‹ Réflexions sur la réduction de la rente, et sur l'état du créditChapitre 8 sur 9 · CINQUIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME QUESTION

Le mode d'exécution proposé par l'état, n'était-il pas le seul possible?

Je passe maintenant à la discussion du projet présenté par le ministre, c'est-à-dire, au mode d'exécution. Cette partie de la question ne regardait pas les banquiers ; il leur suffisait que l'opération fût en elle-même légale, équitable, utile, pour qu'ils dussent y prendre part. Si le ministre organisait bien ou mal le plan d'exécution, le mérite ou la faute en était à lui, et cène pouvait être une considération pour écarter de l'opération ceux qui avaient le projet de s'y associer. Je ne suis donc en rien responsable du plan proposé par le gouvernement, je n'y ai d'ailleurs pris aucune part, je ne l'ai «onnu qu'au moment de sa publication, et je n'ai aucun motif personnel d'en faire l'apologie; mais comme j'écris ici pour l'entier éclaircissement de la vérité, je crois devoir étendre cette discussion jusqu'au plan luimême; je ne dirai donc pas qu'il était le meilleur , le plus doux pour les rentiers , le plus

( *° 7 ) avantageux pour l'état, je dirai ce qu'il m'en semble, c'est qu'il était le seul possible.

L'opération dont il s'agit pouvait, dans l'exécution, se réduire au fait suivant :

Étant démontré par l'élévation de la rente au-dessus du pair, que les capitaux s'offrent à moins de 5 pour °/ , s'adresser aux capitalistes qui prêtent à moins de 5 , et contracter avec eux un emprunt, pour rembourser les anciens prêteurs, à moins que ces derniers ne veuillent réduire le prix de leurs fonds au taux du jour.

Mais à l'aspect de ce fait si simple naissent une foule de questions :

i° Fallait-il rembourser tous les rentiers à la fois, et faire un emprunt unique , ou rembourser successivement par le moyen de plusieurs emprunts?

2° Fallait-il réduire l'intérêt à 4 \ , à 4 \ , à 4 pour cent?

3° Quels avantages fallait-il faire aux nouveaux préteurs , et pour cela quelle forme fallait-il donner au nouvel emprunt ?

4° Fallait-il se servir des compagnies ? Comment fallait-il les faire concourir au nouvel emprunt, et combien fallait-il payer leur concours?

( ">8 ) Je vais parcourir successivement ces différentes propositions :

i° Faut-il rembourser tous les rentiers à la fois, et faire un emprunt unique , ou rembourser successivement par le moyen de plusieurs emprunts ?

J'ai déjà démontré précédemment que l'état réel de l'intérêt était dans les placements mobiles, non-seulement au-dessous de 5, mais souvent à 4 et même à 3 pour °/ ; que de tous ces placements, la rente était le plus mobile, le plus sûr, le plus commode, le plus dégagé de soins et d'inquiétudes; qu'il était exempt d'impôts, de saisie, et qu'il offrait tous les attraits de la spéculation; que ces immenses avantages étaient déjà tous appréciés, et le seraient tous les jours de plus en plus; qu'ainsi l'intérêt de 5 était exorbitant, puisque le commerce, sans toiis ces avantages, ne payait que 3 ou 4 pour °/ . Ou il faut se refuser à l'évidence, ou il faut admettre tout cela. Fondée sur cette persuasion, l'opération devenait la chose du monde la plus facile.

Les rentiers ne pouvaient trouver ailleurs d'aussi grands avantages, et quand on leur au-

( io 9 ) rait donné encore plus de temps , ils n'y auraient pas réussi. Eux-mêmes ne le croyaient pas, et ils étaient tous persuadés qu'à moins de placer sur hypothèque , on ne pouvait trouver nulle part 5 pour °/ . D'après la justice de la réduction, et l'opinion qui régnait chez la plupart des rentiers qu'ailleurs ils ne trouveraient pas mieux , devait-on hésiter à agir surle-champ? Fallait-il un seul délai, dans une chose juste et possible ?

Sans doute sur la masse des rentiers il y en avait quelques-uns qui ne pensaient pas que^ la chose fût juste, ni que le prix qu'on leur offrait fût le meilleur possible ; ceux-là se seraient retirés, et auraient demandé le remboursement. Eh bien! ceux-là on les remplaçait par d'autres, dont on s'était assuré d'à-' vance en s'adressant à des banquiers. Le fait a d'ailleurs prouvé la vérité que j'avance ici. En effet, le remboursement était annoncé, et devait avoir lieu au a 2 septembre prochain à 100. La rente était cependant à io5, et même à 106; certes c'était bien le cas de vendre, pour ceux qui voulaient se faire rembourser, puisqu'il valait mieux. avoir en avril ou mai, io5, que 100 en septembre. Tous ceux donc

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