‹ Réflexions synthétiques au point de vue positiviste [microform]Chapitre 8 sur 29 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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D'après la loi des trois états successifs: théologique, métaphysique et positif ^) , par lesquels passent nécessairement toutes nos conceptions, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, so't individuellement, soit collectivement, loi qui a été découverte par Auguste Comte , les conceptions absolues: dieu, le créateur, la providence, réternel , etc. , ^) comme celle des dieux des polythéistes, sont des institutions théologico-métaphvsi-

*) Vovcz LXV. *■

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AU POINT BE VUE POSITIVISTE

([lies, esseiiticllemciil provisoires, des arlilices logi- ([iies 011 liypolhèses, d'abord nécessaires coiniiic seuls moyens d'expliquer les j)liénoniènes.

Laplace, en écrivant son Exposltioii du sijsfème du fiwude'^)^ vers la fin ihi dernier siècle, el Lalande -j-) déjà avant lui dans ses recherches astronomiques, n'en avaient plus besoin; et de inéine que l'esprit positif les a (diininées de rastronomie et des sciences les plus sinij>les et les plus générales, il les élnnine successivement des plus complexes et des plus spéciales, en y substituant définitivement , après plus de trente siècles de pr'rfectioïUKMnent de nos fonctions cérél)rales, l'Humanité, ou la sym])afhie universelle manifestée par le Grand Etre, régie par l'ensemble des lois.

A la syntlièse absolue , hypothétique et transitoire des causes y rosumce par les dieux et dieu, la cause première, succède la syiitliése relative, scientifique et définitive des loù^ représentée par rilmnanité; et toutes nos conceptions étant toujours subjectives et objectives a la fois ^'^j , le nom de Grand Etre convient à l'objectivité et celui <riTurnanifr ù la sidjjcctivité; le premier' (masculin)

*) La première rdition eu a été publiée ru 179G. j-) Né eu 1732; sou asironouiic est de 1764 — 1771.

aux femmes 5 la seconde (féminine) aux honunes; et l'on verra plus loin que cette dernière a été personnifiée dans la vierc^e Marie et l'autre dans Jésus christ *) ^*), et souvent dans dieu et le christ.

En elîet , ni la synthèse des causes ni celle des lois ne sont concevables sans nous, puisqu'elles sont des produits de nos fonctions intellectuelles, des réalités sul)jectives , en un mot, luimaines.

Ni les dieux ni l'ame que rêvent les théologicométaphysiciens ne sont des substances , des êtres matériels ou des personnes, mais des entités expiimant rensendjie des /o7ictlo7is d'une substance ou d'êtres matériels ; pas plus que ce qu'on nomme la chaleur, la lumière et l'électricité ne sont des fluides, ces noms ne devant jamais exprimer que l'ensemble de phénomènes du même genre et leurs lois, propres à de certaines substances, dans de certaines conditions.

On ne nie donc aucunement ni l'existence de dieu ni celle de l'ame , pas plus que celle de la chaleur, de la lumière et de l'électricité, quand on n'admet pas que ce soient des substances ou

*) Voyez Da> Wescu des Christeulliunis de Ludwig Feuerbach, 3^ éd. Verlag vou Otto Wigaud. Leipzig, 1850. La première édition a paru eu 18 11.

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KEFT.EXTONS SYNTHETIQUES

des personnes nvec une volniih-, uih- voix, la vue, l'ouïe, des niains, etc., ce qui est évidenujieul un dernier reste du paganisme ou du polyniéisme , propre au lenips où Ton aimait et adorait la matière, qu'on divinisait.

Les positivistes aiment et adorent les produits spirituels et moraux des Jonctions des organes dont l'ensemble constitue le Grand Etre ou l'Humanité objective; l'cnsemblr des produits étant l'Humanité sid)jective (sympathie imiverselle) , qjii, dans l'individu, se nomme l'ame.

C(^ sont des réalités, mais idéales "), les plus nobles produits, éternels con)me la matière, de nos Ibnctions morales, intellectuelles et actives, qin' nous distinguent des animaux par un perfectionnement, une complexité, une finesse et une énergie de beaucoup supérieure, dans l'ctat normal de l'homme.

Elles sont la source piincipale de notre bien-être et du perfectionnement continu, physique, intellectuel et moral de l' Humanité, autant que celle de sa puissance à modifier les lois secondaires de la nature à son avantage et dans le but ^^) de son amélioiation.

