‹ Reflexions sur la revolution de FranceChapitre 3 sur 4 · II · texte numérisé non relu

II

municipalité qui n'a que la moitié du territoire

des deux mitres , aura dix voix contre six , dans l'élection de trois disputés à l'assemblée du département , et cela , d'après la base expresse de la représentation territoriale.

Cette inégalité , toute frappante qu'elle est, sera encore plus marquée, si nous supposons, comme nous pouvons très-justement le faire , que plusieurs des autres municipalités du canton décroîtront autant en population que la municipalité principale les excédera toutes. Venons maintenant à la base de contribution , qui est aussi le principe admis , pour opérer d'abord dans l'assemblée du canton : prenons encore une seule municipalité, comme nous l'avons fait d'abord. Si la totalité des contributions directes payées par une grande ville de commerce ou de manufactures, est divisée également parmi leshabitans, on trouvera que chaque individu , én suivant le même procédé , paie beaucoup plus qu'un autre individu vivant dans le pays, conformément à la même proportion. La totalité payée par les habitans de la première ville , sera certainement plus considérable que celle qui sera fournie par les habituas de la dernière. Nous pouvons aisément évaluer cette différence à un tiers de plus. Alors les 12,700 habitans, ou le 2,ig5 votans d'une municipalité, paieront autant que ig,o5o habitans ou 5,28g votans des autres municipalités , ce qui est à peu près la proportion évaluée des habitans et

des votans de cinq autres municipalités, Maintenant, les 2,ig5 votans n'enverront, comme nous l'avons dit ci-dessus, que dix députés à l'assemblée de canton ; les 0,289 votans en enverront seize. Ainsi , pour une part égale dans la contribution de la totalité du canton, il y aura une différence de seize voix à dix , en votant pour les députés qui doivent être choisis suivant le principe de représenter la contribution générale de tout le canton.

En suivant la même manière de calculer, nous trouverons que 16,875 habitans,. ou 2,741 votans des autres municipalités , qui paient un sixième de moins dans la contribution de tout le canton, auraient trois voix de plus que 1 2,700 habitans ou 2,190 votans d'une seule municipalité.

Telle est l'inégalité fantastique et injuste entre les masses, dans cette répartition curieuse des droits de la représentation, prise d'après la base territoriale et la base de contribution. Les droits que donne cette division sont dans la vérité des droits négatifs , qui sont dans une proportion inverse à leur possession.

Sous quelque jour qu'il vous plaise de considérer ces trois bases, je ne vois pas qu'on ait réuni dans un seul tout, une variété d'objets je vois, au contraire , différens principes qui se fuient par leur nature, principes que vos philosophes ont rapprochés , quoiqu'ils soient contradictoires

et inconciliables, exactement comme s'ils avaient

renfermé des bêtes sauvages dans une même cage pour se déchirer et se détruire mutuellement.

Je crains de m'être trop occupé de leur manière de considérer la formation d'une constitution. Ils ont beaucoup de métaphysique, mais elle est vicieuse ; beaucoup de géométrie , mais elle est mauvaise ; beaucoup d'arithmétique , mais leurs règles de trois ne sont que de fausse position ; et quand toutes ces sciences auraient l'exactitude qu'elles requièrent, et quand leurs plans seraient parfaitement réguliers dans toutes leurs parties, il n'en résulterait qu'une pure vision, plus nette et plus belle. Il est à remarquer que , dans un grand arrangement qui a le genre humain pour objet et pout but, ils n'ont rien fait qui soit appuyé sur quelque base ou sur quelque rapport moral ou politique ; rien qui se rapporte aux affaires, aux actions, aux passions et aux intérêts des hommes. Hominem non sapiunt.

Vous croyez que je considère seulement cette constitution sous son rapport électoral , comme conduisant par degrés à l'Assemblée Nationale. Je n'entre pas dans l'examen du gouvernement intérieur des départemens , ni dans leur généalogie de communes et de cantons. Tous ces gouvernera ens locaux doivent être', d'après le pian original, composés, autant que cela se pourra, de la même manière et d'après les mêmes principes

que les assemble'es électives, Ils sont tous, chacun pris séparément , des corps parfaitement compacts et circonscrits en eux-mêmes.

Vous ne pouvez manquer d'apercevoir dans ce plan , que son but direct est de partager la France en une variété de républiques, et de les rendre totalement indépendantes les unes des autres , sans aucun moyen constitutionnel de cohérence, de* connexion, ou de subordination ; sauf tout ce qui pourra dériver de l'acquiescement qu'elles feront donner par leurs ambassadeurs, dans le congrès général de toutes ces républiques indépendantes. Telle est en réalité l'Assemblée Nationale ; et il existe dans le monde , j'en conviens , de pareils gouvememens ; mais leurs formes sont beaucoup mieux adaptées aux circonstances locales et aux habitudes du peuple qu'ils régissent ; mais de telles associations , car on ne peut guère les appeler des corps politiques, ont été généralement l'effet de la nécessité, et non du choix 5 et je crois que le pouvoir actuel de la France est de tous les assemblages d'hommes qui ont obtenu une autorité assez illimitée pour faire de leur pays ce qu'il leur plairait, le premier qui ait choisi de le diviser d'une manière aussi barbare.

Il est impossible de ne pas observer qu'avec cet esprit d'une distribution géométrique , et d'un arrangement arithmétique, ces prétendus citoyens traitent la France exactement comme un pays

conquis ; agissant en conquérans , ils ont imité la politique des vainqueurs les plus farouches. Celle de ces hommes féroces qui méprisaient le peuple vaincu et insultaient à ses douleurs , a toujours été ce qu'on la voit être aujourd'hui parmi les vôtres , de détruire tous les vestiges de l'ancien pays, dans la religion , dans le gouvernement civil , dans les lois, dans les mœurs ; de confondre toutes les limites du territoire ; de produire une pauvreté générale ; de mettre les propriétés à l'encan ; d'humilier les princes , les nobles , les pontifes ; d'abaisser tout ce qui s'élevait au-dessus du niveau, ou tout ce qui pouvait servir à rallier dans leur détresse , sous le drapeau de l'antique opinion , un peuple sans règle et sans frein. Ils ont rendu 1k France libre , à la manière dont ces amis sincères des droits du genre hujnain , les Romains , rendirent libres la Grèce , la Macédoine, et tant d'autres pays; ils ont détruit tous les liens de son union , sous prétexte de pourvoir à l'indépendance de chacune de ses villes.

Lorsque les membres qui composent ces nouvelles corporations de municipalités, de cantons et de départemens, arrangemens créés exprès au sein de la confusion , commenceront à agir, ils se trouveront presque totalement étrangers les uns aux autres. Tous ces électeurs et ces élus de toutes parts, surtout dans les municipalités rurales, seront souvent dénués de toute espèce d'habitudes,

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de liaisons et de cé penchant naturel à la discipline , qui est l'àme d'une vraie* république. Les magistrats et les collecteurs des revenus publics ne connaissent encore aucunement leurs districts; ni les évêques, leurs diocèses; ni les curés, leurs paroisses. Ces nouvelles colonies des droits de l'homme portent avec elles l'empreinte d'une forte ressemblance avec cette sorte de colonies militai- 1 es dont parle Tacite, à l'époque de la décadence de la puissance romaine. Dans des temps plus heureux et plus sages (laissant à part leur conduite avec les nations étrangères), ils mettaient tous leurs soins à ce que les élémens d'une subordination et d'un ordre de choses méthodique fussent contemporains eutre^eux , et même à poser les bases de la discipline civile dans le militaire*; mais lorsque tous les bons principes de gouvernement furent tombés en ruine, ils agirent comme le fait votre Assemblée, d'après l'égalité des hommes, avec aussi peu de jugement, et avec aussi peu d'égards

* « Les légions ne marchaient plus en corps avec leurs tribuns, « leurs centurions et les soldats de même grade : combinaison « heureuse qui tendait à nourrir, dans une douce harmonie, les « tendres affections pour la patrie! Non : rassemblés comme des « troupeaux, inconnus entre eux, sans afftetions mutuelles, ce a n'élait point un corps homogène, c'était un ramas d'élémens « incohérens. » ( Voy. Tac. Jnn. lib. i4, n° 37.)

Tout ceci peut s'appliquer encore plus directement aux Assemblées nationales, biennales , incohérentes et roulantes de cette Constant ion absurde et dépourvue de sens.

pour toutes les choses qui rendent une république supportable ou durable. Au surplus dans tout ceci , aussi bien que dans tous les exemples qu'on

pourrait en citer, votre nouveau gouvernement a pris naissance, a été élevé et nourri au milieu de toutes les corruptions qui annoncent la dégénération et la fin des républiques. Votre enfant vient • au monde avec tous les symptômes de la mort, le faciès hippoctatica forme le caractère de sa physionomie , et le pronostic de sa destinée.

Les législateurs qui constituèrent les anciennes républiques , savaient que leur tâche était trop difficile pour qu'elle pût être bien remplie sans un autre appareil que toutes les idées métaphysiques d'un élève en philosophie , et que les mathématiques ou l'arithmétique d'un commis de la Douane. Us avaient affaire à des hommes, et ils furent obligés d'étudier la nature humaine ; ils avaient affaire à des citoyens , et ils furent obligés d'étudier l'influence que les circonstances de la vie civile ont sur les moeurs. Us étaient convaincus que l'opération de cette seconde nature sur la première, produisait une nouvelle combinaison; et de là, cette grande variété de distinctions parmi eux; la naissance, l'éducation, la profession , l'âge > le lieu de la demeure , soit à la ville , soit à la campagne ; les moyens employés pour acquérir ou pour conserver des propriétés; la nature même de ces propriétés ; tout entrait dans leurs calculs,

comme si chacune de ces choses faisait de tous les hommes des êtres différens entre eux. De là dérivait cette nécessité de déterminer d'avance la destinée des citoyens en les classant , et de les placer dans l'Etat y de manière que leurs habitudes personnelles pussent les rendre propres à remplir y dans toute nature de choses, les vues que les circonstances du moment pouvaient faire naître , et qui pussent aussi fournir à toutes les classes de. citoyens la force nécessaire pour se défendre au milieu des débats qui naissent de la diversité des intérêts, débats qui doivent exister et être en opposition dans toutes les sociétés complexes. Le législateur, en effet, aurait dû être humilié de voir le grossier laboureur savoir faire l'arrangement de son bétail , savoir se servir de ses chevaux , de ses moutons et de ses bœufs; de voir qu'il avait* assez de sens commun pour ne pas se livrer à des abstractions et en faire tous des animaux semblables, pour ne pas leur donner à tous la même nourriture ni les mêmes soins, et ne pas en exiger le même service : tandis que lui , l'économe, l'arbitre et le berger de sa propre espèce , se perdant dans les brouillards d'une sublime métaphysique, s'obstinerait à ne voir autre chose dans son troupeau que des hommes en général. Montesquieu observait .avec beaucoup de justesse que, dans l'antiquité, les grands législateurs avaient développé toute l'étendue de leur savoir, qu'ils s'é-

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taient même élevés au-dessus d'eux-mêmes dans

le classement des citoyens ; et c'est en cela que vos législateurs modernes se sont le plus enfoncés dans la profondeur de leurs séries négatives, et qu'ils se sont même précipités au-dessous de leur propre néant. Comme les anciens législateurs mettaient un grand prix, à partager les hommes en différentes classes, et à combiner ensuite toutes ces classes en un seul gouvernement , il était à présumer que les législateurs métaphysiques et chimistes prendraient une route tout-à-fait opposée. Ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour confondre toutes les classes de citoyens, et pour n'eu faire qu'une seule masse homogène ; efc alors ils ont partagé cet amalgame en un certain nombre de républiques incohérentes. Us ont réduit les hommes à l'état de jetons isolés ; purement pour le plaisir de compter par simples unités, sans même leur accorder la propriété des chiffres, dont la valeur s'accroît selon le rang qu'ils occupent. Les simples élémens de la métaphysique auraient pu leur donner de meilleures leçons. Leurs courses autour de leur table catégorique auraient pu leur apprendre qu'il y a quelque chose dans le monde intellectuel, outre la substance et la quantité. Ils auraient pu apprendre dans les élémens de métaphysique, qu'il y a dans chaque délibération complexe, huit divisions de plus, auxquelles ils n'ont jamais pensé , quoique de ces dix chacune

soit le sujet sur lequel le savoir de l'homme peut le plus s'exercer.

Bien loin de se conformer à cette disposition de quelques-uns des anciens législateurs républicains, et de suivre avec un intérêt particulier les dispositions et les situations morales des hommes, ils ont nivelé et abaissé tous les Ordres qu'ils ont trouvés, même sous l'arrangement grossier et maladroit de la monarchie; (genre de gouvernement pour lequel le classement des citoyens n'est pas û°une si grande importance que dans une république ). Il faut avouer cependant qu'un tel classement, bien fait, est bon dans toute espèce de gouvernement, et qu'il établit une forte barrière contre, les excès du despotisme , aussi bien qu'il est un des moyens nécessaires dans l'action des républiques , et pour assurer leur durée. Faute d'avoir pourvu à quelque chose de cette espèce, si le projet actuel d'une république venait à s'écrouler, on perdrait avec lui tout ce qui pourrait servir de caution à une liberté modérée. On a détruit tous les obstacles indirects qui servaient à mitiger le despotisme; ensorte que si jajnais la monarchie pouvait reprendre quéJ^jfe^endant en France ] sous cette dynastie, aus^Pune autre, elle exercera probablement, à moin§3j[ue dès son début les sages et vertueux conseils du prince ne la tempèrent vo- • lontairement , le pouvoir le plus complètement arbitraire dont il y ait jamais eu d'exemple sur la

terre. On ne peut pas Jouer un jeu plus désespère'.

Tous vos faiseurs vont même jusqu'à déclarer que la confusion qui accompagne tous leurs procédés , est pour quelque chose dans leurs projets; et qu'ils fondent leur espérance pour la stabilité de leur constitution, sur la crainte que chacun aura du retour des maux qui ont assisté à son enfantement, ce Parla, disent-ils, sa destruction sera ce difficile pour l'autorité, qui ne pourra pas la dé- « truire, sans désorganiser tout l'Etat. » Ils présument que si l'autorité devait jamais parvenir au degré où ils sont montés, elle ferait de son pouvoir un usage plus modéré et plus circonspect qu'eux, et qu'elle aurait une crainte pieuse de désorganiser l'Etat d'une manière aussi sauvage qu'ils l'ont fait. Ils attendent, des vertus du despotisme à venir , la sécurité dont doit jouir l'enfant de leurs vices populaires.

Je souhaite que vous , Monsieur, et mes autres lecteurs, vous donniez une attention particulière au livre de M. de Calonne sur ce sujet. C'est nonseulement un ouvrage éloquent, mais encore une source de lumières et d'instruction. Je me bornerai, à ce qu'il dit de la constitution nouvelle de l'Etat, et de la nature de son revenu. Quant aux contestations qui existent entre ce ministre et ses rivaux, je ne souhaite nullement de prononcer entre eux. Je ne hasarderai pas davantage mou opinion sur les moyens qu'il propose , soit finan-

ciers, soit politiques, pour retirer sa patrie de la situation déplorable de servitude, d'anarchie, de banqueroute et de misère dans laquelle elle se trouve. Je ne peux pas spéculer d'une manière aussi hardie que lui : mais il est Français; par ses devoirs , il a été' plus rapproché de tous ces objets, et il a de meilleurs moyens que je n'en ai pour en être le juge. Je désire que l'on s'attache principalement à la partie où il parle de l'aveu fait par un des principaux chefs de l'Assemblée, sur son plan de convertir la France, non-seulement en république, mais même de la faire dégénérer d'une république en un état fédératif. Il ajoute de nouvelles forces à mes observations; et en vérité l'ouvrage de M. de Calonne supplée à toute mon insuffisance par beaucoup d'argumens nouveaux et frappan s sur presque tous les objets de cette lettre.

C'est cette résolution de partager leur pays en républiques séparées, qui les a entraînés dans le plus grand nombre des difficultés qu'ils ont éprouvées. Sans cela, toutes ces questions d'une exacte égalité, toutes ces balances à jamais vacillantes entre les droits individuels, la population et la contribution 7 seraient totaleriient inutiles ; sans cela, chaque député à l'Assemblée serait le représentant de la France pour tous ses citoyens quels qu'ils fussent, pour toutes les classes soit nombreuses ou non, pour les pauvres comme pour les.

riches , pour les grands districts enfin , aussi bien que pour les petits. Tous ces districts eux-mêmes seraient subordonnés à une autorité établie et existante indépendamment d'eux; autorité dans laquelle la représentation et tout ce qui en dépend, prendrait à la fois sa source et trouverait son point de direction. Il n'y a que l'existence d'un tel gouvernement fondamental et inaltérable , qui puisse véritablement et proprement composer un seul tout d'un grand territoire. Parmi nous, lorsque nous élisons les représentans du peuple, nous les envoyons à un conseil dans lequel chaque homme individuellement n'est qu'un sujet, sujet soumis à un gouvernement complet dans toutes ses fonctions ordinaires. Chez vous, l'Assemblée élective est le souverain et le seul souverain: chaque membre est par conséquent une partie intégrante de cette seule souveraineté ; mais ici , c'est totalement différent. Chez nous le représentant , séparé des autres parties ^ n'a ni action ni existence ; le gouvernement est le point de rapport des diflerens membres et des différens districts qui composent notre représentation ; c'est le centre de notre unité. Dans ce gouvernement d'une tendance commune, chaque représentant est un curateur commun pour le tout, et non pour aucune partie séparée. Telle est encore l'autre branche de notre conseil public, je veux , dire la Chambre des Pairs. Chez nous le roi et les

lords sont autant de sûretés jointes et réunies, pour assurer l'égalité de chaque district, de chaque province, de chaque ville. Avez-vous jamais entendu parler en Angleterre , d'une province qui eût à souffrir de l'inégalité de sa représentation , ou de quelque district qui n'en eût point du tout? Non-seulement notre monarchie et notre pairie sont les garans de l'égalité sur laquelle repose notre unité , mais c'est encore l'esprit de la Chambre des Communes elle-même. C'est peut-être dans cette inégalité de représentation dont on se plaint si inconsidérément, que réside la véritable cause pour laquelle nous n'agissons pas comme les membres d'un district. Le comté de Cornouailles élit autant de membres que toute l'Ecosse. Mais prend-on de cette province un soin plus particulier que de l'Ecosse ? Bien peu de gens , hors quelques clubs extravagans , se troublent la tête avec toutes vos bases; et quant à cejux qui fondent sur des raisons plus ou moins plausibles des désirs de changemens , ils le font d'après des idées bien différentes. .

Votre nouvelle constitution est , en principe , tout l'opposé de la nôtre , et je suis étonné qu'il puisse exister quelques personnes qui aient rêvé de proposer pour exemple à l'Angleterre quelqu'une des choses que vous avez faites. Chez vous il y a très-peu , et même point du tout de rapport entre le représentant et le représenté ; .

