I ." Les sciences physiques ; 1° Les arts proprement dits
Tout a été dit Sur l'importance des scîènceS ei^àcteà et physiques dans l'éducation de l'homme. Aucune autre science ne peut donner aux esprits cette rectitude et cette justesse qui doivent nous gtiidel* dans toutes les circonstances de là vie. Aussi la méthode rigoureuse des géomètres est devenue proverbiale.
Les sciences exactes et physiques , étudiées pour elles-mêmes et abstraction faite de leur utilité dans
les arts ^ mériteraient déjà une attention sérieuse ; à plus forte raison quand on les considère comme inséparables des connaissances industrielles. Sous ce rapport les sciences physiques comprendront :
I ." Les mathématiques divisées en arithmétique , géométrie et algèbre. Tout dans la nature est susceptible d'augmentation ou de diminution : les sciences naturelles ne peuvent donc se passer des méthodes de calcul.
2.° L'histoire naturelle. A l'aide des caractères puisés dans les qualités et dans les propriétés des objets , elle distribue dans des classes toutes les productions de la terre, afin de pouvoir les reconnaître dans leur innombrable diversité.
3.° La physique avec ses branches : la mécanique, l'acoustique , l'optique , le calorique , l'électricité , les phénomènes des aimants, enfin l'astronomie.
4'" Enfin la chimie , qu'on divise en chimie générale et en chimie appliquée aux arts. Elle pénètre plus avant dans l'étude de la matière ; par l'action d'agents divers elle la compose et décompose.
Ces sciences doivent précéder l'étude de l'industrie, car elles fournissent aux arts les principes de leurs procédés. En effet, pour prouver l'utilité des mathématiques , il suffit de dire que la nécessité de ne pas se laisser devancer dans le perfectionnement de l'industrie par d'autres peuples a forcé plusieurs gouvernements de fonder sur toute l'étendue de leur territoire des écoles où l'on enseigne gratuitement la
géométrie aux ouvriers. Avec la pratique routinière de certaines vérités mathématiques dont il ignore les principes, l'ouvrier peut bien exécuter ses travaux ; mais , sans notions théoriques , il ne connaît pas le pourquoi de ses actions et ne perfectionne jamais son industrie.
Sans histoire naturelle, on ne peut connaître d'une manière exacte et étendue les matières premières qui constituent toutes les marchandises. Elle donne une foule de notions indispensables pour dresser la statistique d'une contrée.
Presque toutes les données de la physique fournissent des applications aux arts. Certains principes de mécanique constituent, eux seuls, des arts entiers. La théorie des fluides invisibles , impondérables et incoercibles, le calorique et l'électricité ont fait desi vastes progrès depuis trente ans, que l'on serait porté à penser que l'homme est sur le point d'atteindre des notions capables d'opérer d'immenses révolutions dans le système des connaissances naturelles et dans l'ordre social , par le perfectionnement des moyens d'agir sur la matière.
Qui n'est frappé d'admiration en voyant ces masses énormes mises en mouvement par la force expansive du calorique , ces machines sans nombre exécutant d'immenses travaux dans les ateliers des manufactures , ces navires parcourant avec une rapidité majestueuse les fleuves et les mers malgré les plus grands obstacles? C'est aux découvertes de la
physique sur le calorique que sont dus ces phénomènes industriels.
Une branche seule de la chimie comprend des entreprises manufacturières considérables : une foule de travaux sont de son domaine. Ainsi la fabrication . des vins et des eaux-de-vie ou alcohols est exposée dans la chimie appliquée aux arts : cette science explique l'action réciproque des substances les unes sur les autres ; pourquoi , la force vitale de la végétation ayant abandonné les sucs du fruit de la vigne , la fermentation s'en empare et de nouvelles combinaisons sont produites. Ainsi , sans connaissances chimiques , on ne pourrait apprécier les procédés nouveaux proposés pour perfectionner la fabrication de cette boisson précieuse qui fait une de nos richesses.
L'étude des sciences industrielles doit être précédée de l'étude préliminaire du dessin. On ne doit point considérer le dessin seulement comme un art d'agrément : on doit lui donner un but plus élevé, donner plus d'importance au dessin linéaire qu'à la perfection des hachures et au minutieux fini de l'exécution . C'est le seul moyen de le rendre de quelque utilité dans les arts.
Ici je termine mes réflexions déjà trop longues, quoique bien imparfaites , sur notre éducation publique. Il me resterait beaucoup à dire sur la distribution des heures, des maîtres et des travaux, sur les méthodes d'enseignement et sur la préférence que Ton doit accorder à tel ou tel pays pour l'entier
perfectionnement de nos études à l'étranger c mais , pressé par le temps , je répéterai seulement <|ue l'essentiel est d'être d'accord sur les principes; car, quand on veut fortement ce qu'on croit bon et utile, l'exécution devient facile. Je dirai enfin que, pour opérer les notables changements que j'indique, des ressources médiocres suffiront. Un ou deux hommes zélés, voulant le bien , capables et maîtres de le faire , produiront bientôt de grands résultats. Rien de ce que j'ai avancé n'a été démontré impraticable par l'expérience. Si quelques-unes de mes idées sont goûtées, je me ferai un devoir de les développer plus au long. En attendant, je dis avec Horace à mes lecteurs :
Si quid novisti reclius îstîs , Candidus imperti; sî non, his utere mecum.
Si VOUS savez quelque clwse de meilleur sur le sujet qui nous occupe, communiquez -le franchement; sinon , profitons de concert de ce que j'ai avancé.