‹ Réformateurs et publicistes de l' Europe (volume 3)Chapitre 19 sur 24 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

non en rompre le tissu. Les deux principes sur lesquels se fonde toute sa philosophie politique : la raison et l'expérience, l’idée suprême, absolue du droit, et la puissance éminemment variable, éminemment perfectible des faits, ces deux principes ne le maîtrisent pas assez fortement, il ne sait pas les appliquer avec assez de résolution, et il ne s’inquiète pas beaucoup de les mettre d’accord. C'est ainsi que, reconnaissant en théorie une justice supérieure à tous les pouvoirs, et proclamant cette belle maxime, que le pouvoir de tout faire n’en donne pas le droit, il admet cependant une royauté absolue, dont aucune loi, excepté celle de la morale et de la conscience, n’est admise à restreindre l’autorité. C’est ainsi que son esprit critique, souvent porté jusqu'à l'audace, et ses appels fréquentsà l’expérience ne l’empêchent pas d’accepter comme un dogme immuable une tradition qui, après tout, ne repose que sur des faits, et que ces mêmes faits mieux observés pourraient modifier ou détruire. C’est ainsi, enfin, qu’en bornant sagement le droit de la société à tout ce qui peut avoir une action sur elle, il fait entrer sous l’empire de la loi civile ce qui est étranger non-seulement à l’ordre social, mais encore à l’ordre naturel. Malgré ses fautes, Bodin n’en est pas moins le vrai fondateur du droit civil et politique des temps modernes; de ce droit qui procède par réformes et non par révolutions, également éloigné

du régime odieux des castes et de la chimère de l’égalité absolu.e, de la servitude d’en haut et delà servitude d’en bas ; qui préfère à toutes deux la liberté dans la seule mesure où elle est possible, avec un pouvoir nécessaire pour la régler et la défendre.

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