T/ens«Mrd)h' de ces n'alités idéales, produit de

la vie subjective sympathique , fonctionnant dans le milieu subjectif, nommé dieu par les théologistes ^*) : constitue l'Humanité (subjective).

Nous lui devons tout ce dont nous jouissons dans les trois domaines du beau , du vrai et du bon.

H suffit de la concevoir pour l'aimer, tâcher de mieux la connaître et la servir de plus en plus , en nous soumettant avec amour à l'ensemble de ses lois et de celles du grand Etre ou de l'Humanité objective dont surtout la meilleure partie la manifeste.

Chaque cerveau étant comme un temple de ce qu'on nomme dieu , qui n'est au fond que le milieu subjectif sympathique, PHumanité ou la sympathie universelle régie par l'ensemble des lois , cela motive encore les soins à donner à notre corps, ceux que nous devons prendre de notre vie minérale (matérielle) végétale et animale, d'où dépendent l'intensité et la qualité des fonctions des organes du premier et par conséquent celles de leurs produits; et cela nous fait de ces soins un devoir sacré.

Afin de ne pas confondre le sens imaginaire théologique et absolu de l'amour divin régi par la synthèse des causes, exprimée par le mot dieu comme cause première, avec le sens positif, réel, scientifique et relatif

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REFLEXIONS SYNTHETTQT'ES

AU POINT DE V^UE POSITIVISTE

de In svmpalhir' luiiverselie régie par la .syiilIièvSe des lois, dérivée spoiilaiiemeiil par le progrès des sciences de la première, et conlril)uer iiinsi à ol)seurcir encore davantage le langage, déjà trop embrouillé, on a donné à cette dernière le nnin «ninniainle.

Cela est d'autant plus juste el ralionn* l que tous les attributs quelconques qu'on donnait a dieu n'ont jamais pu élre que purenienl humains ; de manière qu'on ne fait que les rendre à l'Etre éternel dont on les a pris. LuiIkm' dit: ((Gott ist eine falel , auf der niclils weiter stehl aïs \\as du seibst darauf geschrieben. )) (dieu est une table sur laquelle il n'y a rien de plus que ce que toi-même tu y as écrit.) Scbilîer dit; (( lu seine Goltern niablt sieli der menscli.)) L'homme se peint dans ses dieux '^). L'Humanité pourrait garder, connue on le a erra plus loin^^), le nom de iMarie pour ceux à qui la morale, le culte et le régime suffisent.

Tant qu'on ne connaissait pas les /oAv, on ne

*) Voyez Dr. Louis Bùclmer's „Krafft nncl SloJJ"' (force (fonction) et matière). 3*^ Auflage. Verlag von Mcidinger Solin und Comp. l'rankfurt a/M. 185G. 1 vol. 8°. p. 220. A la page 227 Luther est cité coraine devant avoir été intimement convaincu du lapport nécessaire entre Xhimain et le dirin pour rpi'il ait pu dire: ,,We/rn GcM fur sich allehi im IJimmel sdsse wie eU Klotz, ■'^o wàrc cr ktlii Coft.''^ (Si dieu était assis pour lui s(Md dans le ciel comme une liûclio. il ne sera il p;is dieu.)

pouvait expliquer les pliénoraènes que par les causes^ et c'est l'ensemble ou la synthèse des causes, la cause première, nommée dieu, qui expliquait tout. Mais quelle était la cause de cette cause première? Personne ne pouvant répondre à cette question, il est évident ou que les bornes de notre faible intelligence ne nous permettent pas de la résoudre , ou qu'une cause n'est qu'un artifice logique provisoire remplacé définitivement par les lois et les conditions d'existence"^),

11 n'en est pas ainsi des lois qui sont intelligibles, celles-ci étant des relations exactes et permanentes de similitude et de succession saisies par nous, ce qui constitue une des fonctions des organes du cerveau , au milieu d'une immense variété '^).

La principale différence entre les deux synthèses, celle des causes et celle des lois, est que la première est imaginaire, inintelligible; et, quoique nécessaire d'abord, elle est devenue superflue; tandis que la seconde est réelle, intelligible et seule toujours nécessaire au progrès humain, la connaissance des lois nous suffisant pour prédire , et même pour plus ou moins préciser l'avenir, afin de régler d'après

*) Voyez p. 54. LXY. XXXL XXXVIII. XXXIX. LTTI et CXX.

