‹ Réforme de l'enseignement [microforme]Chapitre 27 sur 43 · UN PIOUPIOU DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

UN PIOUPIOU DE LA SCIENCE

Pour commencer l'étude de la grammaire, vous demandez, M. Leroy, que l'élève sache lire et écrire assez couramment. C’est en effet à ce moment que l'on commence à enseigner les éléments de la gram-

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maire: mais on a bien soin de ne pas mettre entre les mains des élèves un livre quelconque, encore moins un tableau. 11 faut de plus choisir les matières avec discernement Comme vous abordez toutes les difficultés à la fois, vous commencez peul-éire trop tôt votre cours de grammaire, mais j'oublie que vous ne voulez que des élèves intelligents.

Est-il assez farceur, notre Piérard !

Vous commencez l’enseignement de la grammaire en analysant une phrase mot-à-mot, c’est-à-dire que vous exigez de l’enfant un travail que nous, humbles insliluieurs, nous ne parvenons à obtenir qu'après plusieurs années d’un labeur pénible. Analyser une plurase ! mais savez-vous M. Leroy, que toute la grammaire est là. |

Sans doute, je le sais, je le sais fort bien; et c'est précisément parce que toute la gram-

maire est dans une phrase, qu’une seule phrase ayant été analysée et comprise, toute la grammaire est vue. Je maintiens donc mon dire etje soutiendrai contre tout venant que les phrases difficiles sont trop peu nombreuses pour qu'il faille dès l’abord embarasser l'intelligence des enfants d’uns foule de règles d'usage et qui s’apprennent par l'usage.

= D'où vient que les enfants, malgré leur réel travail, font si peu de progrès dans leurs études, et mettent tant de temps à les terminer, même sous la direction des hommes les plus instruits. C’est que ces hommes, au lieu de s’en tenir aux principes généraux, qui en en toutes choses et dans la grande majorité des cas, rendent compte de la plupart des difficultés, se perdent dans des détails où

l'enfant est incapable de se reconnaitre. En voulant faciliter sa tâche, on multiplie pour lui les obstacles secondaires et voilà ce que je n'admets pas.

Oseriez-vous soutenir votre malheureuse assertion le la dernière . conférence que vous avez donnée, savoir : qu'un élève, qui a suivi votre cour: pendant un mois, sait sa grammaire ? Vous vous torturez l’'esprit pour découvrir le motif qui m'a fait écrire contre vous Eb bien ! ce n’est ni l'ambition, ni l'envie, mais Paplomb avec lequel vous avez soutenu ce que j'ai appelé des héresies pédagogiques En voilà une par exemple qui prime toutes les autres. Vous l'avez «lit, Je demaude simplement que vous vous rétractiez, car je vous suppose assez d« bon sens pour ne pas oser écrire dans un journal une aflirmation pareille.

En voilà du galimatias ! Ah! vous en faites vous des héresies contre notre belle langue française, si claire pourtant! Elle devient sous votre plume singulièrement obseure ; et vos périodes 8e suivent dans un si parfait imbroglio, les idees s’enchainant entre elles on ne sait trop comment, que je me permettrai de vous demander : comprenez-vous bien ce que vous dites? En tont cas, si vous le comprenez, vous l’exprimez fort mal. Vous êtes de ces auteurs dont parle Boileau, quand il dit :

IT est certains auteurs dont les sombres pensées Sont d’un nuage épais toujou s embarassées ; Le jour de la raison ne le saurait percer.

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

Oui, M. Piérard, avant d'écrire, il faut apprendre à penser.

Je vous avais demandé de ne pas scruter mes

intentions. Je vous ai écrit jusqu'à ce jour avec tout le calme dont je suis capable; mais vous finiriez bien de fait par me faire embrasser ia question uvec la vivience qui vous Caracterise (//um ! Huin !j. Sachez du’moins que le Grand Belge (4h ! ma foi, si le terne vous gène, mettons le grand berét) n’a pas peur de vous sur le terrain de l’enseignement J'ai eu aflaire en Belgique à de plus rudes adversuires que vous, et je m'en suis tiré avec ussez d'honneur, d'ai des compatriotes ici qui vous le diront au besoin.( Quand on n'est vanité que de soi il de son curé, dit te Proverbe, c'est peliie reconvmandalion). 11 ne tenuit qu'à vous d'ailieurs de laisser mon nom dans Foubli (4/4 ! mais non ! vous mérilez Mivur !)-Cessez done el Vos cilatrons latines et vos vers francais (Frus cecenez bien cuigeant, M. Piérard !) I ne S'agit pus ici de savoir qua de nous deux à le plus de Cüpuciie, muis il est quest.on de méthod- d'enseigni ment. Là, je sus votre homme, (Quel altversuire !)

Je dirai done que votre méthcde se distingue par labeuice compitie de methode.( fr green !) AU heu d'aborder lo: diflicultss uueà ne, comme nous le faisons à présent, vous les prenez lontes à la feis et, qui plus ust, VOUS le tent Z Heu Compte des principes prdugogiques Il est vrai que vous n'avez jamais ouvert une pedagogie. Je dois cependant laire Connaitre res principes qu'on nous à enseignes à l'Ecole Normale. Les voici: aller du simpie au compsé du facile au dificile. du counu à rincounu (J'edmels, ces principes.) J'ose donc vous répéter, M. L:'roy, que non-seuleiment vous n'êtes jas l'inventeur d'une melhode, mais que votre enseignements: distingue par l'absence complète de toute methode, ce qui vous sera prouve dans la suite et d’une manière plus scivntilque, si cest nécessaire.

