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Plus tard, le poète fut chargé de Téducation du jeune Charles d'Elbeuf, celui qui devint pair, grand écuyer, grand veneur, chevalier des ordres du Roi, et qui finit par se compromettre dans les troubles de la Ligue.
« Belleau s'appliqua, — écrit Tabbé Goujet, — avec beaucoup de soin à la poésie française, et il y réussit au goût de son siècle ; ce qui l'a fait mettre au nombre des sept poètes dont on forma la Pléiade Française. On admirait surtout sa naïveté et sa facilité à décrire les choses dont il vouloit parler, et Ton trouvoit ses peintures si vives et si naturelles, que Ronsard avait coutume de l'appeler le Peintre de la nature. Comme le goût a bien changé depuis ce temps, on n'en porte plus un jugement si favorable. »
Déjà, le caustiqne cardinal du Perron disait de Belleau et de Jodelle qu'ils faisaient des vers de piles, c'est-à-dire des choses sans valeur, telles que sont des pois piles quand on en aretiré la purée.
Cependant, Guillaume Colletet,qui n'est mort qu'en 1659, admirait toujours Remy Belleau, et proclamait ses vers sur les Pierres précieuses, un ouvrage considérable, d'une richesse éclatante, un ouvrage rare, curieux et bien imaginé. Il vantait également ses Eglogues sacrées, mais en leur préférant celles d'Antoine Godeau, évê-
que de Grasse ; et il ajoutait plaisamment que c'était là un témoignage qu'il rendait à la vérité connue, et que l'amitié qui le liait à Godeau ne le faisait point juger ainsi.
Quant à la composition, mêlée de prose et de vers, que Belleau a laissée sous le titre: La Bergerie, Colletet ne trouvait que VArcadie du fameux Sannazar digne de lui être comparée en ce genre.
Cette Bergerie contient le chef-d'œuvre de Remy Belleau, les strophes où il célèbre le mois d'Avril :
... C'est toy courtois et gentil,
Qui d'exil Retires ces passagères, Ces arondelies qui vont
Et qui sont Du printemps les messagères,
L'aubespine et l'aiglantin.
Et le thym, L'œillet, le lis et les roses, En ceste belle saison,
A foison, Monstrent leurs robes écloses.
Il y a d'autres peintures, et vives et mignardes, dans Touvrage de Belleau, et, avec un peu
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d'exagération, ses amis de la Pléiade auraient pu dire :
« Muses bucoliques, naguère dispersées, maintenant réunies, vous voilà de la même bergerie et dans un seul troupeau. »
C'est ainsi qu'Artémidore parle de la réunion des poésies de Théocrite, habitant de la grande Syracuse, fils de Praxagoras et de la noble Philinna.
Voici, par exemple, comment Belleau décrit l'été ;
... Les fruits dessus la branche à l'envy jaunissoyent, Et les espys barbus aux champs se hérissoyent En bataillons crestés, qui de face gentille Monstroyent leurs flancs dorés aux dents de la faucille. L'un coupe, l'autre engerbe, et l'épiant glaneur Va talonnant le pas du courbe moissonneur...
La désolation hivernale incite également le bucoliaste :
L'hyverpâle de froid, au poil aspre et rebours,
Des fleuves languissants avoit bridé le cours,
La bise commandoit sur les tristes campagnes,
Les arbres sembloyent morts, le sommet des montagnes,
Les rochers et les bois, pour la froide saison,
Portoyent de neige espaisse une blanche toison :
On ne voyoit sinon les rives descouvertes Des marais paresseux, et les bordures vertes Des fontaines d'eau vive et des coulants ruisseaux ; Dedans les chesnes creux se mussoyent les oiseaux, Le pied dedans la plume ; et la famine dure Seule les tiroit hors pour chercher leur pasture.
Remy Belleau récitait fort bien les vers, et il savait prendre la position et la tenue du mime. Il joua dans la Cléopâtre de Jodelle, avec beaucoup d'art et de naturel, lorsqu'on représenta cette tragédie au Collège de Boncourt devant un public nombreux et choisi.
Belleau a traduit les Phénomènes du poète astronome Aratus. Cette traduction fut trouvée dans ses papiers après sa mort. Il en avait déjà donné plusieurs fragments dans sa ^erg-me, par la bouche d'un pêcheur regardant le ciel se couvrir de nuages.
Mais c'est surtout pour avoir rendu en français quelque chose delà naïveté et de la mignardise d^Anacréon, que Remy Belleau a mérité d'être nommé parmi ceux de son temps qui ont cultivé avec profit l'étude de la langue grecque.
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Sa version des Odes anacréontiques est un ouvrage de sa jeunesse.
Faut-il croire, comme on Ta dit, que plus tard, devenu grave et sérieux, Belleau jugea frivole son premier enthousiasme ? Quoi qu'il en soit, il donna son Anacréon en 1550.
Ronsard trouvait Belleau trop sobre pour un disciple du vieillard de Téos.
Dans une ode, il lui dit : « boy donques » puis soudain il se ravise :
Mais non, ne boy point, mon Belleau, Si tu veux monter au troupeau Des Muses, dessus leur montagne :
11 vaut trop mieux estudier, Comme tu fais, que s'allier De Bacchus et de sa compag-ne.
