‹ Réflexions synthétiques au point de vue positiviste [microform]Chapitre 9 sur 29 · SÎ · texte numérisé non relu

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REFLEXIONS SYNTJIETIQUES

les moyens de ses organes indi^ idinls lenipornires, qui peuvent devenir permanents.

Pour pouvoir relier cMq unité subjective ou intérieure au dehors, il faut doue encore Taniour et une foi commune, ainsi qu'une soumission volontaire aux lois intérieures et extérieures^ celles-ci devant dominer les premières.

Ainsi , celui qui aimerait le plus tendrement possible, qui, éclairé pai' son intelligence et celle des autres, aimerait le mieux et agirait en conséquence, qui , se soumettant avec amour à l'ensemble des lois, donnerait un but social ou humain à toutes ses fonctions, serait l'homme le plus religieux.

On voit que cette religion, complètement en harmonie avec Tétai actuel des sciences , basée sur elles comme sur notre organisation , résultant des précédentes, les remplacera définitivement et deviendra de plus eu plus religieuse à mesure que les sciences progresseront et que notre organisation se perfectionnera.

Ce n'est que par les métliodes logiques et scientifiques de la doctrine ou philosophie positive, dues à nos cinq fonctions inteiliM^tuelles et à nos trois qualités pratiques^", que nous pou\ojis parvenir à rendre altruistes nos instincts, même les plus égojs-

tes primitivement, tout en les subordonnant, von amore , aux lois de la vie objective et subjective.

Une des quatre principales propriétés de la philosophie positive, est de manifester par expérience les lois que suivent dans leur accomplissement nos fonctions intcdiectuelles, et par suite la connaissance précise des règles générales convenables pour procéder sùrenjcnt à la recherche de la vérité ^) ^*).

Cette connaissance nous est, par conséquent, nécessaire pour nous indiquer les vrais moyens, les seuls certains jusqu'à présent, d'attendrir notre cœur et de fortifier notre caractère en l'améliorant ; et c'est ainsi que la philosophie positive nous offre la seule voie eflicace et sûre pour satisfaire notre tendance à devenir de plus en plus religieux, ainsi que nos instincts de perfectionnement.

Le christianisme ou catholicisme, tel qu'on le comprenait au moyen âge, à son apogée , après avoir servi à faire dominer la politique par la morale, constitué la séparation entre le pouvoir spi-

*) Voyez le premier volume du Cours de philosophie positive d'Auguste Comte, p. 40.

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IIEFLEXIONS SYNTHETIQUES

rituel et le temporel, et rendu les services qui an dérivent, doit bientôt céder complètement et cède déjà une partie de ses fonctions à une reIi2:ion plus pure, plus humble, phjs sociale et plus religieuse, comme Joseph de Maistre le prédisait en 1 796 '^) , quoiqu'il fût le défenseur du catholicisme depuis longlem[)s en déclin.

Au douzième siècle, un moine de Citeaux , devenu abbé Joachim, du bourg de Celico, près de Cocenza, mort en 1202, à 72 ans, et les Joachiraites, ses disciples, assuraient que la loi de Jésus-christ serait suivie d'une meilleure loi, qui serait celle de l'esprit et durerait éterneHement ^ et l'on trouve dans le traité de l' imitation par Thomas à Kempis, écrite au quinzième siècle "[) , le passage suivant :

(( Le lidèlc§): 11 faut que je me contente de la )) lumière de la vraie foi "^^j , et que j'y marche )) jusqu'à ce que le jour de la chu^té éternelle com- )wnence à luire, et que les ombres des figures se » dissipent (Cant. II, 17); mais quand ce qui est

*) Voyez Considérations sur la France, suivies d'un Essai sur le principe rc%éiiérateur des constitutions politiques par le comte J. de Maistre. Bruxelles, 1838, septième volume, p. 74.

f) Voyez V imitation, 1. iv, ch. xi.

§) he Jidèle bigmîie eu langage positif fidèle aux lois.

