AVANT- PROPOS
trc des lois iniques, contre une puissance oppressive, ou contre des rêves plus à craindre que les plus tristes réalités. Chacun de ses principes se monti'e sous les traits d'un homme qui a combattu, qui a été persécuté et souvent est mort pour lui, méconnu de ceux-là mêmes dont il prenait la défense. C'est ce qui explique le titre pour lequel, après quelques hésitations, j'ai cru devoir enfin me décider.
Ce livre, comme le lecteur l'a sans doute déjà remarqué, réclame une continuation; caria période historique dans laquelle il est circonscrit peut à peine se séparer des époques suivantes. Aussi mon dessein n'estil point de m'y arrêter. Aux puLlicistesdu moyen âge et de la renaissance, si la bienveillance du public m'y encourage , succéderont sans trop d'intervalle ceux du xvuf siècle, ceux du xvni^, et enfin ceux qui remplissent la première moitié du xix^. Tous les matériaux sont prêts et l'édifice lui-même, pour apparaître peu à peu à la lumière, n'attend plus que le travail de la dernière heure.
L "origine de ces études est la même que celle d'un écrit que j'ai fait paraître il y a peu de temps : Le droit chez len anciennes nations de l'Orienl. Elles ont formé, pondant plusieurs années, la matière de mon enseignement au Collège de France. Elles ont donc déjà subi jusqu'à un certain point le contrôle de la publicité. Mais je ne me fais point illusion sur la nature et les résultats de cette épreuve.' L'auditeur qui vient s'asseoir avec
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recueillement au pied de voire chaire, a fait en quelque sorte, au moins pour une heure, le sacrifice de sa liberté, sauf à prendre sa revanche un peu plus tard : il suspend son jugement; il est plein de condescendance et de ménagement, parce qu'il pense qu'il est chez vous. Le lecteur, au contraire, se croit chez lui ; il se figure, non sans quelque apparence de raison, que c'est vous qui l'avez cherché, que c'est vous qui êtes venu vous livrer à sa discrétion et faire appel à ses lumières. Il s'attribue donc tout à la fois l'autorité d'un juge et celle d'un maître de maison; et ces deux autorités, dans leurs exigences, ne sont pas toujours d'accord ; pour l'une il n'y a jamais assez de gravité, pour l'autre, il y en a souvent trop. Quoique ledernier de ces deux écueils ni'effmye beaucoup moins que le premier, puissé-je être assez heureux pour les avoir évités tous les deux !
Je n'ai rien à changer à la décla^-alion de principes, que j'ai placée en tête de mes Études Orientales. Il ne me reste plus qu'à la compléter par quelques mots. Pour moi le droit n'est pas autre chose que la liberté. La liberté, selon l'idée que nous en dount; notre conscience, selon l'enseignement qui ressort de l'histoire des institutions sociales et du spectacle des révolutions politiques; la liberté n'est pas une pnrtie du droit, c'est le droit tout entier, c'est le principe et l'essence du droit. L'autorité elle-même n'a pas d'autre but ni d'autre raison d'être que d'assurer le maintien de la liberté, ou de défendre la liberté générale contre toutes les agressions