‹ Réflexions sur la violenceChapitre 2 sur 10 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

DE LA PnEMlÈRE PUBLICATION (l )

Les réflexions que je soumets aux lecteurs du Mouvement socialiste, au sujet de la violence, ont été inspirées par quelques observations très simples, relatives à des laits très évidents, qui jouent un rôle de plus en plus marqué dans l'histoire des classes contemporaines.

Depuis longtemps, j'ai été frappé de voir que le déroulement normal des grèves comporte un important cortège de violences (2) ; quelques savants sociologues cherchent à se dissimuler un phénomène que remarque toute personne qui consent à regarder ce qui se passe autour d'elle. Le syndicalisme révolutionnaire entretient l'esprit gréviste dans les masses et ne prospère que là où se sont produit»is des grèves notables, menées avec violence. Le socialisme tend à apparaître, de plus

(1) La première publication a eu lieu dans le Mouvement socialiste {premier semestre 190G).

(2) Cf. Les f/rèoes, dans la Science sociale, oclobre-novcnil.rc l'JOO.

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en plus, comme une théorie du syndicalisme révolutionnaire, — ou, encore, comme une philosophie de 1 histoire moderne en tant que celle-ci est sous l'influence de ce syndicalisme. Il résulte de ces données incontestables que, pour raisonner sérieusement sur le socialisme, il faut avant tout, se préoccuper de chercher quel est le rôle qui appartient h la violence dans les rapports sociaux actuels (1).

Je ne crois pas que cette question ait été encore abordée avec le soin qu'elle comporte ; j'espère que ces réflexions conduiront quelques penseurs à examiner de près les problèmes relatifs à la violence prolétarienne ; je ne saurais troj) recommandjr ces études à la nouvelle école qui, s'inspirant des principes de Marx plus que des formules enseignées par les propriétaires officiels du marxisme, est en train de rendre aux doctrines socialistes un sentiment de la réalité et un sérieux qui leur faisaient vraiment par trop défaut depuis quelques années. Puisque la nouvelle école s'intitule marxiste, syndicaliste et révolutionnaire, elle ne doit avoir rien tant à cœur que de connaître l'exacte portée historique des mouvements spontanés qui se produisent dans les masses ouvrières et qui peuvent assurer au devenir social une direction con forme aux conceptions de son maître.

(1) Diuis los Insefjnamenti sociali thlla pconomia contemporaiico (érrils en 1903 et puliliôs souliMiiont en IflOO. Renio Sandi'on, éd.. Palerme), jai signalé déjà, mais d'une manière très insuffisante, le rôle (juc la violence me semblait avoir pour assurer la scission entre le /iroléfariat o\ Im boiirf/coisi'p (|)]). rin-oo).

TIE LA l'HKMIKHE PUBLICATION o3

Le socialisme est une philosophie de ridstoire des institutions contemporaines, et Marx a toujours raisonné en philosophe de 1 histoire quand des polémiques personnelles ne l'ont pas entraîné à écrire en dehors des lois de son système.

Le socialiste imagine donc qu'il a été transporté dans un avenir très lointain, en sorte qu'il puisse considérer les événements actuels comme des éléments d'un longdéveloppement écoulé et qu'il puisse leur attribuer la couleur qu'ils seront susceptibles d'avoir pour un pliilosophe futur. Un tel procédé suppose certainement qu'une part très large soit faite aux hypothèses; mais il n'y a point de philosophie sociale, point de considération sur l'évolution et même point d'action importante dans le présent, sans certaines hypothèses sur l'avenir. Cette étude a pour ol)jet d'approfondir la connaissance des mu.'urs et non de discuter sur les mérites ou les fautes des personnages marquants ; il faut chercher comment se groupent les sentiments qui dominent dans les masses; les raisonnements que peuvent faire les moralistes sur les motifs des actions accomplies par h'S hommes de premier plan et les analyses psychologiques des caractères sont donc fort secondaires ou même tout à fait négligeables.

Il semble cependant qu'il soit plus difficile de raisonner de cette manière quand il s'agit d'actes df violence que dans les autres circonstances. Cela tient à ce que nous avons été habitués à regarder le complot comme étant le type de la violence ou comme une anticipation dune révolution ; nous sommes ainsi amenés à nous demander si certains actes criminels ne pourraient pas devenir héroïques, ou du moins méritoires, en raison

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