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et de la vie future, comme l'État des intérêts de l'ordre et de la vie présente. Toutes les lois qu'elle proclame, tous les statuts qui la gouvernent doivent donc avoir un caractère spirituel. Les ambitions et les luttes de la vie civile doivent lui être aussi étrangères que celles de la vie spirituelle à une société purement temporelle et politique. Elle doit surtout bannir de son sein l'emploi de la force : « car la force appartient au magistrat et est nécessaire à la défense des biens extérieurs de la société. Les seules peines qu'elle puisse infliger à ceux qui méprisent ses dogm^ ou qui violent ses prescriptions, ce sont des peines spirituelles dont la plus grande est l'excommunication. Une fois qu'elle a désavoué et repoussé loin d'elle ceux qu'elle juge indignes de son appui et de ses bienfaits, son pouvoir est épuisé. »
La conséquence qui sort immédiatement de ces principes, c'est que toutes les Églises qui respectent les lois de l'État, je veux dire les conditions dont dépend son existence et l'accomplissement de sa tâche envers les citoyens, ont droit de trouver place dans son sein, ou que l'État ne doit interdire à un culte, à une religion que les mêmes actes qu'il jugerait coupables dans un
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homme isolé, les mêmes actes qu'il jugerait contraires soit à sa propre sécurité, soit à la liberté, à la vie et à la propriété de chacun de ses membres en particulier. Tout ce qui est impur, tout ce qui est infâme, à plus forte raison ce qui est violent et cruel, les sacrifices sanglants de Moloch ou le culte impudique de Mylitha, devraient donc être proscrits par ses lois et rigoureusement bannis de son sein, mais comme des œuvres contraires à l'ordre public et à la morale universelle, non comme des actions condamnées par la vraie religion. Il faut que la tolérance de l'État en matière de croyance ou que la liberté religieuse s'étende jusqu'à l'idolâtrie, quand l'idolâtrie est inoflensive et ne blesse pas les mœurs. D'ailleurs ce qui portera ici le nom d'idolâtrie, ailleurs s'appellera la vraie religion, et la persécution qu'on aura abolie contre les hérétiques renaîtra, quand on les aura qualifiés d'idolâtres .
L'indulgence qu'il montre pour l'idolâtrie, ou pour tout ce qu'on pourrait flétrir de ce nom, sous l'influence de la haine ou du préjugé, Locke ne la croit pas due à l'athéisme, parce que l'athéisme, professé ouvertement, enseigné en public
à une foule ignorante et faible, est plus qu'une opinion : c'est une action nuisible à la société, c'est un état constant de rébellion contre ses lois les plus nécessaires et les plus saintes. « Ceux qui nient l'existence d'un Dieu ne doivent pas, ditil \ être tolérés, parce que les promesses, les contrats, les serments et la bonne foi, qui sont les principaux liens de la société civile, ne sauraient engager un athée à tenir sa parole, et que si l'on bannit du monde la croyance d'une divinité, on ne peut qu'introduire aussitôt le désordre et une confusion générale. » Celte idée, comme toutes celles qui se rattachent aux rapports de l'État et de la religion, a été recueillie par J.-J. Rousseau dans le Contrat social.
Si Locke s'était arrêté là, je n'aurais pas beaucoup d'objections à lui opposer. Je souscrirais à l'ostracisme qu'il prononce contre les athées, sous cette unique réserve que leur doctrine devrait avoir perdu son caractère spéculatif, qu'elle devrait être sortie du cercle des discussions philosophiques pour revêtir la forme d'une prédication populaire. Mais Locke fait à son principe