**) Vraie alors.

)) parfait sera venu (1 Cor. XIII, 10), l'usage des )) sacrements cessera, parce que les bienheureux dans » la gloire céleste n'ont pas besoin de ce remède. ).

Or, les réalités subjectives, qiioique ayant leurs négations, n'ont pas d'ombres.

Chàteaubriaiid et les romantiques allemands, comme Jos(*ph de Maistre à la fin du dernier siècle, et Gorre (de l'école de Schelling), au commencement de celui-ci, s'attendaient à voir naître une nouvelle religion. Ce dernier croyait la philosophie et la poésie en état de se fondre et de relever la religion de sa décadence '^).

En eflét, il f^mt une autre base, une forme, un dogme et mi culte nouveaux au sentiment synthétique religieux, pour que l'Humanité puisse con~ liuuer, d'une njanière réglée et sûre, à progrèsser en mieux «'); et il n'y a que la religion positive qui puisse répondre à cette nécessité, parce qu'elle est la plus religieuse, la plus sociale, la seule dérivée des sciences par h philosophie positive, toujours susceptible de démonstration, basée

*) Voyez G. G. Gervinus, Geschichte des l^"" Jahrhundert seit den Wiener Vertràge?i, (Histoire du 19« siècle depuis le traité de Vienne), 1. Band, p. 3G0, 369 (1855). Voyez Gôrre's Fall der Religion v.ud ihre Wiedergeburt, (Décadence de la religion et sa renaissance), 1810. In Gorre's Politische schriften, (Écrits politiques), 1. band, p. 176 und ff.

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sur ]r passé, sur noire organisation, cl. pur là, npïe à devenir tniiverselle, ce que les autres ne pouvaient pas être. Elle se développe de[)uis pins de trente siècles; tandis que depuis cinq siècles le catholicisme se dissout , et elle satisfait plus que tontes les autres n^ligions aux exigences de nos trois principales fonctions.

1/ avenir vers lequel tend d'une manière continue et sure l'élite des vivants^sera caractérisé par rétablissement spontané d'un sacerdoce nouveau, commandant le respect par sa science, et la confiance par son désintéressement: par l'éducation universelle, y eompris rinstiuction, dispensées gratuitement et uniformément à tous les hommes et à toutes les femmes par les prêtres , qui seront en même temps médecins, artistes et mariés: par les inéludables devoirs imposés aux riches au nom de la foi conmume, sous peine de flétrissure pendant leur vie et d'oubli après leur mort: enfin , par le culte de rilumanilé^).

Les religions théologico-métaphysiqucs , au lieu de lier le dedans par l'amour , et de le relier au dehors par l'amour et la foi, déliaient plutôt les éléments de la trinilé mentale, et n'étaient en harmonie m avec

*) Voyez IX. p. 69.

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les lois extérieures ni avec les lois intérieures.

Incohérentes en elles-mêmes, elles s'excluaient l'une l'autre, et n'acceptaient, chacune, que sa propre fable comme vérité absolue.

Le catholicisme, si cehi se pouvait sans lui substituer une autre doctrine, qui ne peut être que la philosophie positive^'') (et il va sans dire, avec lui l'imitation de Thomas a Rempis,) devrait être épuré de tout ce qu'il a d'absolu, et qui se rapporte à un perfectionnement qu'il plaçait dans un céleste isolement , proclamant que les inclinations bienveillantes sont étrangères à notre nature, méconnaissant la dignité du travail jusqu'à le faire dériver d'une malédiction divine, et érigeant la femme en source de tout mal et péché.

Si la procréation, suite de l'instinct sexuel propre à notre organisation, devient souvent la cause de maux et de péchés, elle n'en est pas moins la source de la continuité humaine, et une condition nécessaire de notre existence comme Humanité.

Elle peut même devenir une de nos fonctions les

plus nobles puisqu'elle génère l'éternité relative de

notre espèce; et son motif, d'abord égoïste, peut

devenir complètement altruiste et pur de péché.

