‹ Reflexions sur les reformesChapitre 5 sur 7 · I .** Sciences politiques ; 2.** Sciences industrielles · texte numérisé non relu

I .** Sciences politiques ; 2.** Sciences industrielles

: ." Sciences politiques. Les sciences politiques dont la connaissance importe le plus au citoyen d'un état libre sont les sciences

i." historiques; 2.° morales.

Les sciences historiques se divisent en géographie et en chronologie , qui font connaître les lieux et les temps , et en histoire proprement dite.

La géographie et la chronologie sont, comme le dit Cicéron, les deux yeux de l'histoire.

L'enseignement de la géographie a besoin , dans nos études , de grandes réformes. Il ne consiste en effet qu'en une aride nomenclature de villes, de provinces, de rivières, etc.

La géographie étant la description de la terre , on devra la considérer i ." comme simple planète, assujettie dans ses mouvements à la puissance active du soleil. C'est dans cette partie que l'on traitera de la figure de la terre , de son mouvement sur deux points appelés pôles, et de sa révolution annuelle ; enfm de la géograohie astronomique,

2." Mais la terre étant une planète habitable, il convient d'en connaître les formes exactes, ses productions de tous genres , la nature des êtres qui l'habitent. Voilà la géographie physique.

3.° L'homme influe sur les propriétés des terres qu'il habite. Cette idée nous conduit naturellement à l'établissement des grandes sociétés , des empires , enfin de tous les corps politiques qui ont existé ou qui existent actuellement. C'est là l'objet de la géographie politique. C'est cette partie qui offrira à l'histoire la situation des lieux et la position des peuples dont elle s'occupe , au commerce les comptoirs où il peut diriger son industrie , à la politique les rapports sur lesquels elle peut établir les bases de ses traités et régler la balance de ses opérations.

Dans nos études on s'attache plus volontiers à la lecture des traités de géographie qu'à l'étude des cartes. C'est pourtant à cette étude des cartes qu'il faut essentiellement s'appliquer, car c'est là qu'est l'image du pays, et l'on a raison de dire, sous ce rapport, que la géographie est une science qui ne s'apprend bien qu'avec les yeux.

Les études historiques doivent occuper une place importante dans un plan d'éducation libérale. Par études historiques j'entends, non pas uniquement celles qui ont pour but d'apprendre des faits , mais bien de connaître les hommes , les ressorts des gouvernements , les causes de l'accroissement et de la

décadence des empires , Tesprit des temps , les mœurs, les lois , les usages et les arts des différents peuples , le génie et le caractère des hommes célèbres qui ont joué un grand rôle dans les états. Ne considérer l'histoire que comme un amas immense de faits qu'on cherche à ranger par ordre de date dans sa mémoire , c'est ne satisfaire qu'une vaine et puérile curiosité et se charger d'une érudition infructueuse. Que nous importe , dit Condillac , les erreurs de nos pères, si elles ne servent à nous rendre meilleurs? Au contraire l'histoire enseignée avec discernement devient un cours de philosophie pratique. « Par son « moyen , dit Montaigne , les jeunes gens pratique- « ront les grandes âmes des meilleurs siècles. C'est « une vaine étude pour qui veut ; mais pour qui veut « aussi , c'est une étude de fruit estimable et la seule « étude , comme dit Platon , que les Lacédémoniens « eussent réservée en leur part *. Mais que le guide « se souvienne où vise sa charge, et qu'il n'apprenne « pas tant à son disciple la date de la ruine de Car- « thage que les mœurs d'Annibal et de Scipion ; ni « tant où mourut Marcellus que pourquoi il fut in- « digne de son devoir qu'il mourût là : qu'il ne lui « apprenne pas tant les histoires qu'à en juger. Pour «quelques-uns c'est une pure étude de grammai- « riens , pour d'autres l'anatomie de la philosophie « par laquelle les plus abstruses parties de notre na- « ture se connaissent. «

* liippias maj., de Pulelirituilinc.

L'histoire ouvre l'entrée à plusieurs autres connaissances ; elle fournit des matériaux à la plupart des sciences , elle étend notre expérience à tous les siècles et fait servir les nations les plus éloignées à perfectionner notre jugement. Un homme versé dans l'histoire peut être considéré comme ayant fait dans chaque siècle des additions continuelles à ses connaissances.

On peut rapporter à trois espèces l'utilité pratique que l'on doit chercher dans les études historiques :

L'une appliquée aux individus , c'est l'utilité morale ;

L'autre appliquée aux sciences et aux arts , c'est l'utilité scientifique ;

La troisième appliquée aux peuples et à leurs gouvernements, c'est l'utilité politique.

