‹ Réforme de l'enseignement [microforme]Chapitre 2 sur 43 · RÉFORME · texte numérisé non relu

RÉFORME

DE

Séance littéraire donnée à Québec, le 30 avril 1874, dans une des salles de l'Ecole Normale-Laval, par un professeur français, M. Leroy, devant les notabilités de la ville et en

articulier Son Honneur le maire, sous la présidence de ‘hon. M. Ouimet, ministre de l'Instruction Publique.

Messieurs.—T/étude des langues mortes pré.

sente aux enfants trois espèces de difficultés, qu'il faut leur aplanir, si l’on vent obtenir d'eux l’amour du travail et des progrès rapides. Ce sont les difficultés de grammaire, de construction et de dictionnaire:

Il m'a semblé qu’il y avait là quelque chose à faire ; et voilà pourquoi, depüis dejà bien des années, j'ai consacré tous mes instants à cette œuvre, qui, pour être trop généralement

dédsignée des professeurs de quelque mérite,

n’en est pas moins une œuvre utile.

J'ai done composé tout un ensemble de travaux, qui sont le ffuit d'observations directes recueillies au jour le jour, en faisant étudier les enfants devant moi ; et je crois pouvoir dès aujour l’hui offrir à tous un nouveau système d'enseignement plus simple que celui

qui est actuellement suivi dans les différentes maisons d'éducation.

Le seul reproche qu'on puisse adresser à ce système, c'est qu'il exige de l’espace ; mais ce défaut disparaît en grande partie avec un aménagement convenable, facile d’ailleurs à exécuter sans beaucoup de frais.

Il est 7rai de dire cependant que pour avoir des classes nombreuses, (et par classes nombreuses j'entends au plus quarante élèves,) il faudrait changer toute l’économie des colléges ; mais je n'admets pas que ce soit là une objection sérieuse.

Si la méthode est bonne, (et j'ai droit de le croire, puisque dans tout Québec personne ne le conteste) ; si elle rerd l’étude agréable aux enfants ; si elle diminue de moitié le temps et la fatigue du travail, on ne doit pas s'arrêter à des obstacles matériels,

Considérer autre chose que le perfectionnement apporté dans l'instruction, et refuser ce perfectionnement, sous le prétexte qu'il exige trop de changements dans la disposition du local, c'est être dans le faux et l'avenir le

rouvera. Car il n’est pas possible que, dans e monde entier, il n’y ait pas au moins un collège, pour fäire l’essai d’un système reconnu bon. $

Je sais un pays, où mes idées seraient accentées et où je recevrais le concours intelligent et l'appui du gouvernement; mais ce pays est l'ennemi de la France et, dussé-je briser ma

lume, jamais je n'offrirai mes services au

rutal Prussien. Ce peuple orgueilleux, qui

Cié gs É ESS PU ns ne Leur MA et otre pe ë 7 RSS RARE TE

LS dr

FRS RE ne

se targue beaucoup trop de ses succès (patience ! on le verra bientôt, je l'espère,) n’aura pas du moins l'honneur d’une réforme dans la méthode d’enseignement. Avant de m’avouer vaincu, j'irai partout ailleurs, s’il le faut; mais quant à m'adresser à la Prusse, ce colosse aux pieds d'argile, comme dit Pie IX, jamais.

A mon pays d'abord revenait de droit l’application en grand du système ; et c’est à lui tout le premier que je devais offrir d'en faire V’essai. C’est au reste ce que j'ai fait ; et voici la lettre, qu’à la date du 2 fevrier 1874, j'écrivais à Son Excellence Monsieur de Fourtou, ministre de l'instruction publique :

(€ Paris, le 2 février 1874.

‘# Excellence,

‘“ Je ne sais quelles sont les formalités à remplir pour arriver jusqu'au ministre de l'instruction publique ; et je prends le moyen, qui me parait être le plus simple : celui de lui écrire.

J'ai pensé que dans un temps, où tout le monde est d'accord, pour reconnaître que les méthodes employées arrivent à des résultats relativement assez faibles, malgré la science et le dévouement des maitres et la bonne volonté de beaucoup d'élèves, il y avait lieu pour moi de demander qu'on voulût bien examiner mes travaux.

‘“ Sans me taire illusion sur les difficultés, qu'ont de tout temps rencontré les inventeurs, jai cru qu'il etait de mon devoir comme Français d'offrir d’abord à mon pays l'appli-

cation d’un nouveau système d’onseignement, par suite duquel j'ose d're que le temps des études peut être réduit de moitié.

“J'en ai fait l'expérience et, si vous daignez, monsieur le ministre, m'accorder une audience, j'espère vous convaircre. Si vous refusez de m'entendre, il ne me restera plus qu’à voir si ailleurs qu'en France on apprécie mieux ceux qui consacrent et leur vie etleur fortune à travailler pour les enfants : tâche souvent ingrate et rarement récom-

ensee.