DE FRANCE: 54g

le membre qui va à l'Assemblée Nationale , n'est pas choisi par le peuple, ni comptable au peuple. 11 faut trois élections avant qu'il soit choisi. 11 y a deux degrés de magistrature entre lui et l'assemblée primaire, de manière qu'il est, comme je l'ai dit , l'ambassadeur d'un Etat séparé , et non le représentant d'un même peuple composant un seul Etat Ceci change tout l'esprit de l'élection ; et aucun des correctifs que vos marchands de constitution ont inventés ne peut l'empêcher d'être rien autre chose que ce qu'elle est en effet. L'elFort même que l'on ferait pour y changer quelque chose , ne pourrait qu'introduire une confusion encore plus horrible , s'il est possible, que celle qui existe actuellement.

11 n'y a d'autre manière pour établir un rapport entre le constituant originel et le représentant , que la ressource de ces moyens détournés par lesquels un candidat peut être porté à s'adresser en premier lieu aux électeurs primaires , afin que ces électeurs , déterminés par l'autorité de leurs instructions (et peut-être par quelque chose de plus), puissent forcer les deux corps électifs supérieurs à faire un choix conforme à leurs vœux. Mais ce moyen renverserait totalement le plan; il ramènerait encore ce tumulte et cette confusion des élections populaires qu'on a voulu éviter par l'intervention des élections graduelles ; et ce serait , enfin , risquer toute la for-

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tune de l'Etat , en la confiant à ceux qui n'en ont pas la moindre notion et qui n'y ont aucun intérêt. C'est là le dilemme perpétuel dans lequel ils sont jete's par les principes vicieux , faibles et contradictoires qu'ils ont adoptés. A moins que le peuple ne détruise et ne nivelle cette gradation , il est clair qu'il n'a substantiellement aucun droit d'élection à l'Assemblée ; et , en vérité , il n'est pas plus électeur en réalité, qu'il ne l'est en apparence.

Quel est le but que nous nous proposons dans une élection? Pour remplir ses véritables fins , il faut d!abord que vous ayez les moyens de connaître la capacité de vot»ep^omme , et ensuite , que vous vous réserviez quelque prise sur lui , soit par l'effet de la reconnaissance , soit par celui d'une dépendance personnelle. Quel but s'est-on proposé , en feignant d'accorder aux électeurs primaires le droit dérisoire de faire un choix ? Ils ne pourront jamais connaître en aucune manière les qualités de ceux qui doivent les servir, et ceux-ci ne leur auront aucune obligation. Il est une nature de pouvoirs qu'on ne peut pas déléguer à d'autres , et parmi ceux-ci , celui qui est le moins susceptible de l'être, c'est le choix personnel. En cas d'abus de la part du représentant, ce corps d'électeurs primaires ne peut jamais luu^emander compte de sa conduite ; il en est trop éloigné dans la chaîne de la représentation. S'il arrive qu'il se conduise mal pendant son bail de deux

ans , cela ne le regarde plus pour les deux années suivantes. Dans la nouvelle constitution française, les représentans les meilleurs et les plus sages sont obligés d'aller avec les plus mauvais dans ce limbus patrum , ces lymbes des patriarches. Ce sont des vaisseaux dont on suppose que la carêne est trop endommagée ; on les envoie dans le bassin pour être radoubés. Tout homme qui a servi dans une Assemblée ne peut plus être élu pour les deux années suivantes ; c'est précisément au moment ou ces officiers publics commencent à être capables de bien exercer leurs fonctions , qu'ils sont mis hors d'exercice, comme dés ramoneurs de cheminées.

Ainsi donc , dans cette chaîne toute brisée, le caractère distinctif de tous vos législateurs à venir sera, pour les uns, la pétulance et la superficie de la nouveauté; et, pour les % autres, la faiblesse et le refroidissement que l'interruption apporte aux souvenirs. La jalousie entre beaucoup trop dans votre constitution, pour qu'elle renferme beaucoup de raison. La violation de la confiance est si exclusivement le point qui vous occupe dans vos représentans, que vous ne considérez nullement la question de leur aptitude à la faire naître.

Cet intervalle de purification n'est point défavorable à un mauvais représentant , qui peut être un aussi bon coureur d'élection qu'il était mauvais

55a REVOLUTION législateur. Pendant ce temps , il peut cabaler avec avantage pour l'emporter sur le plus vertueux et le plus sage. Comme en définitive, tous les membres de cette constitution élective sont également fugitifs , et n'existent que pour le moment de l'élection , il est très-possible qu'au moment où ce représentant de la législature qui vient d'expirer, sollicite un renouvellement de confiance , ses démarches ne s'adressent plus aux mêmes personnes à qui il devait compte de sa conduite. Rendre responsables tous les électeurs secondaires de la commune, c'est aussi ridicule et injuste qu'impraticable ; ils peuvent avoir euxmêmes été trompés dans leur choix, de même que le troisième ordre d'électeurs; ceux du département peuvent l'être dans le leur. Dans vos élections, la responsabilité ne peut donc pas exister.

Ne trouvant aucun principe de cohérence dans la nature, ni dans la constitution de toutes les nouvelles républiques de la France , je cherchai à connaître quelle était la matière étrangère que ces législateurs avaient destinée à les cimenter les unes avec les autres : je ne parle pas de leurs fédérations, de leurs spectacles, de leurs fêtes civiques et de leur enthousiasme : ce ne sont que de simples tours de leur métier; mais, en suivant leur politique dans leurs actions, je crois que je

Le premier, c'est la confiscation , au moyen du papier-monnaie forcé qui y est annexé; le second, c'est le pouvoir suprême de la ville de Paris ; le troisième, c'est toute la garde nationale du royaume. Je réserve ce que j'ai à dire sur cette dernière, pour le moment où je parlerai de l'armée séparément.

Quant à l'effet du premier mcryen (la confiscation et le papier-monnaie), à ne les considérer que comme principes d'union , je ne puis nier qu'ils ne puissent l'un et l'autre, tant qu'ils seront unis , procurer pour quelque temps cette sorte de ciment, pourvu que, dans la conduite et dans l'accord de ces deux choses, ils n'agissent pas avec une déraison et une folie qui leur communiquent, au contraire, dès le début, une véritablè répulsion mutuelle. Mais, en accordant à ce plan quelque cohérence et quelque durée, il me paraît que si, après un certain temps, la confiscation ne se trouve pas assez forte pour soutenir le papiermonnaie (comme je suis moralement sûr que cela arrivera ) , alors , au lieu de cimenter, il ajoutera infiniment à la dissolution , à la séparation* et à la confusion de toutes ces républiques confédérées ; et non- seulement les relations mutuelles seront brisées , mais celles même de leur propre intérieur le seront aussi. Si, au contraire, la confiscation devait avoir assez de succès pour absorber le papier-monnaie, le ciment disparaîtrait, la circu-

lation cesserait. En même temps cette force d'union sera très -incertaine, et se ressentira toujours, dans ses effets, des variations qui auront lieu dans le crédit de ce papier.

Une seule chose est certaine dans ce plan ; elle ne paraît en être, au premier aperçu, qu'un effet indirect : mais je ne fais aucun doute que ce jie soit l'objet principal de ceux qui conduisent cette besogne, c'est-à-dire qu'ils veulent introduire une oligarchie dans chacune de ces républiques. Un papier-monnaie qui n'est fondé sur aucun dépôt réel, ou sur aucun engagement d'argent; un papier dont l'émission se monte déjà à 44 millions de notre monnaie d'Angleterre, et dont le cours forcé est substitué à celui des espèces du royaume : ce qui le rend tout à la fois et la substance de son revenu, et le seul moyen de ses relations civiles et commerciales; un tel papier doit réunir tout ce qu'on a laissé de pouvoir, d'autorité et d'influence, sous quelque forme qu'on puisse le supposer, dans les mains des chefs et des directeurs de cette circulation.

En Angleterre, nous sentons l'influence de la Banque, quoiqu'elle ne soit que le centre d'un commerce volontaire. Il faut connaître bien peu l'action de l'argent sur le genre humain, pour ne pas voir la force de la direction de l'intérêt pécuniaire, qui est si étendue, et qui, par sa nature, dépend bien plus de ceux qui la dirigeront, que cela

ne pourra jamais être à l'e'gard d'aucun des nôtres. Mais ceci n'est pas seulement une affaire de spéculation ; il y a dans ce plan une autre partie qui se lie inséparablement avec cette manœuvre d'argent : elle consiste à mettre en vente , inconsidérément, quelques portions des terres confisquées, et à produire une continuelle transformation de papiers en terres, et de terres en papiers. Si nous suivons ce procédé dans Ses effets, nous pourrons avoir une idée de l'intensité de force avec laquelle ce système opérera. Par ces moyens, l'esprit d'agiotage et de spéculation s'exerce sur la masse même des terres, et s'incorpore avec elles. Cette opération volatilise en quelque sorte cette espèce de propriété; elle lui donne une activité monstrueuse et contraire à la nature; et, par là, elle réunit dans la main des différens agens de l'entreprise, soit chefs, soit subordonnés, parisiens et provinciaux, toute la représentation de l'argent, et peut-être plus que le dixième de toutes les terres de la France, sur lesquelles cette circulation de papier-monnaie a déjà fait sentir la plus funeste de toutes ses influences, celle de la plus grande incertitude de leur valeur. Apollon fixa l'île flottante de Délos ; mais vos législateurs ont fait exactement le contraire à l'égard de leurs terres, et ils les livrent au gré des vents, comme les légers débris d'un naufrage : oras et litlora circum.

Les nouveaux acquéreurs, étant communément des aventuriers qui ne contractent point d'habitudes, et n'accordent de prédilection à aucun lieu, achèteront pour agioter encore, selon l'avantage que leur présenteront les terres, l'argent ou le papier: car, quoiqu'un saint évêque pense que l'agriculture retirera de grands avantages de ces usuriers éclairés, qui achèteront les confiscations de l'Eglise, moi , qui ne suis pas un sage, mais un vieux fermier, je demande, en toute humilité, la permission de dire à sa feue seigneurie , que l'usure est un mauvais précepteur d'agriculture; et si ce mot éclairé doit être compris d'après le nou- . veau dictionnaire, comme cela est toujours dans vos nouvelles écoles, je ne peux concevoir comment, parce qu'un homme ne croira pas en Dieu (car c'est là ce que vous entendez par éclairé), il en aura plus de science et de zèle pour cultiver la terre. Diis immortalibus sero; c< Je sème pour les dieux immortels, » disait un vieux Romain, tenant une des branches de sa charrue, tandis que la mort s'emparait de l'autre. Vous joindriez ensemble tous les directeurs des deux Académies à ceux de la Caisse d'escompte , qu'un paysan expérimenté vaudrait mieux qu'eux tous. J'ai recueilli plus d'informations sur une partie curieuse et intéressante de l'agriculture , dans une courte conversation que j'ai eue avec un Chartreux, que je n'en ai jamais retiré de lous les directeurs de

banque avec qui j'ai causé. Malgré cela, il ne faut pas craindre que les marchands d'argent se mêlent jamais de l'économie rurale : ces messieurs sont trop sages dans leurs calculs. Peut-être, d'abord, leur imagination tendre et sensible sera-t-elle séduite par les délices attachées à Pinnocence et au désintéressement d'une vie pastorale; mais, en peu de temps, ils s'apercevront que ^agriculture est un métier plus pénible et moins lucratif que celui qu'ils auront abandonné. Après en avoir fait de grands éloges, ils s'en éloigneront promptement , comme a fait leur grand précurseur et prototype Alphius. — Ils pourront, ainsi que lui, commencer par chanter : Beatus Me. — Mais quelle en sera là fin ?

Haec ubi locutus fœnerator Alphius,.

Jam jain futurus rusticus, OmDem relegit idibus pecuniam ; Quaerit calendis ponere. ¥ .

Ils cultiveront la caisse de l'Eglise, sous les auspices sacrés de ce prélat, avec plus de profit que ne leur en donneraient ses vignobles et ses champs de blé; ils emploieront leurs talens conformément à leurs habitudes et à leurs intérêts; ils ne suivront pas la charrue, tant qu'ils pourront diriger le trésor public et gouverner des provinces.

Vos législateurs, neufs en toute chose, sont les premiers qui aient fondé un gouvernement sur le

jeu , et qui lui aient infusé cet esprit comme un principe vital. Le grand objet de ces politiques est de métamorphoser la France , d'un grand royaume qu'elle était, en une grande table de jeu; de convertir tous ses hâbitans en une nation de joueurs; d'étendre la spéculation aussi loin que. la vie, de la mêler à tous leurs intérêts; et de détourner toutes les craintes et toutes les espérances du peuple de leurs canaux ordinaires , pour les livrer aux impulsions, aux passions et aux superstitions de ceux qui vivent sur les hasards. Ils proclament hautement l'opinion où ils sont que leur . présent système de république ne peut pas exister sans cette sorte de jeu sur les fonds, et que chaque fil de ses jours est tiré de cette quenouille de leurs spéculations. L'ancien jeu sur les fonds était assez • funeste, sans doute; mais il ne l'était que pour des individus. Même lorsqu'il eut sa plus grande étendue, au Mississipi et dans la mer du Sud, il ne porta que sur un petit nombre comparativement; lorsqu'il s'étend plus loin, comme dans les loteries, il n'a du moins qu'un seul objet. Mais si la loi, qui, dans presque toutes les circonstances y défend le jeu et ne lë favorise dans aucune, est elle-même pervertie au point d'être opposée à sa nature et à sa politique , et de forcer expressément celui qui lui est sujet à se rendre à cette table destructive , en portant l'esprit et les symboles du jeu dans les objets les plus minutieux, et

en y excitant tout le monde, et en toute chose, il règne une maladie épidémique de ce genre , la plus épouvantable qui ait jamais paru dans le monde. Avec vous , un homme ne peut ni gagner, ni acheter son dîner sans une spéculation. Ce qu'il recevra le matin n'aura pas la même valeur le soir 5 ce qu'il est obligé de prendre comme le paiement d'une vieille dette, ne sera pas reçu pour la même valeur s'il s'agit d'en contracter une nouvelle ; et cela n'aura pas non plus la même valeur, si, par un prompt paiement, l'on voulait , éviter de contracter une dette. Il faut donc que l'industrie périsse ; l'économie doit donc être chassée de votre pays. Les soins de la prévoyance n'enisteront point. Qui voudra travailler sans connaître le montant de sa paie ? Qui voucjra songer à accroître ce qui ne sera plus susceptible d'estimation? Qui voudra accumuler, lorsqu'il ne connaîtra pas la valeur de ce qu'il épargnera ? Si vous retranchez à vos richesses de papier les seuls avantages qu'elles aient , l'agiotage , tenter de les accumuler, serait non la prévoyance d'un homme, mais l'instinct d'un corbeau.

Ce qu'il y a de vraiment affligeant dans un système de politique^qui réduit une nation entière à l'état de joueurs, c'est que, quoique tous sbient obligés de jouer, le nombre de ceux qui entendent le jeu est très petit, et que ceux qui le savent assez bien pour en tirer parti, sont encore en

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plus petit nombre : la multitude sera donc nécessairement la dupe du petit nombre qui conduit toute cette machine à spéculations. L'effet qu'elle doit produire sur le peuple de la campagne est visible : l'habitant des villes peut chaque jour renouveler ses calculs; mais il n'en est pas de même de l'habitant des campagnes. Lorsque le paysan apportera son blé au marché , le magistrat l'obligera de recevoir des assignats au pair; lorsqu'ensuite il ira dans une boutique avec ses assignats, il verra qu'en ne faisant que traverser la rue, la valeur en est baissée de sept pour cent : il ne se pressera pas de revenir à ce marché. L'habitant des villes s'enflammera de colère ; il voudra forcer les paysans à apporter leur ble* au marché. La résistance commencera ; et l'on finira par renouveler dans toute la France les meurtres de Paris et de Saint-Denis.

Que signifie l'avantage illusoire accordé aux campagnes, en leur donnant plus que leur part, dans la théorie de votre représentation ? Où avezvous placé le véritable pouvoir sur la circulation de l'argent et des terres? Où avez- vous placé les moyens d'élever ou de faire tomber la valeur des terres de chaque tenancier? Tout homme au pouvoir duquel il est d'ôter ou d'ajouter dix pour cent à la valeur des possessions des autres, sera toujours le maître de tous les hommes en France. La totalité du pouvoir procuré par cette révolution

DE FRANCE. 56i

se fixera dans les villes , parmi les bourgeois et parmi les directeurs qui les mènent. Le gentilhomme propriétaire, le riche paysan et le villageois, n'ont, les uns ni les autres, ni les habitudes, ni les penchans, ni l'expérience qui pourraient les conduire à une part dans cette seule source du pouvoir et de l'influence qui restent en France aujourd'hui. La nature de la vie de la campagne , la nature de cette propriété, toutes ses occupations et les plaisirs qui y sont attachés, rendent la combinaison et- la spéculation (seul moyen de se procurer et d'exercer quelque influence) tout-àfait impraticables parmi le peuple de la campagne. Combinez-les avec tout l'art possible, ils se résoudront toujours dans l'individualité : tout ce qui exige une sorte d'incorporation , est absolument impraticable parmi eux. L'espérance , la crainte, les alarmes, la jalousie, les contes éphémères qui', chaque jour , naissent, périssent et produisent leur effet , tous ces moyens , qui sont les éperons et les rênes dont se servent les guides pour arrêter ou pour presser les pas de leurs sectateurs, ne sont pas faciles à employer, ou plutôt sont impossibles, vis-à-vis de gens qui sont disséminés sur une grande surface. Ce n'est qu'avec la plus grande difficulté et a^grands frais, qu'on les assemble et qu'on les fait agir : leurs efforts, si l'on vient à bout de les réunir, ne peuvent pas se soutenir ; ils ne peuvent pas agir systématiquement. Quand les

gentilshommes des campagnes essaieraient d'obtenir quelque influence par le moyen des seules ressources que leur revenu leur procure, qu'estce que cela serait en comparaison de ceux qui sont toujours maîtres de vendre une valeur dix fois plus considérable que ce revenu, et qui peuvent de'truire la valeur de leurs propriétés , en faisant concourir avec elles sur la place le montant de leur pillage? Le propriétaire foncier veut-il hypothéquer sa terre , il en fait tomber la valeur et élève celle des assignats; il augmente le pouvoir de son ennemi par tous les moyens qu'il emploie pour le combattre. En conséquence, le gentilhomme de la campagne, le militaire de terre et de mer, l'homme aux vues et aux habitudes libérales, qui n'est attaché à aucune profession , seront aussi complètement exclus du gouvernement de leur pays, que s'ils en avaient été proscrits par les lois. H est clair que dans les villes , toutes les choses qui conspirent contre l'homme riche de la campagne, concourent en faveur des capitalistes et des directeurs de caisses. Dans les villes, l'esprit de combinaison est naturel : les habitudes des bourgeois, leurs occupations, leurs divertissemens, leurs affaires , leur paresse même , les mettent sans cesse mutuellement en contact. Leurs vertus et leurs vices sont réunis; ils sont toujours en garnison; et Cfux qui ont besoin d'eux pour des opérations, soit civiles > spit militaires, les

trouvent tout incorporés et à moitié disciplinés- Toutes ces considérations ne laissent aucun • doute dans mon esprit, que si le monstre de votre constitution peut durer, la France sera totalement gouvernée par des agitateurs dans les corporations ; dans les villes par des sociétés de directeurs d'assignats ; et les préposés aux ventes des biens des églises seront des procureurs, des agens, composant l'ignoble oligarchie fondée sur la des - . truction de la couronne, de l'Eglise, de la noblesse et du peuple. Ici finissent tous les rêves trompeurs et tous les fantômes de l'égalité et des droits de l'homme ; ils sont absorbés , noyés et perdus à jamais dans les marais de cette vile oligarchie.