Il en est de même d(^ nos autres moteurs affectifs

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TIEFT.EXIONS SYNTHÉTIQUES

personntib qui, cofiinn^ f.i misère, soîif fîrs ronséquences nafureiics de notre orgcinisation , ce qu'en langage ihéologique on nomme a le péché originel ».

Ces moteurs deviennent allniistes et l\ misère se change en prospérité par le Iravail anqnel nous sommes poussés par nos souffrances et nos instincts de perrectioinienuMit.

L'ensemble des travaux, des soulTrances, des misères et de la mort des organes et serviteurs momentanés du Grand Être et de rilumanité, lorsqu'ils les ont renchis permanents, a été nommé par Saint Paul et d'après lui par les chrétiens"): cela crucifixion du christ, sans qu'ils s'en soient rendu compîe. ))

En effet, c'est leur ensemble qui surtout stin)ule nos efforts à produii'e les richesses matérielles, intellectuelles et morales dont nous jouissons, et à obtem'r le pardon de nos ])écliés ou de notre égoïsme, en ce sens qu'il nous procure définitivement , par la religion positive (plus que par l(\s autres), une satisfaction, ou unili- aussi conq)lète que possible des exigences de nos trois principales fonctions.

Cette salisfaction augmentera en intensité à mesure (jue la religion positive deviendra plus

religieuse par le progrès des sciences, et nous faif jouir, dès à présent, de la vie mlelieclueile et, morale, intérieure, subjective sympathique, éternelle, en la préservant en même temps, autant que possible, d<^s perturbations que pourraient y susciter les vicissitudes de la vie active, extérieure, objective égoiste et momentanée.

Lorsque l'énergie des sept instincts égoïstes est d'une intensité exceptionnelle , celles des instincts altruistes l'est ordinairement aussi ; et lorsque, par les trois derniers, les cinq fonctions intellectuelles et les trois qualités pratiques ^^) , l'homme parvient à métamorphoser les sept premiers en moteurs affectifs sociaux (ce qui cependant est rare), il devient un des êtres les plus aimants, les plus intelligents et les plus actifs. El comme avec cela l'homme hors de ligne n'est presque jamais apprécié par ses contemporains , on dit en hollandais :

// Hoe grooter geest hoe grooter beest. //

(L'âme est d'autant plus grande que la brute est plus forte;)

nos facultés les plus nobles étant toujours subordonnées à nos facultés les plus grossières ^^).

Quoique le premier essor du sentiment de progrès social soit cerlainement di^, en pnrlie, au

llÉFLEXIONS SYNTHÉTIQUES

cbristinnisme, en vcrfu de la sulcmielie proclamation d'une supériorité Tondamentale de la nouvelle loi sur Fancienne, il est néanmoins évident qu(^ la politique tliéologique (procédant d'nprès nn fvpe immuable dont un passé déjà lointain offre seul la réalisation suffisante), doit être regardée, aujourd'hui , comme radicalement incompatible avec toute idée véritable de progrès continu, et comme ujanifestant , au contraire, un caractère profondément rétrograde.

Ce qu'on entend ordinairement a présent par le mot chrétien^ n'est plus ce qu'on entendait par ce mot au moyen âge "*").

Le plus souvent on attri])ne au cluistianisme ce qui est i\\\ au pnssé en général , aux théocraties , (!a périod(^ l:i plus longue)^ à l'évolution grecque, ^i révolution romaine et spécialement au régime féodal, connne aussi aux progrès de la civilisation, au déveletppement de l'industrie, et par suite à une instruction plus positive et plus générale, à une meilleure éducation: et, diuis ce sens, les positivistes seraient plus chrétiens que beaucoup de c(nix qui pre'iujent ce nom.

*) Voyez YTTT. p. 58.

