système des réductions progressives, il complétait cette belle machine financière , qui àfait en grande partie la fortune de nos voisins , et
qui devait concourir si puissamment à la nôtre.
Sans doute ils entendent l'industrie et la jus* tice, ces Anglais dont nous sommes si jaloux, et que nous ne savons imiter que dans leurs bizarreries , au lieu de les imiter dans leurs grands établissements. Ils entendent l'industrie et la justice, et ils réduisent progressivement leur dette, parce qu'ils admettent les faits à mesure qu'ils se présentent, et ne les condamnent jamais avec un ridicule aveugle* ment. En adoptant le crédit i nous avions fait un pas; en adoptant le système des réductions , nous allions en faire un second : et toutà-coup, par je ne sais quel mouvement d'humeur, par je ne sais quel esprit mal entendu d'opposition, par je ne sais quelles intrigues plus déplorables encore* nous repoussons une opération des plus utiles, quelques jours après avoir accepté une infraction à la Charte; et nous nous arrêtons sur une route où il dépendait de nous de suivre nos rivaux , et de les atteindre avec du temps et de l'application.
Pour moi, je me suis franchement prononcé dans cette grande question, bien avant cet intérêt passager qu'on me suppose. Je puis
( '75) toèmê dire que dans cette mesure je perdais, comme capitaliste, beaucoup plus que je n'aurais pu gagner comme coopérateun J'agissais donc par opinion et non par intérêt; et en m'associant, pour une entreprise que j'approuvais, à un ministère dont je désapprouve le système, je faisais en 1824 ce que j'ai fait en 1817, ce que je ferai toujours: je contribuerai au bien du pays, n'importe par quelle main ce bien soit opéré.
En rapport, par ma profession, avec toutes les professions; sachant mieux ce qui se passe dans les fabriques et les ateliers, que ce qui se passe à la Bourse dont je ne me mêle jamais , j'ai pu juger de mes yeux ce que pouvait le travail libre dans son action , et tranquille dans ses jouissances. Je me suis donc, non par tradition , mais par une expérience de quarante années, attaché au système qui demandait liberté et sécurité pourle travail. Aussi n'ai-jepas cessé un moment de faire des vœux pour que cette France , si heureusement douée , ne fut arrêtée dans son essor, ni par des entraves, ni par des injustices ; et si aujourd'hui quelques hommes prévenus parvenaient à l'égarer sur
( . 7 6 ) mes sentiments >et mes principes , j'en éprouverais une vive douleur sans doute; mais de même que j'ai su me passer de la faveur des gouvernements, je saurais, non pas me passer de son opinion, mais l'attendre*