Quoiqu'il ne soit pas donné à des yeux humains de l'apercevoir , on serait tenté de croire que la France , par quelque grand crime, vient d'attirer sur elle la vengeance céleste, qui a cru devoir la punir en la soumettant à une domination vile et humiliante , dans laquelle on ne peut trouver ni soulagement ni compensation d'aucune sorte, même par ces fausses splendeurs, qui, environnant les autres espèces de tyrannies , font que du moins le genre humain ne se croit pas déshonoré, même lorsqu'il est opprimé. Il faut que je l'avoue, j'éprouve un chagrin mêlé d'indignation , en voyant la conduite de quelques bommes, jadis d'un rang élevé et toujours d'un grand caractère ,

qui , trompés par des noms spécieux , se sont engagés dans une entreprise trop profonde pour la portée de leur entendement ; qui ont prêté leur noble réputation et l'autorité de leurs noms éclatans aux desseins des hommes qu'ils ne pouvaient connaître , et qui , par là , ont fait servir leurs vertus mêmes à opérer la destruction de leur patrie.

. Je n'en dirai pas davantage sur ce premier principe constitutif.

Le second principe constitutif de leur nouvelle république est la supériorité de la ville de Paris , et ceci , je l'avoue , a une sorte de connexité avec celui de la confiscation et du papier-monnaie. C'est dans cette partie du projet que nous devons chercher la cause de la destruction de toutes les anciennes limites des provinces et des juridictions tant civiles qu'ecclésiastiques , de la dissolution de toutes les anciennes combinaisons, aussi bien que de la formation de tant de petites républiques incohérentes. Le pouvoir de la ville de Paris est évidemment le grand ressort de toute leur politique : c'est par le moyen de ce pouvoir qui est devenu maintenant le centre et le foyer de l'agiotage , que les chefs de cette faction dirigent les affaires, ou plutôt commandent à tout le gouvernement, législatif et exécutif. Donc il faut tout faire pour confirmer la suprématie d'autorité de cette ville sur toutes les autres républiques. Paris.

esl compacte ; il a une force énorme, une force tout-à-fait hors de proportion avec celle de toutes ses parties , liaison qu'aucun plan de constitution géométrique ne pourra détruire ; et, au surplus , il importe peu que la proportion de sa représentation soit forte ou faible , puisque l'on peut , d'un coup de filet, réunir à la fois tous les poissons. Toutes les autres divisions du royaume étant hachées et réduites en pièces , étant même séparées <le tous leurs anciens moyens d'union et de leurs habitudes, il est impossible, pour quelque temps du moins , qu'elles puissent se confédérée' contre Paris. Rien n'a été basse' à tous les membres subordonnés, que faiblesse, désunion et confusion. Pour maintenir cette partie du plan, l'Assemblée a. décrété depuis peu que le même commandant en chef ne pourrait pas commander deux divisions.

Aux yeux de quelqu'un qui considère les choses dans leur ensemble , cette force de Paris ainsi combinée, paraît être un système de faiblesse générale. On s'est vanté d'avoir adopté une disposition géométrique au moyen de laquelle toutes les idées locales seraient éteintes ; que le peuple ne serait plus connu sous le nom de Gascons , de Picards, de Bretons , de Normands ; mais de Français , avec une seule patrie , un seul cœur et une seule Assemblée. Ce qui arrivera vraisemblable- \\ ment, c'est qu'au lieu d'être tous Français, les \] habitans de ce pays ne tarderont pas à n'avoir \

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plus de patrie. Aucun homme n'a jamais mis d'a- \ m our- propre , de partialité ou d'affection réelle j à appartenir à une mesure de terre carrée quelconque ; aucun ne se glorifiera jamais d'appartenir au n° 71 de l'échiquier. C'est au sein de nos familles que commencent nos affections publiques; un froid parent n'est jamais un zélé citoyen. De là nous passons à notre voisinage et à nos liaisons habituelles dans les provinces; ce sont comme autant d'hôtelleries et de lieux de repos. De telles divisions de notre pays , formées par l'habitude et non par une secousse violente et subite de l'autorité, étaient comme autant de diminutifs du grand pays, dans lequel une belle âme trouve toujours de nouveaux sujets d'émotion. Cette partialité Subordonnée n'éteignait pas l'amour de la patrie en général. Peut-être même était-ce une sorte d'apprentissage élémentaire pour arriver graduellement à des intérêts plus élevés et plus importans ; et sans cela, peut-être , les hommes ne pourraient pas , dans un pays aussi immense que la France, avoir, pour la prospérité de la patrie, un sentiment aussi fort que celui d'un intérêt privé. Dans ce grand territoire lui-même, et dans les anciennes dénominations des provinces , voyez si ce n'est pas à de vieux préjugés et à des hr*bitudes dont on ne sept pas la raison , que tous les citoyens doivent l'intérêt dont ils sont pénétrés ; et non pas aux propriétés géométriques de leur configuration. Il n'est

pas douteux qu'autant que le pouvoir et la prééminence de Paris dureront , ils comprimeront et tiendront dans une sorte d'union tous les autres départemens ; mais, d'après toutes les raisons que je vous ai déjà donriées, je pense que cela ne peut pas durer long-temps.

Si nous passons de l'examen des principes créateurs civils, et des principes civils qui peuvent cimenter cette constitution, à l'Assemblée Nationale, qui paraît être souveraine et agir comme telle, nous voyons un corps qui a dans sa composition toute espèce de pouvoir possible , et qui n'a hors de lui aucun contrôle possible. Nous voyons un corps sans lois fondamentales , dont la conduite n'est guidée par aucune, maxime , ni soumise à aucune règle de conduite quelle soit forcée de respecter , et que rien ne ifëtïi fixjgr dans un système quelconque. L'idée qu'elle a de son pouvoir, est toujours prise dans les extrêmes de la compétence législati ve ; et les exemples qu'elle choisit pour les cas ordinaires, sont toujours pris dans les exceptions d'une nécessité urgente. L'Assemblée future sera , à beaucoup d'égards , semblable à celle-ci: cependant par le mode des nouvelles élections , et par l'effet de toutes ses manœuvres , elle sera totalement purgée de ce léger degré de contrôle intérieur qui existait dans une minorité choisie originairement par des intérêts variés , et qui conservait encore quelque chose de cet esprit.

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L'Assemblée prochaine sera donc, m cela est possible , pire que celle-ci. En détruisant, en altérant toute chose, PAssemble'e présente semble n'avoir rien laissé de populaire à faire à celle qui succédera ; mais celle-ci sera excitée par l'émulation et l'exemple, aux entreprises les plus téméraires et les plus absurdes ; il serait ridicule de supposer qu'une telle Assemblée pût rester tranquille.

Vos législateurs universels ont oublié , dans leur empressement de tout faire à la fois , une chose qui paraît essentielle, et qui , je crois, n'a jamais été omise en théorie ou en pratique, par aucun faiseur de républiques : ils ont oublié de constituer un sénat ou quelque chose de cette nature et de ce caractère. Jamais , jusqu'à ce jour , on n'avait entendu parler d'un corps politique , composé d'une Assemblée active et législative , et ayant ses officiers exécutifs , qui n'eût pas un semblable conseil d'Etat ; qui fût sans un conseil auquel les puissances étrangères pussent s'adresser, et auquel le peuple pût recourir pour les détails ordinaires du gouvernement ; un conseil qui pût donner à la fois la direction , la stabilité, et procurer à un Etat l'apparence de quelque idée de suite dans sa manière d'agir. Les rois ont ordinairement un tel corps à titre de conseil. Une monarchie peut s'en passer ; mais il me semble que c'est l'essence d'un gouvernement républicain. Un

tel conseil tient une sorte de milieu entre le pouvoir suprême exercé par le peuple, ou dérivant immédiatement de lui, et le pouvoir purement exécutif. Vous n'avez aucune trace de ce sénat dans votre constitution ; et, en négligeant de faire quelque chose de ce genre , vos Solon et- vos INuma ont, ainsi que dans le reste, montré une souveraine incapacité.

Voyons à présent ce qu'ils ont fait à l'égard de la formation d'un pouvoir exécutif. Ils ont choisi pour l'exercer un roi dégradé. Leur premier officier exécutif ne sera qu'une machine qui ne pourra avoir, dans aucun acte appartenant à l'exercice de ses fonctions, la moindre faculté délibérative. Dans sa meilleure condition , il n'est qu'un canal pour faire parvenir à l'Assemblée ce qu'il importe à ce corps de connaître. S'il eût été. le canal exclusif, ce pouvoir n'aurait pas été dépourvu de quelque importance, quoiqu'il eût été très-dangereux pour ceux qui auraient été choisis pour l'exercer. Mai s. l'Assemblée accorde une authenticité toute pareille , pour le moins , à tous les faits et à tous les rapports publics qui lui viennent par toute autre voie : par conséquent , sous le rapport de donner une seule direction à toutes les mesures publiques par l'établissement d'un tel moyen, cet office doit encore être regardé comme nul.

Si nous considérons le plan d'après lequel est formé le pouvpir exécutif, sous ses deux divisions

naturelles, civile ët pôlitiqiië, dans là première nous $b$ërveroris que-, d'après la nouvelle constitutioil , ftil Un rii l'autre Vies attributs les plus nobles de l'ordre judiciaire rie Sont à la disposition du roi. Le roi de France n'est pas la source de la justice, ni les juges en premier ressort, ni les juges d'appel , rie sont à sa nomination : il n'a pas le droit de proposer les candidats, ni celui de refuser ceux qui sont choisis ; il n'a pas même la poursuite publique des délits. Sa fonction, comme celle d'un simple notaire, se borne à rendre authentique le choix des juges qui se fait dans les différens districts ; c'est à lui à faire exécuter leurs jugemens par ses officiers. Lorsque nous examinons la véritable nature de son autorité , il ne nous paraît rien de nJÔS que le chef dès huissiers, des massiers, desfl&lierset des bourreaux. Il est impossible de placer tout ce qu'on appelle royauté sous un point de vue plus dégradé. Il aurait mille fois mieux VàlU , pour la dignité de ce malheureux prince , qu'il n'eût aucun rapport avec l'administration de la justice , privé comme il l'est de tout ce qu'il y a de respectable et de consolant dans cette fonction ; sans le pouvoir d'aucune évocation ; sans le pouvoir de suspendre, de modifier ou de faire grâce. Tdut cè qu'il y a d'odieux et de vil dans la justice est rejeté sur lui. Ce n'était pas sans objet que l'Assemblée se donnait tant de peine pour affranchir certains offices de la tache d'iiîfamie qui leur

DE FRAJXCE. 5 7 i

appartenait, [iuisqué leur intention était Je placer l'être qui avait été précédemment leur roi, d'un degré seulement au-dessus de l'exécuteur public, et de l'assimiler presque à lui par la qualité de ses fonctions. 11 est cbntre natûré que le roi de France, réduit à Une situation semblable, puisse se respecter lui-îtiêthë oii prétendre au respect des autres.

Voulez-vous envisager ce nouvel officier exécutif sous le rapport de Sa capacité politique, lorsqu'il agit sous les ordres de l'Assemblée Nationale? Faire exécuter des lois, est un office royal; mais faire exécuter des ordres, ce n'est pas être roi. Cependant , la partie politique du pouvoir exécutif judiciaire, ne fût-ëlle réduite qu'à cela, serait encore une grande fonction publique, c'est une fonction dont l'importance dépend entièrement de la vigilàhce et de la fidélité de celui qui l'exerce, soit par lui-même , soit par les personnes qui lui sont subordonnées- On devrait donc fixer, par des règlement , les moyens de remplir ce devoir, èt faire des dispositions générales pour toutes les circonstances qui se présentent dans un tel emploi. Ce pouvoir devrait être environné de dignité, de force, de considération, et il devrait conduire à la gloire. A l'office de celui qui exécute appartient la force qui doit agir : ce ne sera pas du défaut de pouvoir que nous devons at tendre les obligations imposées au pouvoir. Quelle espèce d'être est un roi, qui, pour commander uu

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service exécutif, n'a la disposition d'aucun moyen de récompense ; qui ne peut ni donner la jouissance d'aucun poste permanent, ni faire aucune concession de terres, ni accorder aucune pension, ne fût-elle que de i5 1. st.; ni décorer un sujet même du titre le plus trivial et le plus insignifiant?

Le roi n'est pas plus , en France , la source des honneurs, qu'il n'est celle de la justice. Toutes les récompenses, toutes les distinctions, sont dans d'autres mains. Ceux qui servent le roi n'ont plus d'autre mobile que la crainte, et la crainte de tout, excepté de leur maître. Les fonctions royales , relativement à la répression intérieure, sont aussi odieuses que celles qu'il peut exercer dans le département de la justice. Y a-t-il quelque secours à accorder à une municipalité? L'Assemblée le donne. Faut -il envoyer des troupes pour soumettre des rebelles à l'obéissance envers l'Assemblée? C'est au roi à en exécuter l'ordre ; et, dans toute occasion, c'est toujours lui qui doit être souillé du sang de son peuple. Il n'a aucun moyen de résistance; cependant on se sert de son nom et de son autorité pour donner plus de force aux décrets les plus odieux ; et , pour mettre le comble à tout, il faut qu'il concoure à la boucherie de ceux qui voudraient faire quelques efforts pour le sortir de sa captivité, ou qui montreraient le plus faible attachement à sa personne

ou à son ancienne autorité.

DE FRANCE. o-7r

Le pouvoir exécutif devrait être composé de manière , que tous ceux sur lesquels il porte puissent être disposés à aimer et à respecter ceux auxquels ils sont obligés d'obéir. Une négligence affectée, ou, ce qui est pire encore, une obéissance littérale, mais perverse et mal intentionnée, doit être la source de la ruine des conseils les plus sages. En vain la loi essaiera de prévenir ou de déconcerter de telles négligences volontaires, ou ces attentions malignes ; il n'est pas au pouvoir de la loi de forcer les hommes à agir avec zèle. Les rois , même ceux qui le sont vraiment , peuvent, et même ils doivent endurer que les sujets qui leur déplaisent le plus jouissent de leur liberté; ils peuvent aussi, sans déroger à leur dignité, supporter même l'autorité de quelques personnes de cette sorte , si cela est utile au bien de leur service. Louis XIII haïssait mortellement le cardinal de Richelieu ; mais qe monarque a du la gloire de son règne et la stabilité même de son trône au soutien qu'il a accordé à ce ministre contre tous ses rivaux. Louis XIV, lorsqu'il monta sur le trône , n'aimait pas le cardinal Mazarin ; mais, pour ses propres intérêts, il le continua dans son pouvoir : avancé en âge , il détestait Louvbis; mais il endura sa personne pendant bien dés années , parce qu'il servait fidèlement à sa grandeur. Lorsque Georges II fit entrer dans son conseil M. Pitt,qui certainement ne lut était point

agréable, il ne fît rien qui pût humilier un sage souverain. Mais ces ministres, appelés par les affaires, et non par les affections, agissaient au npm du roi, et comme ses délégués; ils ne s'affichaient pas ouvertement et constitutionnellement pour x les maîtres de leurs rois. Je ne crois pas qu'aucun roi , lorsqu'il est remis de ses premières terreurs, puisse jamais franchement mettre du zèle et de la vigueur dans des mesures qu'il sait lui être dictées par des hommes qu'il soupçonne d'être dans les dispositions les plus funestes contre lui. Quels ministres, servant un tel roi (ou quelque autre nom qu'on lui donne), pourront cordialement obéir aux ordres de celui que, peu de jours auparavant, ils auraient, au nom de ce même roi, envoyé à la Bastille ? Youdront-ils obéir aux ordres de ceux qu'ils auront cru traiter avec beaucoup de douceur, en exerçant sur eux une justice despotique , et auxquels ils croyaient avoir procuré un asile par une prison? Si, parmi vos innovations et vos régénérations, vous avez compté sur une telle obéissance , vous devriez opérer une révolution dans la nature, et procurer à l'esprit humain une nouvelle constitution. Autrement , votre gouvernement suprême ne peut être en harmonie avec son système exécutif. 11 y a des cas où des noms et des abstractions ne suûisent pas pour agir. Vous êtes les maîtres d'appeler la nation une demi-douzaine d'individus qui vous guident,

et que nous avons raison de craindre et de haïr: le seul effet que cela produira , c'est que nous les craindrons et que nous les haïrons davantage. Si l'on a pensé qu'il fût juste et convenable d'opérer en France une telle révolution par de tels moyens et par de telles personnes, il aurait été plus sage de compléter l'entreprise des 5 et 6 octobre. Alors, le nouvel officier exécutif aurait dû sa situation à ses véritables maîtres; il aurait pu être lié d'intérêts dans une association de crimes, et (si dans les crimes il pouvait y avoir des vertus) il aurait été lié par la reconnaissance , à servir ceux qui l'auraient promu à une place d'un grand profit et trèsfavorable à leurs passions, et à quelque chose de plus: car il aurait reçu certainement de ceux qui n'auraient pas voulu donner de bornes à une existence qu'ils auraient créée , plus qu'ils n'ont voulu accorder à un antagoniste qu'ils ont avili et assujéti.

Un roi, réduit comme il l'est aujourd'hui , s'il se laissait entièrement abattre par ses. malheurs au point de ne plus regarder comme la nécessité, mais comme les arrhes et le privilège de la vie , de manger et de dormir, sans attacher aucun prix à la gloire; un tel roi , dis-je , ne pourra jamais être propre à un tel office. S'il sent comme tous les hommes sentent communément, il sera convaincu que, dans une position tellement circonscrite, il ne peut acquérir ni réputation, ni gloire. Aucun

intérêt généreux ne peut l'exciter à agir. Ce qu'i! a de mieux à faire, c'est de demeurer passif, et de se tenir sur la défensive. Pour un homme du peuple un tel emploi pourrait être honorable; mais il est très-différent d'être élevé à cette hauteur, ou d'y descendre; et les sentimens que cela suggère sont*aussi très-différens. S'il nomme réellement ses ministres, ils sympathiseront avec lui : les lui donne-t-on malgré lui? tout le travail entre eux et le roi nominal sera une mutuelle contradiction. Dans tous les autres pays, l'emploi de ministre d'Etat est de la plus haute dignité : en France, il est rempli de dangers, et il ne peut procurer aucune gloire. Malgré sa' nullité , il ne cessera pas d'être brigué , tant qu'il existera dans le monde une folle ambition , ou tant que le désir d'un misérable salaire aiguillonnera l'aveugle avarice. Les compétiteurs des ministres ont le droit, par votre nouvelle constitution , de les attaquer dans léurs parties les plus sensibles , tandis qu'ils n'ont de moyens de se défendre que sous le caractère dégradant d'accusés. Les ministres d'Etat , en France , sont les seules personnes , dans ce pays , qui soient déclarées incapables de prendre part aux conseils nationaux. Quels ministres! quels conseils! quelle nation! — Mais ils sont responsables.— C'est un misérable service que celui que l'on peut retirer de la responsabilité ! L'élévation de l'Âme, qui dérive de la crainte, ne rendra ja-

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niais une nation glorieuse. La responsabilité prévient les erimes; elle rend dangereuses toutes les atteintes contre les lois; mais il n'y a que des idiots qui puissent croire qu'elle soit le principe d'un service actif et zélé. Doit-on confier la conduite d'une guerre à un homme qui en abhorrerait le principe; qui, à chaque démarche qu'il ferait pour assurer son succès, confirmerait de plus en plus le pouvoir de ceux par lesquels il serait opprimé? Les puissances étrangères traiteront- elles sérieusement avec celui qui ne jouit pas de la prérogative de faire la paix ou la guerre ; avec celui qui n'a pas même son vote personnel, et qui ne peut exercer aucune influence par ses ministres ou par quelque autre personne? Non, non. Une condition si méprisable ne peut pas convenir à un prince; il vaudrait mieux s'en débarrasser tout d'un coup.