Pour eux, qui trouvent dans la doctrine de leur religion des affinités avec toutes celles des précédentes, il n'y a aucune hypocrisie à suivre, faute de mieux, le culte de ceux avec lesquels ils vivent; au contraire, c'est un de leurs préceptes de vivre comme autrui, autant qu'avec et pour autrui^). Le positivisme, étant essentiellement relatif, permet de prendre le beau , le vrai et le bien là où il se trouve. En cela sa maxime est: Unité dans le principal, la morale; liberté dans les opinions secondaires ou douteuses; charité toujours. Seulement , en suivant le culte des leurs, les positivistes donnent un sens positif aux mots que d'autres ne comprennent pas, ou prennent dans un sens absolu théologique ou vague et métaphysique, et ils avouent toujours franchement leur manière de voir à ceux que cela peut intéresser -|-).

Lorsque dans de P Imitation $) il est dit que, pour obtenir la liberté du cœur, il faut une entière rési-

*) Voyez XXII, page 94 et 95.

t) Voyez le Catéchisme positiviste d'Auguste Comfe, p. 2i3.

§) Voyez de l'Imitation, liv. III, ch. XXXVII.

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gnation de soi-même, c'est (în moi aninujl vé^éfal et matériel qu'il s'agit. D'après le tableau sysiéruatique de l'anie^), les produits moraux, iutellecluels et matériels, dépeudent de l'état des organes siégeant dans les trois prinei})ales régions du cerveau, et le pro^qès du beau (moral et physique), du vrai et du bien, du perfectionni^ment des fonctions.de ces organes. La réiïion du cerveau , qui est le siège des iuslincls sociaux , n'a pu se perfectionner (fue |>ar rinlluence des régions spéculatives et actives, et elle a diï fonctiornier la dernière, {)uisque, pour éprouver de rattacliemeul , de la vénération et de la boulé, il fallait un second être semblable ou âr la même espèce envers lequel on pût les éprouver. Ce n'est (pie lorsque ce centre essentiel de toute l'existence humaine, qui romplète la Irinité cérébrale (condition nécessaire de notre existence conun(^ homme et comme Grand Ktre et ITimianilé) a fonctionné, qu'il y a eu vie humaine, et seulemenl alors. Ce centre est dans l'état normal beaucoup moins développé chez rhonime que chez la femm., et cette supériorité sympalhi([ue érige celle-ci en type de l'être le i)1us aimant, par conséquent le plus par-

*) Voyez VU, p. 42.

fait et le plus précieux bienfait pour l'Humanité. Ce sont, comme ou a vu , les fonctions de cette région centrale qui lient celles des deux autres et les relient à celles des êtres aimants, pensants et agissants, passés, présents et futurs, et qui constituent ainsi l'Humanité; le sentiment d'unité ou du mol n'a pu et du être d'abord , comme il est encoi-e chez les animaux inférieurs, que l'ensemble des fonctions actives et spéculatives sans amour*).

Il est remarqualde que les anciens crovaient à la possi])iliié d'une procréation purement masculine f), et que la tendance actuelle des âmes d'élite est vers une croyance à une procréation purement féminine, que cependant on n'atteindra jamais.

Pour obtenir la vraie liberté de cœur ou le pouvoir d'aimer le plus tendrement possible, il faut donc, autant que faire se peut, une entière abnégation de ce moi primitif; en dViutres mots, il faut que l'ensemble des fonctions actives et spéculatives soit dominé par celui des aflectives; il faut enfm que dans l'homme, ce qui est purement humain et ce que les théologistes nommaient divin, domine ce qui est animal, végétal et matériel dont il dépend.

*) Voyez V, page 39.

t) Voyez VOressie d'Eschyle.