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lui le présent , but r^jr<ic(ens{iqiu' de la science.

On peut due du Graud Klre cjii\'uliu il devient, de nuueur, majeur.

L'ensemble des lois es! identique avec ce qu'on nomme vérité *^) ; aussi est-il souvent nonmié dieu par les tlieologisles , })ar (exemple, par Hioînas a Kempis, dans son traité mystique de f imitation de JêsuS'Christ.

L'iionnne n'est donc ])as une création ou une émanation de dieu, mais les dieux sont des créations de riiomme, des })rodMits de fonctions moiales et intellectuelles de nos organes, rallectivité, l'intelligence et l'activilé étant les fonctions mêmes.

Ce qu'on nonnne les créatures sont les oiganes momentanés du Grand Klre '^^).

L'homme dépend essentiellement du milieu où il a surgi, sans en résulter- nécessairement: car on peut supposer le monde sans riiounne^ mais non pas riiomme sans le monde. La géologie semble confirmer l'hypothèse de Laplace, selon la([U(*lle le milieu et les conditions nécessaires à sa vie n'auraient pas toujours existé, ci, alors, il ne [)ouvait y avoir ni hommes ni di<ujx; l'un étant evi- (hMnment lîécessaire aux autres.

Nous ne savons pas ce qui était avant nous, ni

ce qui se passe ailleurs; mais nous savons que maintenant, sur la terre, nos connaissances se bornent à saisir des relations exactes et permanentes de similitude et de succession entre les êtres, les phénomènes et les produits.

Sentir, aimer, penser et agir sont ici inséparables de la matière , comme l'attraction ou la gravité, l'afTinité et en général toute fonction, force, propriété et tout jnouvement *) '^); la conscience même est une propriété physique (un mouvement) de la matière nerveuse organisée d'une certaine manière -}-) ou physiologique.

Pour nous , un être en présuppose un autre qui puisse le concevoir. Notre aveuglement et notre profonde ignorance nous permettent seulement , en ce qui regarde les autres astres et en ce qui a eu lieu avant nous , de faire , par analogie , des suppositions plus ou moins hasardées , toujours émanées de ce que nous observons sur la terre.

Contrairement aux doctrines théologico- métaphysiques, qui supposaient l'univers dominé par

*) Aboyez Krafft iind Sfoff (force (fonction) et matière) du Dr. Louis Biichner de Darrastadt. 3« Ed. 1856. Frank furt a/M. Meiding-er Solin und Comp. pag. 1 et suivantes, et Kreistauf des Lebem (circulation de la vie) de Jac. Molcschott. 1 vol. 8°. 2« Aufl. p. 322. Victor Zabern. Maintz 1855.

t) Voyez Enhtehung des Selbsfhewusstsei?is. (la GénératioiL de l'apcrception.) Dr. Ilciurich Czolbe. Leipzig 18 50.

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■RKFLEXrOXS SY.NTHÉTIQ UKS

rhomijie, uu, comme elles rexprimaient, crée pour Ini (ce qui était nécessaire craboid pour le sliniui(^r, afin de le tirer de sa torpeur), c'est Puinvers et ses lois (jiii dominent Diomine.

Ce n'est pas seulement cela qui doit nous g^uérir de tout orgueil , mais e2icore la pensée (pie la grande faiblesse de nos organes et de nos fonctions mtellectuelles a borné jusqu'à présent nos connaissances positives à celles des lois tf-rreslres, excepté celle de l'attraction ou de la gravité, ayant rapport au système solaire, et peut-être au monde sidéral, dont la terre n'est qu'une infiniment mmime partie. Ce ne sont quQ les deiniers progrès en astronomie, en physique et en chimi(^ qui nous forcent d'admettre qu'outre I'imi)ermeabilité et la divisibilité*) les lois principales, comme celles de la bimière , de la chaleur et de r.-Iectricité , sont universelles , mais leurs em^fs modifiés à l'inlim par le milieu ambiant H en cela l'observation et les autres métho<ies positives applicables à cette recherche ne font que conlirmer la théorie (fui nous apprend que les

*) Voyez Cours de Philosophie positive d'Auguste Comte, vol. TTT J>. 142 et 143; Système de Politique positive , idem, vol T r. 5U)' et 521; vol. III, p. 305; et ,,Krafft und Stoff- (force (fonetion) et matière) du Dr. Louis Buclmer. 3e Ed. 1 vol. S°. p. 50 et 51 Frank

XXXATîî WXFX; LUI et CXX.

lois physiques supposent des lois logiques et réciproquement , ainsi que la définition même du moi loL L'universalité de ces lois étant admise, la recherche de leurs effets, qui ne peut ({ue très-indirectement intéresser le progrès trinitaire humain, ne doit pas nous faire négliger celle des lois dont la connaissance peut directement servir à notre perfectionnement, comme les lois de la biologie, surtout cérébrale, les lois sociologiques et morales ''') , constituant le domaine scientifique final ou sacré '^).