“J'ai l’honneur, monsieur Jo ministre, d’être de votre Excellence, avec un profond respect, le très-humble serviteur.

6 P, Leroy.’

Je dois rendre à monsieur de Fourtou cette justice, c’est que, dès le lendemain soir, il m'envoyait une lettre d'audience. 11 est donc à croire que mes paroles avaient fait quelqu'impression sur son esprit, et qu'il y attachait une certaine valeur. Mais pourquoi me faire venir, s’il n'avait pas l'intention de pousser la chose plus loin ? Je ne le comprends pas encore.

Quoiqu'il en soit, le 4 au matin, je me rendis au ministère de l'instruction publique. Monsieur de Fourtou était 8 ti, et son ch :f de cabinet me pria d’ex] o:er en peu de mots ce que je désirais. Il ne voulut même pas prendre connaissance de mes travaux. de lui répondis que js demandais à appliquer moi.

éme un nouveau système d’enscignement,

ment, ps des

vous order >, Si

1] apur vie fants :

ecom-

istre,

ofond

dont j'étais l’auteur, ‘Oh! quant à cela, « dit-il, n'y comptez pas. Si réellement il y “a du bon dans vos travaux, ce que je veux “ admettre, eh bien, faites un rapport et vous “ verrez peut-être quelques-unes de vos idées “ acceptées par la commission chargée de réformer l’enseignement. Ce sera pour vous “ un honneur.” Bel avantage, ma foi !

Aussi dans la persuasion que mon ranport, si j'avais la fantaisie d'en faire un, dormirait éternellement dans les curtons des bureaux (en France ce sont de vrais éteignoirs que ces bureaux,) je renonçai à me donner une peine inutile, et qui pourrait fort bien profiter à d’autres qn’à moi. Mon départ pour le Canada remis jusques-là de jour en jour était décidé.

Cependant le 6, c’est-à-dire deux jours après, en me promenant dans Paris, j'aperçus à l’etalage d’un libraire, attaché avec un liseret rouge, (c'est le signe des livres qui viennent de paraitre,) un ouvrage nouveau intitulé :

réforme de l’enseignement secondaire par M. Jules Simon, ancien ministre de ! Instruction Publique en France.

Tout ce qui concerne l'instruction ayant Je don de m'émouvoir au plus haut point, j'achetai immédiatement le volume et en quelques heures je l'avais lu en entier. C’était non pas ma méthode, mais l’esprit de ma méthode ; et, sous l'impression de cette lécture, j'écrivis la lettre suivante, à laquelle je n’ai pas donné suite.

Voici cette lettre, que je crois devoir reproduire, ce qui me conduira tout naturellement

à ana'yser uno page remarquable de l’ouvrage en question:

4 Paris, 6 février 1874, ‘# Monsicur,

“ Je viens de lire avec le plus vif intérêt votre livre intitulé: Réforme de l’enseignement secondaire ; et je no puis que redire ce que je disais déjà, quand parut votre circulaire si critiquée da 27 septembre 1872: Monsiour Jules Simon à raison.

«Et pourtant, je l'avoue on toute franchise, j'étais alcrs prévenu contre vous, ne connaissant pas bien vos idées sur l'éducation ; muis, à la lecture de ce document, je dus forcément aborder dans votre sens, puisque, «ans le savoir, j'avais eXecuté en partie du moins le plan d’études indiqué par vous,

‘ Aussi avais-je eu d’abord l'intention de vous demander üne â&udience, pour vous communiquer nes travaux ; mais ils n'étaient pas entièrement terminés, et d’a:lleurs, comme toute chose nouvelle bonne en principe, il

fallait auparavant les appliqrer pendant quel.

ques annees, avant d'appeler sur eux l'attention des hommos compétents. Cur il y a mille détails dans l'instruction, que l’expériente ne apprent à simplifier. Je m'en tins done à.

‘“ Depuis j'ai continué ces travaux et ils sont maintenant assez complets, pour que j'affronte la publicité, d'autant plus que je trouve dans votre livre l'esprit de ma méthode, Or, il esÿ permis de penser que deux

Hi de hommes, qui re rencontrent sur le même point sans s'être entendus, peuvent être dans le

874, vrai.

‘ J'ai déjà écrit à monsieur le ministre de:

u l'instruction publique, pour lui demander vne ntérêt n entrevue; mais Son Excellence trop occupée. eigne- ñ d’artres soins n’a pu me recevoir elle-même ire ce » cet l'entretien, que j'ai eu avec son chef de cacircu- binet, n’a pas abouti. Dés lors j'ai pris la Mon- résolution de m'adresser directement à l’Assemblée nationale, pour obtenir d'exposer mon nchise, à système devant ne commission, qui jugera, pnnais- î sil y a lieu d'en faire l'essai; et j'ai pensé muis, N que vous voudriez bien être mon interprète ‘émuen$ 4 auprès d'elle, ma manière de voir concordant

ans le +" à cet égard avec lu vôtre et mes travaux venant à l'appui de vos affirmations.

Page 1