‹ Réflexions sur les réflexions de m. De ChateaubriandChapitre 10 sur 10 · NEUVIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME RÉFLEXION

Un mot sur la vente des biens nationaux , sur notre état politique actuel, et sur les avantages qui résulteront de l'observation de la cluirte constitutionnelle.

O n » e s'habituera jamais , dit M. de Chateaubriand , à voir l'enfant mendier à la porte de Chéritagê de ses pères. Cela peut être ; mais cependant l'incertitude sur l'inaliénabililé des tentes des biens nationaux , est ce qui s'opposera le plus h la stabilité du gouvernement. Tant d'intérêts se réunissent pour désirer le maintien de ces ventes , qu'on ne pourra espérer de les concilier , qu'en donnant aux propriétaires

acluels l'assurance d'une jouissance paisible. Nous sommes bien convaincus que c'est la le voeu du Roi, comme cela est celui de toutes' les personnes sages ; malgré qu'on sache bien que le séquestre de ces biens ait été originairement une des grandes infamies de la révolution.

M. le maréchal duc de Tarente a exprimé ainsi , dans le rapport qu'il a fait le 3 de ce mois, ù la chambre des Pairs, l'opinion de la commission dont il était l'organe, (i)

« On s'est bercé du. chimérique espoir » que des craintes, habilement jetlées dans

■ les esprits, obtiendraient de nouveaux

■ déplacemcns de propriétés , contre les - » quels eut échoué toute là puissance du » gouvernement le plus fort, dont l'histoire n ait encore fait mention ». . '

« Eh quoi ! Les spectateurs de sa chiite » rapide sont-ils encore assez stupéfaits de

11) Voja lu Moniteur, du 7 Ddci'mbre i8i4.

■ celle catastrophé, pour n'avoir point

■ médité sur ses causes ? Ignorent-ils que * ni les constitutions , ni les lois , ni les » armées , ne défendent les gouvernemens » contre la masse dès intérêts sociaux ?

x Ignorent-il- que lorsque ces intérêts sont » dans un péril imminent , les gouverne- » mens sont atteints les premiers ?

« Rendons grâces au ciel de ce qu'enfin » le précipice de l'ambition est comblé par

■ celte sainte légitimité qui défend les » marches du trône de l'approche des fac-

■ lions.

a Mais les fondemens de ce grand édii fice, relevés à la haie, au milieu des » ruines, oui encore besoin d'être consor, liîlés par le ciment des intérêts ei des x affections s.

Grandes vérités qui ont été heureusement senties, et dont la mise en pratique nous délivrera de maux incalculables !

Habitués depuis a5 ans à toutes sortes de secousses , nous sommes étonnés du bonheur que nous goûtons. Ce silence poli-

tique nous semble extraordinaire , après tant d'orages. Régis par des lois sages et modérées , <jue l'on pratique sans s'en douter , nous trouvons dans ces lois la même indépendance que nous croyions avoir autrefois dans nos opinions. Si notre légèreté empêche qu'il y ait chez nous un esprit décidé d'opposition , tant mieux. Si nom n'avons pas assez de patriotisme , l'enthousiasme en tient lieu. Chez un peuple facile à enflammer , des accès périodiques d'enthousiasme , voilà le patriotisme. Mais , que nous resle-t-il à désirer , maintenant que nous avons un Roi juste et une constitution libérale , conforme à nos usages et à nos moeurs. Laissons les Anglais pour qui cela est nécessaire, avoir des patriotes et des opposans. S'ils devenaient Français un instant , cela disparaîtrait bien vite avec le caractère national. Pourquoi voudrionsnous ressembler à une autre nation , nous que tout le monde admire ? Nous avons assez de sujets d'orgueil, contentons nous de jouir; occupons-nous de donner, au bon

Roi qui nous gouverne., dos preuves tle reconnaissance. Oublions jusqu'aux noms d'émigrés , de républicains , de constitutionnels , d'opposans , et rappelons - nous, seulement que nous sommes Français, et tous fi-ères. Taisons des vœux pouria France, réunissons nos désirs et nos pensées pour sa prospérité, et nous pourrons dire un jeu r, en goûiant les fruits de notre coitsiaucf et de notre fidélité :

Considerate quomodo crescuni LiUa.

Math.

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