Je sais bien que l'on dira que ces caprices de cour et de gouvernement n'auront lieu que pendant cette génération, et que le roi a été amené à déclarer que le dauphin serait élevé conformément à sa situation. S'il doit s'y conformer , il n'aura aucune éducation à recevoir. 11 faudra que ses institutions soient pires encore que celles d'un monarque arbitraire. S'il lit : — qu'il lise ou non, quelque bon ou quelque mauvais génie lui apprendra que ses ancêtres étaient des rois ; et, dès ce moment, il éprouvera l'ambition de reprendre son rang, et de venger ses pères. Ceci, me direz-

vous, n'est pas son devoir. Cela peut être, mars c'est la nature ; et ce n'est pas agir sagement, que de penser que le frein du devoir arrêtera la nature. Dans ce plan futile de politique , l'Etat nourrit dans son sein , pour le présent, un germe de faiblesse , de perplexité , de réactions , d'insuffisance et de dépérissement; et il prépare les moyens de sa ruine finale. Enfin, je ne vois rien dans la force exécutive (je ne puis l'appeler autorité) qui ait même l'apparence de la vigueur, ou . qui, dans ses relations avec le pouvoir suprême, soit celui qui existe aujourd'hui, soit celui que Ton projette pour le gouvernement à venir, annonce, en aucune manière, le moindre degré d'une juste correspondance, ou symétrie, ou relation amicale* Vous avez formé , par une économie aussi perverse que l'est votre politique , deux sortes de gouvernement : un réel , un fictif; tous deux entretenus à grands frais; mais je erpis que le fictif est le plus dispendieux. — Une machine telle que cette dernière ne vaut pas la graisse ôe ses roues. La dépense en est exorbitante; et, soit par sou extérieur, soit par l'usage, elle ne vaut pas la dixième partie de sa dépense. — Oh! mais, je ne rends pas justice aux talens des législateurs, je n'accorde pas à la nécessité autant que je le devrais ! Ce plan de force exécutive n'était pas de leur choix! Cette pompe doit être conservée ; le peuple ne consentirait pas à s'en défaire! — Très-

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Lien; je vous entends. Vous savez, en dépit de vos grandes théories, auxquelles vous voudriez soumettre le ciel et la terre , vous savez comment vous conformer à la nature des, choses et aux circonstances ; mais , puisque vous étiez obligés de courber la tête sous ce double joug, vous auriez dû porter plus loin votre soumission , et avoir pris ce que yous étiez obligés de prendre; un instrument convenable et propre à remplir ses fins : cela était en votre pouvoir. Par exemple , parmi beaucoup d'autres, il dépendait de vous de laisser à votre roi le droit de faire la paix ou la guerre. — Quoi! laisser au pouvoir exécutif la. plus dangereuse de toutes les prérogatives? — Je ne dis pas que cette prérogative dût être confiée à votre roi, séparément de toutes les autres qui devaient l'accompagner ,«et dont vous l'avez aussi privé 5 mais , s'il les eût possédées ensemble , toutes hasardeuses qu'elles sont, il serait résulté d'une telle constitution, des avantages qui auraient plus que compense les risques. Il n'y a pas • d'autre moyen pour prévenir les intrigues particulières et personnelles que d'autres potentats de l'Europe pourront entretenir avec les membres

. de votre Assemblée \ de les empêcher de se mêler à vos intérêts, et de fomenter, au cœur même de votre pays , les plus pernicieuses de toutes les factions, celles que les puissances étrangères dirigent et dont elles profitent. Nous sommes jusqu'à pré-

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sent, grâces à Dieu, exempts de ce malheur, le plus grand de tous. Votre habileté, si vous en avez aucune, aurait été bien employée à trouver des correctifs indirects et des moyens de contrôler cette dangereuse prérogative. Si vous n'aimez pas ceux que nous avons adoptés en Angleterre, vos chefs auraient pu exercer leurs talens à en imaginer de meilleurs. S'il était nécessaire de faire sentir, par un exemple, les conséquences d'un gouvernement exécutif tel que le vôtre dans la conduite deè grandes affaires, je vous renverrais aux derniers rapports que M. de Montmorin a faits à l'Assemblée , et à toutes les autres démarches relatives aux différents survenus entre l'Angleterre et l'Espagne. Ce serait trop peu présumer de votre intelligence que de vous les indiquer.

J'entends dire que les personnes qu'on appelle ministres, ont déclaré l'intention de résigner leurs places ; je suis bien étonné qu'ils n'aient pas pris ce parti depuis long-temps : pour rien dans l'univers je ne serais resté dans une position semblable à celle où ils ont été depuis ces douze derniers mois. Je tiens pour sûr qu'ils désiraient vivement la révolution ; qu'il en soit ce qu'il voudra , il était impossible qu'étant placés sur une éminjence , quoiqu'une éminence d'humiliation , ils ne fussent pas les premiers à apercevoir collectivement, et à éprouver , chacun dans son département , les maux produits par cette révolution. A chaque pas

DE FRANCE. 58i

qu'ils ont fait ou refusé de faire, ils ont dû sentir la dégradation progressive de leur propre patrie et gémir de l'impossibilité où ils étaient de la servir. Ils étaient placés dans un genre de servitude en sous-ordre , dans laquelle jusqu'alors on n'avait vu aucim homme. Privés de la confiance de leur souverain , qui les avait pris malgré lui ; privés même de celle de l'Assemblée Nationale , qui les lui avait donnés par force , ils ont vu toutes les nobles fonctions de leurs places exercées p«# des comités de l'Assemblée Nationale, sans au* cune espèce d'égards, ni pour leurs personnes , ni pour la dignité dont ils étaient revêtus. Ils ont à exécuter, et ils n'ont pi^de P ou X£jK' ils sont responsables de leurs actions , et leifrs actions sont subordonnées; ils ont à délibérer, et le résultat leur est prescrit d'avance. Dans leur situation embarrassante, soumis à deux souverains, sans/influence ni sur l'un, ni sur l'autre , ils sont forcés d'agir de manière ( quelle que soit effectivement leur intention) à trahir quelquefois l'un , quelquefois l'autre, et à se trahir toujours eux-mêmes. Telle a été leur situation, telle doit être celle de ceux qui leur succéderont. Je porte un grand respect, et je souhaite beaucoup de prospérité à M. Necker ; j'ai reçu de lui des marques d'attention pour lesquelles je lui suis obligé. Lorsque ses ennemis l'eurent chassé de Versailles , je pensai que cet exil était un vrai sujet de féli citation. Sed

58a REVOLUTION

multœ urbes et publica vota vicerunt; mais il lui a fallu céder au vœu public qui était un ordre , et il est assis maintenant sur les ruines de la finance et sur celles de la monarchie'française*.

On pourrait encore faire beaucoup d'autres observations sur la partie du pouvoir exécutif du nouveau gouvernement; mais la fatigue doit met-

tre des bornes à une discussion sur un sujet qui semble n'en pas avoir par lui-même.

Il ne m'est pas possible de découvrir plus de talent ni plus de génie dans la partie de l'ordre judiciaire créé par l'Assemblée. Selon leur marclie ordinaire , vos faiseurs de constitution ont commencé par l'abolition totale des Parlemens. Ces corps respectables, ainsi que le reste de l'ancien gouvernement, avaient besoin de quelques réformes, même quoique l'on ne dût rien changer à la monarchie ; ils exigeaient plusieurs modifications pour les adapter au système d'une constitution libre; mais ils avaient dans leur constitution des particularités qui méritaient d'être approuvées par deé hommes sages. 11 en était une fondamentale par excellence : ils étaient indépendans. La circonstance la plus douteuse attachée a leur charge, la vénalité , contribuait cependant à ce caractère

* Quoique cette lettre soit datée du i er novembre 1790 , à la téle de la traduction, il est aisé de voir qu'elle était imprimée longtemps auparavant, et que cette date n'est que celle du jour de sa publication à Londres.

d'indépendance : ils étaient magistrats pour toute leur vie, on peut même dftfcpar héritage. Nommes par le monarque , on lés regardait presque comme hors de son pouvoir. On j&uvaît Juger de leur indépendance radicale par les effort^ les plus «clatans que l'autorité fit contre eux : ils étaient des corps politiques permanent , constitue^ $6ur résister aux innovations arbitraires : ensorteque, par leur manière d'être et par beaucoup cte leurs formes, ils étaient parfaitement calcules pour as^ suret tout à la fois aux lois et leur authenticité et leur inviolabilité. Ils avaient été pour elles un asile sûr dans toutes les révolutions du caprice et de l'opinion ; ils avaient conservé à leur patrie ce dépôt précieux pendant les règafes des princes t\ ranniquès et pendant les orages des factions, lis entretenaient lé souvenir de la constitution et ili en gardaient les archives; ils étaient^la sauvegarde des propriétés privées; et l'on peut dire ( lorsque la liberté personnelle n'existait pas ) qu'elles étaient aussi bien protégées en France que dans tout autre pays. Tout ce qui est suprême dànéun«Etat, devrait avoir, autant que possible, son autorité judiciaire constituée de manière , hon-seùlèmènt à ce qu'elle ne fût pas totalement dans sa dépendance , mais à ce qu'elle pût en quelque sorte la balancer. Il devrait donner a sa jus- , tice une sûreté contre son pouvoir; il devrait

faire que sa judicature fût en quelque sorte extérieure à l'Etat.

Ces Parlemens avaient opposé , non certainement les meilleurs, du moins un très-grand nombre de correctifs aux excès et aux vices de la monarchie. Une telle judicature indépendante était dix'fois plus nécessaire lorsque la démocratie était devenue le pouvoir absolu du royaume.

Dans votre constitution, des juges électifs, temporaires et locaux, tels que vous les avez imaginés ; des juges dépendans dans l'exercice de leurs fonctions, et agissant dans un cercle trop étroit j formeront les plus détestables de tous les tribunaux. En vain espérera-t-on d'obtenir d'eux quelque justice en faveur des étrangers, des riches haïs , de la minorité des partis détruits , de ceux qui, aux élections, auraient voté pour des candidats re jetés. Il sera impossible de garantir ces nouveaux tribunaux du plus mauvais esprit de faction. INous savons par expérience que toutes ces inventions dé ballotage ne sont que des moyens vains et puérils pour obvier au danger des préventions. Lorsqu'ils réussissent à produire cet effet mystérieux qu'on en attend , ils font naître la défiance, et c'est une cause encore bien plus lâcheuse de partialité.

Si les Parlemens avaient été conservés, au lieu d'occasioner, par leur dissolution, un changement

si funeste dans Ta nation, ils auraient pu servir dans ce nouveau gouvernement, non pas peutêtre exactement de même (je ne prétends pas faire un parallèle exact), mais à peu près comme le faisaient à Afhènes la cour et l'Aréopage , c'està-dire comme un contre-poids et comme un correctif à tous les maux qui accompagnent une démocratie inconsidérée et injuste. Chacun sait que ce tribunal était le grand m'olAérateur de l'Etat; chacun sait avec quel soin il était maintenu , par quel respect religieux il était consacré. Les Parlemens n'étaient pas tout-à-fait exempts de l'esprit de faction ; j'en conviens; mais ce mal était extérieur et accidentel; il tenait beaucoup moins au vice de leur constitution elle-même , qu'il ne sera inséparable de vos nouvelles inventions de judicature électives pour six années. DifFérenteSTpersonnes sollicitent l'abolition des anciens tribunaux, sur la supposition qu'ils se décidaient en tout par la faveur et l'argent. Cependant les Parlemens ont triomphé de& accusations qui leur ont été intentées sous la monarchie et sous la république. La cour était bien disposée à prouver la corruption de ces corps, lorsqu'elle les détruisit en 1771. Ceux qui viennent de les renverser l'auraient fait aussi s'ils PavaientqjHi ; mais ces deux enquêtes ayant été vaines, j'en conclus qu'une; honteuse corruption pécuniaire devait avoir été infiniment rare parmi eux.

11 aurait été prudent, en conservant les Parlemens , de leur laisser aussi leur ancien pouvoir d'enregistrer,- et de faire au moins des rèmontrances sur tous les décrets de l'Assemblée Nationale v comme ils faisaient sur ceux quî étaient rendus pendant le temps dé la monarchie. C'aurait été un moyen de faire cadrer les décrets accidentels d'une démocratie avec quelques principes d'une jurisprudence générale. Le vice des anciennes démocraties, et l'une des causes de leur ruine, a été de faire cè que tous faites, des décrets de circonstance. Cette pratique ne tarda pas à détruire l'ensemble et la stabilité deà (ois ; elle anéantit le respect du peuple pour elles, et ellè amena leur ruine totale.

Le pouvoir de remontrance^, qui appartenait aux Parieniens dans les temps de la monarchie, vous en avez investi , et c'est le comblé de l'absurdité, votre premier officier exécutif, cftie vous vous obstinez, au mépris du bon sens, à appeler roi. Vous ne devriez jamais endurer de remontrances de la part de celui dont le devoir est d'exécuter. C'est n'avoir aucune idée nette, ni sur ce qu'est le conseil, ni sur l'exécution , ni sur l'autorité , ni sur l'obéissance. La personne que vous appelez roi ne devrait point jouir de ce pouvoir, ou elle devrait en avoir un plus étendu.

Vos dispositions actuelles sont donc strictement judiciaires, Au lieu d'imiter votre monar-

DE FRANCE. 587 due , et de placer vos Juges sur le banc de l'indépendance, votre objet est de les réduire à l'obéissance la plus aveugle. Comme vous avez changé toutes choses, vous avez inventé de nouveaux principes d'ordre : vous commencez par établir des juges qui, je le suppose, doivent juger d'après la loi ; et ensuite vous leur donnez à entendre que dans un temps ou dans un autre > vous vousr proposez de leur imposer des lois d'après lesquelles ils auront à se décider. Toutes leurs anciennes études (si toutefois ils en ont fait) leur seront inutiles. Mais pour suppléer à ces études, ils sont obligés de jurer d'obéir à tous les règlemens, à tous les ordres et à toutes les instructions qui leur seront donnés par l'Assemblée Nationale. S'ils s'y soumettent, la loi sera sans base pour son objet. Elles deviendront incomplètes et les instrumens les plus dangereux dans les mains du pouvoir , qui , au milieu d'une cause , ou de ce qu'elle laisse préjuger, pourra totalement changer la règle de la décision. Si ces ordres de l'Assemblée Nationale viennent à déplaire au peuple, qui choisit ses juges dans chaque localité, il en résultera une telle confusion, qu'il est affreux d'y penser. En effet, les juges sont redevables de leurs places à une autorité locale, et les commandemens auxquels ils jurent d'obéir leur sont donnés par ceux qui n'ont aucune part à leur commission. Au surplus, ils auront pour se guider et pour

s'encourager dans l'exercice de leurs fonctions, l'exemple du Cbâtelet. Ce tribunal est chargé d'examiner les criminels qui lui sont envoyés par l'Assemblée Nationale , ou amenés devant lui par d'autres voies de délation. Ces juges siègent sous la protection d'une garde pour défendre leurs propres vies; ils ne savent pas d'après quelle loi ils jugent, ni d'après quelle autorité ils agissent, ni de quel titre ils la tiennent. On croit qu'ils sont quelquefois obligés de condamner, au péril de leur vie. Ceci n'est peut-être pas certain, et n'est pas de nature à pouvoir être assuré ; mais nous savons que, lorsqu'ils ont acquitté, ils ont vu les prisonniers qu'ils avaient déchargés de l'accusation, pendus à Ja porte de leur tribunal, avec une parfaite impunité pour les bourreaux.

L'Assemblée a promis qu'elle formerait un corps de lois qui serait court, simple, clair, etc.; c'est-à-dire qu'avec ses lois courtes , elle accordera davantage à la liberté des juges, tandis qu'elle a enlevé à l'autorité toutes les lumières qui pouvaient rendre une discrétion judiciaire (chose dangereuse dans ce qu'elle a de meilleur) une liberté complète.

11 est curieux d'observer les soins que l'on a pris pour soustraire les corps administratifs à la juridiction de ces nouveaux tribunaux ; c'est-à-dire que les personnes qui devaient le plus être sous l'empire de la loi , sont celles que l'on soustrait le

plus complètement à son pouvoir. Los hommes qui ont quelque rapport avec le maniement des deniers publics, sont ceux qui devraient être le plus sévèrement retenus dans leur devoir. On aurait présumé, si votre intention réelle n'eût pas été de • faire de ces corps administratifs des états souverains indépendans, que vous auriez placé au rang des choses les plus dignes de vos soins l'établissement d'un tribunal respectable, semblable à ce qu'étaient vos Parlemens, ou tel que notre Banc du roi y où ressortissant tous nos ofticiers publics , soit pour obtenir protection quand ils agissent d'après la loi , soit pour en éprouver la rigueur s'ils s'en écartent. Mais la raison de cette exemption est évidente : ces corps administratifs sont les agens principaux des chefs dans leur tendance de la démocratie à l'oligarchie; il faut par conséquent les mettre au-dessus de la loi. On dira que les tribunaux légaux que vous avez établis ne sont pas propres à les tenir en bride : non certainement ; ils ne sont propres à aucun dessein raisonnable. On dira aussi que les corps administratifs seront responsables à l'Assemblée Nationale. Je crains que parler ainsi ne soit montrer peu de considération pour la nature de cette Assemblée , et pour celle de ses corporations. Au surplus, être soumis au bon plaisir de cette Assemblée, c'est ne pas l'être à l'empire de la loi , pour en être protégé ou pour en être puni.

