Œuvres de Locke, édition Thurot, t. VII,. p
persécution et la violence peuvent être mises aussi bien au service de l'erreur qu'au service de la vérité et que, dans l'un et l'autre cas, elles ne changent rien aux convictions de ceux qui cèdent à de tels moyens.
L'intolérance une fois écartée, les arguments de Locke ne laissent plus d'autre choix que celui de la liberté religieuse. L'intolérance, considérée dans ses effets extérieurs ou dans la forme sous laquelle elle se manifeste dans la société, c'est l'autorité publique, c'est la loi et le pouvoir civil, en un mot c'est l'État intervenant dans les affaires de la foi en prescrivant, non seulement ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter pour accomplir ses devoirs et jouir de ses droits de citoyen, mais ce qu'il faut croire pour être un digne membre de, l'Église et conserver son âme au bonheur d'une autre vie. Or, l'État a-t-il ce droit? Est-ce pour cela qu'il existe ? Est-ce là qu'est sa tâche? Non, répond Locke, et voici par quelles preuves il justifie sa proposition.
« L'État, ou la société civile, n'est institué que dans un but qui ne dépasse pas ce monde de la société elle-même. Sa mission est de protéger la vie, la propriété et la liberté de chacun de ses
membres et, par conséquent, de veiller à sa propre existence, à sa propre sécurité sans laquelle le but qu'elle se propose est irréalisable. Ses droits, par conséquent ceux du gouvernement qui agit et ceux de la loi qui parle en son nom, ne s'étendent pas plus loin qu'à faire et à prescrire ce qui est nécessaire ou utile à la conservation de ces biens. Ceux qui tentent de les détruire ou de les réserver pour leur seul usage, ceux qui menacent leurs concitoyens dans leur vie, dans leurs biens, dans leur liberté, ou qui troublent la sécurité de la société tout entière : voilà aux yeux de l'État, aux yeux du gouvernement et de la loi civile, les seuls coupables, les seuls que les châtiments puissent atteindre. »
La religion, et par conséquent les sociétés religieuses, les communions, les Églises ont un but tout différent. « Une Église, selon la définition de Locke, est une réunion d'hommes assemblés volontairement pour servir Dieu en public et lui rendre le culte qu'ils jugent lui être agréable et dont ils attendent leur propre salut ^ . « Elle s'occupe donc uniquement des intérêts de la loi