Halte-là! M. Piérard, le temps de tremper dans du vinaigre, pour vous la renvoyer immédiatement, la petite flèche emmieliée que vous me décochez en tapinois. Vous êtes un homme précieux, M. Piérard, et je serais porté

à croire que le bon Dieu, dont je suis l'enfant gaAté, vous à creé ct mis au monde exprès pour moi. Dans vous, cher ami, que d'excellentes choses je n'aurais point dites qui coulent de ma plume comme naturellement. Oui je le répète, c'est vraiment pour moi une heureuse fortune d'avoir pour æiversaire un homme comme vous; et jéprouve sans cesse le besoin de vous CN LéMOISNCr Ma SIICÈre l'ECONHEHISSANUE, Vous êtes plein d’attentions délicates et si par hasard j'oublie quelque chose. vite vous m'en donnez avis. Vous êtes ce sage ami toujours rigoureux, inflexible, qui surimes fantes jamais he me laisse paisible, de telle sorte que, gräce à ou, je fortific les points faibles par où un adlver aire serieux pourrait peut-être un jour entrer dans la place. Merci! mille fois merci!

Vous disiez donc, M.. Piérard, qu'après avoir lu et reln tous les traites, qui ont été composés sur l'éducation avant et après le déluge, vous etiez resté Gros-Jean Comme devant, inc'pable de fuire avancer d’un pas la science pédagogique. Je n'ai pas de jeine à ‘le croire. C’est que, voyez-vous, mon bon, il y a dans le monde des intelliyences deux expèces d’esjrits, les Piérards et les Leroy: les premiers, misérables guérilleros, portent le sac toute Jour vie (ce sont les pioupious de Ja science); les seconds tiennent l'épée et commandent. Et voilà le conseil que leur donne Balnès:

4 A l'homme, dit-il, qui peut se suffire à Iui- ‘ même, qui, dans l'examen des œuvres des “ grar Îs maîtres, loin de se sentir comme un

‘ pygmée parmi des géants, se dit avec confiance : Je serai l'un d’entre eux; à celui-là ‘convient d’une manière particulière la méthode d'invention. Qu'il ne se borne point à savor les livres, qu'il connaisse les choses. Les chemins battus ne sont point faits pour lui. Îl est des sentiers qui le ‘méneront plus vite et plus haut. Idées, propositions, raisonnements, il doit tout ‘ discuter, tout analyser, tout soumettre à soiexamen. Point de souvenirs plagiaires, ‘mais des observations, des pensées, des

‘ créations, que sa science soit sa substance méme |

Ce n’est pas pour vous, M. Piérard, que cette page a été ecritc

Je finis cet article par une page de la pédagogie de Mir. Langevin. Celle page vous depeint tout entier ou à peu près, Vous y serez de plus apprécié en une ligne mieux que je ne pourrais le faire en dix.

Vous êtes roué, M. Picrard; mais je suis encore plus fin que vous. Vous voudriez bien, (n'est-ce pas?) que je mordisse à lhamecon, et pour c-la vous me le tendez le plus délicatement possible. Dans votre naiveté vous vous êtes dit sans doute: il va faire une charge à fond de train contre le livre de Mer. Langevin et nous aurons pour nous défendre des hommes de valeur. Les hommes de valeur, M. Piérard, ne sont pas contre moi, et Mgr, Langevin, en jugeant, un peu trop sévèrement à mon avis, ia méthode Jacatot, n’a pas pu condamner mon système qu'alors il ue connaissait pas.

Je ne conteste pas que la méthode Jacotot ne soit de toutes les méthodes connues jusqu'ici celle qui se rapproche le plus de la mienne, quant aux principes du moins; mais il ne fuut pas les confondre l’une av ec l’autre. Car Jacotot est mort sans lais:er de travaux, qui permissent plus tard d’enxeigner comme lui; il n’a posé que des principes dont quelques-uns, je Ie reconnais, ont tout: l'air de paradoxes, mais dont le principal :

tout est dans tout, est un principe juste et profond, que j'ai cru pouvoir retenir pour en faire la base de mon système.

Au reste pour vous montrer que tous Îles auteurs ne sont pas d'accord sur la méthode

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Jacotot, à la page que vous citez, j'en oppose- ‘| ai une d'un ouvrage également remarquable Jp écrit sur Ia pédagogie par le directeur d’une 16 AU école Normale, M. Jules Peroz. |

PÉDAGOGIE DE MGR. LANG&VIN.- La méthode de Jacotot (-upposé qu’on puisse lui donrer ce nom) vient en dernier lieu. Elle n’en est pas moins remarquable par son originalité. Elle s'appuie sur un certain nombre de paradoxes, tels que ceux-ci : Toutes les intelligences sont égales. Tout est dans tout.—Qui veut peut. — On peut enseigner ce que l’on ignore. - Dans le système Jacotot point de maitre pour expliquer les choses ; les élèves se forment et s’instruisent tout seuls; le maïître n’est utile que pour les diriger; pour stimuler leur volonté, Quiconque veut apprendre une langue, doit en posséder parfaitement quelques pages ct y rapporter tout Île reste,

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De cette façon vous pouvez aisément apprendre toutes les langues: le français, le lutin, le grec, ete., car c'est une méthode d'en soinomont universel, comme lappelle Jacotot, et nous, au contraire de Jacotot, nous dirons que c'est une absence de toute methode, de toute gradation. À peine peutelle sutlire à quelques personnes d'un. grand talent et que les circonstances forcent à etudier seules

PÉDAGOGIE DE M. Paroz.— Jacotot à posé trois pr incipes S ‘ont été l’objet de polémiques tres- -animees-

à: Tous les hommes ont une égale intelligence.

Tout homme a reçu de Dieu la faculte de s'instruire par lui-même.

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