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Les âmes absorbent les âmes comme les mahèrcs absorbent les malières; les unes et les antres sont éternelles. D'après la théorie générale de la vie snbjectivc (cérébrale) ^) , ce qne les tliéologicométaphysiciens nomment dien nV'st , au fond , qne le milieu ambiant f) (i)onr me servir dinw ligure, seule manière de pouvoir m'exprimer assez clairement) de la vie subjective; le milieu des coîiceptions toniours émanées des sensations , comme l'espace est le milieu de la vie objective ou de la matière qui constitue les corps. Malebranche renonçait déjà au dix-septième siècle §). Thomas à Kempis nomme souvent ce premier miIi(Hi: dieu ou le ciel ^ et le second, le monde ; Tun la haut, Tautre ici has^ Vautre rie et cette vie ^ et effectivement les lois de la vie subjective et celles de la vie objective , quoique* reunies dans l'homme, sont essen-

*) Voyez le quatrième volume du Si/steme de politique positive d'Auguste Comte, p. 100 et suivantes, et Nene Darsiellung de^ Senmalirmns (Nouvel exposé du sensualisme) du Dr. Ileinricli Czolbe. Leipzig;, Hermann Costenoble. 1855.

t) Voyez Vin, p. 40.

§) De 1638 îi 1750

tiellement différentes. Les premières sont analogues à celles des mouvements ou phénomènes qu'on attribue à tort à ce qu'on nomme des fluides impondérables, ce qui implique l'idée de matière et serait contradictoire , ces mouvements n'étant que des fonctions ou propriétés de la matière, dans de certaines conditions et de certains milieux, et par conséquent immatériels, au moins par abstraction.

Il fait dire par Jésus au fidèle*): ((Je te suis nécessaire et tu m'es inutile ». Le premier étant la personnification divinisée du Grand Etre , et le second , un fidèle à ses lois ou un de ses organes momentanés 5 de ses serviteurs ou de ses organes permanents, et dieu étant l'ensemble des causes ou la cause première, il devait en être ainsi ; mais au dix-neuvième siècle, alors que la synthèse des lois prévaut sur celle des causes ou la remplace, l'un est nécessaire à l'autre.

Le dieu créateur de l'univers pouvait se passer de nos prières, de nos services, du culte et des

*) Yoyezde f Imitation, liv. 111, ai. X, v.3; liv. IV, eh. Xil, v. 3, et le Catéchisme positiviste d'Auguste Comte, p. 35.

KBFLEXIONS SYNTlTETTQrES

acUuiis de grâce Je ^cb ciealuics. ba toulc-puissance et sa majesté devaient lui suiTire. La prière quolidienrie positive *), nous rendant niiMl leurs, sera utile à l'Humanité, car l'Etre suprême qui la inanifeste a l)esoin de notre concours ^ et , comuK^ la prière encourage, épure et eonsolitle ce concours, elle en tire profit.

La prière des chrétiens et des nuisnlmans n'était que rarement utile, et alors, seulement, à chacun; tandis que celle des positivistes Test, non-seulemenf davantage à chacun , mais encore à Illuma» mte, et elle est beaucoup plus K'îigieuse.

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Ali POINT DE VUE POSITIVISTE.

perfectionner, savoir est bien plus puissant encore. Cette fonction consistant à saisir des relations exactes et permanentes de similitude et de succession. Les conceptions, jugements et conclusions dus à la sensation , la spéculation et l'action , inséparables du mouvement , sont même ce que nous possédons de plus précieux. La vue et les sens extérieurs nous donnent la notion de l'objectivité, et savoir, celle de la subjectivité ^); réunies comme elles le sont en nous, l'une donne le monde extérieur pour domaine au monde intérieur , et c'est dans ce sens que Thomas a Kempis f ) peut dire que le ciel et la terre appartiennent au seigneur, en substituant à celui-ci le Grand Etre qui manifeste lllumanité).

Mettez un frem à l'intempérance et vous réprimerez ])lus aisément vos autres instincts égoïstes f ).

Si voir est avoir, comme on le dit avec raison parce que c'est un de nos grands moyens de nous

*) Voyez XXIII, page 95 et 96.

t) Voyez de r Imitation, liv. I, eh. X tX , v. 4; le CatéchisNie positiviste d'Auguste Comte, p, 272.

La vérité absolue, (pie nous ne pourrons jamais saisir , est remplacée défini tivement par la vérité relative ou ^ensemble des lois qui régissent les êtres, les phénomènes et les produits; ce qui veut dire l'ensemble de leurs rapports exacts et permanents de similitude et de succession , dont nou?

