‹ Réformateurs et publicistes de l'Europe (volume 4)Chapitre 12 sur 37 · Ubi supra p · texte numérisé non relu

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telle société, il reconnaît l'autorité du magistrat, l'autorité de l'État et de ses lois. La vérité une fois entrée dans un de nos principes, on peut se fier à elle pour les conséquences, il faudra l'accepter tout entière ou la renier. Elle ne transige pas avec nos préjugés et avec nos passions.

Je ne veux pas dire pour cela que les principes de Locke sur les rapports de la religion et de l'État soient absolument irréprochables. On y remarquera le même vice que dans ses principes purement politiques. Ils sont insuffisants, parce qu'ils ne donnent à l'État qu'une mission purement négative, celle de protéger la liberté religieuse ou la maintenir, d'empêcher les différents cultes qui se disputent la domination des âmes, de s'opprimer les uns les autres. Que ce pouvoir soit assez efficace dans un pays où le sentiment religieux exerce une telle puissance qu'il ne reste qu'à le régler ou à le contenir: personne ne le contestera. Mais là où le sentiment religieux, affaibli de tous côtés, a besoin d'aiguillon, il n'est pas permis à l'État de rester tranquille spectateur de la dissolution des croyances. 11 faut qu'il soutienne et qu'il encourage, qu'il vérifie par tous les moyens légitimes ces institutions saintes sans les-

quelles, comme Locke le reconnaît lui-même, la société est sans règle et sans base. Il faut qu'il assure aux plus humbles comme aux plus grands une éducation religieuse. Il faut qu'il veille ù ce que les serviteurs de Dieu et les monuments religieux ne manquent à aucune partie du territoire, à aucune classe de la société, et restent toujours dignes de leur destination. Mais il faut que cette protection s'étende sur tout ce qui en CEt digne dans l'ordre politique, il faut dire sur toutes les croyances qui enseignent une morale saine, qui sont capables de former des hommes de bien et de bons cito^^ens. En revanche de cet appui, il est juste qu'il ait le droit de s'assurer que les intérêts généraux de la société et ses propres lois ne courent aucun danger.

Il y a une autre considération qui a échappé à Locke. C'est que la religion est plus ancienne que certains Etats et sa puissance, en certains pays, beaucoup plus grande et aussi grande que la puissance politique. Alors il faut bien que l'un de ces pouvoirs traite avec l'autre, et qu'il entre dans un ordre de choses qui n'est ni la liberté, ni la protection, ni la tolérance, mais la transaction. La transaction, c'est-à-dire le bon

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accord, l'harmonie volontaire des forces morales de la société, est un droit aussi incontestable que cette liberté tout abstraite et toute négative dont Locke s'est déclaré le champion.

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