‹ Réformateurs et publicistes de l'Europe (volume 4)Chapitre 17 sur 37 · Nova scienlia tcntatur · texte numérisé non relu

Nova scienlia tcntatur

convenu beaucoup mieux, à lui, le premier jurisconsulte de l'Italie et peut-être de l'Europe. Elle aurait amélioré sa situation en môme temps qu'elle lui aurait offert une tâche plus digne de ses facultés ; mais il ne put jamais l'obtenir. Il avait soutenu, dans ce but, un concours public contre d'obscurs rivaux, mais ses rivaux, à cause de leur obscurité même, l'emportèrent sur lui, et il garda pendant quarante ans sa chaire de rhétorique et ses appointements de cent écus.

Dans l'intervalle, ses besoins augmentaient avec les années. Père d'une nombreuse famille, il était obligé, pour fournir à sa subsistance, de donner des leçons de latin à des jeunes gens de haut rang. Malgré la protection du cardinal Corsini, devenu plus tard le pape Clément XII, il ne put imprimer la seconde édition de la Science nouvelle qu'en vendant une bague d'or ornée d'un diamant, souvenir vénéré de sa mère. Marié à une femme privée de toute instruction et même des qualités les plus prosaïques d'une mère de famille, il était forcé de descendre aux détails les plus minutieux de son ménage, de veiller à la nourriture et aux vêtements de ses pauvres petits enfants. C'est au milieu de leurs

jeux et du bruit de leurs conversations qu'il composait ses immortels ouvrages, l'exiguïté de sa misérable demeure ne lui accordant pas même un asile pour le travail. Il a été à la fois pour eux un père et une mère : car cette humble lâche dont je viens de parler ne l'empêchait pas de veiller à leur éducation ; mais, s'il eut le bonheur d'y réussir pour quelques-uns, s'il vit son fils Gennaro marcher sur ses traces et s'asseoir dans sa chaire, en attendant qu'il pût l'occuper toujours ; s'il vit sa fille Louise attirer sur elle les regards et charmer son intérieur par le talent de la poésie, il fut rudement éprouvé par deux autres de ses enfants : une fille, atteinte d'infirmités incurables, se mourait sous ses yeux, sans pouvoir atteindre au terme fatal ; et un de ses fils s'abandonna à de tels désordres, qu'il fut obligé lui-même de le livrer à la justice, mais non sans avoir cherché à le faire évader quand la justice répondit à son appel. Enfin, éprouvé dans son corps comme dans son cœur et dans sa fortune, il souffrait depuis longtemps d'une €arie des os de la tête et d'un abcès gangreneux à la gorge. Il venait d'être nommé, à l'avènement de la dynastie des Bourbons, historiographe du

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roi de Naples, avec cent ducats d'appointemenis, lorsque, affaibli par l'âge et par la maladie, il fut obligé de prendre sa retraite, à laquelle, bientôt après, succéda la mort. Il expira le 2J juin 1744, à l'âge de soixante-seize ans, en rendant grâces à la Providence des bienfaits dont elle l'avait comblé. Il voulait parler, sans doute, des facultés du génie et des jouissances que donne la pensée jusque dans les ténèbres de l'existence la plus opprimée et la plus misérable.

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