On sent que , pour réussir dans ce triple hut , il faut user d'un grand discernement afin de n'admettre que des faits certains et avérés. Il faut donc examiner la différence remarquable qui se trouve dans le génie historique d'une même nation, selon la gradation de ses connaissances exactes et physiques ; peser dans le narrateur et dans les témoins les moyens d'instruction et d'information et l'étendue des facultés morales, les intérêts et les affections que peut faire naître une partialité, résultat des séductions ou des pré] ugés de la naissance et de l'éducation ; en un mot , il faut sortir de l'ornière tracée par les historiens qui se contentent de nous donner des traductions

^ 27 -^ littérales des historiens grecs et latins, pour suivre la route ouverte par les auteurs de la critique historique. Les travaux des Volney, des Niebhuer, des Daunou et des Guizot, ont imprimé, par différentes voies, aux études historiques une nouvelle direction. Elles n'ont jamais été ni aussi goûtées ni aussi fructueuses. L'histoire universelle et particulière, traitée tantôt d'une manière austère et philosophique, tantôt décorée d'un style brillant et pittoresque, presque toujours consciencieuse , répond aux besoins de l'époque actuelle qui goûte d'une manière particulière cette branche si attrayante et si instructive des sciences morales.

Il est inutile d'insister sur la nécessité de consacrer tous ses soins à l'étude du pays où l'on est né, où l'on doit vivre et où l'on peut acquérir la preuve matérielle des faits ; en un mot , à l'étude de l'histoire nationale.

Les sciences morales comprendront :

I ." La morale proprement dite ; 2.° La religion ; 3." L'économie politique; 4." La législation.

I ." et 2.° La morale est la science qui indique les règles et les mesures des actions humaines qui conduisent au bonheur, et les moyens de mettre ces règles en pratique. Elle fait connaître les devoirs im-

posés à l'homme par la providence. Dans notre collège , cette étude est liée à celle de la religion , et cette union est naturelle, car la religion est la morale proprement dite. Elle rapproche tous les êtres répandus sur la surface du globe par un sentiment d'amour et de bienveillance ; elle forlifie nos âmes par la pensée de nous survivre à nous-mêmes , et devient le complément nécessaire de la philosophie et de la législation ; car il est une multitude de détails que le législateur ne peut ni régler ni prévoir : c'est à la religion qu'il est donné de remplir cette lacune , en disposant le cœur de chaque homme à la pratique de toutes les vertus.

Ayant le bonheur d'appartenir à la religion chrétienne réformée , c'est-à-dire au culte raisonnable et charitable par excellence, nous sommes dans une position fort avantageuse pour enseigner la religion à nos jeunes gens, tandis que dans les pays où régnent les pratiques superstitieuses du catholicisme cet enseignement est toujours plus ou moins délicat à traiter.

3." L'économie politique. Cette science , d'origine récente , fait connaître comment se forment , se distribuent et se consomment les richesses. Ce n'est pas en vain que cette étude fixe si vivement l'attention générale ; elle doit donc faire partie d'un système d'enseignement au niveau de l'esprit humain. Sans notions d'économie politique, il est impossible de rien entendre aux intérêts commerciaux , industriels

et financiers des peuples. Cependant on ne s'occupe pas plus de cette science que si elle n'existait pas.

On devra donc étudier Tcconomie politique dans tous ses détails, à l'aide de l'excellent ouvrage de M. J.-B. Say , qui a pris un rang si distingué parmi les économistes de nos jours. Ce livre, qui a été traduit dans toutes les langues , est regardé avec raison comme un modèle de cette méthode rigoureuse qui règne dans l'ensemble des sciences exactes.

4." Législation. La constitution de notre pays nous donne des droits politiques ; elle nous appelle à discuter le système de nos lois, à siéger dans des cours de justice pour y décider de la vie, de l'honneur et des biens de nos concitoyens. Or, pour exercer ces droits , il faut les connaître , en apprécier l'importance , se faire une idée exacte et raisonnée des intérêts dont la défense nous est confiée. Il est donc indispensable d'avoir des notions sur les lois qui ont créé ces droits et qui en fixent les limites. C'est dans le cours de l'éducation que doivent être acquises ces hautes connaissances ; cependant on ne s'en occupe nullement , et nos jeunes gens sortent de nos écoles sans se douter de l'existence des institutions de leur pays.

Qu'on ne s'y trompe pas : ce vice de l'instruction a une influence beaucoup plus funeste qu'on ne pense sur les destinées d'un peuple. On ne peut donc donner trop d'attention aux études politiques et législatives. C'est le meilleur moyen de procéder à la ré-

vision que réclament quelques parties de nos lois. Une suite de leçons où Ton examinerait nos loià et nos coutumes , tout en les comparant aux codés des peuples voisins, serait d'une grande utilité, nonseulement pour les étudiants , mais encore pour les jeunes praticiens et justiciers de la ville et des campagnes. Ce serait une mesure bien simple et dont le résultat pourrait devenir incalculable;

Notre pays étant essentiellement industriel' et commerçant , on pourrait ajouter à ces leçons quelques notions de jurisprudence commerciale et l'explication du code de commercé français, qui est devenu pour les opérations commerciales le droit commun de l'Europe.

2 .° Sciences industrielles. Les scientes industrielles viennent après les sciences politiques. Elles se di-^ visent en deux branches :

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