Dorénavant ou ne prendra plus, selon le septième commandement de la loi mosaïque, le nom de dieu en vain. On n'en sera pas moins religieux pour cela dans le vrai sens de ce mot; au contraire, l'athéisme, négation du théisme , n'ayant aucun rapport avec l'irréligion **) ou Pimpiété, sens qu'on donne ordinairement à ce mot.

L'Humanité objective, ou le Grand Etre régi par l'ensemble des causes, était représentée par saint Paul et, d'après lui, par les monothéistes chrétiens, comme un dieu-homme crucifié, produit intellectuel de la dernière phase théologique. Mais PHu-

*) Voyez VI, p. 41.

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71KFI ENTONS SYNTHETIQUES

maiiilc sabjcctive^ou la syiiipatiiie universelle régie par reiise!iil)le des lois , sera représentée avec plus de justesse et de réalité par une jeune vierge mère, tenant son fds dans ses bras. On ])eut eontiiuier à la nommer Marie ") , en souvenir et par reconnaissance de ce qu'on doit au catholicisme; d^autant plus que c'est un nom d'iionnue et de femme à la Ibis. Marie sera la déessc-fennne, représentant en général l'Humanité subjective ou la sympathie universelle, ou bien le dieu homme représentant le Grand Etre dont surtout la meilleure partie la manifeste; mais les artistes, les poètes, les peintres et les sculpteurs peuvent, selon l'occasion et leur inspiration, y substituer, soit les trois anges gardi(Mis de notre cœur et de notre esprit: l'attachement, la vénération et la bonté; soit l'amour, la science et Tactivité réunie a l'espérance; soit l'amour, la foi et l'c^spérancc; ou bien la représenter par un couple et leur enfant. L'homme comme la femme , seuls , n'ont qu'une vie incomplète, fonction imparfaite de la vie universelle ; tandis (jue l'homme aimé de la femme qu'il aime, adouci, amélioré par l'affection tendre et dévouée de la compai^ne de son choix; l'homme consacrant tonte la sollicitude de son cœur à assurer le bonheur de Tange gardien de son foyer domestique,

est l'image imparfaite, mais réelle, de l'Etre suprême, dont le génie est le ministre dévoué ^de son cœur, dont la vaste et sublime intelligence n'a d'autre but, durant sa longue et pénible élaboraiion, que la satisfiiction de l'immense amour, de l'insatiable tendresse de sa grande âme.

Les artistes peuvent représenter l'unité, le couple et la progression '^) par un homme , sa femme et leur enfant, et les trois grandes constructions continues qu'embrasse à la fois la religion positive "^ •

la Morale , la Poésie,

l le Beau, \ PAf^ectivite^

la Pliilosopliie , la Science,

le Vrai , rintelligence ,

la Politique, rindustrie.

le Bien. TActivité.

en se confiant à leurs inspirations , qu'on ne peut prescrire. On voit par là le vaste champ que le positivisme donne à cultiver aux génies esthétiques. L'anarchie intellectuelle , et par suite morale , qui régne actuellement dans l'Europe occidentale, est non-seulement très-défavorable à l'art proprement dit; mais elle obscurcit le langage, ou l'expression en général à laquelle elle doit s'étendre nécessairement.

*) Voyez page 60.

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Déjà confus par les trois états successifs par où [>assenf louiez nos cuiicoplions , les iiièmes mots sont pris dans des sens dilïcrents : tlieolugicjue , métapliysi([ue ou posilif, selon les dilïérents âges de l'individu ou celui de rilurnanité , et selon le domaine plus ou moins positif de la science à laquelle ces mots se rap[)()rlent , et difierents mois sont pris dans le inème sens , tandis c[ue souvent ils ne sont que des sons vagues, sans aucun sens précis pour ceux qui s'en servent autant que pour ceux qui les entendent.

