BRANLE BAS DE COMBAT
Tout le monde dehors ! . Canonniers , à vos
pièces! . Feu! .
De môme que les loups, race lâche et féroce, s’unissent quelquefois pour attaquer ensemble un ennemi redoutable, sauf ensuite à s’entre-déchirer à belles dents; de meme
LE SYSTÈME
tons cos beaux professeurs d’une certaine école , oubliant aujourd’hui leurs antiques griefs, se liguent contre moi, et, sous le commandement de ce grand Belge, qui a nom Piérard, marchent à l’assaut de mon système dans le vain espoir qu’ils peuvent encore défendre leurs vieux bouquins à jamais condamnés. Car là et là seulement est le secret de cette ardeur juvénile, qui les transporte malgré eux sur lo champ de bataille. Pauvres gens! ils s’imaginent que pour rompre une lance avec celui qu’ils appellent le bouillant Achille, (et ma foi ce n’est pas mal trouvé), il suffit d’aller chez le quincailler du coin acheter une épée de deux sous.
Patience ! Messieurs, patience ! Je promets d’avoir pour chacun de vous un long mot d’amitié ; mais procédons avec ordre. Chaque chose en son temps! Laissez-moi de grâce achever la conversation si intéressante que j’ai commencée avec mon ami Toussaint. Quel brave homme que ce porc Toussaint! Croirait-on qu’il a pris la peine d’aller porter à deux journaux cette lettre que nous connaissons déjà, pour annoncer à toute la province qu’une étoile de première grandeur brillait dans le ciel de Québec, et que lui, Toussaint, rangé depuis longtemps dans les Nébuleuses, avait l’intention de graviter autour de cet astre nouveau. Mais laissons-le parler. Nous no saurions certes dire les choses comme lui et nous ne voudrions pas gâter son beau langage.
M. Leroy (nous-analyson^iious annonce une arith-
POUR ET CONTRE
métique supérieure aux autres arithmétiques. ( Ce qui suilesldu Toussaint). Pour le prouver il ajoute qu’il vient après tous les autres auteurs.
Dame ! maître Toussaint, je n’ai pas été consulté pour naître, mais j’ai la conviction qu’il a dû. en être autrement pour vous. J'allais faire une citation ; je m’en abstiens cependant, dans la crainte d’être traité d’hérétique par M. de Beaurivage. Quel joli nom ! Il doit pour sûr y avoir de la corde de pendu dans cette famille-là. Continuons :
Et qu’il a profité de leurs travaux et de leur expérience.
Sans doute, mais je ne veux pas dire par là maître Toussaint, que je les ai copiés. Voyons mon bonhomme, pensez- vous que, si réellement j’avais fait le plagiaire, j’eusse été assez bête pour l’annoncer à son de trompe dans ma préface. En vérité, vous me paraissez diablement simple et, ce qui est assez ordinaire, vous jugez les autres à votre aune. Il y a une grande différence entre s’inspirer d’une œuvre faite pour mieux faire, et la copier. Mon Dieu, vous qui faites tant le rodomont, avez-vous les mains si nettes de cette accusation que vous ayez le droit d’en accuser les autres? J’aurais, à ce propos une fort belle comparaison à développer. Je vous montrerais que le sang humain est formé de matériaux étrangers et que c’est cependant notre sang ; mais je dors.... .
.Bonsoir, maître Toussaint, bonsoir.
LE SYSTÈME
l’iiomme a la tête qui branle.
Le style : c’est l’homme, a dit Billion, un maître dans l’art d’écrire; et avant d’avoir vu M. Toussaint, je l’avais déjà jugé à sa prose comme un homme prétentieux et d’un petit esprit. Les hommes de mérite no sont point si chatouilleux à l’endroit de leurs ouvrages, et ils pardonnent aisément à la jeunesse un peu d’exagération. Car la plus belle prérogative d’un vieillard et surtout d’un Nestor de la science, c’est d’être bienveillant pour les jeunes gens. Tel n’est pas M. Toussaint, le plus grand génie qui ait encore paru ! ! !
J’aspirais depuis quelques jours à l’honneur de connaître ce grand homme, sans pouvoir l’envisager à mon aise ; mais hier j’ai eu la bonne fortune de le contempler à loisir dans tout l’éclat de sa gloire. Il était sur les marches de l’École Normale où il se prélassait avec tant d’importance qu’il avait réellement l’air do faire la roue. En chapeau de castor , la tête renversée en arrière, les mains dans les poches, le ventre légèrement proéminent, sans oublier les lunettes; il était vraiment beau à voir, et pour le croquer dignement, j’aurais voulu le pinceau do Cham ; mais le plus drôle de la chose, c’est qu’à un moment donné, il s’est rois à scander magistralement toutes ses paroles, en accompagnant chacune d’elles d’un grand signe de tête. J’en ai compté jusqu’à dix,
Avez- vous vu quelquefois un de ces petits bonshommes dont la tête mobile, une fois
POUH ET CONTRE
dérangée de sa position d’équilibre n’y peut plus revenir qu’après une longue suite d’oscillations. Eh bien 1 tel était M. Toussaint sur les marches de l’Ecole Normale; et voilà pourquoi j’ai intitulé cet article : l'homme à la tète qui branle.