3go REVOLUTION

11 manque encore quelque chose au complément de cet établissement judiciaire; il doit être couronné par un nouveau tribunal : celui-ci occupera le plus haut rang de la judicalure. 11 jugera tous les crimes qui seront commis contre la nation, c'està-dire contre le pouvoir de l'Assemblée. On pourrait croire que ces messieurs ont eu en vue quelque chose de semblable à la haute-cour de justice érigée en Angleterre pendant le temps de l'usurpation ; comme cette partie de leur plan n'est pas encore achevée, H n'est pas possible d'en porter de jugement. Cependant, si l'on, ne prend pas le plus grand soin pour le composer dans un esprit tout diflerent de celui qui a dirigé jusqu'à présent tous leurs procédés relativement aux «rimes d'Etat, cq tribunal, sous la dépen|fadh^i| leur inquisition (le Comité des Rechereftél^éteindra en France les dernières étincelles &*4iMiberté, et établira la tyrannie la plus effrayante et la plus arbitraire qu'on ait jamais connue dans aucune nation. S'ils veulent donner à ce tribunal quelque apparence de liberté et de justice , il ne faut pas qu'ils y envoient ou qu'ils en retirent, au gré de leurs caprices, les affaires relatives aux membres mêmes de l'Assemblée. 11 faut aussi qu'ils écartent un tel tribunal de l'enceinte de la répuplique de Paris*.

* Voyez le livre de M. deCalonne, pour avoir de y lus amples dcvelopin-men* sur l'ordre judiciaire et sur leComitédt sRechsrclie*.

Uvez-vpus déployé plus de sagesse dans la constitution de votre armée , que Ton n'en aperçoit dans votre ordre juflciaire ? Un arrangement convenable dans cpttf* parti§ &ait ce qu'il jr avait 4e pjus difficile ,<ejt demandait le plus d'attention et habileté, non^^mqnt à .cause de l'intérêt gui lui est propre, mais en ce que x^est le troisième principe constitutif, dans ce nouveau corps de républiques , que vous nommez la nation française. H est vraiment très-difficile de deviner ce que cette arm^e deviendra. Gelje quç vôus avez décrétée est assurément bien assez nombreuse ; ses appointements 30 nt assez considérables ; ils sont pour le moins en px^offtion avec vos moyens apparçrçs d<e paiement- Mais Xjjuel est lé principe ,d]e sa discipline ? Ou à qui doit-eUe obéir ? Vous avez pris le liwp par les oreilles; je vous félicite sur l'heureuse position que vous avez su vous ' procurer , et qui vous donne tout avantage pour

naée, soit à toute autre chose.

M. de la Toui>-du-Pin est ministre et secrééai^ ptat au département de la guerre^l est, ainsi que ses co llegues administration , un des plus. zel& *outi*n$ 4e fa révolution, et un des admirajtprs lpgplus chauds de la nouvelle constitution produite par ce grand événement. Son discours m Torganisation. Àe l'année est remarquable, n^^ejnsnt à «iaon >de ^autorité* de sa pAace

et de sa personne , mais parce qu'il met en , évidence la situation actuelle de l'armée de la France, et parce qu'il répand un grand jour sur les principes d'après lesquels agit l'Assemblée dans l'administration de cet objet dangereux. 11 nous mettra à portée de décider jusqu'à quel point il peut convenir à notre pays d'imiter la politique militaire de la France.

. M. de la Tour-du-Pin se présenta le 4 juin 1790, pour rendre compte de l'état de son département, tel qu'il existe sous les auspices de l'Assemblée Nationale. Personne ne peut le connaître aussi bien ; personne ne pouvait l'exprimer mieux. U dit, en s'adressant à l'Assemblée Nationale : « Sa Majesté m'envoie aujourd'hui pour « vous informer des nombreux désordres dont « elle apprend chaque jour les affligeantes nou- « velles. Le corps militaire menace de tomber « dans la plus turbulente anarchie : des régimens a entiers ont osé violer à la fois le respect dû aux « ordonnances, au roi, à l'ordre établi par vos « décrets," et à des sermens prêtés avec la plus ima posante solennité. Forcé par les devoirs de ma « place de vous faire connaître ces excès, mon « ccèur se serre , quand je son^e que ceux qui les ce ont commis , ceux contre qui je ne puis m'empêcc cher de vous porter les plus amères plaintes, <t font partie de ces mêmes soldats que je connus a jusqu'à ce jpur si loyaux, si remplis d'honneur,

« él dont, pendant cinquante années, j'ai cons- « tamment vécu le camarade et l'ami. [Il avait alors soixante-quatre ans. )

« Quel inconcevable esprit de vertige et d'erreur <c les a tout à coup égarés? Tandis que' vous ne <( cessez de travailler à établir dans tout l'empire « l'ensemble et l'uniformité ; quand le Français ap- « prend à la fois de vous , et le respect que les lois <( doivent aux droits de l'homme , et celui que les « citoyens doivent aux lois, l'administration mi- « litaire n'olFre plus que trouble, que confusion : <( je vois, dans plus d'un corps les liens de la disci- « pline relâchés ou brisés; les prétentions les plus «( inouïes affichées sans détour; les ordonnances a sans force; les chefs sans autorité ; la caisse mi- « litaire et les drapeaux enlevés, les ordres du roi <c même bravés hautement ; les ofliciers méprisés, «< avilis , menacés, chassés, quelques-uns même « captifs au milieu de leur troupe , y traînant une c< vie précaire, au sein des dégoûts et des humi- « liations; et, pour comble d'horreur, des com- <c mandans égorgés sous les yeux , et presque dans <c les bras de leurs propres soldats.

« Ces maux sont grands , mais ne sont pas les « pires que puissent entraîner ces insurrections « militaires; elles peuvent, tôt ou tard, menacer « la nation même

« La nature des choses exige donc que jamais kc le corps militaire n'agisse que comme instru-

5g4 REVOLUTION

<c ment : du moment où, se faisant corps délibé- « ratif, il se permettra d'agir d'après ses résolu- <c tions-, le gouvernement, quel qu'il soit, dégéné- « rera bientôt en une démocratie militaire, espèce « de monslre poétique qui finit toujours par dé- « yorer les empires qui l'ont produit.

ce Qui peut, d'après cefa, ne pas s'alarmer de « ces conseils irréguliers, de ces comités turbua lens, formés dans quelques régimens par des basce officiers et soldats , à l'insu ou même au mépris a de leurs supérieurs, dont, au reste, la présence g n'eut pu légitimer ces monstrueuses assemblées « démocratiques? »

11 n'est pas nécessaire de rien ajouter à cette peinture achevée : achevée autant que l'étendue 4e son cadre le comportait ; mais qui, je le crains bien , ne renferme pas encore dans leur totalité l'énumération des désprdres de toute nature qui ont eu lieu dans cette démocratie militaire : démocratie qui , ainsi que sagement et de bonne foi l'observe le nttinistre de la guerre , partout où elle existe, finit par 4even*r la veVjtabie constitution de l'Etat, quelle que soit sa première dénomination originaire. Car, quoiqu'il informe l'Assemblée que |a partie la plu* ponsidérable de l'armée n'a pas secoué l'obéissawce , et qu'elle est encore . attachée à son devoir, il n'en est pas i»oins vrai que les voyageurs qui ont vu pep corps, dont la conduite est, dit-on , la meilleure, *wit ph**4t ve-r

marqué en eux l'absence de la révolte, que l'existence de la discipline.

Je ne puis m'empêcher de m'arrêter ici un moment , pour réfléchir sur les expressions de surprise qui sont échappées à ce ministre , relativement aux excès dont il rend compte. L'abandon que les troupes ont fait de tous leurs anciens principes, de leur loyauté et de leur honneur, lui pa^ raît tout-à-fait inconcevable. Certainement, ceux à qui il s'adressait n'en connaissaient que trop bien les causes. Ils savent quelle est la doctrine qu'ils ont prêchée , quels sont les décrets qu'ils ont rendus , et quelles manœuvres ils ont favori^ sées. Les soldats se souviennent du 6 octobre ; ils se souviennent des gardes françaises; ils n'ont pas oublié la prise des châteaux forts , à Paris et à Marseille 5 ils n'ont pas oublié que les gouverneurs des châteaux de ces deux villes ont été massacrés par eux, et qu'ils l'ont fait avec impunité : ce sont des faits qui ne sont pas sortis de leur mémoire ; ils n'abandonnent pas les principes de l'égalité des hommes , qui ont été établis avec tant d'ostentation et après de si grands travaux. Ils ne peuvent s'empêcher de voir la dégradation de toute la noblesse de France , et la suppression de l'idée même que l'on avait d'un gentilhomme. Ce n'est pas une chose perdue pour eux que l'abolition des*titres et des distinctions. Comment M. de la Tour-du-Pin peut-il être étonné de leur dé-

loyauté , après que les docteurs de l'Assemblée leur ont donné des leçons sur k manière de respecter les lois ? Il est aisé de prévoir à laquelle de ces leçons accorderont la préférence dés hommes qui ont les armes en main. Quant à l'autorité du Roi , nous pouvons apprendre de ce ministre lui-même ( si au reste tout n'était pas superflu à cet égard ) , qu'elle ne jouit pas d'une plus grande considération parmi ses troupes que parfont ailleurs. « Le Roi , dit-il, a sans cesse renouvelé les « ordres nécessaires pour arrêter ces excès ; mais «' dans une crise aussi terrible , votre concur- « rence (celle de l'Assemblée) est devenue indis- « pensablement nécessaire pour prévenir les maux « qui menacent l'Etat : vous unissez à la force du <c pouvoir législatif celle de l'opinion, quiestbeau- « coup plus importante. » Sans contredit, l'armée ne peut avoir aucune opinion du pouvoir ou de l'autorité du roi. Peut-être que, depuis ce temps, le soldat sait bien que l'Assemblée elle-même ne jouit pas d'un plus grand degré de liberté que cette image du roi.

Voyons actuellement ce que l'on a proposé de " faire , dans une des circonstances les plus urgentes qui puissent s'offrir dans un Etat. Le ministre requiert l'Assemblée d'intervenir dans toutes ces terreurs et de déployer toute sa majesté. Hla conjure de faire en sorte que les principes* graves et sévères qu'elle a annoncés, puissent donner qûel-

que vigueur à la proclamation du roi. Après tine telle démarche nous devions nous attendre à voir agir les Cours civiles et militaires; à voir licencier qnelques régimens ; à en voir décimerd'autres ; et à devenir spectateurs de l'appareil terrible que la nécessité a fait employer dans des cas semblables pour arrêter les progrès du plus funeste de tous les maux. On devait particulièrement s'attendre à ce que l'on ferait des recherches exactes sur les meurtriers des chefs , à la vue de leur régiment. Pas un mot de tout cela , ou de rien qui y ressemble. Lorsque l'Assemblée vit que les soldats foulaient aux pieds les décrets rendus par elle et promulgués par le roi , elle rendit de nouveaux décrets , et elle autorisa le roi à faire de nouvelles proclamations. Après avoir reçu par le secrétaire d'Etat de. la guerre, la preuve que les régimens n'avaient aucun égard à ce serment qu'ils avaient prêté avec la plus imposante solennité, elle proposa — Quoi? — encore des sermens. Elle renouvela 1rs décrets et les proclamations , à mesure qu'elle en reconnut l'insuflisance , et elle multiplia les sermens, à mesure qu'elle affaiblissait dans les âmes les lois de la religion. J'espère qu'en envoyant aux soldats le modèle de leur serment civique , on n'a pas oublié d'y joindre de bons extraits des excellens discours de Voltaire, de d'Alembert,

de Diderot et d'Helvétius , sur l'immortalité de

3o,8 REVOLUTION

rame, sur une providence toute particulière qui préside à toutes nos actions , et sur la n^Énd des récompenses et des châtiment d'trtié Vie future. Je ne doute pas que cela n'ait été fait , quand je Sais qu'un certain genre de lectures est une partie considérable de lëurs exercices militaires, et qu'ils sont au moins aussi abondamment approvisionnés en pamphlets qu'en cartouches.

Pour prévenir tou# les maux qui dérivent des conspirations, des conseils irréguliers, des comités séditieux et des assemblées monstrueuses démocratiques entre les soldats ( « comitia , comices fi ) , et tous les désordres qui dérivent de la paresse , de la luxure , de la dissipation, et de l'insubordination, je crois qu'on a employé les plus étonrtans de tous les moyens dont on ait jamais fait usage parmi les hommes, même dans ce siècle si fertile en inventions. Ce n'est pas moins que ceci : — Le roi a proclamé par des lettres circu- - " Jaires à tous les régimens i qu'il autorisait formellement et encourageait les différens corps à se joindre aux clubs et aux confédérations dans les diverses municipalités , et à se mêler à leurs fêtes

et à leurs divertissemens civiques. Cette discipline joyeuse , à ce qu'il semble , doit adoucir là férocité du soldat ; elle a pour but de le rapprocher , par ces repas, de ses autres camarades de toûfc états , et de fondre toutes les ce aspiration s parti-

DE FRANCE. 5g<)

culières clans des associations plus générales *. Je n'ai pas Je peine à croire que ce remède a du être agréable aux soldats , d'après la peinture faite par M. de la Tour-du-Pin ; et que, tout rebelles qu'ils sont d'ailleurs, ils se soumettront respectueusement à ces proclamations royales. Mais je demanderai si tous ces sermens, toutes ces associations et toutes ces fêtes civiques lés disposeront, plus qu'ils ne le sont actuellement, à obéir à leurs officiers, ou s'ils en apprendront mieux à se soumettre aux règles austères de la discipline militaire. Cela en fera d'excellens citoyens à la mode française, mais nullement des soldats parfaits selon toute autre mode. 11 est bien permis de douter si les conversations qui s'établissent à ces tables, conviennent beaucoup plus au caractère de simples instrumens , comme la nature des choses exige que cela soit toujours dans une armée, ainsi que l'observe justement cet ancien officier et cet homme d'Etat.

Quant aux progrès qu'il était vraisemblable que cette liberté de participer aux fêtes municipales

* De peur que l'on ne veuille pas m'en croire» voici les propres paroles de cette lettre : a Comme Sa Majesté y a reconnu , non un « système d'associations particulières, mais une réunion de vo- « loijté de tous les Français , pour la liberté et la prospérité des « communes, ainsi que pour le maintien de l'ordre public , elle a « pensé qu'il convenait que chaque régiment prît part à ces fêtes «civiques» pour multiplier les rapports et resserrer les liens « d'union entre les citoyens cl les troupes. >»

4oo REVOLUTION

ferait faire à la discipline militaire, nous pouvons en juger par ce qui est dit à ce sujet dans le même » . discours du même ministre, qui avait fait circuler la permission et la sanction du roi pour les y autoriser. 11 se flattait que, pour le moment, ses efforts pourraient ramener l'ordre, d'après les bonnes dispositions de certains régimens. Mais, dans l'avenir, il aperçoit quelques nuages : il dit, en parlant des moyens propres à empêcher le retour de la confusion : « Mais il s'agit d'en préve- « nir ç jamais le retour ( et c'est de quoi cette « administration ne saurait vous répondre , tant « qu'on verra les municipalités s'arroger sur les « troupes un pouvoir que vos institutions ont ré- « servé tout entier au monarque ). Vous avez fixé « les limites de l'autorité militaire et de l'autorité c< municipale : l'action que vous avez permise à (c cette dernière sur l'autre, est bornée au droit <( de requérir; mais jamais, ni la lettre, ni l'es- « prit de vos décrets, n'ont autorisé les commu- « nés à déposer, à juger des officiers, à commande der aux soldats, à leur enlever les postes confiés à (c leur garde, à les arrêter dans les marches ordon- « nées parle roi, à prétendre, en un mot, asservir « l'armée de l'Etal aux caprices de chacune des « cités, ou même des bourgs qu'elle traversera. »

Tel est le caractère, telles sont les dispositions de ces municipalités qui seront chargées de ramener les soldats aux vrais principes de la subor-

DE FRANCE 4oi

Jînation militaire , et de les réduire à n'être que de purs instrumens dans les mains du pouvoir suprême! Telles sont les maladies des troupes! tels sont leurs remèdes! Telle est l'armée, telle est la marine. Les municipalités rendent nuls les décrets de l'Assemblée, et les matelots, à leur tour, . rendent nuls les ordres des municipalités. Je plains, en vérité, du fond de mon cœur, la situation d'un serviteur respectable du public, tel que ce ministre de la guerre, obligé, au déclin de ses ans, à faire raison à l'Assemblée des santés civiques qu'elle lui porte , et à soumettre sa tête blanchie aux fantaisies bizarres de ces jeunes politiques. De tels plans ne peuvent avoir aucune convenance avec les sentimens d'un homme qui a vieilli dans le monde pendant cinquante ans. Ils sont plutôt ceux qu'on devait attendre de ces grands faiseurs de mélanges en politique, qui raccourcissent les routes , afin de les proportionner à leurs moyens , et ont une certaine assurance intime, fanatique, et des lumières en tout ; sur le crédit desquels un de leurs docteurs a jugé convenable, avec de grands applaudisscmens , et un succès plus grand, d'avertir l'Assemblée de ne pas écouter les vieillards, ou aucun de ceux qui se font un mérite de leur expérience. Je suppose qu'il faut que tous les ministres d ? Etat subissent et adoptent cette épreuve; qu'ils abjurent les hérésies et les erreurs de l'expérience et de l'observation : chaque

4oa REVOLUTION

homme a son goût ; mais quant à moi , je crois que si je ne pouvais pas atteindre jusqu'à la sagesse, je voudrais du moins conserver quelque chose de la dignité imposante et réelle de la vieillesse. Ces messieurs trafiquent en régénération; mais, à quelque prix que ce fût, je ne voudrais pas soumettre mes fibres endurcies à être régénérées par ' eux ; ni , si loin de mon printemps , recommencer de nouveaux cris d'après leurs nouveaux accens, ou bégayer, dans ma seconde enfance, les sons élémentaires de leur métaphysique barbare * Si isti mihi largiantur ut repueriscam et in eorum cunis vagiam , valclè récusent.

Vous ne pouvez découvrir la faiblesse de quetques parties de ce système puéril et pédantesque , qu'ils appellent une constitution, sans découvrir en outre qu'il n'y a qucPdangers et insuffisance dans toutes celles qui sont faites pour se correspondre immédiatement, ou dans celles dont les rapports sont éloignés/ Vous ne pouvez proposer un remède pour l'incompétence de la couronne , sans mettre en évidence la faiblesse de l'Assem-

blée; vous ne pouvez délibérer sur la confusion de l'armée , ^0k^co\ivvn les désordres , plus fâcheux enco^f municipalités armées. Le militaire favorisé l'Snttfrchie civile ; et le civil , l'anar-

* Ce ministre de la guerre a, depuis peu , quitte cette école , et donné Ih démission de sa place.