*) Voyez XXXIX.

t) Voyez Plniitatioih liv. IV, eh. IX, v. 1.

REFLEXIONS SYVTÎTKTTQUES

saisirons perpélueilcuicul un plus graïul auinbie ; reiisciJiblc (les premiers conslilue V ordre imivt^rsel extérieur et intérieur; celui des seconds, le prognh,

La piété est reiisenible des moteurs aileetifs sociaux ou altruistes: l'attachement, la vénération et la Lonlé (amour universel , sympathie , humanité) dépendant de la région affective du cerveau ^). ^

. La grâce, qu'on nomme divine, dépendant de cette même région , est une piété développée à un haut degré d'intensité, joint à des circonstances extérieures et intérieures , indépendantes de notre volonté, favorables spécialement à la piété, mais aussi en général à notre bien-être , à notre puissance et à notre perfectionnement f).

Vamour universel , principal élément de la piété et de ce qu'on nomme la grâce divine, au fond la

*) Voyez VII, page 42.

\) M. Jacob Molescliott dans son Kreislauf des Lebens (Circulation de la vie), p. 35, la nomme la r/nice des sem (Genade dcr Sinne) conformément à la grande loi générale d'Aristotc. — Voyez page 00.

grâce des sens, dépendant de ce même centre essentiel de toute l'existence humaine, lie, comme on a vu '^) , les fonctions spéculatives et actives du cerveau ^ il lie aussi les organes individuels du Grand Etre et de rilumanité.

Joint aux réalités subjectives , la vérité \) (ou synthèse des relations exactes et permanentes de similitude et de succession des êtres , phénomènes et produits), et à la force (synthèse des relations entre le temps, l'espace et le mouvement), qui toutes les deux ne doivent servir que de moyens d'éclairer et d'augmenter notre tendresse, notre sympathie ou humanité , il complète la providence trinitaire humaine.

Dans le tableau systématique de l'âme $) ces trois éléments de la providence humaine correspondent aux termes : aimer , penser , agir \ principe , moyen , résultat; le cœur, l'esprit, le caractère; impulsion, conseil , exécution.

Par âme , on entend l'ensemble des fonctions

*) Voyez IX, page 70.

t) Voyez XVI, page 87.

§) Voyez VII, page 12.

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morales 5 inlrlîccliK'lles et actives, dont les produits sont transmis à la postérité ])ar nos cinq fonctions intellectuelles et nos trois qualités pratiques.

Elle dépend principalement du groupe d'organes de la région aflective, et varie selon Télat ou le mode dans lecjuel se trouvent les diflerents organes du reste du système nerveux central, qui, par leur étendue 5 leur énergie, leur forme, leur texture , leur pesanteur , leur sensibilité , leur nrilabilité et leur contractilité , etc., les modifient sans cesse tant qu'il y a vie. Aussi dinV'rons-nous successivement de nous-mêmes , autant que simultanémcn! des autres '^).

Gall distuiguait vnigt-sept instincts ou fonctions cérébrales dont dix, selon bu, nous sont cormnuns avec les animaux supé-rieurs. Il omet riîislinct nutritif e( «mj adiiict un potu' dieu et la rebgion.

AvanI la llh'orif* ccM'ébrale d'Auguste Comte, il n'était guère possible de ne pas commettre d'erreur dans un domaine encore si peu observe et exploité.

Aussi , Auguste Comte cite T. C. Gall connue un génie granci philosophe-}-) , donf la irloric^use mission ,

*) Voyez VIII, page 64.

f) Voyez le troisième volume du Cours de jj/iilosop/iie positive d'iluguste Comte, la 45« leçou.

malgré le vice fondamental, alors immanquable, de la localisation des fonctions , distinguera toujours le dix-neuvième du dix-huitième siècle , sa doctrine étant confirmée par l'observation , l'expérimentation, l'analyse pathologique , l'analyse comparative et le sens vulgaire , autant que cela était possible

alors '^),

C'est Gall qui constate la pluralité des organes du cerveau et l'existence des instincts bienveillants ou sociaux plus ou moins intense chez tous les êtres à système nerveux central, et y trouve le principe de la liberté morale.

