‹ Réflexions sur la violenceChapitre 3 sur 10 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

des conséquences que leurs auteurs espéraient en voir sorti]- pour le bonheur do leurs concitoyens. L'attentat individuel a rendu des services assez grands à la démocratie pour que celle-ci ait sacré grands hommes des gens qui, au péril do leur vie, ont essayé de la débari-asser de ses ennemis; elle l'a fait d'autant plus volontiers que ces grands hommes n'étaient plus là quand arriva l'heure de partager les dépouilles de la victoire ; et l'on sait que les morts obtiennent plus facilement l'admiration que les vivants.

Chaque fois donc qu'il se produit un attentat, les docteurs es sciences éthico-sociales qui pullulent dans le journalisme, se livrent à de hautes considérations pour savoir si l'acte criminel peut être excusé, parfois même justifié, au point de vue d'une très haute justice. Toute la casuistique, tant de fois reprochée au.\ jésuites, fait alors irruption dans la presse démocratique.

11 ne me parait pas inutile de signaler ici une note qui a paru dans Vllumanité du 18 février lÛOo, sur l'assassinat du grand-duc Serge ; l'auteur n'est pas, en effet, un de ces vulgaix'os blocards dont rintolligence est à peine supérieure à celle des négritos ; c'est une lumière de l'Université française : Lucien Ilerr est du nombre des hommes qui doivent savoir ce qu'ils entendent dire. Le titre : /.es justes reprémilles, nous avertit que la question va être traitée du point de vue dune grande morale ; c'est le juf/emen( du monde \\.) qui va être prononcé. L'auteur recherche scrupuleusement les respon-

(1) Celle ox|)rossion n'est ]);is trop lorle. adcndiiquc l'.iiileurs'csl surtout occupé iTi-IikIcs suc llc^rcl.

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saljilités, calcule l'équivalence qui doit exister entre le crime et l'expiation, remonte aux fautes primitives qui ont engendré en Russie une suite de violences ; tout cela, c'est de la philosophie de l'histoire suivant les plus purs principes du maquis corse : c'est une psychologie de la vendetta. Enlevé par le lyrisme de son sujet, Lucien Herr conclut en style de prophète : « Et la Ijataille se poursuivra ainsi, dans les souffrances et dans le sang, abominable et odieuse, jusqu'au jour inéluctable, au jour prochain où le trône lui-même, le trône meurtrier, le trône amonceleur de crimes, s'écroulera dans la fosse aujourd'hui creusée. » Cette prophétie ne s'est pas réalisée ; mais c'est le vrai caractère des grandes prophéties de ne jamais se réaliser : le trône meurtrier est beaucoup plus solide que la caisse de ï Humanité. Et d'ailleurs, après tout, qu'est-ce que tout cela nous apprend ?

L'historien n'a pas à délivrer des prix de vertu, à proposer des projets de statues, à établir un catéchisme quelconcjue ; son rôle est de comprendre ce qu'il y a de moins individuel dans les événements ; les questions qui intéressent les chroniqueurs et passionnent les romancters sont celles qu'il laisse le plus volontiers de côté. Il ne s'agit pas ici de justifier les dolents, mais de savoir quel rôle appartient à la violence des masses ouvrières dans le socialisme contemporain.

Il me semble que beaucoup de socialistes se posent très mal la (juestion de la violence ; j'en ai pour preuve un article publié dans le Socialiste du 21 octobre 1905, par Rappoport : l'auteur, qui a écrit un livre sur la philo-

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Sophie de Ihistoire fl). aurait ilù, semlile-til, raisonner en examinant la portée lointaine des événements; tout au contraire, il les considère sous leur aspect le plus immédiat, le plus mesquin et, par suite, le moins historique. D'après lui, le syndicalisme tend nécessairement à l'opportunisme ; comme cette loi ne semhie pas se vérifier en France, il ajoute : « Si dans quelques pays latins, il a des allures rév^olutionnaires, c'est de la pure apparence. Il y crie plus haut, mais c'est toujours pour demander des réformes dans les cadres de la société actuelle. C'est un réformisme à coups de poing, mais c'est toujours du réformisme. »

Ainsi, 11 V aurait deux réformismes : l'un, patronné par le Musée social, la Direction du Travail et Jaurès, qui opère à l'aide d*ol»jurgations ;ï la justice éternelle, de maximes et de demi-mensonges: l'autre qui opère à coups de poing ; celui-ci serait seul à la portée des gens grossiers qui n'ont pas été encore touchés par la grâce de la haute économie sociale. Les //raves f/ens. les démocrates dévoués à la cause des Droits de l'homme et des devoirs du délateur, les hlocards sociologue;» estiment que la violence disparaîtra lorsque l'éducation populaire sera plus avancée ; ils recommandent donc de multiplier les cours et conférences ; ils espèrent nover le syndicalisme révolutionnaire dans la salive de messieurs les professeurs. Il est assez singulier([u'un révolutionnaire, tel que Rappoport, tomhe d'accord avec les braves f/ens et leurs acolytes sur l'appréciation du sens du syndicalisnie ; cela ne peut s'expllipier

(I) C.li. H;i|)|ii)|ii»i'l. /.(i /i/ii/i)si)/)/iir ih' /'/lisfoirr iti/iu/ic science de rrriiliilion.

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