‹ Réflexions sur quelques poètesChapitre 23 sur 27 · Commentaires sur Corneille · texte numérisé non relu

Commentaires sur Corneille

Quoi ! la nécessité des vertus et des vices, D'un astre impérieux doit suivre les caprices, Et Delphes, malgré nous, conduit nos actions Au plus bizarre effet de ses prédictions ? L'âme est donc toute esclave, une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment l'entraîne, Et nous ne recevons, ni crainte ni désir, De cette liberté qui n'a rien à choisir : Attachés sans relâche à cet ordre sublime, Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime. Qu'on massacre les rois, qu'on brise les autels, C'est la faute des dieux, et non pas des mortels : De toute la vertu sur la terre épandue, Tout le prix à ces dieux, toute la gloire est due, Ils agissent en nous quand nous pensons agir. Alors qu'on délibère on ne peut qu'obéir, Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite. Que suivant que d'en haut leur bras la précipite.

Le dialogue entre Thésée et Dircé, qui ouvre le quatrième acte, va parfois jusqu'à l'inconvenance, mais il est curieux ;

Je n'aime plus qu'en sœur, et malgré moi j'espère ; Ah î prince, s'il se peut, ne soyez point mon frère...

s'écrie Dircé, et Thésée lui dévoile incontinent sa tromperie bien intentionnée :

Si je suis descendu jusqu'à vous abuser. Un juste désespoir m'aurait fait plus oser,

l'œ:dipe de corneille 235

Et l'amour pour défendre une si chère vie Peut faire vanité d'un peu de tromperie.

Et il ajoute : il est certain maintenant que le fils de Laïus et de Jocasle que l'on croyait mort, respire en, ces lieux ; Phorbas l'a confessé, Tirésias Ta proclamé. Ce fils doit se faire connaître aujourd'hui même ; laissez-moi me faire passer pour lui jusque-là, et cessez de vouloir mourir, car :

Si l'on peut à l'oracle ajouter quelque foi,

Ce fils a de sa main versé le sang du roi,

Et son ombre, en parlant de punir ce grand crime,

Dit assez que c'est lui qu'elle veut pour victime.

« Jocaste vient ici (scène II) conter froidement une histoire, sans faire paraître aucune de ces terribles inquiétudes qui devaient l'agiter. Elle parle d'un passant inconnu qui se chargea d'élever son fils, sans demander qui était cet enfant et sans vouloir le savoir : un Phœdime savait qui était cet enfant, mais il est mort de la peste ; ai/isi, dit-elle à Thésée, vous pouvez l'être et ne le pas être. Tout cela est discuté comme s'il s'agissait d'un procès ; nulle tendresse de mère,

Page 1