Auguste Comte dit encore que les organes de l'âme sont susceptibles d'être déterminés ultérieurement ; tandis que le mécanisme des mouvements célestes ne l'est pas , différence essentielle entre l'hypothèse de Descartes et celle de Gall tout à l'avantage de

cette dernière -j-).

Si Gall donne un organe parmi ceux du cerveau à dieu et à la religion ou à la théoso])hie , c'est par prudence; mais Auguste Comte doute qu'd

*) Voyez le grand ouvrage de Gall sur les fonctions du cerveau, et lisez F. J. V. Broussais, dans son Traité sur ^irritation et la folie, édition 1828, qui le complète.

t) Voyez le troisième volume du Cours de philosophie d'Auguste

Comte, p. 818.

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RÉFLEXIONS SYNTHÉTIQXJES

a.l roelloneul vu besoin <rune snperféfation ^i évidi'iiimi'nt nhsurfle.

IVul-.'fre Gall a-t-il pris iri un produit ou rcsuUat de différentes fonctions pour une fonction même, comme il le fait plusieurs fois ailleurs.

Ce n'est pas à nos sens principaux seuls proprement dits ou aux fonctions des organes spéculatifs etactils du cerveau en rapport direct avec le monde extérieur, que nous devons notre intelligence, nos conceptions, pensées , idées , souvenirs , ainsi que la faculté de saisir des relations exactes et permanentes de similitude et de succession, la conscience, en un mot notre âme*); nous la devons, aussi et principalement, aux fonctions d'organes affectifs intérieurs, dont le siège n'a d'autres communications avec le monde extérieur que par celui des organes des deux premières , celles-ci ne pouvant que développer et perfectionner le principal groupe.

Le sacrement catholique de reucl.arislie représente

*) Vojcï VU, p. i-2.

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l'enseuiLle du culte , du dogme et du régime de

cette religion*).

Ceux-ci dérivent , respectivement , des trois prmcipales fonctions du cerveau par lesquelles se perpétue la vie humaine subjective sympathique, spirituelle ou éternelle , des individus distingués de cœur , d'intelligence et d'énergie , devenus organes permanents

du Grand Etre.

Leurs âmes sont absorbées par les cerveaux actuels,

pour les transmettre à ceux de l'avenir , nouveaux serviteurs ou organes de l'Humanité successivement rajeunis , et , dans ce sens , celle-ci reste toujours

vierge.

C'est dans cette absorption , par les âmes actuelles,

de celles des individus d'élite morts , que consiste la résurrection f) , et c'est ainsi que se réalise avec plus de plénitude et de pureté le rêve des âmes dépourvues de corps des théologiconiétaphysicicns §).

») Voyez le quatrii'me volume du ,^y./«^ * poli>'1''e podthe d'Auguste Comte, p. 27^, H^.

f) Voyez iilfiit, p. 103. .

§) Voyez idem, p. 105.

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RÉFIEXIONS SYNTHETIQUES

Aussi la vraie coiiimuiiion ^) consiste- t-cllc à coiiiiaître , à apprécier dignemeiil et à aimer le passé, auquel nous devons tout ^ et à vivre pour auîrui dans le présent et dans l'avenir; à nous sentir vivre par les précédents , avec les présents (U pour les suivants; à sentir notre vie assimilée à la vie commune 5 à celle de tous les organes et serviteurs du Grand l':ire et de rilumanité ; vivant de leur vie, sentant, pensant et agissant avec eux, comme eux, dans le même but , le perfectionnement physi(pie, intellectuel et moral de rilumanité objective, toujours continu et solidaire.

La vie individuelle ou isolée n'est qu'une abstraction. Les enfants n'ont aucune idée du moi. Ils se servent de leur nom en j)arlant d'eux-mêmes comme s'il s'agissait d'un autre; ce n'est que plus tard qu'ils disent Je.

