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qui repose sur des principes et non sur des passions, et si modéré d'ailleurs qu'on le suppose, a la prétedtion d'arriver aux affaires et de le gouverner beaucoup mieux que les partis rivaux. Par là même il est conduit à l'étendre aussi loin que possible, c'est-à-dire à conquérir la domination des esprits et enfin à désirer le pouvoir pour lui seul. Faudra-l-il donc interdire dans une société bien gouvernée tout dissentiment politique. Faudra-t-il, par le fer et par le feu, ramener toutes les opinions à une seule? Ce que je viens de dire des opinions politiques s'applique en grande partie aux systèmes philosophiques, dont chacun, à l'exclusion des autres, voudrait dominer les intelligences, diriger les hommes et les affaires et s'emparer du gouvernement de la société. Les opinions religieuses, de toutes les plus ardentes et les plus dominatrices, seront-elles seules exclues de ces nobles ambitions? Il n'y a pas lieu de s'étonner que celui qui croit avoir la vérité, la vérité absolue sur Dieu, sur l'âme humaine, sur la vie future, sur la règle du bien, pense qu'il est appelé à la faire pénétrer partout, dans la foi, dans la science, dans la vie, dans les actions, dans la pensée, dans chaque
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âme en particulier et dans la société tout entière, par conséquent dans la législation et dans le gouvernement de la société? Parce qu'il pense ainsi, est-ce une raison de le laisser faire, surtout quand les autres pensent absolument de môme en faveur d'une idée complètement diflerente? Et si on ne le laisse pas faire, si l'on a la force nécessaire pour le contenir dans les bornes d'une influence légitime, c'est-à-dire d'une influence fondée sur la persuasion, pourquoi le proscrire, pourquoi l'exclure de cette tolérance qui est l'affaire, non des sectes, mais de l'État? Il est d'ailleurs utile pour la liberté en même temps que c'est une conséquence nécessaire de ses principes, que l'intolérance, devenue impuissante pour agir et pour opprimer, ait le droit de plaider sa cause et d'étaler au grand jour ses hideuses maximes. En l'entendant parler, on se prend à la détester, et l'on rend grâce au ciel de vivre dans un temps où il ne lui reste plus que la parole.
Mais non, ce n'est pas l'intolérance prise en général que Locke poursuit; ce n'est pas une abstraction qu'il veut proscrire, mais un culte réel que les préjugés d'enfance, que son éducation protestante, plus forte que sa philosophie, lui
représentent comme l'ennemi irréconciliable de toute liberté, de toute indépendance politique. Ce culte, c'est le catholicisme. Le catholicisme ne lui paraît pas seulement incompatible avec la liberté des autres croyances, mais aussi avec les devoirs du citoyen et l'indépendance des pouvoirs publics. A ce titre, il demande qu'il soit interdit dans un État bien gouverné. « Une Eglise, ditil ', dont tous les membres, du moment qu'ils y entrent, passent ipso fado au service et sous la domination d'un autre prêtre, n'a nul droit à être tolérée parle magistrat, puisque celui-ci permettrait alors qu'une juridiction étrangère s'établît dans son propre pays et qu'on employât ses sujets à lui faire la guerre. » Pour renverser cet odieux sophisme, il suffit d'en appeler à la distinction établie par Locke lui-même entre la société civile et la société religieuse, entre l'ordre temporel et l'ordre spirituel. C'est comme membre de l'Église, et seulement dans l'ordre spirituel, que le catholique reconnaît l'autorité du souverain pontife. Mais comme membre de la société civile et dans l'ordre des faits qui relèvent d'une