Tel est surtout le cas pour les mots qui doivent ex{)rimer des idées émanées de sentiments très-compliqués ou généraux, comme ceux de: dieu y christ y Inimanité j religion, vérité^ liberté^ piété ^ loi^foi^ amour ^ grâce divine^ salut ^ saint esprit^ etc. Par exemple, les mots dieu ^ christ {Jésus) ^ sont souvent confondus et expriment ou l'ensemble des causes, ou rilumanité subjective (abstraite), sympathie universelle ou l'Humanité objective (concrète): ou expriment le passc^» (la priorité), le présent (le public), ou l'avenir (la postérité), ou la subjectivité, la vie intérieure, spéculative, spirituelle, relativement éternelle; le milieu subjectif.

Le mot chrétien **) se prend donc souvent dans le sens de humain ou de civilisé, sans qu'on s'inquiète le moins du monde du dogme fondamental du christianisme ou catholicisme.

Le mot Humanité est pris de même dans plusieurs sens: abstrait ou subjectif; concret ou objectif: il signifie aussi l'ensemble des êtres convergents: celui des êtres humains actuellement vivants , ou bien la sympathie universelle. *^).

Le mot religion est ordinairement confondu avec ceux de culte, dognie, morale et même régime, ou bien ce mot exprime une conviction quelconque; mais toujours on donne la sienne propre pour la seule orthodoxe ou vraie *®).

La progression historique des quatre phases religieuses 5 dont les trois dernières sont théologiques , confirme l'élimination définitive, complète et prochaine de la synthèse des causes ou cause première qu'on nommait dieu ^ puisque les peuples primitifs fétichistes adoraient la matière et les animaux, et leur vouaient un culte sans y attacher l'idée de dieu; pour les polythéistes^ le nombre des dieux est innombrable; pour les monothéistes , il n'y en a plus qu'un; enfin, dieu devient dieuhomme [>our les chrétiens.

KÉFT-EXIONS SYNTHÉTIQUES

L'IIuiiianité finira clone par les remplacer corn-

plètement.

Aristote , le premier des penseurs, dont Hegel ^) dit que c'est un des plus remarquables , des plus universels et des plus profonds génies scientifiques qui aient jamais existé, un homme comme aucune époque n'en offre de semblable (et qui cependant n'a été apprécié qu'au moyen-age), Aristote a découvert, il y a vingt-deux siècles, une grande loi générale, qui a été confirmée dans celui-ci par Gall et Broussais, par l'observation, l'expérimentation, l'analyse pathologique, l'analyse comparative et le sens vulgaire *^).

Cette loi consiste en ce que: (ci/ n'ij a rien )) dans notre entendement qui n'ait d'abord émané y) de la sensation^ » qu'il ne faut pas toutefois confondre avec les sens et les perceptions.

On doit donc admettre que ces hypothèses ont leur origine dans le sentiment vague et spontané que l'homme a d'une puissance supérieure en dehors de lui 5 dont une partie réside momentanément

*) îlcgel, dans ses Vorlemngen iiher die Geschichte der Philosophie (lectures sur l'histoire de la philosophie), 2. Band, p. 298, dit: „Aristoteles ist eins der zeichsten und nmfassendsten (tiefstcn) wisseuschaftlichsten Génies gewescn, die je verschienen sind. Ein Mann dem keine Zeit ein Glciches an die Seite zu stellen hat."

en lui et qui n'est que l'ensemble des lois extérieures et intérieures (connue on le verra *^), plus le triple sentiment d'unité, de couple et de progression*

Le sentiment d'unité *^) est celui qui fait que nous ne nous prenons jamais pour un autre; c'est celui du înoi ; il correspond au nombre un, représente l'harmonie, la sympathie ou l'amour universel , et dépend principalement de la région cérébrale affective.

Le sentiment de couple est celui des dualismes positifs et négatifs; c'est celui du toi ^ il correspond au nombre deux, représente la solidarité, la synthèse ou l'ordre, et dépend surtout de la région cérébrale spéculative.

Le sentiment de progression est celui du lui ou de la troisième personne, qui complète la trinité affective, spéculative et active; il correspond au nombre trois, représente la continuité; la sympathie, synthèse et synergie combinées; le progrès, et dépend le plus de la région cérébrale active.