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chie milkaire. Je souhaite que chaque régiment lise avec soin le discours vraiment éloquent Je M. de la Tour-du-Pin. 11 attribue le salut des municipalités à la bonne disposition de quelquesunes des troupes : les troupes seront donc chargées de mettre les municipalité^ bien disposées , ( et l'on avoue que c'est le petit nombre J, à l'abri du pillage dont les menacent celles qui sont mal disposées , et celles-ci forment le plus g^aojd nombre. Mais les municipalités affectent ^souveraineté, et veulent commander ces troupes qui sont nécessaires à leur sûreté. Il faut, en vérité, qu'elles les commandent ou qu'elles les flattent : leur situation les y oblige; car, d'après la nécessité de leur position, et d'après les pouvoirs républicains qu'elles ont obtenus, il faut qu'elles soient ou les maîtres, ou les valets, ouïes confédérés du militaire , ou l'un et l'autre successivement , ou qu'elles fassent un mélange du tout, selon les circonstances. Quel autre pouvoir que la municipalité, pourrait contenir l'armée ? Quel autre que l'armée, pourrait contenir les municipalités? Pour maintenir la concorde, où il n'existe plus d'autorité, au hasard de toutes les conséquences, l'Assemblée essaie de guérir le désordre par le désordre : et elle espère se mettre à l'abri d'une démocratie purement militaire, en lui donnant une part corr^n*p|ie dans la municipalité.

Si les soldats contractent une fois l'habitude de

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se mêler dans les clubs municipaux , dans les cabales et dans les confédérations , une attraction élective les attirera vers la partie la plus- basse et la plus désespérée ; ils transporteront avec eux leurs habitudes, leurs affections et leurs sympathies. Les conspirations militaires auxquelles on doit remédier par les confédérations civiques; les municipalités rebelles, qu'on devait rendre obéissantes en leur fournissant les moyens de séduire les armées mêmes dont on comptait se servir pour les remettre à l'ordre ; toutes ces chimères d'une politique monstrueuse et funeste ne feront qu'aggraver les désordres mêmes dans lesquels elles ont pris leur source. // faudra du sang! Toutes les forces , de quelque nature qu'elles soient, sont si mal disposées; toutes les autorités civiles et militaires sont tellement dénuées du sens le plus commun , qu'elles forceront à en répandre. On pourra venir à bout d'apaiser quelques désordres pour un temps et dans un endroit; mais ils écla-. teront dans d'autres, parce que le mal est radical et intrinsèque. Tous ces plans, qui ont pour objet de mêler ensemble des soldats rebelles avec des citoyens séditieux, ne peuvent qu'affaiblir de plus en plus les liens de là subordination du soldat vis-à-vis de ses officiers , et ajouter à la turbulence des ouvriers et des paysans l'audace mutine du soldat. Four pouvoir compter sur une Véritable arnjée, il faut que l'officier soit tout aux

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yeux du soldat ; que toute son attention , tout son respect et toute son estime soient concentrés en lui. Les principales vertus des officiers seront dorénavant la douceur et Ta patience; il faudra pour qu'ils puissent conduire leurs troupes, qu'ils emploient tous les artifices des élections, et qu'Us se conduisent en candidats plutôt qu'en corêmiandans. Mais comme par de tels moyens le pouvoir peut occasionellemenjt être dans leurs mains, l'autorité, par laquelle ils doivent être- nommes, devient d'une haute importance-.

On ne voit pas ce que vous pou y ez faire en définitive , et cela ne sera pas d'une grande importance , tant que lesrapports étrangers et contradictoires qui existent entre votre armée et toutes les parties de votre république, aussi bien que les rapports embarrassés de ces parties entre elles, et de chacune d'elles avec le tout, resteront dans l'Etat où ils sont. Vous paraissez avoir donné au roi la nomination provisoire des officiers en première instance, sauf l'approbation de l'Assemblée Nationale. Les hommes qui ont un intérêt en vue, savent fort bien , dans leur poursuite, découvrir où est le vrai siège du pouvoir. Les officiers ne tarderont pas à s'apercevoir que c'est celui à qui appartient une négative indéfinie , qui accorde réellement les places Les officiers seront donc obligés de ne regarder, comme une route certaine de promotion, que les intrigues qu'ils auront dans

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l'Assemblée. Cependant, par votre nouvelle constitution , il faut qu'ils portent leurs premières demandes à la Cour. Cette double négociation pour parvenir aux grades militaires me semble une invention aussi bien adaptée, que si l'on s'était étudié à introduire dans l'Assemblée elle-même, une faction relativement à ce vaste patronage militaire ; et pour corrompre ensuite le corps des officiers par des factions d'une nature plus danger reuse encore pour la sûreté du gouvernement y sur quelque base qu'il puisse être placé ; et destructive, à la fin, de l'action de l'armée elle-même. Ceux des officiers qui perdront par le refus de l'Assemblée , l'avantage des promotions auxquelles la Cour les destinait , deviendront d'une faction opposée à celle de l'Assemblée ; et ils fomenteront le mécontentement dans le cœur de l'armée contre ces pouvoirs régulateurs. D'un autre côté, les officiers qui , ayant réussi par le moyen de l'Assemblée , reconnaîtront qu'ils n'ont à la Cour qu'une obligation secondaire, et qu'ils éoivent tout à l'Assemblée , mépriseront nécessairement une autorité qui ne pourra avancer ni retarder leur promotion. Si pour éviter ces maux vous n'avez d'autre règle de promotion ou de commandement que celle de l'âge , vous aurez une armée pour la forme; en même temps elle deviendra plus indépendante et sera davantage celle d'une république militaire. Ce serait le roi qui serait

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l'instrument , et non pas l'armée. Un roi ne peut pas être déposé à moitié. S'il n'est pas tout dans le commandement de son armée , il n'y est rien du tout. Quel peut être l'effet d'un pouvoir placé, de nom seulement, à la tête de l'armée, et qui n'est pour cette armée ni un objet de reconnaissance , ni un objet de crainte ? Un tel zéro n'est point propre à l'administration d'un objet , de tous le plus délicat, le commandement suprême de l'armée. Elle doit être contenue ; et son inclination la porte à ce que sa force exige, par une autorité personnelle , réelle , ferme , effective et décidée* L'autorité même de l'Assemblée souffre en passant par le canal sans force qu'elle a clioisi. L'atv mée ne conservera pas de longs égards pouf un^ Assemblée qui n'agit que par l'organe d'une fausse apparence , sous une oppression avide. Elle ne voudra pas accorder sérieusement son obéissance à un prisonnier ; elle finirai ou par, mépriser un vain appareil, ou par avoir pitié d'un roi captif. Ce dilemme deviendra un dilemme sérieux dans votre politique, ou je serai bien trompe y dans les relations que vous avez établies entre te,** e* votre armée. .<féj#$\> ' £;i«&fc •

On doit examiner, en outre ,. si uner Assemblée telle que la vôtre, en supposant même «qu'elfe e& un autre organe pour transmettre ses Ordres ç& apte à propager l'obéissance et la discipline d'une * armée. H est reconnu que, jusqu'à présent ,. les.

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armées ont accordé une autorité bien précaire et bien incertaine à tout sénat ou autorité populaire ; et elles y seront bien moins disposées encore à l'égard d'une Assemblée qui ne doit durer que deux ans. Les officiers perdront totalement le caractère qui convient à des militaires, s'ils supportent avec une soumission parfaite , et s'ils voient avec une admiration convenable la domination des avocats, et surtout s'ils sont obligés de renouveler sans cesse leurs hommages à une succession éternelle de ces avocats , dont les vues militaires , ( à supposer même qu'ils en eussent ) , devront être aussi incertaines que leur durée est passagère. D'après la faiblesse d'un genre d'autorité , et d'après la fluctuation de toutes , les officiers de l'armée demeureront pendant quelque temps séditieux, et très- portés aux factions, jusqu'à ce qu'un général populaire, qui connaisse bien l'art de manier l'esprit du soldat , et qui possède le vrai talent du commandement, attire sur lui seu} les regards de tous : t armée lui obéira en faveur de éon mérite personnel. 11 n *y a pas d'autre manière de s'assurer de l'obéissance militaire , dans l'état actuel des choses. Mais au moment où cet événement arrivera, la personne qui commandera votre armée sera réellement votre maître , le maître ( ce n'est pas dire beaucoup) de votre roi, le maître de votre Assemblée , le maître de toutes vos républiques.

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Comment l'Assemblée est-elle parvenue à obtenir le pouvoir dont elle jouit actuellement sur l'armée? Principalement, onfcn'en cloute pas, en, débauchant les soldats , et en les soulevant contre leurs officiers. Elle a commencé par la plus ter-, rible opération ; elle a touché le point central autour duquel se réunissent et reposent les plus petites parties qui composent une armée; elle a détruit le principe de l'obéissance , dans le grand lien essentiel et délicat, entre l'officier et le soldat, justement où commence la chaîne de la subordination militaire , et dont dépend tout ce système. On dit au soldat qu'il est citoyen , et qu'il jouit des droits de l'homme et du citoyen. Le droit de l'homme , lui dit-on encore , est de se gouverner soi-même, et de ne se laisser donner de lois que par ceux auxquels il a délégué sa propre part dans le gouvernement. Il est très-naturel qu'il s'imagine qu'il doit plus qu'aucun autre ai oir le droit de faire son choix, lui qui sera obligé de se soumettre à une obéissance plus sévère qu'aucun autre. Par conséquent , il voudra probablement faire par système, ce qu'il fait aujourd'hui par circonstance; c'est-à-dire qu'il voudra exercer au moins une négative dans le choix de ses officiers. Quant à présent, on sait que les officiers ne sont que tolérés, et cela à cause de leur bonne conduite. Dans le fait, il y a déjà eu béaucoup d'occasions où ils ont été rejetés par leurs corps. Ceci est donc

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une seconde négative sur le choix du roi; une négative aussi effective , au moins , que celle qu'exercera l'Assemblée. Les soldats savent déjà que l'on n'a pas trop mal accueilli dans l'Assemblée la question qui y a été proposée, de savoir si * les soldats ne devraient pas avoir directement le choix de leurs officiers , ou au moins d'un certain nombre d'entre eux. Quand on met en délibération de pareilles matières, il n'y a aucune extravagance à supposer que les soldats pencheront pour l'opinion qui sera la plus favorable à leurs prétentions. Ils ne supporteront pas qu'on puisse les croire l'armée d'un roi prisonnier, tandis qu'il existe dans le même royaume une autre armée , avec laquelle aussi ils ont à se livrer à des fêtes et à des confédérations, et regardée comme l'armée libre d'une constitution libre. Ils jetteront les yeux sur cette autre armée plus permanente : je veux dire sur l'armée municipale. Ils savent que ce corps élit actuellement ses propres officiers. Us peuvent ne pas être capables de discerner pour quels motifs ils ne pourraient pas élire un marquis de La Fayette comme un des leurs? Si cette élection d'un commandant en chef fait partie des droits de l'homme, pourquoi cela ne ferait-il pas partie des leurs? Ils voient des juges de paix électifs , des juges électifs , des curés électifs , des évêques électifs, des municipalités électives, et des commnndans de l'armée de Paris électifs. —

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Pourquoi seraient-ils les seuls exclus? Les braves troupes de la France seraient-elles tes seuls hommes dans cette nation, qui ne fussent pas les juges compétens du mérite militaire^ et des talens nécessaires pour les commander en chef? Sont-ils payés par l'Etat pour perdre par cette raison les droits de l'homme ? Ils sont eux-mêmes un e- parti o de la nation, et ils contribuent à cette paie. Et le Roi lui-même , et l'Assemblée Nationale ellemême, et tous ceux qui élisent l'Assemblée Na* tionale,ne sont-ils pas payés aussi? Au lieu de voir que toutes ces personnes soient déchues de leurs droits , parce qu'elles reçoiv|^i^n salaire, ils voient au contraire que dans tQûs^e^cas un salaire leur est donné pour exercèr^eiii* droits. Toutes vos résolutions, toutes vos aianœuvres, tous vos débats, tous les ouvrages de vos docteurs en religion et en politique, ont été placés avec adresse entre leurs mains; et vous vous attendez qu'ils s'appliqueront à eux-mêmes tout juste telle part de vos doctrines et de vos exemples que cela vous plaira ! . ,

p Tout dépend de l'armée dans un gouvernement tel que le vôtre. Car vous avez habilement détruit toutes les opinions, tous les préjugés, et autant que vous l'avez pu, tous les instincts mêmes qui sont le soutien des gouvernemens. C'est pourquoi nu premier moment où il s'élèvera quelque différent entre l'Assemblée Nationale et quelque partie

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de la nation , vous serez obligés d'avoir recours a la force : on ne vous a rien laissé de plus, ou plutôt vous ne vous êtes rien laissé de plus à vousmêmes. Vous voyez, par le rapport de votre .ministre de la guerre, que la distribution de l'armée est faite , en grande partie , dans la vue d'une répression intérieure. Vous êtes forcés de gouverner par une armée, et vous avez infusé dans cette armée, par laquelle vous gouvernez, aussi bien que dans tout le corps de la nation, des principes qui, en peu de temps, vous priveront du pouvoir d'en faire l'usage auquel vous l'aviez destinée. Le Roi doit appeler les troupes à marcher contre le peuple, lorsque l'univers entier a entendu, et ces mots sonnent encore à nos oreilles, que les troupes ne devaient pas faire feu sur leurs concitoyens. Les colonies se donnent une constitution indépendante, et un commerce libre : elles doivent être soumises par les troupes. Dans quel chapitre de votre code des droits de l'homme pourront-elles lire que c'est une partie de ces droits de l'homme , d'avoir leur commerce soumis au monopole et à beaucoup d'entraves, poufr le seul profit des autres? De même que les créoles s'élèvent contre vous, les nègres s'élèvent contre eux. Encore des troupes, èncore des massacres, des tortures, des potences; ce sont vos droits de l'homme! ce sont les fruits de ces déclarations métaphysiques, faites imprudemment , et honteu-

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sèment rétractées. Il n'y a que peu de jours, que des fermiers , dans un de vos carrés ou départemen^refusèreut de payer quelques espèces de rentes au seigneur de la terre. En conséquence, vous ayez décrété que tous les habitans des cani • pagnes continueraient à payer rentes et redevances, excepté ce que vous aviez aboli comme onéreux. Et s'ils refusent , alors vous ordonnerez au Roi de faire marcher dégroupes contre eux. Vous établissez des propositions métaphysiques qui font tirer des conséquences générales, et en* suite vous vous efforcez de limiter la logique par le despotisme. Les chefs du présent système font connaître à tous les individus les droits qu'ils ont, comme hommes, de prendre des forteresses, de massacrer des gardes, de s'emparer de la personne des rois, sans la moindre apparence d'autorisation , même de l'Assemblée , quoique , comme corps législatif souverain elle siégeât au nom de la nation. Et cependant ces chefs prétendraient ordonner à ces troupes qui ont figuré dans ces désordres , de s'opposer à ceux qui jugeront d'après ces principes, et qui suivent les exemples qu'ils ont consacrés par leurs principes.

Ces chefs enseignent au peuple à avoir en horreur et à rejeter toute rie de la tyrannie , et ils veulent déterminer ensuite la portion de cette tyrannie barbare qu'il faut qu'il supporte avec patience. Autant il

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prodigues de lumières à l'égard des abus, autant ils sont avares sur les moyens de les réparer. Le peuple sait que non-seulement certains cens et certaines redevances personnelles que vous lui avez permis de racheter, (sans cependant lui fournir de l'argent pour ce rachat ), sont très-peu importans en comparaison des autres charges sur lesquelles vous n'avez pris aucune mesure. 11 sait que presque toutes les propriétés foncières tenaient dans leur origine au système féodal ; que c'est le résultat de la distribution des possessions des propriétaires originaires , faite par un conquérant barbare à ses instrumens barbares; et il sent très -bien que les effets les plus nuisibles de la conquête, sont les rentes de toute espèce , imposées sur les terres, comme en elfet cela est sans aucun doute.

Les paysans , selon toute probabilité , sont les descendans de ces anciens propriétaires romains ou gaulois. Mais s'ils ne peuvent pas bien établir la ligne de leur descendance, à la manière des antiquaires et des jurisconsultes, ils se retirent dans la citadelle des droits de l'homme. Là, ils trouvent que les hommes sont égaux, et que la terre, cette bonne et égale mère de tous, ne doit pas être foulée pour nourrir le luxe et l'orgueil de quelques hommes, qui , par la nature , ne sont pas meilleurs qu'eux, et qui, s'ils ne travaillent pas pour gagner leur pain , sont pires. Ils trouvent que, parles lois de la nature, celui qui occupe,

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ou celui qui s'est emparé du sol, en est le vrai propriétaire ; qu'il n'y a pas de prescription contre la nature; et (pie les arrangemens , lorsqu'il y en a d'cxistans, qui ont été passés avec leurs seigneurs pendant le temps de l'esclavage, ne sont que l'elFet de la cruauté et de la force; et que lorsque le peuple rentra dans les droits de l'homme, tous ces traités devinrent aussi nids que tout le reste de ce qui avait été fait sous le règnë de l'ancienne tyrannie féodale et aristocratique. Ils vous diront qu'ils ne voient pas de différence entre un fainéant à chapeau à cocarde nationale, et un fainéant en capuchon ou en rochet. Si vous fondez le titre de vos revenus sur l'héritage et sur In prescription, ils vous disent, d'après le discours de M. Camus, publié par l'Assemblée PSationale pour son instruction , que les choses qui ont mal commencé ne peuvent se prévaloir de la prescription ; que le titre de ces seigneurs était vicieux • dans son origine, et que la force est au moins aussi mauvaise que la fraude. Quant au titre par héritage, ils vous diront que la succession de ceux qui ont cultivé la terre , est la vraie généalogie de la propriété , et non des parchemins pourris et de sottes substitutions; que les seigneurs n'ont joui que trop long-temps de leurs usurpations; et que si on leur accorde quelque pension par charité, comme à des moines laïques, ils devraient être bien reeonnaissans de la bonté des

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vrais propriétaires qui se conduisent si généreusement envers ces fauxpréteudans à leurs propriétés.

