‹ Réflexions sur quelques poètesChapitre 6 sur 27 · REMY BELLEAU U · texte numérisé non relu

REMY BELLEAU U

mant de passions amoureuses et autres affections secrètes, sans toutefois oublier leur force, ny leur propriété particulière ».

Nous trouvons en effet dans cet ouvrage le ton didactique et le fabuleux, des renseignements et des légendes.

Dans un discours, en guise de préface, Remy Belleau explique qu'il a voulu suivre l'opinion des anciens auteurs sur les vertus et les propriétés particulières des pierres précieuses.

Et c'est par respect pour la vénérable antiquité, pour Orphée et les autres chantres inspirés, qu'il agit ainsi : non pour déguiser le faux sous une apparence de i'érité, mais pour toujours admirer les œuvres de Dieu, qui enferme tant de beauté et tant de perfection dans ses plus petites créatures.

Il traite ensuite de la matière des pierres, selon les philosophes qui ont soutenu que celles qui peuvent se dissoudre par le feu et être rendues liquides :. se font dune vapeur ou d'une exhalaison sèche et ignée... Les pierres transparentes sont composées d'un suc et d'une humeur aqueuse ; et il y en a qui sont plus terrestres qu'aqueuses. Ainsi, la vraie matière des pierres précieuses est une terre détrempée de fange ou bourbe limoneuse que les Latins ap-

pellent Zu^wm lorsqu'elle produit les pierres obscures, et succiis lorsqu'elle donne naissance aux pierres pellucides.

La couleur des pierres précieuses est tirée de la matière qui les produit. C'est surtout la chaleur qui les teint, qui les rend claires ou obscures. Là où le soleil est plein de force naissent les pierres vertes ou noires, et dans les lieux sombres, les rouges. Une humeur très pure compose le cristal limpide : l'iris et le diamant sortent d'une humeur plus brune. Les émeraudes doivent leur couleur à un suc vert, les saphirs à un suc céleste. Le suc rouge est pour le rubis, le violet purpurin pour l'améthyste et l'hyacinthe, le doré pour la chrysolithe. L'opale et l'agate sont d'un suc mêlé ;et les autres pierres qui ne sont point transparentes, mais seulement luisantes sur la surface, participent d'un suc obscur, terreux et épais.

Voici quelques strophes sur le corail :

Qui ne croit les nouveaux eschanges Qui se refont en corps estran^es Au sein de ce grand univers ; Qui ne reconnoit que l'ouvrage, Qu'icy-bas Nature mesnage, N'est beau que pour estre divers ;

REMV BÎÎLLEAU

Celuy n'a pas la connoissance Que tout cela qui prend croissance Est esclave du changement :

Et que la naissance altérée Par la mort, se vest reparée D'autre et nouvel accoustrement...

... Qui croirait, qu'une herbe puante, Dessous l'escume blanchissante Ensevelie au fond de l'eau, Sentant Tair, devient pierre dure Empruntant la riche teinture Des rais du céleste flambeau?

Car ceste herbe pâle et flestrie, Sans humeur, et sèche et pourrie.

Languissante sur le gravier, Le flot, crespant sur le rivage, Ply sur ply, cruel, la ravage Et la plonge au fond de la mer.

Là se confit et devient molle, Puis, surnageant, elle se colle Contre les flancs d'un roc marin.

Quand le vent sur l'onde commande, Et la mer avare et gourmande Aux bords revomit son larcin.

Le fer s'endurcit à la trempe, Mais ceste plante se détrempe Et s'amollit dedans la mer.

Puis, s'endurcit et se congèle.

Empruntant ceste couleur belle Aussitôt qu'elle a senti l'air...

Le recueil des Amours et nouveaux eschanges des pierres précieuses est peut-être l'œuvre capitale de Remy Beileau, mais non Ja plus aimable. Le poète s'y montre, je crois, trop cuirassé, trop empanaché ; il prend même, par-ci par-là, des airs rébarbatifs.

Remy Beileau est plus naturel, plus à son aise dans les compositions légères, gentiment réalistes; dans les simples chansons, ou dans les tableautins familiers.

Certes, les durs vers ambitieux des Pierres précieuses intéressent encore Thistoire de la poésie française. Mais ils valaient surtout par la surprise, qui tombe vite.

Il y eut aussi de la surprise et du bouleversement dans les grandes odes de Ronsard. Mais là tout change, à cause de la qualité. Celui donc qui aime la poésie sans arrière-pensée, pourrait bien aujourd'hui, tout en adorant les sonnets et les ariettes du Vendômois, s'enivrer divinement de ses (J<?r5 r6/)Z«es qu'il arrachait à la Lyre thébaine.

Ecoutons néanmoins Beileau chanter l'émeraude :

Pierre naïve et verdoyante Ainsi que l'herbe rosoyante

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