Le catholicisme a pris l'idée de sa trinité à Platon, qui la concevait comme la bonté, la sagesse et la puissance réunies. Pour se mettre en règle avec les opinions polythéistes de son temps en Grèce, et éviter le sort de Socrate, il enveloppa son idée

IIÉFLEXIONS SYNTHETIQUES

de fictions qui ont donné lieu à une foule de discussions nussi absurdes que ridicules et oiseuses qui durent encore.

Cette trinité des organes de rapj)areii nerveux central nous permet de dire: Je sens (mouvement) ((ue je sens (jugement) que je sens (affection); ou j'affirme que je suis doué de la facidté de sentir que je sens: J'agis, je pense et je sens alors en même temps; ce qui constitue notre vie.

Quatre lois répété: Je sens que je sens que je sens que je sens, serait un 7ion-sens ; ce qui confirme l'existense des trois principaux groupes d'oreranes du cerveau.

La sensation n'est pas coîicevable sans mouvement; celui-ci seul peut nous la manifester et n'est lui-même pas concevable sans la matière. Elle est une des propriétés [)liysiques de la matière nerveuse organisée ou pbysiologicpies , comme l'irritabiHté et la contractilité ^^j, c(ui ne peuvent qu'être constatées sans jamais pouvoir être expbquecs ; ce qui d'ailleurs serait tout à fait inutile puisque ce sont les propriétés de la matière qui nous en donnent i'idée.

C'est encore le mouvement ^') qui donne lieu à la contimiilé et à hx conscience ^ impossibles avec le

repos absolu, qui serait le néant, c'est-à-dire la négation de foute réalité.

Toutes les diff'érentes qualités ne sont (|ue différentes quantités ou degrés d'intensités, différentes formes et espèces de mouvements '^).

La pluralité des organes du cerveau explique la liberté morale, la conscience de soi-même ou aperception -[-) , ce qu'on nomme la grâce divine, au fond la grâce des sens"), le péché et la trinité, déjà comprise par Platon et vaguement sentie par les théologico-métaphysiciens.

Broussais, en complétant la théorie cérébrale de Gall , dans son livre si lucide De Virritation et de In folie , dit §) «que la seule assertion qu'on puisse tirer du témoignage de la conscience consiste à pouvoir dire: Je sens que je sens; ce qui revient à exprimer qu'on sent (jugement) qu'on sent (affection), et qu'il faut le concours de nos sens (trois internes et cinc{ externes) ") pour pouvoir en déduire d'autres notions scientifiques. )) Cela est vrai , très- vrai.

*) Voyez Dr. Heinrich Czolbe's 7ieuc Darsiellimg des Sensualwnm (Nouvel expose du sensualisiuc) bei Ilermaim Costenobîe, Leipzig 1856.

f) Aboyez Entstehung des SelLstbewussfsems (Génération de Taperception) du même, 1856.

§) Voyez rédition de 1828, chez M"^<= Delauuay, libraire, à Paris, place et vis-à-vis l'Ecole do médecine,, p. 132, MO, 181.

REFLEXIONS SYNTHETTQT^rs

Cependant, d'après ce qu'on vient de lire, on peut dn'e; Je sens que je sens que je sens; c'est alors le mol spéculatif qui juge, c'est-à-dire qui saisit des rapports exacts et j>eriuanents de similitude et de succession (mode d'une partie du cerveau dont nous avons la conscience) entre les fonctions du moi actif et ceux du moi affectif ou entre celles de tous les deux.

Lorsqu'on dit : Le raisomiement que je viens de faire est just(3 ou exact, c'est le moi spéculatif présent qui juge le moi spéculatif passé ; et cela n'est possible que parce que nous différons successivement de nous-mêmes autant que simultanément des autres, sans cependant nous prendre jamais pour un autre et tout en nous souvenant de l'état passé du moi ^*).

De là la continuité.

Il en est de même de la continuité du genre humain, du Grand Etre et de l'JIumanité , dont les organes et serviteurs, successivement rajeunis, se renouvellent continuellement; de manière que chacun peut se sentir né des êtres passés, vivant avec les présents et pour les fufurs; et c'est ce sentiment qui constitue la véritable vie relativement éternelle, la seule réelle.

Au sentiment composé d'unité, de couple et de progression s'est encore joint, comme ayant donné lieu à l'hvpothèse de dieu, celui de l'ensemble des lois ^^) imnmables et éternelles, statiques et dynauiiques, extérieures et intérieures qui régit cette triple sympathie ^®).