Lorsque les paysans vous paieront avec cette monnaie sophistique frappée à votre coin, vous la décrierez comme étant de mauvais aloi , et vous leur direz qu'à l'avenir vous les paierez avec des gardes-françaises, des dragons et des hussards. Vous mettrez en avant, pour les ramener à la raison, cette autorité de la seconde main, de ce roi qui n'est qu'un instrument de destruction , sans aucun pouvoir pour protéger le peuple, ni sa propre personne. Vous vous flattez que , de par le roiy vous les forcerez à l'obéissance ; mais ils vous répondront : « Vous nous avez appris qu'il n'y a « point ici de gentilshommes : et quel est celui de « vos principes qui nous apprenne à nous proster- « ner devant des rois que nous n'avons pas élus? v( Nous savons, sans avoir besoin de vos leçons, « que les terres avaient été concédées pour le sou- « tien des dignités, des titres et des emplois féo- « daux. Lorsque vous anéantissez la cause comme « un grief, pourquoi l'effet qui nous grève le plus a subsisterait-il? Puisqu'il n'y a plus aujourd'hui « ni honneurs héréditaires, ni familles distincc gué es, pourquoi serions-nous condamnés à « maintenir des choses que vous avez condamne nées à ne plus exister? Vous avez dégradé nos a anciens seigneurs aristocrates, pour nous les «c renvoyer ensuite avec le seul titre de mal loti ers

« autorises par vous. Avez-vous fait quelques efcc forts pour nous rendre respectables les colleccc teurs des revenus? Non, vous nous les avez ence voyés avec leurs armes renversées, leurs bouée cliers brisés, leurs devises effacées; et ces êtres ce à deux pieds sans plumes étaient tellement ce dégradés et métamorphosés, que nous ne pouce vions plus les reconnaître. Ils nous sont étrancc gers ; ils ne portent même plus les noms de nos ce anciens seigneurs. Physiquement, ils peuvent ce être les mêmes hommes, quoique nous n'en ce soyons pas tout-à-fait assurés, d'après vos nouée velles doctrines philosophiques sur l'identité perce sonnelle : sous tous les autres rapports , ils sont ce totalement changés. Nous ne voyons pas pource quoi nous n'aurions pas autant de droit de leur ce refuser leurs revenus, que vous en avez pour ce abroger tous leurs titres et toutes leurs distincce tions honorifiques? Nous ne vous en avions nulce lement chargés ; et cet exemple de l'usurpation ce d'un pouvoir qui ne vous avait point été délécc gué , est un des mille que l'on pourrait vous ce citer. Nous voyons les bourgeois de Paris, à ce l'aide de leurs clubs, de leurs attroupemens, ce et de leur garde nationale, vous conduire à « leur gré , et vous dicter les lois que vous nous ce dictez à votre tour. Par votre entremise, ces ce messieurs disposent de la vie et de la fortune ce du reste des Français. Pourquoi ne feriez-vous

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ce pas autant d'attention aux désirs des laborieux « cultivateurs, «en ce qui concerne nos redevance ces, objet qui nous touche de la manière la plus' ce sérieuse, (aie vous en faites aux demandes de « ces bourgeois insolens, par rapport aux distinccc tions et aux titres honorifiques , qui ne les intéce ressent pas plus que nous? Mais nous trouvons «■ que vous avez plus d'égards pour leurs fantai- « sies que pour nosbesoins. Les droits de l'homme <c comprennent-ils l'obligation de payer tribut à « ses égaux? Avant que vous nous eussiez fait ce connaître cette disposition , nous aurions pu ce croire qu'il ne régnait pas entre tous les hommes ce une égalité parfaite. Nous aurions pu continuer ce à entretenir en leur faveur nos vieux préjugés ce habituels et insignifians; mais la loi que vous ce avez faite ne nous présente aucun autre objet te que le but de détruire toute espèce de respect ce à leur égard. Ne nous auriez-vous donc défendu ce de leur continuer nos vieilles formules respecte -tueuses, que pour nous envoyer ensuite des ce troupes, et que pour nous soumettre, à coups ce de sabre et de baïonnettes, au joug de la crainte ; ce et de la force, après nous avoir défendu de ce céder à la douce âutorité de l'opinion? »

Le ridicule et la grossièreté de tous ces raisonnemens sont frappans pour tous les bons esprits ; mais ils doivent paraître très-concIi*al>5' et trèssolides .à. ces métaphysiciens politiques, qui ont

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ouvert des écoles de sophisme, et qui n'ont travaillé que pour favoriser l'ànarchie. 11 est évident que la seule considération du droit n'aurait pas empêché les chefs de l'Assemblée de supprimer toutes les rentes, en même temps qu'ils abolissaient les titres et les armoiries. Ils n'auraient fait en cela que se conduire d'après leurs raisonnemens, et compléter l'analogie de leurs opérations. Mais ils venaient de s'emparer d'une grande* masse de propriétés territoriales par la voie de la confiscation. C'était une marchandise dont il fallait se défaire, et ils auraient perdu tout l'avantage de la vente , s'ils avaient permis aux cultivateurs de petites débauches de spéculations dans le genre de celles auxquelles ils venaient de s'abandonner eux-mêmes jusqu'à l'ivresse. Les propriétés, de quelque nature qu'elles soient, n'ont plus d'autres sûretés que les intérêts relatifs de leur rapacité. Leur bon plaisir arbitraire, enfin, est la seule règle qui détermine quelles sont les propriétés qu'il faut protéger , quelles sont celles qu'il faut bouleverser.

Ils n'ont pas mieux pourvu aux principes qui . pourraient soumettre toutes leurs municipalités à l'obéissance , ou même leur faire un devoir de ne point se séparer du tout, pour se joindre à quelque autre puissance. Je crois avoir entendu dire que là ville de Lyon avait dernièrement refusé de payer les impôts. Pourquoi ne le ferait-

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elle pas? Quelle autorité légale existe encore pour l'y contraindre ? Quelques-uns de ces impôts ont été mis par le Roi : les plus anciens l'avaient été parles Etats-Généraux , organisés en trois ordres. On peut dire à l'Assemblée : Qui êtes-vous, vous qui n'êtes pas nos rois , ni les Etats-Généraux que nous avons élus? Vous, enfin, qui ne siégez pas d'après les principes par lesquels nous vous avions élus ? Et que sommes-nous , nous qui voyons que l'on a supprimé la Gabelle , quoique vous eussiez ordonné le paiement de ses droits? ISous qui voyons la désobéissance ratifiée par vous-mêmes, que sommes-nous ? Pourquoi ne serions-nous pas juges de ce que nous devons, ou ne devons pas payer? Pourquoi ne nous aiderions-nous pas des mêmes pouvoirs dont vous avez reconnu la validité? A cela, l'on répond : Nous enverrons des troupes contre vous. Uultima ratio regum ( c'està-dire le canon , la dernière raison des rois ) , est toujours la. première raison pour votre Assemblée. Elle pourra faire usage de cette force militaire , tant que l'impression de l'augmentation de la paie fera encore son effet sur elle , et autant que pourra durer la petite vanité de paraître l'arbitre de toutes les querelles. Mais cette arme peu sûre crèvera bientôt dans la main qui s'en sert. Comment se fait-il que l'Assemblée, lorsqu'elle tient et soutient partout des écoles , où par système , où avec une persévérance infatigable , l'on

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enseigne tous les principes et l'on forme toutes sortes de projets pour la destruction de l'esprit de subordination , ou civile, ou militaire ; comment se fait-il, dis-je, qu'elle puisse se flatter de maintenir dans l'obéissance- un peuple anarcliique, par le secours d'une armée anarchique?

L'armée municipale, qui , suivant leur nouvelle politique , doit contrebalancer l'armée nationale, considérée en elle-même , est d'une constitution beaucoup plus simple, et, à tous égards, moins susceptible dé reproches. C'est un corps purement démocratique, qui n'a aucune relation avee le pouvoir du Roi; un corps armé, discipliné, et commandé à la fantaisie des districts auxquels lè corps appartient en particulier ; et la direction du service personnel, ou des amendes; qu'il faut payer quand on se fait remplacer, est confiée à la même autorité *. Rien n'est plus uniforme. Si cependant vous considérez ces établissemens sous leur rapport avec la couronne , avec l'Assemblée Nationale, avee les tribunaux publics ou avec

* On voit, dans le compte donné par M. Necker, que la garde nationale de Paris a reçu , indépendamment des sommes d'argent <{ui ont été levées sur les particuliers de cette ville , environ i45,ooo liv. sterling , prises sur le trésor public. Je n'ai pas pu discerner s'il annonçait que cette dépense serait annuellement la i unnc, ou s'il rendait compte de ce qu'il en avait d'abord coûté pour les neuf mois seulement qui s'étaient écoulés. Au surplus „ cela importe peu , puisqu'elle <*t maîtresse de prendre ce qu'il lui ylaira.

l'autre armée; ou bien si vous les considérez sous le rapport de la liaison qu'ils peuvent avoir les uns avec les autres, rien ne vous paraîtra plus monstrueux; et il est impossible que tous les raouvemens embarrassés de cette machine ne se terminent par quelque grande calamité nationale. Ce moyen préservatif d'une constitution générale est plus mauvais que le systasis de la Crète, ou la confédération de Pologne, ou que tous les autres mauvais correctifs qui ont été imaginés dans les révolutions produites par les vices de construction des gouvernemens.

Ayant terminé le peu de remarques que j'avais à faire sur la constitution du pouvoir suprême, du pouvoir exécutif, judiciaire et militaire, et sur les rapports réciproques de ces établissemens entre eux, je vais dire un mot du talent que ces législateurs ont montré à l'égard des revenus publics.

Dans leur conduite à ce sujet, ils ont, s'il est possible, annoncé encore moins de jugement politique et de ressources financières. Lorsqu'on a assemblé les Etats-Généraux , il semblait que le grand objet fût de perfectionner le système du revenu public , d'en étendre la recette, d'en supprimer tout ce qui était vexatoire et oppressif, et de l'établir sur le meilleur pied. L'Europe entière avait conçu les plus grandes espérances à cet égard : de cet arrangement important dépen-

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dait la chute oit l'élévation de la France. Quant à moi , je pensai, avec raison, que ce serait l'épreuve qui pourrait nous faire juger du savoir et du patriotisme des chefs de votre Assemblée. Le revenu d'un Etat est l'Etat lui-même. Dans le fait , tout en dépend, soit pour son soutien, soit pour sa réforme ; la dignité de chaque fonction dépend totalement de l'étendue ou de la nature de la vertu qu'elle développe. Comme toutes les grandes qualités de l'esprit, qui opèrent dans l'ordre public, et qui ne sont pas purement subordonnées et passives, ont besoin de force pour se déployer, j'allais presque dire pour leur existence non équivoque, le revenu public, qui est la source de toute force, devient aussi, en administration , la sphère d'autorité des vertus publiques. Les vertus publiques étant d'une nature sublime et élevée , destinées à de grandes choses, et occupées de grands intérêts, elles ont besoin d'espace et- de liberté, et elles ne peuvent se répandre et grandir sous le poids des entraves, ni dans des positions rétr.écies, bornées et avilissantes. Ce n'est donc qu'à l'aide du revenu public seul que le corps politique peut agir dans son véritable génie et dans son véritable caractère; et, par conséquent, il déploiera autant de sa vertu collective, et autant de cette vertu qui peut caractériser ceux qui le mettent en action, et qui en sont comme la vie et le principe dirigeant; autant, dis-je , qu'il pos- .

sédera de ce juste revenu public : car de là , nonseulement la magnanimité, la libéralité, la bienfaisance , la force , la prévoyance et la protection tutélaire pour tous les arts utiles , tirent leur substance et leur développement; mais la continence, le désintéressement, le travail, la vigilance, la frugalité et toutes les autres vertus dans lesquelles l'esprit se montre supérieur à l'ambition , ne sont nulle part mieux dans l'élément qui leur convient que dans le fonds et la distribution du revenu public. Ce n'est donc pas sans raison que la science de la finance théorique et pratique , qui doit appeler à son aide tant de branches auxiliaires de connaissances, occupe un rang élevé , non-seulement dans l'esprit des hommes ordinaires , mais même dans celui des meilleurs et des plus sages ; et, comme cette science s'est agrandie dans la proportion de l'accroissement de son objet, la prospérité et la fortune des nations se sont accrues aussi avec l'augmentation de leurs revenus, et l'un et l'autre continueront à s'accroître et à fleurir autant et aussi long-temps que la balance entre ce qui est laissé pour encourager les efforts des individus, et ce qui est levé pour les efforts ordinaires de l'Etat , portera à l'un et à l'autre une

seront tenus dans une relation et une communication constantes. Et peut-être n'est-ce qu'à la grandeur des revenus et à l'urgence des besoins

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de l'Etat que l'on doit la découverte des vieux abus dans l'administration des finances , et la connaissance plus parfaite que l'o%a acquise de leur véritable théorie; en sorte qu'il serait possible qu'un moindre revenu fût une chose plus fâcheuse à une époque , qu'un plus grand ne l'aurait été à une autre, la richesse proportionnelle de l'Etat demeurant cependant la même. Dans cet état des choses, l'Assemblée Nationale trouva dans ses revenus des parties à conserver , d'autres à protéger et à administrer avec sagesse; d'autres aussi qu'il fallait abroger et détruire. Je me bornerai à consî(J|rer quels sont les devoirs les plus simples '. qui se présentent à l'esprit d'un financier ordinaire; et, dans la recherche que je vais faire de leur habileté financière, je terminerai là mes essais : je ne m'élèverai pas jusqu'aux modèles d'une perfection idéale, quoique leur présomption orgueilleuse soit bien propre à justifier des épreuves plus sévères. ,

Les devoirs d'un financier sont donc de s'assurer un ample revenu , de l'obtenir par des impôts justes et également répartis , d'en faire un emploi économe , et lorsque les besoins publics l'obligent à faire usage du crédit , d'en assurer les bases, dans cette occasion et pour toutes les autres , sur l'évidence et sur la candeur de ses procédés , sur l'exactitude de ses calculs et sur la solidité de ses engagemens. Nous pou-

vons, d'après ces points fondamentaux, prendre un aperçu du mérite et du talent de ceux qui , dans l'Assemblée Nationale, se sont emparés de la conduite de ces intérêts épineux. Loin de trouver que le revenu public se soit accru dans leurs mains, nous voyons dans un rapport du Comité des Finances, fait par M. Vernier, le 2 août dernier, que le revenu national , comparé à ce qu'il était avant la révolution, était alors diminué de 200 millions ; ce qui est beaucoup plus que le tiers du total.

Si c'est là le résultat d'une grande habileté, il fatit convenir que jamais habileté ne s'e# manifestée d'une manière plus remarquable , ou n'a eu des effets plus puissans. L'inexpérience la plus grossière, l'incapacité la plus vulgaire , la négligence ministérielle la plus volontaire , le crime même le mieux combiné, ni la corruption , ni le péculat , ni même aucune des hostilités directes que nous avons vues dans le monde moderne, n'auraient pu, dans un espace de temps aussi court, opérer un bouleversement aussi complet dans les finances, ni mieux détruire en même temps la force publique d'un grand royaume. — Cedo , qui vestram rempubliccun tantam amisistis tara cità.

Dès l'ouverture de l'Assemblée , les sophistes et les^déclamateurs commencèrent par décrier l'ancien système du revenu public , dans plusieurs de ses branches les plus importantes , tel que le mo-

DE FRANCE 427 nopole public du sel; ils l'accusèrent, avec raison mais avec imprudence, d'être mal imaginé, oppressif et partial. Ils ne se bornèrent pas à faire entrer ces observations dans les discours préliminaires de quelque plan de réforme , mais ils consignèrent cette déclaration ( comme si elle était un jugement) dans un décret solçnnel rendu sur ce sujet, et ils le firent circuler dans tout le royaume. En même temps qu'Us rendaient ce décret, ils ordonnèrent , avec la même gravité , que l'on éèntinuerait de payer cette même taxe qu'ils venaient de déclarer absurde, oppressive et partiale, jusqu'à ce qu'ils pussent en trouver une autre pour la remplacer. La conséquence était inévitable : les provinces qui avaient été jusqu'à* ce jour exemptes de la gabelle, dont que^ques-unej supportaient d'autres contributions peut - être^équivalentes , n'étaient nullement disposées à supporter aucune partie d'une charge qui , par une répartition égale , devait soulager les autres. Quant à l'Assemblée , . absorbée comme elle l'était dans la déclaration^ et la violation des droits de l'homme, et dans tous ses plans pour établir une confusion générale, elle n'eut ni le loisir, ni le talent d'imaginer, n* l'autorité de donner de la force à aucun plan d'aucune espèce, relatif au remplacement de cette taxe et à sa juste répartition , ni d'accorder aux provinces les compensations qu'elles réclamaient, ni de préparer leurs esprits à un plan d'arrange-

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ment avec les autres districts qu'il s'agissait de soulager.

Le peuple des provinces sujettes à la gabelle , qui avait gérai long-temps sous le poids de cette taxe , maudite par l'autorité même de ceux qui le condamnaient à la payer encore , sentit bientôt toute sa patience épuisée. Il se crut aussi expert en démolitions que l'Assemblée elle-même pouvait l'être : il se soulagea en se débarrassant entièrement du fardeau , et abolit la gabelle. Animé par cet exemple , dans tous les districts ou dans toutes leurs divisions, chacun devenant le juge de ses surcharges d'après ses impressions, et de leur remède d'après son opinion, fit tout ce qui lui plut à l'égard des autres impôts.

Nous sommes parvenus au moment d'examiner comment ils se sont conduits pour déterminer l'é* . galité des impositions , en proportion des moyens de chaque citoyen, et surtout pour faire ensorte de charger le moins possible cette partie active du capital, qui est destinée et employée à créer la fortune des particuliers, de laquelle doit dériver ensuite la fortune publique. En accordant à tous les districts, et de plus aux individus dans chaque district, la liberté de juger de la partie du revenu public à laquelle il leur plairait de contribuer , ce ne sont pas de meilleurs principes d'égalité qu'on a vus éclore , mais une nouvelle inégalité des plus oppressives: il n'y a plus eu d'autre règl&

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de paiement que la volonté. Les parties du

royaume qui étaient les plus soumises , les mieux réglées, les plus attachées à la chose publique, supportaient tout le fardeau de l'Etat. Rien ne tourne plus à l'oppression et à l'injustice, qu'un gouvernement faible. Que restait-il à un gouvernement sans autorité , pour suppléer à la fois à la perte des anciennes impositions et à celles de toute nature auxquelles il fallait s'attendre? L'Assemblée Nationale eut recours à un sacrifice volontaire, à une contribution du quart du revenu de tous les citovens , en laissant à leur honneur seul le mérite de l'exactitude dans leur estimation. Elle obtint quelque chose de plus qu'elle ne pouvait raisonnablement l'espérer , mais la recette était loin de répondre à ses besoins réels*, et beaucoup moins encore à son attente. Des gens sensés auraient fondé peu d'espérance sur une taxe présentée ainsi sous la forme de la bienveillance ; taxe faible, . sans efïet , et inégale ; taxe à laquelle peuvent se soustraire le luxe, l'avarice et l'intérêt personnel, pour en jeter tout le fardeau sur les capitaux productifs, sur l'intégrité, sur la générosité et sur l'esprit public ; taxe réglémentaire imposée sur la vertu. Le masque est à la fin tombé , et aujourd'hui ils sont occupés à chercher avec peu de succès les moyens d'arracher par la force le produit de ce qu'ils demandaient à titre de bienveillance. Cette bienveillance patriotique , cet enfant ra-

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chitiqiie de îeiir faiblesse, devait élre soutenu par une autre ressource , le frère jumeau de la même imbécillité prolifique. Les dons patriotiques devaient suppléer au défaut de la contribution patriotique. Jonh d'Oe devait servir de caution à Richard Rue*. D'après ce plan, ils reçurent des objets qui avaient une grande valeur pour ceux qui les donnaient , et qui n'en avaient qu'une bien faible pour ceux qui les recevaient. Ils ont ruiné plusieurs branches de commerce ; ils ont pillé les ornemens de la couronne , l'argenterie des églises , et enlevé au peuple ses ornemens personnels. Ces inventions de tous ces jeunes prétendans à la liberté n'étaient réellement que des imitations serviles de l'une des plus misérables ressources d'un despotisme radoteur ; ils ont pris dans toutes les antiquailles de la friperie de Louis XIV une de ses plus vieilles perruques à grande chevelure , pour couvrir le front déjà chauve de la jeune Assemblée Nationale ; ils mirent en avant cette extravagante et vieille folie , quoiqu'elle eût été si complètement développée dans les Mémoires du

* Manière de parler assez plaisante en Angleterre, lorsque 1 on veut faire allusion au peu de confiance que méritent les cautions fictives , dont on emploie seulement les noms dans les procès de trop peu de valeur pour mériter des carutions réelles. Les noms ci-dessus sont, comme ceux de Titius et de Maevius, employés dans les écoles de droit et dans les espèces sur lesquelles on s'exerce.

rhic de Saint-Simon* , et qui n'avait plus besoin d'aucune démonstration aux yeux des gens raisonnables. Je me rappelle que sous le règne de Louis XV on fit une tentative du même genre ; mais, dans aucun temps, elle n'a répondu à son objet. Cependant les besoins occasionés par des guerres ruineuses avaient pu servir de prétexte à ces projets désespérés. Les résolutions prises dans le malheur sont rarement le fruit de la sagesse ; mais maintenant c'était la saison de l'orïlre et de la prudënce. C'est dans le temps d'une profonde paix, dont on jouissait depuis cinq ans , et qui promettait de durer beaucoup plus, que le désespoir les a fait recourir à ces bagatelles ; ils étaient assurés qu'en s'amusant, dansla situation sérieuse où ils étaient , avec tous ces colifichets .et ces joujoux de la finance, dont les détails ont rempli plus de la moitié de leurs journaux , il en résulterait pour leur réputation un tort que le produit temporaire de toutes ces bagatelles ne pourrait jamais compenser. Pour adopter de pareilles mesures, il faut, ou qu'ils aient méconnu la position dans laquelle ils étaient, ou qu'ils fussent bien au-dessous de leurs besoins.Quelle que soit, au surplus, la vertu de ces inventions, il est certain qu^on n'aura plus recours aux dons ni aux contributions patriotiques.