Notre triple perfectionnement et cette communion religieusement intime ne peuvent se réaliser pleinement et sùrenuîut que sous l'impulsion d'une foi com-

*) Voyez Ussai de prières positices , par M. Josepli Longchanipt , 2« édit. Paris, Thuuot et C% rue Racine, 2G, 1853.

nnnie basée siu- ime docirine pouvant toujours être démontrée , principe de l'éducation et de l'instruction universelle , et sous la tutelle de la morale , du culte et du régime ^) de la religion positive qui enseigne seule y avec une certitude qui ira toujours en augmentant, comment on peut, dans le même sens, dans le même esprit, contribuer chacun selon ses meilleurs moyens à ce triple perfectionnement et à cette communion , la connaissance exacte du passé nous permettant de prévoir, et même de plus ou moins préciser l'avenir, afin de régler, d'après lui , le présent toujours dans ce même but.

La prière du positiviste consiste à aimer , à penser et à agir en même temps f). Elle devient pour lui

l'idéal de la vie.

C'est un épanchement de reconnaissance et d'amour envers l'Humanité ou ses dignes représentants , serviteurs et organes ; et aucun motif intéressé ne vient plus souiller la pureté de ses effusions.

*) Voyez VTII, page 65; XXIV, page 97. t) Voyez Catéchisme positiviste d'Auguste Comte, p. 170 et suiv., et p. 19 de ce recueil.

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Toutefois, comme la pratique journalière de la prière améliore beaucoup notre cœur et même notre esprit , nous y pouvons avoir légitimement en vue ce précieux résultat, sans craindre qu'une telle personnalité nous dégrade jamais. Quoique le positiviste prie surtout pour épancher ses meilleures affections , il peut aussi demander , ou du moins, faire des vœux ardents; mais seulement pour de nobles progrès, qui sont ainsi presque

assurés.

Souhaiter avec ferveur de devenir plus tendre , pkis vénérant et même plus courageux , c'est déjà réaliser à quelques degrés l'amélioration désirée , au moins, par un sincère aveu de notre imperfection actuelle, première condition d'un prochain perfectionnement ; et de là ressort l'utilité de la confession.

Ainsi les principaux moyens moraux de discipliner nos volontés sont '^) : le sentiment (par Tédu-

*) Voyez le quatrième volume du Système de poUtiq?fp positive d'Auguste Comte, p. 280. — Voyez IX, p. 70 et 71 : X, p. 74; XXII, p. 91; XXlll, p. 92.

cation), la raison (par l'instruction) et Vopinion (publique); les moyens religieux sont: la confession^ la prière ci la communion prises dans le sens positif, et dépendances du culte.

Les fétichistes animaient et adoraient la matière éternelle; les positivistes animent et adorent les produits moraux et intellectuels , subjectifs , ou V Éternel immatériel"^). Les théologico-métaphysiciens cherchent vainement au dehors^ quoique déjà l'évangile (Luc XVII, 21) et le poëme mystique de V Imitation (1. II, ch. I, V. 1), disent que le royaume de dieu est en dedans d'eux, en invoquant un ciel illimité et glacial et un être imaginaire, ce que les positivistes retrouvent enfin (après plus de trente siècles de perfectionnement de leur organe nerveux central) en eux-mêmes , comme produit naturel des fonctions de la matière nerveuse organisée ; leurs trois moteurs affectifs altruistes ou sociaux , éclairés par leurs cinq fonctions intellectuelles , et fortifiés et consolidés par leurs trois qualités pratiques -j-).

*) Voyez le quatrième volume du Sj/sthne de poliJiqiie positive d'Auguste Comte, p. 43—45.

f) Voyez le Tableau systliématique de Pâme, VII, p. 42.

KÉFT.EXIONS SYNTHETIQUES

XXVT.

Dépendantes principalement de la région centrale du cerveau, les autres régions réagissant seulement sur elles.

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