Parmi les plus jolies strophes que Belleau a su tirer de son modèle, je citerai les deux suivantes sur la rose :
La Rose à l'Amour sacrée Entremeslons dans le vin, Rose à la feuille pourprée, Belle, douce, propre, à fin D'en ourdir une couronne, Qui le front nous environne.
Pour gayment rire sans fin.
Rose, l'honneur des fleurettes, Du printemps le cher soucy, Et des dieux les amourettes, Et le parfum adoucy De l'enfant de la Cyprine, Quand par la troupe divine Des Grâces il danse aussi...
Un ancien a dit :
« La rose ne fleurit qu'un instant ; vient-elle à passer, cherche, tu ne trouveras plus un rosier,
Quittant Timitation directe, Remy Belleau invente à son tour fort ingénieusement, et c'est, comme on dit, un ouvrier qui traite bien son ouvrage.
Moitié naïf, moitié subtil, il peint tantôt violemment, tantôt à petits traits et avec des couleurs assez fines.
Lisez cette pièce tout à fait agréable intitulée: r Ombre.
... Est-il besoin de faire remarquer qu'au XVI' siècle ombre comme tige étaient des substantifs masculins?...
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Estant au frais de l'ombrage De cest ormeau refrisé Sur les plis de son feuillage D'un beau cep favorisé, D'un beau cep qui l'entortille, Et qui de grâce gentille A son tige éternisé ;
Et, prenant l'haleine douce D'un doux zéphir voletant, Qui de mignarde secousse Un doux souspir va soufflant.
Je suis contraint en eschange De te chanter la louange De cest Ombre tremblotant.
Ombre gentil, qui modères Sous une fresche douceur Les plus ardentes colères Du ciel, estant en chaleur, Et les plus chaudes haleines Que reçoivent point les plaines Du soleil en son ardeur.
D'une couleur ombrageuse,
Tu contrefais le portrait
Que la main industrieuse
De la Nature portrait ;
Tu contrefais en nuage,
De tout apparant visage,
D'un noir brun, le premier trait.
C'est toi qui retiens en bride Des heures le glissant pas, Et l'inconstance du vide Qui mesures au compas; C'est toi qui brunis et voiles Le feu brillant des estoiles Qui rayonne contre bas.
C'est toi qui fais que la Lune Mène au galop ses moreaux Le long de la lice brune, Claire de mille flambeaux; C'est toi qui de main maîtresse Pousse avant la blonde tresse Du Soleil au fond des eaux.
C'est toi qui sur l'herbelette De ton Esté froidureux, Entens la douce musette Et les discours amoureux Du berger à la bergère.
Lors que la Chienne en colère Rend ses abois chaloureux.
Ombre frais je te salue, Je te salue, ô l'honneur De la crinière feuillue Des bois, et de la fraîcheur, Et des antres solitaires, Les plus loyaux secrétaires De ma plaintive langueur.
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^ Dans ses petits poèmes, Belleau chante aussi l'heure dont la course rapporte le bonheur ou apaise la peine en nourrissant l'homme d'espérance.
Sur des graines semées par une damoiselle qui ne pouvaient lever nv croisire, est un impromptu fort plaisant. Les yeux de la semeuse dardent des traits trop hrû'ants et trop rigoureux. C'est la cause de tout le mal.
Remy Belleau chante le ver luisant de Nuict :
Vrayment tu te dois bien vanter Estre seul ayant la poitrine Pleine d'une humeur crystaline Qui te fait voir et souhaiter Des petits enfans seulement, Ou pour te montrer à leur père, Ou te prendre au sein de leur mère Pour lustre, comme un diamant.
^ y donc, et que le pas divers Du pied passager ne t'offense, Et pour ta plus seure défense Choisis le fort des buissons verts
... Dans les campagnes du Languedoc j'ai plus d'une fois arrêté mes pas nocturnes au bord d'un fossé buissonneux, demeure de vers luisants; et dans les jardins de Nice mes yeux ont
no RÉFLEXIONS SUR QUELQUES POETES
suivi le lampyre de ces climats, cette luciole qui s'élève doucement dans le calme des soirées...
Pierre de Ronsard a composé l'épitaphe de Remy Belleau en ces quatre vers :
Ne taillez, mains industrieuses, Des pierres pour couvrir Belleau, Lui-même a bâti son tombeau Dedans ses pierres précieuses.
Il s'agit du livre de Belleau : Les Amours et nouveaux eschanges des pierres précieuses.
C'est un copieux recueil de vers enluminés et forgés. Il souleva en son temps un grand enthousiasme, par sa nouveauté, qui ne fait pas constamment oublier son mérite.
Belleau y chante sur la lyre, y souffle dans le bombyx et dans les chalumeaux. Il y promène la brosse et les pinceaux.
Dans sa dédicace au très-chrétien Roy de France et de Pologne Henry 111, le poète dit qu'il a écrit des pierres précieuses « tantost les déguisant sous une feinte métamorphose, tantost les faisant parler, et quelquefois les ani-