DE LA PREMIÈRE PIBLICATIO.N
que si l'on admet que les prol)lèmes relatifs à la violence sont demeurés jusqu'ici très obscurs pour les plus instruits des socialistes.
Il no faut pas examiner les effets delà violence en partant des résultats immédiats quelle peut produire, mais (le ses conséquences lointaines. Il ne faut pas se demander si elle peut avoir pour les ouvriers actuels plus ou moins d'avantages directs qu'une diplomatie adroite, mais se demander ce qui résulte de l'introduction de la violence dans les relations du prolétariat avec la société. Nous ne comparons pas deux méthodes de réformisme, mais nous voulons savoir ce qu'est la violence actuelle par rapport à la révolution sociale future.
Plusieurs ne manqueront pas de me reprocher de n'avoir donné aucune indication utile propre à éclairer la tactique : pas de formules, pas de recettes ! mais alors à quoi bon écrire ? Des gens perspicaces diront que ces études s'adressent à des hommes qui vivent en dehors des réalités journalières, du vrai mouvement, c'està-dire en dehors des bureaux de rédaction, des parlottes de politiciens ou des antichambres des financiers socialistes. Ceux qui sont devenus savants en se frottant de sociologie belge, m'accuseront d'avoir l'esprit plutôt tourné vers la métaphysique (1) que vers la science. Ce sont des opinions qui ne me touchent guère, attendu que
(1 Celte prévision s'est réalisée ; car dans un discours du 11 mai 1907, à la Chambre des députés, Jaurès m'a appelé " le uiétîiphysicion du syndicalisuie », sans aucun donle avec une intention ironique.
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j'ai toujours eu pour habitude de ne tenir aucun compte des manières de voir des personnes qui mettent le comble de la sagesse dans la commune niaiserie et qui admirent surtout les hommes qui parlent ou écrivent sans penser.
Marx aussi fut accusé, par les hauts seigneurs du positivisme, d'avoir fait, dans le (Japital, de l'économie politique métaphysique ; on s'étonnait « qu'il se fût borné à une simple analyse critique des éléments donnés, au lieu de formuler des recettes » (1). Ce reproche ne semble pas l'avoir beaucoup ému ; dans la préface de son livre, il avait d'ailleurs averti le lecteur qu'il ne déterminerait la position sociale d'aucun pays etqu'il se bornerait à rechercher les lois de la production capitaliste, « les tendances qui se manifestent avec une nécessité de fer » (2).
Il n'est pas nécessaire d'avoir une très grande connaissance de l'histoire pour s'apercevoir ([ue le mystère du mouvement historique n'est intelligible que pour les hommes qui sont placés loin des agitations superficielles : les chroniqueurs et les acteurs du diame ne voient point ce qui sera regardé plus tard comme fondamental ; eu sorte que l'on pourrait formuler cette règle d'aspect paradoxal : (( Il faut être en dehors pour voir le dedans. » Ouand on appli([ue ces principes aux événements contemporains, on risque de passer pour métaphysicien, mais cela n'a point d importance, car nous ne sommes pas à Uruxolles, savez-vous, sais-tu, pour une fois (3). Ouand
(1) Caiiital, Inid. IViuir., Imiic I. p. 3i!l, col. 2.
(2) Ij>r. rit., p. 10.
(;>) (Jiirl(|ii('s caiiiMraiics de ncigiquc se sont froissés de CCS iiiiioceiili's |il;iis;uil('ri('s. (|ii(' je iii.iiiiliciis cc|M'ii(l;ml : le