Le premier sentiment dépend de nos trois principales fonctions, affectives, spéculatives et actives; le second, de nos huit principaux sens qui sont, d'après Auguste Comte *), le sens général du tact, la musculation, la gustation, la calorition , l'olfiiction , la vision, l'audition, l'électrition.

On ne peut cultiver ce sentiment composé qu'en aimant, connaissant et servant le Grand Etre, et par lui l'Humanité qui, en définitive, succède aux dieux: d'abord par nous-mêmes, puis par notre famille, nos semblables et la patrie ou matrie : en tâchant d'assimiler, autant que possible, îiossentimenfs, nos pensées et nos actes , à ceux de cette réalité idéale ; et de là surgissent le culte, le dogme et le régime

L'Humanité est l'ensemble <ies produits des fonctions, et le Grand Etre, Tensemble des êtres conversrents eux-mêmes , doués de systèmes nerveux

*) Voyez le quatrième volume du Sj/sfème de politique posifire irAuirii^te Comte, p. 315.

centrais triples, passés, présent'=; rf à venir '^) "). Nous eu sommes les organes et s(rvi!t'iii> individuels, momentanés, et pouvons en devenir des organes permanents.

Le Grand Etre est et sera dr plus en plus composé bien plus de rensemî)!»' dis morl'^ et des êtres aimants, j)ensants et agissanis eiirorc i] iiaitre, ({ue des êtres vivant actuellement.

Leurs âmes éternelles, c'est-à-dire les produils moraux et intellectuels des morts, y compris ceux des animaux supérieurs, leurs auxiliaires, sont absorbées par les cerveaux actu(ds prur les transmettre à ceux de l'avenir.

Elles continuent ainsi leur seconde vie^''), ([ui durera aussi longteujps que noh<! planète, dont l'équilibre du système solaire, auquel elle aj)partient, assure l'éternité relative.

L'Humanilé, produit des l'onctions du Grêuid Elit; auquel les positivistes vouent un culte et qu'ils adorent, n'est donc point l'espèce humaine.

C'est la mémoire des morts inspirant les vivants, l'ensemble de tous les nobles sentiments, âo toutes les hautes pensées et de tous les grands elTorts rap-

"^j Voyez le quatrième volume du Si/dane de polifique posifive d'Auguste Comte, p. 30.

portés à un seul et même être, dont il forme l'àme et dont les vivants constituent le vaste corps.

Comparée à l'univers, la planète que nous habitons n'est qu'un gr.iin de poussière dans rimmensité de l'espace; et, de même, comparée à l'éternité du système solaire, la durée d'une génération, même au tiiple degn'' de grands parenfs, parents et enfants, n'est qu'un moment entre deux temps sans commencement et sans fin; mais, relalivement aux animalcules microscopiques et à la durée des insectes, qui ne vivent que quelques instants, la terre, et même le corps humain est grand, et la durée de la vie, longue. En comptant neuf cents millions d'habitants sur la terre, û en meurt trois toutes les deux secondes.

Le Grand Etre se rajeunit donc continuement.

Le culte consiste à cultiver nos trois instincts sociaux: l'attachement, la vénération et la bonté (amour universel, sympathie, humanité), par tous nos moyens, qui sont nos cinq fonctions intellectuelles: synthétiques, analytiques, par généralisation , par systématisation et par communication ; et nos trois qualités pratiques: le courage, la prudence et la persévérance "^^

*) Voyez Classification des dix-huit ibnctiouij intérieures du cerveau

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Le do^me est svstéiiiatisé et eoordoîiin' par la pbilosophie positive, ^ basée sur les sciences qui nous révèlent ^^) les vrai(»s et seules méthodes logiques et scientifiques certaines , propres à nous éclairer et à nous rapprocher du vrai, que cependant nous ne pourrons jamais attt^ndre complètement.

Cette révélation continue ^°) se nommait divine. Elle était attribu('*e à un être imaginaire en dehors de nous, tandis que c'est à notre organisation que nous la devons , à la faculté qu'(»lle nous donne de connaître ou de saisir les lois tant objectives que subjectives qui régissi^nt ces deux mondes.

Le régime^ basé sur la connaissance de notre organisation est institué par la morale et le système de politique positive dont dérive la philosophie de l'histoire.

