De rcge et régis inslilutione
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étaient l'objet les uns de la pari des autres, tantôt vaincus et tantôt vainqueurs, tremblants ou inspirant la terreur. »
De qui sont ces propositions? De quelque philosophe du siècle dernier ou de quelque utopiste de celui-ci? De Jean-Jacques Rousseau, par exemple, qui unissait avec le principe du communisme l'apologie de la vie sauvage, considérée comme le but naturel de l'homme? De Hobbes, qui fait de l'homme l'ennemi naturel de son semblable, et de la société une nécessité malheureuse, un remède héroïque contre les violences et les misères de la vie sauvage? De Mably ou de Morelli, ou de quelque autre rêveur de cette école, arrivant par la vie sauvage à la communauté des biens, et par la communauté à l'égalité démagogique? Est-ce Fourier qui a dit le premier qu'en dédommagement de ce qu'ils ont perdu par le partage de la terre et par la création de la propriété individuelle, les pauvres doivent être nourris aux frais du trésor public? Non, toutes ces maximes ont été soutenues à la fin du xvi° siècle par un moine, par un jésuite espagnol, sujet de Philippe II. Elles appartiennent à Mariana et au fameux livre De Rege et régis ïnstitutione. En effet, quoique ce soit dans le monde son plus grand titre à une célébrité malheureuse, Mariana n'a pas seulement enseigné le régicide, il y a joint toute une théorie, tout un système sur l'origine et les fondements de la société, dont le régicide n'est qu'un détail, dont le régicide n'est qu'une conséquence et une application. Je dirai plus, Mariana n'est pas le premier qui ait soutenu cette funeste doctrine; elle lui est commune, non seulement avec
Suarès, mais avec plusieurs autres membres de son ordre, avec les plus célèbres prédicateurs de la Ligue et un assez grand nombre de publicistes et de théologiens protestants du xvi® siècle.
Bien des années avant Mariana et Suarès, François Tolet, jésuite et espagnol comme eux, né à Gordoue en 1532, nommé cardinal en 1583 et mort deux ans après, a reproduit pour son propre compte, dans sa Somme des cas de conscience {Sianma casuum con- <icientiœ), la doctrine de saint Thomas, qui permet de tuer un usurpateur, mais non un roi légitime, qui livre le premier au poignard de chaque citoyen et soumet le second, lorsqu'il abuse de son pouvoir, à un jugement public ^ Telle est aussi l'opinion d'Emmanuel Sa, si fréquemment cité dans les Provinciales, et du fameux Molina. Jean Boucher, le fougueux prédicateur de la Ligue et l'auteur anonyme du livre Bejusta reipublicœ christianœ in reges impios Auctoritate, sont allés plus loin : ils appelaient à la fois les vengeances du peuple et les foudres du Vatican, même contre un roi légitime, quand il manque aux devoirs du trône et de la religion. Jacques Clément, après l'assassinat de Henri 111, fut proclamé dans toutes les chaires « le bienheureux enfant de Dominique, le saint martyr de Jésus-Christ » . Si l'on veut savoir avec quelle violence ces idées furent propagées et