* Paris, A. Eghon, 6 voJ. in-8"; nouvelle édition, mise dans un meilleur ordre.

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Tous leurs plans de revenu public se sont bornés à employer des ruses de toute espèce , pour présenter l'apparence momentanée d'un grand réservoir bien rempli , tandis qu'en même temps ils détruisaient les sources vives et toutes les fontaines abondantes qui devaient fournir au revenu annuel. Le compte rendu par M. JNecker, il n'y a pas long-temps, devait, sans aucun doute, être réputé favorable : il présente un aperçu flatteur des moyens de suffire à l'année courante ; mais il exprime, comme naturellement il devait le faire, quelques craintes pour celle qui devait suivre. Au lieu de prendre en considération ce dernier pronostic de M. Necker, d'en examiner les bases, et de recourir par avance à de sages précautions pour prévenir le danger dont on était menacé , M. Necker a reçu, par JÇorgane du président de l'Assemblée , une sorte de réprimande amicale.

Quant à leurs autres plans d'imposition , il est impossible d'en parler avec quelque certitude, parce qu'ils n'ont pas encore été mis en action : mais personne n'imaginera^jgu'ils puissent jamais remplir d'une manière selHlble le vide immense que les revenus éprouvent par le fait de leur incapacité. Quant à présent , les espèces disparaissent chaque jou^Mlavantage de leur trésor public , et il regorge de valeurs fictives. C'est dans une telle position , lorsque l'on ne peut trouver que du papier, soit au dehors,

soit au-dedans ( papier qui n'est pas le représen- , tant de l'opulence , mais de l'indigence ; qui n'est pas le fruit du crédit, mais le produit de la force) ; c'est alors qu'ils imaginent que nous devons à notre papier de banque, en Angleterre, la prospérité dont nous jouissons , et non que notre papier de banque la doit à l'effet de l'état florissant de notre commerce, à la solidité de notre crédit et à l'absence totale de toute idée de l'intervention du pouvoir dans toutes ses opérations. Ils oublient qu'en Angleterre , ne fut-ce que pour un shelling, l'on recevrait que volontairement le papier-monnaie; que tout celui que nous avons n'est que la valeur représentative de somme»

réelles existantes en argent^ et déposées en nature; qu'on peut le convertir encore en argent, sans la moindre perte , à sa volonté et à la minute. — Notre papier a une valeur dans le commerce , parce qu'il n'en a aucune aux yeux de la loi ; il est tout-puissant à la Bourse , parce qu'il est sans force à la salle de Westminster. Un créancier peut refuser d'accepter en paiement , pour une dette de vingt schellings , tout le papier de la Banque d'Angleterre. Jamais, parmi nous, aucune sûreté publique quelconque, et de quelque nature qu'elle soit , ne nous est présentée dé force par l'autorité. Dans le fait, il serait aisé de démontrer que l'a- - bondance de notre papier-monnaie, au lieu de diminuer te^SItaibre de nos espèces métalliques,

tend à l'augmenter ; qu'au lieu d'être un supplément à l'argent, il en facilite l'entrée, la sortie et la circulation ; qu'il est le symbole de la prospérité, et non le signal de la détresse. Jamais, dans ce pays, la disette du numéraire, ou l'abondance du papier, n'a été un sujet de plainte.

A la bonne heure, me dira-t-on; mais du moins, le retranchement des dépenses prodigues, et l'économie qui a été établie par une sage et vertueuse Assemblée, compenseront les pertes éprouvées dans la perception des revenus.' Dans ceci , du moins, ils ont rempli les devoirs mi financier. — Ceux qui parlent ainsi ont-ils donné quelque attention aux dépenses de l'Assemblée Nationale elle-même , des municipalités , de la ville de Paris , à l'augmentation de la paie des deux armées , de la nouvelle police , des nouveaux tribunaux judiciaires? Ont-ils même exactement comparé la liste actuelle des pensions avec l'ancienne? Tous ces politiques ont été cruels et non pas économes. En comparant les dépenses de cet ancien gouvernement prodigue et leur proportion avec les revenus d'alors , avec les dépenses de ce nouveau système de gouvernement en opposition avec l'état de son nouveau trésor , je crois que le gouvernement actuel est, au-delà de toute comparaison, beaucoup plus coûteux*.

* Le lecteur s'apercevra que je n'ai fait que toucher légèrement ( mon plau n'en exigeant pas davantage) l'état des finances de la

Je n'ai plus à examiner que les preuves du talent financier que les faiseurs français ont données, lorsqu'ils avaient à suppléer au crédit. Ici, je suis un peu embarrassé : car de crédit, ils n'en ont point, à proprement parler. Celui de l'ancien gouvernement n'était assurément pas le meilleur; mais il pouvait toujours, d'une manière ou d'une autre, attirer à lui quelque argent, sinon celui de son propre pays, du moins celui de beaucoup de contrées de l'Europe, où l'on avait des capitaux accumulés; et le crédit de ce gouvernement s'élait journellement augmenté. L'on devait supposer que l'établissement d'un système de liberté lui procurerait une nouvelle force ; et cet effet aurait

France, sous le rapport de tous les avantages qui en dépendent» Quand j'aurais voulu pénétrer cet objet plus avant , j'aurais man- . qué des matériaux nécessaires. Je renvoie le lecteur, sur ce sujet, au livre de M. deCalonne , et au tableau effrayant qu'il a fait du pillage et de la dévastation que les présomptueuses et bonnes intentions de l'ignorance et de l'incapacité] ont occasionés dans les revenus publics et dans toutes les autres affaires de la France. Confiez la plénitude du pouvoir à de telles causes, et elles produiront toujours de tels effets. Après avoir parcouru ce détail avec assez d'exactitude, peut-cire même avec trop de rigueur, et mis à l'écart tout ce qui pourrait n'être attribué qu'au ministre des finances hors de place ; tout ce que ses ennemis pourraient n'attribuer aussi qu'au désir de tirer avantage dans sa propre cause , des circonstances actuelles , je crois que l'on trouvera , comme moi, que la France ne pouvait pas fournir, à ses dépens, une plus importante leçon à tout le genre humain , pour l'avertir d'être dorénavant en garde contre l'esprit entreprenant Ue tous les novateurs.

été certain , si l'on eût établi un système de liberté. Quelles offres ce prétendu gouvernement libre a-t-il reçues de la Hollande, de Hambourg, de la Suisse , de Genève et de l'Angleterre , pour acheter de son papier? Pourquoi ces nations économes et commerçantes entreraient-elles dans un commerce d'argent avec un peuple qui s'efforce de renverser la nature des choses; chez qui l'on voit le. débiteur prescrire à son créancier, la baïonnette sur l'estomac, le moyen dont il .veut s'acquitter avec lui ; qui se libère d'un engagement par un autre j qui se fait une ressource de sa pénurie, et qui solde ses intérêts avec ses chiffons?

Leur confiance fanatique dans le pillage de l'Eglise , a détourné ces philosophes de tous les autres soins qu'ils auraient pu donner à la chose publique, de même que le rêve de la pierre philosophale entraîne ceux qui se laissent séduire par les illusions de la philosophie hermétique, à négliger tous les moyens raisonnables d'augmenter leur fortune. Ces philosophes financiers ont cru qu'ils guériraient tous les maux de l'Etat au moyen • d'un remède universel, composé avec la momie de l'Eglise. Ces Messieurs, peut-être , ne croient pas beaucoup aux miracles de la piété; mais on ne peut pas douter qu'ils n'aient une foi imperturbable aux prodiges du sacrilège. Sont-ils pressés par une dette? émission d'assignats. Ont-ils à rembourser ceux qu'ils ont ou volés ou dépouillés de leurs

charges? des assignats. Faut-il armer une flotte ? des assignats. Si seize millions sterling de ces assignats répandus dans le public, ne suffisent pas pour satisfaire aux nécessités de l'Etat, devenues plus pressantes que jamais : Faites, dit l'un, une émission de trente millions sterling d'assignats! Faites-en pour quatre-vingt millions de plus, dit un autre ! La seule différence qu'il y ait entre ces factions financières, n'est que dans la quantité plus ou moins grande d'assignats dont il faut accabler le public souffrant. Tous sont des prédicateurs d'assignats. Ceux mêmes dont le bon sens naturel et la connaissance dù commerce , non égarés par la philosophie y fournissent des argumens décisifs contre cette tromperie, les terminent par proposer une émission d'assignats. Je suppose qu'ils ne parlent d'assignats que parce que, sans cela , leur langage ne serait pas compris. Ils ont beau éprouver l'inefficacité de leur moyen ^ cela ne les décourage nullement. Les anciens assignats sont-ils tout-à-fait décriés sur la place? Quel est le remède? Emission d'assignats tout neufs. Mais , si maladia opiniatria non pult se guarire , quûdillifacere ? Assigna re , poslea assigna re y ensuita assignare. J'ai un peu altéré mon texte : le latin de vos docteurs actuels peut être meilleur que celui de votre ancienne comédie; mais leur sagesse et la variété de leurs ressources sont égales. Ils n'ont pas plus de notes dans leur chant que te

coucou , quoique loin .d'avoir le moelleux du gosier de ce précurseur de l'été et de l'abondance; leur voix est aussi rauque, aussi désagréable que celle du corbeau.

Excepté des aventuriers désespérés en philosophie et en finance, qui pouvait avoir l'idée de détruire le revenu fixe de l'Etat, la seule sûreté du crédit public, dans l'espérance de le rétablir avec les matériaux de la propriété confisquée? Si cependant un pieux et vénérable prélat ( un saint père de l'Eglise par anticipation ), emporté par un zèle excessif pour l'Etat, était entraîné à piller son propre Ordre, et pour le bien de l'Eglise et du peuple, à se charger de remplir la place de grand financier de la confiscation, et de contrôleurgénéral du sacrilège; il faudrait, à mon avis, que lui et ses coadjuteurs montrassent dans leur conduite subséquente , qu'ils connaissent quelque chose aux fonctions dont ils se sont emparés. Après avoir pris la résolution d'approprier au fisc une certaine portion des propriétés territoriales de leur patrie conquise par eux , leur devoir était de procurer à la banque un fonds réel de crédit; autant du moins qu'une telle banque pouvait être capable d'en avoir un.

On a regardé, jusqu'à présent comme au moins très-difficile d'établir sur une banque territoriale, dans une circonstance quelconque , une grande circulation de crédit. Les efforts faits à cet égard

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ont communément fini par une banqueroute. Mais lorsque l'Assemblée, au mépris de la morale, fut conduite à braver ainsi les principes de l'écono*mie politique, on aiiFait dû s'attendre, au moins, qu'elle ne négligerait rien de tout ce qui dépendrait d'elle pour diminuer les difficultés qu'elle rencontrerait pour empêcher que les effets de la banqueroute ne fussent aussi funestes. On aurait dû s'attendre que pour rendre votre banque territoriale supportable, vous auriez adopté tous les^ moyens propres à mettre en évidence votre candeur et votre loyauté dans l'établissement du gage que vous offririez ; tout ce qui eût aidé au recouvrement de la demande. A. envisager les choses sous leur meilleur point de vue , votre condition était celle d r un homme qui aurait eu une grande propriété foncière dont il aurait souhaité de se défaire pour acquitter une dette , et pour remplir quelques obligations. Ne trouvant pas à vendre pour le moment , vous désiriez l'hypothéquer. Que ferait, en semblable occasion, un homme dont les intentions séraient pures , et d'une intelligence ordinaire? Ne devrait-il pas auparavant* corn, nencer par fixer en gros la valeur de ses biens j déterminer les frais de leur administration : les charges perpétuelles ou momentanées dont ils seraient grevés; et enfin, déduisant le plus net, calculer la juste valeur de l'hypothèque? Après avoir ainsi clairement déterminé ce surplus ( le

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seul gage du créancier), et l'avoir valablement déposé dans les mains de ses gardiens, alors il pourrait indiquer les portions qu'il veut vendre, le temps et les conditions du marché; ensuite, si cela lui convenait, admettre le créancier public à engager ses capitaux dans ce nouveau fonds; ou bien recevoir des propositions d'un assignat général de la part de ceux qui avanceraient de l'argent pour acheter cette espèce de gage.

Ce serait là procéder comme des hommes du métier, méthodiquement et raisonnablement, et d'après les seuls principes publics ou privés qui peuvent donner de l'éxistence au crédit. L'acquéreur connaîtrait alors exactement ce qu'il achèterait; et son esprit ne pourrait plus être tourmenté que par un seul doute, la crainte que quelque jour on ne retirât ( et peut-être en y ajoutant une punition) des sacrilèges mains de tous ces êtres exécrables qui osèrent devenir des enchérisseurs à l'encan, les biens de leurs concitoyens innocens.

Ce n'aurait été qu'en établissant, d'une manière aussi ouverte et aussi franche, la valeur nette de ces propriétés, le temps, les circonstances et le lieu de la vente , que l'on aurait pu effacer, autant que faire se peut, les signes d'infamie attachés jusqu'à présent aux banques territoriales de toute espèce. Il devenait nécessaire, d'après un autre principe, c'est-à-dire à raison du gage de la foi déjà contractée à ce sujet, qu'ils fissent juger par

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la manière dont ils le rempliraient, de la fidélité avec laquelle ils se conduiraient à l'avenir dans un pas si glissant. Lorsqu'ils eurent enfin décidé de faire pour l'Etat une. ressource du pillage de l'Eglise, ils prirent cette résolution solennelle, le 1 4 «avril 1790, et s'offrirent comme gages envers leur propre patrie, et il fut arrêté « que dans les « charges publiques de chaque année on passerait « en compte une somme suffisante pour défrayer « les dépenses du culte de la religion , pour Pence tretien des ministres des autels, pour le soula- « gement du pauvre , pour les pensions des ecclé- « siastiques, séculiers et réguliers, de l'un ou de ce l'autre sexe , afin que les biens et les richesse» <c qui sont à la disposition de la nation , puissent ce être libérés de toutes leurs charges , et employées « par les représent ans du Corps Législatif aux granit des et urgentes nécessités de l'Etat. » Ils décidèrent plus tard, le même jour, que les sommes nécessaires pour l'année 1791 seraient très-incessamment déterminées.

Ils conviennent, dans cette résolution , qu'il est de leur devoir de faire connaître distinctement la dépense des objets ci-dessus; et dans des résolutions précédentes, ils s'étaient déjà engagés à les classer au premier rang dans l'ordre des charges publiques. Ils conviennent qu'ils devaient libérer ces biens de toutes leurs charges, et que leur devoir était de le faire immédiatement. Ont-ils im-

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médiatement rempli cet engagement, ou l'ont-ils jamais rempli? Ont-ils jamais fourni un état des rentes des propriétés foncières, ou remis un inventaire de tous les meubles qu'ils avaient confisqués au profit de leurs assignats? Je laisse à ceux qui les admirent en Angleterre, le soin d'expliquer comment ils ont pu remplir cet engagement solennel d'offrir au public des biens libérés de toutes charges , sans donner la valeur de ces biens ni celle des charges dont ils étaient grevés. Mais au même instant, sur cette simple assurance, sur le crédit d'une aussi belle déclaration, et préalablement à toute démarche pour la justifier, ils font une émission de seiie millio.ns sterling de leur papier-monnaie : cela était courageux. Qui pourrait, après un tel coup de maître, douter de leur habileté en finances? Mais avant de faire aucune émission de ces indulgences financières , au moins ils auront soin d'acquitter leur promesse originaire! Si l'on a fait une estimation de ces biens, ou du montant de leurs charges, cela m'est échappé ; je n'en ai jamais entendu parler.

Ils ont fini par parler hautement , et ont dévoilé entièrement leur abominable fraude, en consacrant les terres de l'Eglise comme une hypothèque pour toute dette ou service quelconque. Ils ne volent que pour se donner les moyens de frauder; mais bientôt après , ils détruisent eux-mêmes le double but de leur vol et de leur fraude , en pro-

posant, à l'occasion d'autres objets, des calculs qui font évanouir tout l'apparat de la force et de l'erreur. Cest à M. de jCalonne que j'ai l'obligation des documens qui prouvent ce fait extraordinaire : il m'était en quelque façon échappé. Je n'avais assurément pas besoin de mettre en avant mon assertion sur la violation de l'engagement qu'ils avaient pris dans leur déclamation du i4 avril 1790. 11 paraît aujourd'hui , par un rapport de leur comité, que la dépense du soutien de l'établissement religieux, tout réduit qu'il est; que celles qui seront relatives à la religion, à l'entretien des religieux des deux sexes, réunis ou pensionnés séparément ; à toutes les autres dépenses de la même nature, qui retombent sur eux par la convulsion violente qu'ils ont excitée dans ces propriétés; que tout cela enfin excède, de la somme énorme de deux millions sterling par an, les revenus des biens qu'ils ont envahis, outre une dette de sept millions et au-delà. Voilà la force des calculs de l'imposture ! voilà la finance de la philosophie ! voilà le résultat de tous les artifices que l'on a mis en avant pour engager un malheureux peuple dans la rébellion, dans le sacrilège et le meurtre, et pour le rendre l'instrument prompt et zélé de la ruine de son pays! Jamais un Etat, dans aucun cas , ne s'est enrichi par la confiscation des biens des citoyens. Cette nouvelle épreuve a réussi comme le reste. Quiconque a l'âme honnête , tous

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