Il rè"^le notre conduite individu(*lle , civique et nationale, en attendrissant de plus en phis nos sentiments, en développant toujours davantage notre intelli<^ence tout en améhorant notre caractère , et dirige notre activité en raugmentant: celle-ci est idéalisée par le culte et éclairée par le dogme.

ou tableau systématique de l'Ame, dans le Sj/^frme de polit ujae posKire d'Auguste Comte, premier volume, p. 726, 1851; w Catéchisme pon- Hrnste d'Auguste Comte, p. 138, 1852; VJppe/ niw conservateurs d'Auguste Comte, p. 10. 1855 et VIT. p. 12.

AU POINT DE VUE POSmVI&TE. 69

A Jesus-christ , Jésus le oint ou le dieu-homme comme aux dieux, et à l.i vierge Marie, des cinq principaux monothéismes , catholique y protestant , grec , anglican , mahométan , l'esprit positiviste substitue le Grand Etre, ou l'Humanité objective et l'Humanité subjective *) ^*) , ou la sympathie universelle , régies par l'ensemble des lois (extérieures et intérieures).

D'après la grande loi générale d'Aristote •\) , on doit admettre que ces conceptions sont dues au sentiment vague qu'on avait de l'Humanité, dont elles sont évidemment la personnification, et que nous donnent d'abord nos relations avec notre mère^ puis celles avec notre famille, enfin celles avec notre patrie ou matrie.

Les hommes éminents de cœur , comme saint Paul, Dante et quelques saintes femmes, ont du éprouver ce sentiment plus vivement, sans cependant le comprendre ; et de là , la personnification divinisée, par le premier d'abord , en Jésus l'oint,

*) Voyez Das IFesen des Christenthums (l'Essence du christianisme) de Ludwig rcucrbach. 1S50. Leipzig. Verlag Otto Wigand. 1 vol. 8°. p. 360. 3« édition. La première est de 1841.

t) Voyez p. 60.

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ou di(*n-ÎH)mnic ; au douzième siècle, par saint Bernard et ses disciples en la vierge Marie , déesse- leinnie^ et plus tard en Beatrix par Dante.

Ces conceptions princi])ales snrgies près du bassin de la Méditerranée , et qui se sont n''pandues depuis dans l'Europe (»t Ir monde entier, sont essentiellement dues au sentiment , c'est-à-dire à nos moteurs afl'ectils sociaux*); rattachement, la vénération et la bonté , (ranioui' universel , sympathie ou IIumanit('',) généralement désignées par le mot amour, mais aussi par celui de piété") et quelquefois [)ar le mot cœur.

Ces fonctions ont leui* siège avec les sept fonctions égoïstes dans le cerveau entre celui des fonctions actives et celui des fonctions spéculatives, et les lient et, dans l'état normal, l'ensend)le des trois premiers doit dominer celui des sept autres. C'est le centre essentiel de toute l'existence humaine, qui n'a pas de communication directe avec le monde extérieur, mais seulemerit })ar l'intermédiaire des deux autres régions.

C'est lui qu'on désigne ordinairement par le mot tww;--j-) (pris aussi dans le sens de courage, ([uoique

*) Voyez VU. p. i2.

t) Voyez VIL p. i2 et p. 22.

lelui-ci ^uiL une (jualité pratique, fonction du caractère), et il fonctionne continûment sans aucune intermittence, ce qui le distingue des autres régions du cerveau "*".

L'amour /le aussi les individus, organes momcntanés ou serviteurs du Grand Etre, passés, présents et futurs, susceptibles d'un autre lien^ celui d'une même foi.

De ce triple lien est dérivé le mot religio?iy uu des mieux construits du dictionnaire humain, mais |)eu compris encore ; il vient du latin ligare , lier.

Les fonctions normales de la religion sont donc de lier le dedans par l'amour, en donnant un but social à tous nos moteurs affectifs, et de relier celle unité intérieure (subjective), la seule réalisable, par l'amour et la foi au dehors.

En (*iïet , pour pouvoir lier le dedans , il faut qu'une des trois principales fonctions du cerveau domine; cela seul peut les accorder^ et dans l'état normal ce doit être la principale, celle qui fonctionne continuellement. Elle seule peut les diriger vers le même but, le perfectionnement physique, intellectuel et moral de l'Ilun}amté objective -|-, par

* Voyez VII, p. 12.

t Voyez VIII, p. r,5.

S:«i3rgs«iç»>«ia«<aia«ii»jps»m»<«-,- .

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